Pour en finir avec les Francos et la St-Jean
Enfin, j'ai pu récupérer des derniers jours. Finalement, à 49 ans, je me rends compte que je ne peux plus fêter comme avant. Il s'en est passé des choses depuis une semaine, mais commençons par le commencement.
Vendredi dernier, habillé.e de mon hoodie brun, je me suis rendu.e pour une dernière fois aux Francos de Montréal pour voir le spectacle de Klô Pelgag en espérant vivre un moment inoubliable.
Bon déjà, non, Klô ne m'a nullement interpellé.e durant ou après le spectacle, ce qui a clos le débat entre Nimwen et Kresz une bonne fois pour toutes. Klô a donné une performance extraordinaire. Je l'avais vue être active sur scène à Valleyfield, mais là c'était à un niveau supérieur. Elle s'est donnée à fond, sautant, dansant, se jetant par terre pour se relever d'une traite avec l'aide de bottes conçues pour ça. Franchement, elle m'impressionne par l'énergie qu'elle possède. J'en suis même un peu jaloux. Juste un peu, pas trop. J'ai pleuré durant Lettre à une jeune poète. Sa fille, pour qui elle a écrit la chanson, était bien affairée à sa tâche de filmer sa mère pendant qu'elle la lui chantait. C'était assez magique comme moment. Par contre, c'était pour une autre raison que je pleurais. Les mots de cette chanson décrivent exactement comment je me sentais par rapport à Nimwen ; un personnage que j'ai créé dans le monde des Royaumes oubliés, mais qui n'avait jamais pu vivre une campagne de jeu de rôle et à qui j'ai donné un endroit pour s'épanouir, c'est à dire en moi alors que j'en avais cruellement besoin. « Je t'ai donné la vie, je voudrais te donner envie de la vivre », c'est comme ça que j'ai accueilli Nimwen dans la mienne. Je ne crois que Klô n'ait jamais vu Lettre à une jeune poète de cette façon, mais c'est la beauté d'une œuvre d'art : elle peut être interprétée de différentes manières d'une personne à une autre. J'ai pleuré aussi lorsque, perchée sur les épaules d'un membre de sa troupe, elle est descendue dans la foule pour chanter Les puits de lumière. Comment je m'en voulais d'être du côté droit ! Lysandre accompagnait Klô au clavier et faisait avec d'autres les back vocals. Elle aussi était pleine d'énergie. Je l'ai vue danser et s'amuser avec la p'tite à Klô sur la scène quand elle ne jouait ou chantait pas. J'étais tellement heureux.se de la voir. C'était une belle surprise. Bonne fête en retard, Lysandre. Promis j'irai voir TON spectacle un jour. Portrait de l'invisible m'a profondément touché.e et j'ai vu des extraits de ta prestation au MTelus, donc pas question de manquer ça si jamais l'occasion se présente dans mon coin (peut-être pas à Valleyfield 😅). Une autre belle surprise fut le passage de Paul Piché, comme Klô l'avait souhaité au podcast Tout l'monde s'haït. Ça aurait été encore plus drôle si Richard Séguin s'était présenté en même temps ! Pour celleux qui l'ignorent, elle y avait confondu les deux et ça avait donné un moment plutôt cocasse. En rappel, nul autre que Bruno Pelletier est venu chanter en duo avec Klô Le temps des cathédrales. Un mot : magique.
