Bataille, LâexpĂ©rience intĂ©rieure
I. Ăbauche dâune introduction Ă lâexpĂ©rience intĂ©rieureÂ
« LâexpĂ©rience est la mise en question (Ă lâĂ©preuve), dans la fiĂšvre et lâagoisse, de ce quâun homme sait du fait dâĂȘtre. »
« Jâappelle expĂ©rience un voyage au bout du possible de lâhomme. »
« LâexpĂ©rience elle-mĂȘme est lâautoritĂ© (mais que lâautoritĂ© sâexpie). » (cf. Blanchot)
« En dâautres termes, on nâatteint des Ă©tats dâextase ou de ravissement quâen dramatisant lâexistence en gĂ©nĂ©ral. »
« Je demeure dans lâintolĂ©rable non-savoir, qui nâa dâautre issue que lâextase elle-mĂȘme. »
« La seule vĂ©ritĂ© de lâhomme, enfin entrevue, est dâĂȘtre une supplication sans rĂ©ponse. »
« Le mot silence est encore un bruit. »
« Ce qui compte nâest plus lâĂ©noncĂ© du vent, câest le vent. »
« Bien que les mots drainent en nous presque toute la vie (âŠ), il subsiste en nous une part muette, dĂ©robĂ©e, insaisissable. Dans la rĂ©gion des mots, du discours, cette part est ignorĂ©e. »
« Je ne donnerai quâun exemple de mot glissant. Je dis mot : ce peut ĂȘtre aussi bien la phrase oĂč lâon insĂšre le mot, mais je me borne au mot silence. Du mot il est dĂ©jĂ , je lâai dit, lâabolition du bruit quâest le mot ; entre tous les mots câest le plus pervers ou le plus poĂ©tique : il est lui-mĂȘme gage de sa mort. »
-> IdĂ©e dâun « reposoir » pour les objets discrets permettant le secret de la « prĂ©sence intĂ©rieure », sans les mots (chez les Hindous, le souffle)
« Le silence est un mot qui nâest pas un mot et le souffle un objet qui nâest pas un objet »
« Je ne puis porter le poids de lâavenir quâĂ une condition : que dâautres, toujours dâautres, y vivent â et que la mort nous ait lavĂ©, puis lave ces autres sans fin. »
« Mon principe contre lâascĂšse est que lâextrĂȘme est accessible par excĂšs, non par dĂ©faut. »
« Lâhomme ignorant de lâĂ©rotisme nâest pas moins Ă©tranger au bout du possible quâil ne lâest sans expĂ©rience intĂ©rieure. Il faut choisir la voie ardue, mouvementĂ©e â celle de lâ « homme entier », non mutilĂ©. »
-> contre lâascĂšse, exaltation du rire, de lâimperfection
« Il est entre le monde et le « désert » un accord de tous les instincts, des possibilités nombreuses de don de soi inassouvi, une vitalité de danse. »
« Je riais comme jamais peut-ĂȘtre on nâavait ri, le fin dond de chaque chose sâouvrait, mis Ă nu, comme si jâĂ©tais mort. »
« Jâenseigne lâart de tourner lâangoisse en dĂ©lice. »
« LâĂ©goĂŻsme inhĂ©rent au dĂ©sespoir : en lui naĂźt lâindiffĂ©rence Ă la communication. »
-> angoisse comme liĂ©e Ă lâextrĂȘme du possible
« Jâoppose Ă la poĂ©sie lâexpĂ©rience du possible. Il sâagit moins de contemplation que de dĂ©chirement. »
« Je refuse dâĂȘtre heureux (dâĂȘtre sauvĂ©). »
« LâidĂ©e du salut, je crois, vient Ă celui qui dĂ©sagrĂšge la souffrance. Celui qi la domine, au contraire, a besoin dâĂȘtre brisĂ©, de sâengager dans la dĂ©chirure. »
« Mes moyens : lâexpression, ma maladresse. »
« Encore une fois, jâappelle Ă lâenfantillage, Ă la gloire ; lâextrĂȘme est Ă la fin, nâest quâĂ la fin, comme la mort. »
-> Homme de la guerre (dĂ©passĂ© par lâaction) vs homme de lâexpĂ©rience intĂ©rieure (ne peut ĂȘtre lâobjet dâun projet).
