J'ai cité Bref 23 fois dans cet article et je dors mal la nuit
Cela fait quelques temps Ă prĂ©sent (AoĂ»t dernier quand mĂȘme) qu'un petit Ă©lectron libre bien sympathique se balade sur la toile, relayĂ© par la plus positive des chaĂźnes cryptĂ©es (et qui d'ailleurs a lancĂ© cette bombe grĂące Ă sa cellule "RepĂ©rages", dĂ©diĂ©e aux jeunes talents). Je veux bien sĂ»r parler de Bref (et de Canal +, pour les mamies du fond qui n'auraient pas encore compris).
Alors dĂ©jĂ , une chose Ă avouer : Kyan Kojhandi et Bruno Muschio ont trouvĂ© LA formule magique, celle qui donne le million d'abonnĂ©s Ă la page facebook et t'empĂȘches de sortir faire une lessive tellement les gens te reconnaissent vite dans la rue. Une reconnaissance publique de cette amplitude arrive rarement, ou du moins ne s'imprime pas autant sur la durĂ©e (l'Internet est le porte-parole des gloires Ă©phĂ©mĂšres et des winners d'un jour). Mais voilĂ , Bref, on en parle partout : au boulot, en twittant, chez le docteur, avec ses parents, aprĂšs une engueulade, avant une engueulade, bref, comme dirait l'autre : EVERYWHERE (j'ai vu un type qui en discutait avec un berger allemand une fois; mais le chien connaissait pas). Et surtout, Bref, on en parle ENCORE : On pourrait penser qu'un tel succĂšs finirait par sâessouffler au moins d'un mois ou deux, comme tous les trucs gĂ©niaux vouĂ©s Ă l'oubli, et il est sĂ»r que Bref, un jour, on en parlera moins; mais ce jour n'est pas encore arrivĂ©. Et ce, pour certaines raisons trĂšs simples.
Bref, c'est court
J'en parlais sur mon article sur les sĂ©ries tĂ©lĂ©visĂ©es (ici), expliquant qu'une narration  aboutie mais dispatchĂ©e en Ă©pisodes rendait la pilule moins amĂšre et la comprĂ©hension plus douce, moins forcĂ©e (on peut s'arrĂȘter au bout d'un Ă©pisode, sans se sentir coupable d'avoir dĂ©pensĂ© 8 euros pour ne pas savoir qui a tuĂ© machin avec le couteau Ă beurre). Bref, avec sa moyenne de 2 minutes par Ă©pisodes, remplit parfaitement ce rĂŽle : claire et prĂ©cise, la narration s'enchaĂźne Ă un rythme haletant. On a quelquefois des doutes, et il faut revoir l'Ă©pisode pour en capter tout les dĂ©tails; mais cela n'est pas important, l'essentiel est enregistrĂ©.
Bref, c'est bien écrit
On trouve dans chaque Ă©pisode une courte trame, impliquĂ©e dans Bref par le biais du titre dudit Ă©pisode ("Bref, je suis allĂ© au supermarchĂ©", on s'imagine mal y voir des aliens ou un camĂ©o du capitaine NĂ©mo). Mais on trouve aussi une intrigue de fond, extrĂȘmement banale et donc extrĂȘmement gĂ©niale : celle d'un mec normal, qui avance dans la vie et Ă qui il arrive des trucs de tous les jours. Comme Ă n'importe qui, en fait.
Mais ce qui fait le comique ici, c'est surtout la puissance de l'Ă©criture, soit un assemblage de scĂ©nettes dans lesquelles tout le monde peut se reconnaĂźtre au moins une fois (celui qui n'a jamais galĂ©rĂ© Ă brancher une clĂ© USB pourra me jeter la pierre), narrĂ© par une voix OFF cut en contraste total avec la situation (cette voix neutre du protagoniste, qui raconte tout cela avec un recul indiffĂ©rent et fataliste), qui donne du poids et de l'humour Ă l'ensemble.Â
Certains internautes, au tout début de la série, s'inquiétaient de la tournure que prenait Bref : d'une série de sketchs poilants et simples, l'on commençait à avoir quelques informations sur le protagoniste : il est amoureux d'une fille, ses parents divorcent, etc... Et il est vrai que beaucoup de mes séries préférées me gavent souvent avec ça : au début tout est clair, on s'emmerde pas avec la trame, et puis au bout d'un moment certains engrenages se rendent visibles, composant une histoire autrement plus complexe. Dans Bref, cette inquiétude est éphémÚre : certes, la trame de fond suit un ordre logique et construit; mais les informations sont si bien amenées et en si petites quantités qu'au final, on en redemande.
