Idée innovante : Révolutionner les souvenirs, l'opportunité de la numérisation d'albums photos
Aujourd’hui, nos vies sont capturées en haute définition sur nos smartphones, mais qu’en est-il de nos souvenirs d’hier ? Ceux qui dorment dans les vieux albums de famille, jaunis et oubliés au fond des placards. Ces photos argentiques sont de véritables trésors, mais elles se dégradent avec le temps. Et si on leur donnait une seconde vie numérique ? C’est là que réside une idée d’entreprise…
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Si l’image circule en ligne c’est avant tout car elle a acquis un format – ou structure d’informations – propice à sa mobilité. L’image fluide est une image numérique, c’est-à-dire représentée par une suite de nombres que des dispositifs informatiques ou d’électronique numérique peuvent traiter. La considérer comme dématérialisée me semble inapproprié. La numérisation s’effectue via des appareils physiques et l’image n’est plus mobilisable sans intermédiaire. Si elle n’est plus assignée à un support matériel unique, comme le papier, elle requiert toutefois une interface pour être visualisée 9.
La dialectique tangible/intangible, en jeu au sein de ce mémoire, puise donc avant tout sa source dans ce processus de numérisation qui a conduit à voir l’image comme une entité dénuée de toute matière, flottante, insaisissable – à tort me semble-t-il. C’est pourquoi je la décrirai plutôt comme intangible. Cependant, il est indéniable que les propriétés de l’image numérique diffèrent. Numériser est une opération de conversion. L’objet à représenter est d’abord échantillonné, les valeurs arrondies puis encodées. Le procédé est donc fragmentaire ; c’est déjà une interprétation. L’image se caractérise alors par des données et un format qui permettent de reconstituer un référent. Bien que les avancées technologiques mettent l’accent sur des représentations toujours plus fidèles, ces étapes successives se traduisent par des pertes et des modifications d’informations. À la fin des années 1990, aux prémices de la transition numérique, une révolution due à ce changement de propriétés est attendue. Pourtant, selon André Gunthert, la numérisation n’a pas engendré un renouvellement de l’iconographie 10.
La révolution se trouve ailleurs. Elle n’est pas dans ce que donne à voir le format et les données mais bien dans ce format et ces données mêmes, dans leur capacité à circuler. L’image a donc son format ; Internet lui donne ses réseaux, le Web un environnement dans lequel évoluer. De manière simplifiée, si le premier a connecté les machines, le second a connecté les utilisateurs.
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“Le numérique nous offre des facilités extraordinaires et sans précédent dans la conservation.” M. Orlandi (3/3)
Temps estimé de lecture: 5 min.
Nous avons interviewé Marco Orlandi, chercheur et professeur au Département du Patrimoine de l'Université de Bologne. Ses études portent principalement sur les technologies appliquées à l'analyse et à la diffusion du patrimoine culturel. Dans cette interview, il présentera les travaux et les défis du FrameLab (Laboratoire photo et multimédia pour le patrimoine culturel), une équipe multidisciplinaire qui favorise la recherche dans la numérisation du patrimoine culturel.
(Lisez la première et la deuxième partie)
Comment évaluez-vous l'utilisation des technologies virtuelles dans le domaine du patrimoine culturel ? Ils peuvent, à votre avis, être considérées comme l'avenir de la conservation ?
Je pense que la conservation du patrimoine culturel consiste en premier lieu dans la conservation physique des matériaux. Le numérique nous offre des facilités extraordinaires et sans précédent dans la conservation. Prenons par exemple un document écrit ou une cartographie historique : il faut d'abord conserver sa sauvegarde matérielle, en évitant les interventions de restauration avec des encres acides qui peuvent détruire le matériel. En dehors de cet aspect, la numérisation à haute résolution et le partage web entre les scientifiques et le public contribue à leur connaissance et en réduit l’usure. Les utilisateurs qui souhaitent le consulter seront en mesure de voir la copie numérique, sans soumettre un document fragile à une contrainte mécanique due au déploiement de ses composants (ce qui conduit généralement à l'interdiction de la consultation à toute personne en raison des conditions de conservation précaires). Exception est évidemment faite pour les situations archéologiques qui se trouvent dans un état de danger extrême, comme les sites en zone de conflit. Dans ce cas, leur numérisation est susceptible d'être le seul témoin dans le cas de la destruction et devient un acte fondamental à accomplir chaque fois qu’on a l'occasion.
