Palestine 36 : une fresque historique inédite d'Annemarie Jacir
La réalisatrice palestinienne Annemarie Jacir a réalisé Palestine 36 pour rapporter et transmettre un épisode de l'Histoire contemporaine omis depuis des décennies, par négligence ou à bon escient. Ouvrez les yeux : nous sommes à quelques mois de la révolte arabe de 1936. Le tout avec un casting en or : Hiam Abbas, Saleh Bakri, Dhafer L'Abidine, Jeremy Irons & Liam Cunningham. Reposons le contexte du film.
Qu'est-ce que la Grande Révolte Arabe de 1936?
Cet évènement majeur de l'histoire palestinienne découle de plusieurs années de mobilisation de militants palestinien.nes en faveur de leur indépendance, suite à la Déclaration Balfour de 1917. Dans cette fameuse lettre écrite par Lord Balfour, alors Premier Ministre de l'Empire colonial britannique, promet à Lord Walter Rothschild, le représentant des sujets britanniques juifs qu'il se déclare en faveur de l’établissement en Palestine d’un « foyer national juif ». Cet épisode est considéré unanimement par les historiens comme l'une des premières étapes de la création d'Israel.
“Pourquoi viennent-ils vivre ici?” demande la jeune palestinienne Afra
“Parce que leurs propres pays n'en veulent pas,” répond Rabab. Extrait Palestine 36
La presse arabe locale en Palestine mais aussi dans toute la région du Shâm, en Egypte, fait état de cette annonce jugée indécente et injuste par les populations qui observent depuis le début du XXe siècle, l'arrivée d'immigrés juifs, fuyant les persécutions des régimes européens autoritaires comme la Russie des Romanov. Mais aussi des immigrés motivés par le désir d'une patrie enfin eux seuls, dont l'idée a germé et s'est structurée à travers Theodor Herzl, le fondateur du sionisme. Entre les expulsions des paysans palestiniens, les exactions de l'armée coloniale britannique et l'armement des groupes sionistes impunit par la même puissance coloniale, les tensions sont croissantes et atteignent un point de non-retour à partir de 1936.
Un portrait de la société palestinienne à une époque jamais représentée à cette échelle.
Dans le film, Annemarie Jacir représente les strates de la société palestinienne, entre les paysans, propriétaires terriens, les bourgeois citadins au plus près des autorités britanniques qui administrent à ce moment la Palestine. Malgré la présence des réseaux de voies ferrées, le courrier postal, les journaux, la société palestinienne paysanne est clairement éloignée du centre névralgique du centre du pouvoir politique et médiatique. Cette séparation est comme un miroir de la Palestine toute entière qui regarde son destin dessiné par d'autres mains que la sienne.
Un cinéma de narration et d'archives salutaire
La Grande Révolte Arabe est un monde dont seuls les descendants de la Nakba ont pu entendre parler à travers les récits de leurs aîné.es depuis bien plus longtemps que le spectateur lambda en Occident. Un monde qu'on croise parfois à travers des photos d'archives, quelques écrits de journaux d'antan pour les passionnés de la région et de la période du début du XXe siècle. Une Palestine au fait de la modernité industrielle, prospère, au sein de l'Empire Ottoman, où bouillonne malgré tout les désirs de liberté et d'émancipation politique. L'usage de véritables images d'archives filmées issues de l'Associated Press, BFI, l'Imperial War Museums, et l'agence photo Getty. Des images essentielles, de la vie des populations arabes palestiniennes, à qui on nie l'existence même sous l'intolérable slogan "un peuple sans terre pour une terre sans peuple". Ce travail de recherche pour ce film tourné en Cisjordanie occupée durant le génocide à Gaza (le tournage a été interrompu quatre fois) , ainsi qu'en Jordanie rappelle aussi l'essence de l'archive. A distance des usages contemporains esthétiques des images en noir et blanc, l'archive est ici un pilier de l'Histoire palestinienne, replacant dans le présent, ce peuple effacé de l'Histoire contemporaine par le colonialisme et la dépossession de sa terre.
Palestine 36 n'est pas un film à apprécier ou non, il importe uniquement que ce film existe.
Références bibliographiques :
La Grande Révolte Arabe de 1936 , article de Nora Togni pour OrientXXI
Hughes, Matthew (2019). Britain's Pacification of Palestine.