Avant le spectacle, j'ai rencontré une femme qui avait l'air perdue. Elle ressemblait vaguement à Ariane Roy, mais avec des yeux bruns. Je lui ai demandé si ça allait et si elle avait besoin d'aide. Elle m'a montré un masque bleu marine avec des brillants qu'elle avait fabriqué. Elle m'a dit qu'elle avait été inspirée par Klô et qu'elle voulait que celle-ci puisse le voir, mais elle n'arrivait pas à s'approcher davantage de la scène et elle craignait que la pluie l'endommage. N'ayant pas d'imperméable, je lui ai offert celui de rechange que j'avais. Elle a poliment refusé et je n'ai aucunement insisté, mais je lui ai dit que j'espérais que Klô puisse le voir. On a brièvement parlé de Thierry Larose parce Conversation dans le noir jouait dans les speakers, puis je l'ai laissée à ses amies qui venaient d'arriver. Je l'ai vue plus tard durant le spectacle. Elle avait réussi à faire tenir son masque grâce à un bandeau qui lui couvrait toute la tête. J'espère de tout cœur que Klô a vu ton masque et que t'as eu du fun. Une fois le spectacle terminé, t'étais disparue. L'Univers m'avait berné.e encore une fois et m'avait laissé penaud et triste. Les gens s'en allaient alors je me suis approché de la clôture devant la scène pour m'y accoter et m'allumer un joint.
Il y a quelques années, j'ai fait un rêve qui m'a semblé trop réel. J'étais en tête à tête avec une personne que je qualifierais de mon âme sœur. Elle avait l'air d'Amélie Poulain et moi, d'un businessman en complet sans cravate qui ne me ressemblait pas du tout. Je lui ai dit qu'elle me manquait terriblement. Elle m'a dit que nous serions à nouveau réunis bientôt et que je devais m'armer de patience, mais sans pouvoir dire dans combien de temps. J'attends encore. C'était pas toi avec le masque au show de Klô. Elle, elle n'était que de passage dans ma vie, comme Paul Piché au show à Klô. Mon âme sœur n'était pas là.
T'étais pas là, encore une fois et la vie est de plus en plus ardue à traverser sans toi. Je ne connais ni ton genre, ni la couleur de tes cheveux, de tes yeux ou de ta peau. C'est difficile pour moi de sortir en public. Je peux affirmer que j'étais plus ou moins attiré.e par quelque chose comme 9 personnes sur 10 des gens que mon regard a croisé aux Francos et dans les transports en commun pour l'aller et le retour. À chaque fois, ça fait un peu mal de repartir sans amour, mais c'est l'enfer de ma vie d'omnisexuel.le et je l'accepte malgré tout. Souvent, je préfère rester tout.e seul.e à mon appartement avec le multivers dans ma tête. Je tombe en amour trop facilement et trop fréquemment. Sans toi, c'est encore plus pénible.
Une fois la dernière puff de mon joint inhalée, j'ai mis mes écouteurs dans mes oreilles et j'ai choisi d'écouter la piste sonore de notre premier baiser. J'étais physiquement claqué.e. Autant dans le métro que dans l'autobus, je n'avais que le goût de faire un somme. Plein de portails se sont ouverts, emmenant plein de gens qui sont venus m'accompagner et qui m'ont tous demandé la même question : avec qui allais-je avoir un premier baiser ? Ça a été avec personne au final. Sans le consentement, ça ne rime à rien tout ça. Arrivé.e chez moi, j'ai terminé un bol de salade que j'avais mis sous couvert au frigo plus tôt dans la journée en écoutant les streams de ma neuvèce Mei et de Kyaroline, puis je suis allé m'étendre dans mon lit après avoir pris mes médicaments en me demandant si Morphée accepterait mon amour si je lui offrais (probablement qu'il refuserait, n'en ayant rien à foutre de ma gueule). Je me suis dit que j'écrirai dans mon journal demain.
Le lendemain, j'ai reçu une notification sur mon téléphone. Ce qui semble vraisemblablement être un compte factice d'Ariane Roy s'était mis à me suivre sur Instagram. L'Univers m'a dit ensuite que j'avais déjoué les plans d'une organisation criminelle en devenant quelque chose d'inattendu et que celleux-ci m'espionaient via un faux compte. J'ai repensé au masculiniste qui m'a dragué.e mercredi de la semaine dernière. Et si il en faisait partie ? Ah pis phoque l'univers ! J'ai voulu me changer les idées et j'ai ouvert un portail pour les dunes de Bouctouche de la 42e dimension et je m'y suis installé.e avec la piste sonore de notre premier baiser en boucle, mais j'ai été seul.e toute la journée.
