Jour 16 | La Charte et le rejet total de la religion
Pourquoi laïcité et laïcisme ne s'équivalent pas.
Pour justifier la nécessité du projet de loi 60, beaucoup de partisans de la Charte ont fréquemment recours à un argumentaire qui fait le procès des religions. On y comprend qu'à cause de l'influence négative qu'a pu avoir la religion historiquement, la laïcité tous azimuts est souhaitable pour la société québécoise. D'autres propos controversés récents trahissent d'ailleurs une volonté de rejeter le religieux jusque dans les couches des bébés québécois [1].
Que la laïcité est souhaitable et nécessaire fait l'objet d'un consensus, probablement autant chez les partisans de la Charte que chez ses opposants. Il est d'ailleurs difficile de ne pas reconnaître la bénéfique sécularisation des institutions québécoises durant la seconde moitié du XXe siècle. [Voir billet 7]
Les partisans de la Charte voient la loi 60 comme le prolongement naturel de cette tendance vers la laïcité. C'est là qu'il y a erreur.
Il y a erreur, car il y a une différence entre laïcité et laïcisme.
La laïcité est la séparation de l'État et du religieux: l'État n'exerce aucun pouvoir religieux et les Églises aucun pouvoir politique. La laïcité est précisément ce qui s'est opéré au Québec depuis 1960. Le religieux n'a plus aucun pouvoir politique, et l'État n'exerce évidemment aucun pouvoir religieux. La laïcité de notre État québécois est déjà complète.
Le problème c'est qu'il faut savoir s'arrêter. La loi 60 ne cherche plus à favoriser la laïcité, mais plutôt à imposer le laïcisme. Le laïcisme, qui cherche désormais à évacuer de la société toute manifestation publique du religieux. Le rejet - et pire, l'institutionnalisation de ce rejet - de toute forme du religieux, est incompatible avec une société libérale et ouverte. La simple "laïcité" ne peut servir de prétexte pour brimer des libertés fondamentales de conscience et de religion. Le Québec où l'on voudrait vivre est un Québec où les croyances, les opinions et le droit de les manifester sont respectés et protégés.
Jusqu'à présent, l'État québécois a su protéger les droits et libertés des citoyens du pouvoir religieux au nom de la laïcité. Mais à présent, ces mêmes droits et libertés sont mis en péril au nom d'une laïcité dénaturée et excessive, le laïcisme.
Pas convaincu?
- La Charte est moins pire que la religion? Billet 19 à venir.
- Un signe religieux n'est qu'un vêtement? Voir billet 14.
- Voir les autres billets de 33contrelaCharte.