Les reconstructions virtuelles peuvent dans certains cas avoir une priorité plus élevée que les méthodes conservation traditionnelle ? (I.e. nous pensons par exemple aux sites archéologiques dans les zones en conflit)
Selon moi il faut distinguer le relief numérique et la reconstruction numérique : le relief numérique, par exemple, à travers les scanners laser ou la lumière structurée, a révolutionné le système de documentation du patrimoine, ce qui permet une vitesse et une précision de mesure précédemment impossibles à atteindre dans le domaine de l'archéologie. Aujourd'hui, je crois qu'une étude numérique pourrait servir de base essentielle à la fois pour les interventions physiques et les reconstitutions numériques, encore plus dans des situations difficiles telles que les zones de conflit, où la présence de longues fouilles et la documentation traditionnelle est impossible ou même risqué.
Sans aucun doute, l'étude numérique se pose également comme base d’une éventuelle reconstruction grâce à des techniques rapides d'impression 3D et prototypage (avec toutes leurs limites) des objets qui vont malheureusement être endommagés ou détruits. Mais dans ce cas, il faut être conscient que, même si la reconstruction numérique peut être précise, nous sommes toujours en présence d'une perte irrémédiable, celle de l'original. Je crois que l'utilisation des modèles 3D pour la restauration et la réinsertion sera l'un des sujets majeurs dans les années à venir, compte tenu des possibilités croissantes offertes par l’impression en 3D dans des matériaux différents. Au contraire la reconstruction 3D concerne la sphère de la mémoire et je dirais aussi celle de l’enseignement. La reconstruction de quelque chose qui a disparu est la volonté de reproduire visuellement l’état architectural d’origine d’un bâtiment que nous voyons maintenant sous diverses formes : par conséquent, expliquer l’histoire du bâtiment revient à raconter la vie sociale d'une communauté ancienne.
Comment imaginez-vous l'avenir de la conservation du patrimoine culturel ? Quelle place auront les technologies virtuelles dans ce domaine ?
Si j’avais dû répondre à cette question il y a quelques années, j’aurais dit avec certitude que les technologies numériques pourraient rapidement devenir un standard du patrimoine culturel, du relief à la communication. Je pensais à la création de cours universitaires pour former de nouvelles générations de conservateurs, avec une formation historique et humaniste solide et une grande connaissance du numérique.
Aujourd'hui, je pense que ce processus est en œuvre, mais bien plus lentement que je ne l'aurais prévu. Il y a certainement de nombreux projets d'applications numériques pour le patrimoine, la recherche se fait. Mais à côté des nombreux projets sérieux et concrets il y a également de nombreux projets plus approximatifs, sans un objectif précis sinon le spectacle de la technologie qui, à son tour est à la mode et qui est utilisée sans préparation adéquate.
Malgré les nombreux progrès réalisés ces dernières années (comme la création de la Charte de Londres il y a plus de dix ans) je pense que les disciplines liées au patrimoine numérique n’ont pas encore pleinement développé leur propre identité, même si elles sont de plus demandées, même au niveau international, comme en témoigne le nombre d’appel à projet Horizon 2020, où en sciences humaines, il y a une forte demande de développement des technologies pour l'analyse et l’accessibilité du patrimoine culturel.
En ce qui concerne l'Italie, le plus gros problème est que, même en 2017, des termes comme patrimoine numérique, humanités numériques et histoire numérique ne semble même pas entrer dans le classement des disciplines universitaires, en particulier dans les sciences humaines. Cela signifie que le patrimoine numérique n’est toujours pas perçu comme une discipline à part, mais comme une dérivation d'autres disciplines.
J'espère que dans quelques années, le patrimoine numérique pourra devenir une science avec sa propre identité et ses propres enseignements au sein de chaque cours universitaire qui concerne le patrimoine culturel, afin que nous puissions former les nouvelles générations d’universitaires avec des compétences numériques, pour une conservation plus exhaustive du patrimoine.
Quel site rêvez-vous de pouvoir reconstruire en 3D?
Les projets qui me passionnent le plus ne sont pas les contextes archéologiques lointains dans l'espace ou le temps ou les cas les plus célèbres ; l'une des choses que j'aime le plus est la reconstruction des zones urbaines, même très près de nous, mais qui, au fil des siècles ont changé à tel point que même ceux qui vivent dans ces lieux aujourd'hui ne parviennent pas à les reconnaître. Une ville avant l'avènement de l'industrialisation semble déjà très différente dans ses formes, souvent traversée par des rivières qui étaient en même temps sources d'énergie pour les entreprises et les magasins et routes de transport des marchandises. Le modèle numérique d'un espace urbain ou d'un territoire à des moments différents permet de comparer la restitution du passé avec l'état actuel et la comparaison entre passé et présent est la clé pour comprendre le changement de n’importe quel contexte historique ou archéologique.
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