Bref, c'est éclectique
La sĂ©rie pourrait se laisser aller Ă farnienter, tournant paresseusement autour du pot narratif qu'elle s'est elle-mĂȘme imposĂ©, se reposant sur ses acquis. Mais voilĂ , Bref, c'est une sĂ©rie fait PAR des jeunes POUR des jeunes; et un jeune, c'est bien connu, c'est vachement influençable.Â
Le jeune, c'est un aspirateur Ă connaissances, Ă rĂ©fĂ©rences, Ă dictons prĂ©-rĂ©chauffĂ©s dans telle ou telle sĂ©rie. Et le jeune, il aime faire ce qu'il aime regarder. Alors forcĂ©ment, dans Bref, des rĂ©fĂ©rences, il y en a. Un tumblr spĂ©cial a mĂȘme Ă©tĂ© mis en ligne par un fan, se chargeant de retrouver tout les micros clins-d'oeils de la sĂ©rie : de la BD, des phrases de films, des jeux vidĂ©os bref, un vĂ©ritable pot-pourri de tout ce qui ce fait de jeune et cool sur la toile (Bref3000, le tumblr des gagnants).
Bref, c'est aussi quelques morceaux de bravoure, oĂč certains Ă©pisodes que l'on qualifieraient de "Hors-SĂ©rie" sâintĂšgrent pourtant agrĂ©ablement bien Ă l'ensemble : un Ă©pisode centrĂ© sur une vieille dame, sur l'invention de l'automobile ou en hommage au film The Artist, il y en a vraiment pour tout les goĂ»ts.
Bref, c'est bien joué
Le charme fatal du show provient pour beaucoup (ou en tout cas pas mal) du charisme de Kyan, indĂ©modable et drĂŽle quand mĂȘme la situation ne peut qu'ĂȘtre dĂ©modable et pas drĂŽle. Il est Ă©galement entourĂ© de grandes gueules sympathiques qu'on aimerait voir plus souvent Ă la tĂ©lĂ©vision, comme Baptiste Lecaplain ou Kheiron, tout deux humoristes et accessoirement trĂšs amusants, et de bien jolis minois, qui ont leur mot Ă dire et pas seulement qu'une paire de poitrine pour en parler, comme Alice David ou BĂ©rangĂšre Krief. Rajoutez quelques apparitions bien funs, comme Dedo, Yacine, PĂ©nĂ©lope Bagieu ou mĂȘme Patrick Poivey (la voix française Bruce Willis), et vous avez une salade copieuse Ă partager entre potes, avec la famille ou tout seul.
Pour conclure, l'avantage majeur de Bref rĂ©side surtout dans le fait qu'il serait difficile pour une sĂ©rie de faire "la mĂȘme chose" : dĂ©jĂ parce que, si elle aborde un montage cut aux plans sur-dĂ©coupĂ©s, elle sera directement rangĂ©e dans la catĂ©gorie des Bref-like, tout simplement parce que la sĂ©rie s'est complĂ©tement appropriĂ©e le style.
Ensuite, une sĂ©rie qui voudrait inclure le mĂȘme schĂ©ma narratif et/ou du montage, mais dans un format plus long, s'y casserait presque obligatoirement les dents : un montage rapide peut ĂȘtre trĂšs fatiguant pour l'oeil, et avec la fatigue vient le manque d'intĂ©rĂȘt; la logique dramatique de Bref Ă©tant terriblement simple et efficace, il sera impossible pour un Ă©pisode de 40 minutes d'ĂȘtre d'une intensitĂ© constante sur une aussi longue durĂ©e. Un Ă©pisode de Bref, c'est comme une catharsis (dans son sens Ă©thymologique presque autant que dans celui qu'en fait Jean-Claude CarriĂšre dans ses livres) : le point culminant d'une situation, l'Ă©puration d'une esthĂ©tique dramaturgique qui ne peut ĂȘtre ni rallongĂ©e, ni transformĂ©e en autre chose. Seulement Ă©crite et montrĂ©e.Â













