parce que le noir, de son enveloppe capable de reflĂ©ter jusquâau charnel, rĂ©vĂšle les dĂ©sirs les plus clairs, la nuit est l'alliĂ© des opprimĂ©s, des marginaux et des corruptibles
© Pierre Cressant
(lundi 26 décembre 2011)

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parce que le noir, de son enveloppe capable de reflĂ©ter jusquâau charnel, rĂ©vĂšle les dĂ©sirs les plus clairs, la nuit est l'alliĂ© des opprimĂ©s, des marginaux et des corruptibles
© Pierre Cressant
(lundi 26 décembre 2011)

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On rentrera jamais dans vos cases. Les punks, les marginaux, les rebelles, les anarchistes, les fous, les teufeurs, les dreadeux, les droguĂ©s, les travellers, les ravers, les anticapitalistes, antisociaux, peuple libre, peuple qui rĂ©flĂ©chit par soi-mĂȘme. On ne rentrera jamais dans vos cases.
@exit-society
Mons: Marie Meunier plaide pour une meilleure gestion des marginaux en ville, notamment grĂące Ă un projet pilote - L'Avenir
Avec notamment l'extension d'un projet-pilote menĂ© dans la capitale, mĂȘlant police et services mĂ©dicaux.
Source: lavenir.net
Consommation d'alcool et de drogues, altercations,⊠Nicolas Martin serre la vis face aux marginaux à Mons : plusieurs interdictions de lieux adoptées ! - La DH/Les Sports+
Ces personnes seront exclues de l'hypercentre pour au moins un mois.
Source: dhnet
Capture dâinstant #34
      Les arrĂȘts de bus en bordure de ville concentrent un nombre important de gens marginalisĂ©s par leur consommation de substances douteuses, ou simplement par une attitude douteuse â câest-Ă -dire que lâon craint, plus que lâon ne doute, et si lâon doute, câest parce que lâon juge sans savoir.
      JâĂ©tais Ă un de ces arrĂȘts de bus au sud de la ville. Il y avait un homme dâune cinquantaine dâannĂ©e qui, dâaprĂšs mes doutes, subissait lâalcool. Il conversait en criant Ă une dame que jâavais du mal Ă voir, trĂšs fine, les cheveux longs et bouclĂ©s, des rides au visage - mais quel doux visage ! Lâhomme avait la voix rauque, sĂ»rement Ă cause des cigarettes roulĂ©es quâil fumait.
      Une femme qui nâavait rien de douteux arriva, et lâhomme au visage torturĂ© par lâalcool lui proposa de sâasseoir, proposition quâelle refusa avec le sourire. Et ça me fit sourire aussi. Il y avait de la place partout, et lui proposait la sienne. Chouette personne.
      Une jeune femme apparu : 19 ans, brune, les cheveux mi-longs et fortement lissés. Elle salue cet homme qui venait de se rasseoir :
« Oh bah ! ça fait plaisir de te revoir ! Tâas lâair en meilleure forme que la derniĂšre fois. » et ils continuĂšrent de discuter, il lui donnait de quoi se rouler une cigarette et lâallumer, et la femme de lâautre cĂŽtĂ© de la rue se rapprocha dâeux.
« Câest ta copine ? sâenquit la jeune fille
-         Quoi, mais tu rigoles ? Lâhomme se mit Ă rire. Elle pourrait ĂȘtre ta grand-mĂšre !
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â Ta mĂšre, oh, Rectifia la femme aux longs cheveux
-         Pourquoi, tu as quel ùge ? demanda la jeune fille
-Â Â Â Â Â Â Â Â Â 77 ans.
-         Ah ouais ! Tu les fais pas ! »
Le bus arriva, et le non-couple rentra aprĂšs-moi, le temps de finir du fumer. Ils sâassirent juste devant moi « Fais attention aux pieds de la jeune fille oh ! Et tu aurais pu mâaider Ă porter mes sacs » railla la surprenante femme. « ça te va vraiment bien ce T-shirt, tâes beau aujourdâhui ! Jâaime bien aussi cet autre T-shirt que tu as lĂ âŠÂ »
Lâhomme Ă©tait content de ces compliments et dĂ©crivit sa garde-robe avec joie. Les deux compagnons Ă©taient bienveillants lâun envers lâautre et continuĂšrent la discussion avec un bel entrain.
Cette bienveillance entre ces deux personnes mâa fait sourire, mais a aussi fait sourire quelques personnes autour de moi. A prendre soin lâun de lâautre, ils apaisaient quelques Ăąmes aux alentours.