Lundi, j'apprends qu'il y a eu une fusillade à Montréal perpétrée par un masculiniste. Trois personnes sont mortes et une autre est grièvement blessée. Le tireur fou blâmait les femmes et le capitalisme pour ses malheurs dans un manifeste d'une centaine de pages que je refuse de lire. Et si c'était le gars qui m'a cruisé ? Et si j'étais responsable indirectement du sort de ces victimes ? Je sais que vous me direz que c'est irrationnel comme anxiété, mais comme des choses que j'ai dites ont mené deux personnes à s'enlever la vie auparavant dans ma vie, veuillez me pardonner si souvent j'ai la chienne durant chacune des interactions sociales que j'ai parce que j'ai peur que ce soit la dernière fois que je verrai cette personne. Bref, j'ai remis la piste sonore de notre premier baiser dans mes oreilles en me disant que ça m'inspirerait à écrire ne serait-ce qu'un peu, mais sans succès.
Mardi, c'était la veille de la St-Jean (donc pour la plupart des Québécois la St-Jean) et en même temps le 14e anniversaire de mariage d'un couple d'amis. Ceux-ci faisaient un feu et m'y avaient invité.e. On était près d'une dizaine de personnes. Presque tous.tes m'attiraient. Un homme m'a offert (peut-être à la blague) de me faire l'amour oral plus tard. Puisque il était sur les champignons (la première fois c'est à jeun ou c'est pas pentoute parce que le consentement quand t'es gelé.e ou saoul.e, ça vaut rien) et que de recevoir un blowjob est ce qui me tente le moins niveau sexualité, j'ai poliment refusé, mais je lui ai tout de même offert de lui griller une des saucisses au fromage que j'avais emmené pour l'occasion. Il a accepté et a adoré ma saucisse que j'avais enveloppée d'une tortilla et agrémentée de mayonnaise au bacon. Durant la soirée/nuit j'ai fumé deux joints, bu neuf drinks de princesse et j'ai passé une nuit blanche pour finir avec un mal de crâne tellement intense que j'ai vomi de la bile pendant une heure, accoté sur l'évier de la salle de bain. Ça faisait plusieurs décennies que je ne m'étais pas mis dans cet état. J'pense que là, j'suis officiellement devenu vieux. Bref, le lendemain j'ai dormi douze heures et aujourd'hui, je me sens encore complètement vidé.e d'énergie.
Au moins je sais maintenant que je ne suis pas un incel. Je suis peut-être célibataire, mais c'est pas de la faute des femmes, ni des hommes, ni de tout ce qu'il y a entre les deux. Ce n'est pas de la faute de qui que ce soit, pas même de la mienne. Se tuer soi-même ou tuer d'autres gens, c'est pas la solution. Faut juste être patient et se trouver des passions en attendant. Faut continuer de vivre, même si ça fait mal d'être vivant.e.
Il y a plusieurs années de ça, tu m'es apparu.e en rêve en me disant que ça serait pour bientôt. J'ai recollé maintes fois mon cœur brisé pour des gens qui ne le méritaient guère en pensant que ça y était. Maintenant, je l'ai entouré d'un labyrinthe que seul.e toi pourra traverser et le décoder. Je l'écoute en ce moment même. Je t'attends. Cherche-moi. Trouve-moi. Texte-moi. Aborde-moi dans la rue. Dédie-moi une chanson, une toile, une sculpture ou un film. Prends-moi la main. Emmène-moi loin. Fais-moi rêver. Rends-moi léger.e. Donne-moi l'envie d'y croire encore. J'essaie fort d'y croire encore. Je rêve au coin d'ombre au fond du jardin. Je rêve au jour où j'aurai hâte à demain.
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Mise à jour : autant le compte du dude qui m'a cruisé.e (et qui s'est abonné à mon Instagram drette live devant moi) que le faux compte d'Ariane Roy n'existaient plus à la publication de ce texte. Le gars a pas trop l'air de savoir effacer entièrement ses traces.😈

