« LâexpĂ©rience intĂ©rieure est le contraire de lâaction. »
« Mais je nâai pas de mĂšre, lâhomme nâa pas de mĂšre, la cuvette est le ciel Ă©toilĂ© (dans ma pauvre nausĂ©e, câest ainsi). »
« Ceci dit, si je vois quâon ne peut supporter de vivre, quâon Ă©touffe, que de toute façon lâon fuit lâangoisse et recourt au projet, mon angoisse sâaccroit de celle que la turbulence Ă©lude. »
-> le non-sens et le non-savoir comme occasion de lâangoisse
« Dans lâart, lâhomme revient Ă la souverainetĂ© (Ă lâĂ©chĂ©ance du dĂ©sir), et, sâil est dâabord dĂ©sir dâannuler le dĂ©sir, Ă peine est-il parvenu Ă ses fins quâil est dĂ©sir de rallumer le dĂ©sir. »
-> le non-savoir communique lâextase
III. Antécédents du supplice (ou la comédie)
« Autant de faux-fuyants : je pense, jâĂ©cris, pour ne connaĂźtre aucun moyen dâĂȘtre mieux quâune loque. »
« Jouer lâhomme ivre, titubant, qui, de fil en anguille, prend sa bougie pour lui-mĂȘme, la souffle, et criant de peur, Ă la fin, se prend pour la nuit. »
« Ce moi=qui=meurt abandonne cet accord : lui, vĂ©ritablement, aperçoit ce qui lâentoure comme un vide et soi-mĂȘme comme un dĂ©fi Ă ce vide. »
« LâanimalitĂ© dâun dieu est essentielle Ă sa nature ; en mĂȘme temps sale (maladorante) et sacrĂ©e. »
« Et, pour en finir, la chute dans la mort est sale ; dans une solitude autrement pesante que celle oĂč les amants se dĂ©nudent, câest lâapproche de la pourriture qui li le moi=qui=meurt Ă la nuditĂ© de lâabsence. »
« Don Juan nâest Ă mes yeux â plus naĂŻfs â quâune incarnation personnelle de la fĂȘte, de lâorgie heureuse, qui nie et divinement renverse les obstacles. »
« Lâexistence est tumulte qui se chante, oĂč fiĂšvre et dĂ©chirures se lient Ă lâivresse. »
-> le rire comme échappatoire à la souffrance
« Lâhomme ne peut, par aucun recours, Ă©chapper Ă lâinsuffisance ni renoncer Ă lâambition. »
« Il nâest aucun accord imaginable et lâhomme, inĂ©vitablement, doit vouloir ĂȘtre tout, rester ipse. Il est comique Ă ses propres yeux sâil en a conscience : il lui faut donc vouloir ĂȘtre comique, car il lâest en tant quâil est lâhomme (âŠ) â sans Ă©chappatoire. »
« Il est alors en lutte non plus avec un ensemble Ă©gal Ă celui quâil reprĂ©sente, mais avec le nĂ©ant. »
« Mais ce vide affrontĂ©, câest la nuditĂ© quâil Ă©prouve â EN TANT QUâIL EST UN MONSTRE â assumant lĂ©gĂšrement ce pĂ©chĂ©. Lâhomme nâest plus comme la bĂȘte le jouet d nĂ©ant, mais le nĂ©ant est lui-mĂȘme sont jouet â il sây abĂźme, mais en Ă©claire lâobscuritĂ© de son rire, auquel il nâatteint quâenivrĂ© du vide mĂȘme qui le tue. »
« La communication profonde veut le silence. »
-> érotisme // rire
« Le rire commun suppose lâabsence dâune vĂ©ritable angoisse, et pourtant il nâa pas dâautre source que lâangoisse. »
« Nous sommes conduits à faire la « part du feu. » (p. 113-114)
« Il faut au sacrifice non seulement des victimes, mais des sacrifiants. »
-> la communication est dans lâangoisse
IV. Post scriptum au supplice (ou la nouvelle thĂ©ologieâŠ)
« La vie va se perdre dans la mort, les fleuves das la mert et le connu dans lâinconnu. La conaissance est lâaccĂšs de lâinconnu. Le non-ses est lâaboutissement de chaque sens possible. »
-> concernant Descartes : assurance profonde de la connaissance de Dieu seulement dans lâenvoutement du projet
-> « la voie extatique », « seule rĂ©solution droite de lâangoisse »
« La pleine communication quâest lâexpĂ©rience tendant Ă lâ « extrĂȘme » est accessible dans la mesure oĂč âexistence se dĂ©nude successivement de ses moyens termes » (discours).
« Il y a communication, dâun ĂȘtre Ă lâautre (Ă©rotisme) o dâun Ă plusieurs autres (sacrĂ©, comique). Mais lâipse rencontrant en une derniĂšre dĂ©marche, au lieu dâun semblable son contraireâŠÂ »
« Par ce cri seul, jâai la puissance dâanĂ©antir en moi le « je » comme ils lâanĂ©antiront en eux sâils lâentendent. »
-> ipsĂ©itĂ© qui pointe vers lâextĂ©rieur, vers un semblable > origine de lâamour du semblable ou divin, dĂ©sir de communication > Ă©rotisme (p. 143)
« La poĂ©sie mĂšne du connu Ă lâinconnu ».
« Le sacrifice est immoral, la poésie est immorale ». La poésie comme « holocauste des mots ».
« Prout Ă©crit de lâamour quâil est « le tempsrendu sensible au cĆur »
Prout : « Combien je souffrais de cette position oĂč nous a rĂ©duit lâoubli de la nature qui, en instituant la division des corps, nâa pas songĂ© Ă rendre possible lâinterpĂ©nĂ©tration des Ăąmes (car si son corps Ă©tait au pouvoir du mien, sa pensĂ©e Ă©chappait aux prises de ma pensĂ©e) ».
« Ce qui communique (est pĂ©nĂ©trĂ© en chacun dâeux par lâautre) est la part aveugle qui ne se connaĂźt ni me connaĂźt » (p.162)
« LâimpossibilitĂ© de lâassouvissement dans lâamour est un guide vers le saut accomplissant en mĂȘme temps quâĂ lâavance, elle est la mise au tombeau de chaque illusion possible »
< intelligente (projet du je) vs mémoire (vrai moi)
« Le triomphe des rĂ©miniscences a moins de sen quâon lâimagine. Câest, liĂ©e Ă lâinconnu, au non-savoir, lâextase se dĂ©gageant dâune grande angoisse. »