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Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents...tous ceux qui voient les choses diffĂ©remment, qui ne respectent pas les rĂšgles. Vous pouvez les admirer ou les dĂ©sapprouver, les glorifier ou les dĂ©nigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils crĂ©ent, ils inspirent. Ils font avancer l'humanitĂ©. LĂ oĂč certains ne voient que folie, nous voyons du gĂ©nie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent. Jack Kerouac (Sur la route)
Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents... tous ceux qui voient les choses diffĂ©remment, qui ne respectent pas les rĂšgles. Vous pouvez les admirer ou les dĂ©sapprouver, les glorifier ou les dĂ©nigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils crĂ©ent, ils inspirent. Ils font avancer l'humanitĂ©. LĂ oĂč certains ne voient que folie, nous voyons du gĂ©nie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent.
Jack Kerouac
Pieter Brueghel, Les mendiants (1568)
Les sans-abri
Face aux sans-abris de Broadway, Saul Karoo, riche consultant cinématographique, fait un constat cynique : il ne ressent plus rien.
Aller au pressing le samedi Ă©tait une sorte de religion pour moi. CâĂ©tait une tĂąche que je chĂ©rissais. Aller au pressing me donnait une sensation de renouveau spirituel. Mon lieu de culte, Kwilk Kleaners, se trouvait sur la 84e Rue, juste Ă lâouest de Broadway.
Ils connaissaient mon nom.
« Bonjour, Monsieur Karoo. »
La femme qui se trouvait derriĂšre le comptoir me sourit. Je lui donnais mes vĂȘtements sales puis ressortis, portant sur lâĂ©paule deux survĂȘtements, trois pantalons et une demi-douzaine de chemises propres. Tous suspendus Ă des cintres en fil de fer, le tout emballĂ© dans une housse de fin plastique transparent.
Au lieu de partir vers le nord pour rentrer chez moi, jâobliquais vers le sud, dans le but de descendre Broadway. Jâavais pour habitude de faire ma petite promenade du samedi une fois que jâavais pris mes vĂȘtements au pressing. Ca me semblait bon, presque sportif, de porter sur lâĂ©paule cette housse de plastique plein de mes vĂȘtements.
Il faisait une fois de plus un temps surprenant pour la saison. FĂ©vrier et hiver nâĂ©taient que des mots.
Poussés à sortir par le temps clément, les sans-abri envahissaient les rues, assis, debout, affalés, se parlant les uns aux autres ou parlant tout seuls, mendiant ou vendant des cochonneries.
Certains avaient le crĂąne rasĂ© comme des dĂ©portĂ©s de Buchenwald. Dâautres avaient plus de cheveux que les prophĂštes bibliques et semblaient se prendre pour tels.
Un cinglĂ© dans une cabine, complĂštement pris dans sa conversation imaginaire, hurlait dans le combinĂ© Ă sâen faire exploser les poumons : « Mais quâest ce que tu veux que je te dise ? Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais plus quoi te dire, moi. Tu vois, quâest-ce que tu veux que je te dise ? »
Les fourgueurs, parmi les sans-abri, Ă©taient assis sur des cageots, entourĂ©s de saletĂ©s quâils tentaient de vendre mais quâaucune personne saine dâesprit nâaurait songĂ© Ă acheter. Des vieux numĂ©ros de Newsweek. Un de ces numĂ©ros avec la photo de Nicolae Ceausescu en couverture. Le cahier « Arts et Loisirs » du New York Times du dimanche prĂ©cĂ©dent. Des raquettes de tennis sans cordage, des cadres cassĂ©s. Des roues de vĂ©lo tordues. Des paires de chaussures dĂ©pareillĂ©es. Des poupĂ©es dĂ©capitĂ©es. Des casseroles et des faitouts en aluminium, noirs dâoxydation. De vieilles balances de salle de bains. De vieilles lunettes de W.C. Des biberons aux tĂ©tines durcies et dĂ©colorĂ©es.
La vue de ces sans-abri avait jadis suscitĂ© en moi un profond sentiment de compassion. Mais cela nâavait pas durĂ©. La maladie de la subjectivitĂ©, ou de lâobjectivitĂ© â je ne sais pas toujours comment lâappeler -, me faisait voir les Ă©preuves de ces gens de tant de points de vue diffĂ©rents quâau bout du compte leur spectacle nâen Ă©tait plus quâun parmi tant dâautres et ce que la vision de ces gens suscitait en moi Ă©tait dĂ©sormais dâune nature bien diffĂ©rente. Rien, me disais-je maintenant, ne pouvait plus ĂȘtre rejetĂ©. Ni les saletĂ©s qui avaient Ă©tĂ© jetĂ©es puis rĂ©cupĂ©rĂ©es dans les poubelles pour ĂȘtre remises en circulation sur les trottoirs de Broadway. Ni ces gens eux-mĂȘmes, des saletĂ©s humaines, officiellement rejetĂ©es, mais sans endroit spĂ©cialement conçu pour les tenir hors de la vue. Les Ă©gouts privĂ©s et publics Ă©taient pleins, ils dĂ©bordaient, dĂ©gorgeant et remettant en circulation tout ce qui avait Ă©tĂ© rejetĂ©.
Steve Tesich, Karoo (2014)Â