En aoĂ»t dernier, je suis allĂ©e dans un petit festival nommĂ© Jval, au milieu des vignes Ă Begins. Câest lĂ que jâai rencontrĂ© les sympathiques TOY, environ trois ans aprĂšs notre premiĂšre interview Ă Montreux... et les avoir ensuite croisĂ©s au pif dans un pub Ă Londres (jâinterviewais alors leurs amis de Telegram pour Sound of Britain). Lors de cette interview, je prends en quelque sorte de leurs nouvelles. Nous parlons du troisiĂšme album du groupe Clear Shot, du futur quatriĂšme album, de la vie Ă Londres en tant quâartiste et de ce quâil faut pour y survivre, et bien plus encore.
Est-ce que vous vivez toujours à Hackney à Londres ?
Charlie Salvidge : Non, en fait je suis le seul qui vit toujours là -bas. Tous les autres ont déménagé dans le sud.
Tom Dougall : Ouais, le sud de Londres. CâĂ©tait (ndlr : la fois oĂč je les ai croisĂ©s au Haggerston Ă Hackney) il y a longtemps. Je pense quâon vivait alors dans lâEast End.
Charlie : On était là -bas (ndlr : le Haggerston) hier soir en fait !
Tom : Eh bien, nous y sommes tout le temps. Charlie vit encore dans lâest, beaucoup de nos amis y vivent encore. Donc nous sommes souvent dans ce quartier. Mais nous vivons dans le sud de Londres.
Charlie : Câest beaucoup moins cher de vivre dans le sud de Londres, voilĂ pourquoi. Un meilleur quartier serait tellement plus cher, câest ridicule.
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Est-ce que tout cela est dû aux businessmen de la City ?
Tom : Presque, oui. Câest une partie du problĂšme.
Charlie : En quelque sorte. Je pense quâautour de Dalston, Clapton et Shoreditch- tous ces quartiers deviennent un peu gentrifiĂ©s. Ce sont surtout de jeunes familles qui emmĂ©nagentâŠ
Tom : Tout le monde est « poussé » de plus en plus en dehors de la ville. Ce nâest pas bon.
Charlie : Cela arrive dans chaque grande ville.
Comment est votre vie à Londres ?
Charlie : Assez ennuyeuse, vraiment ! (rires)
Tom : Jâimagine quâune grande partie de notre vie, câest les jobs. Je travaille beaucoup dans les pubs pour essayer de joindre les deux bouts. Mais tu sais, avec le groupe nous nous voyons le plus possible, pour Ă©crire des chansons. Nous sommes toujours actifs, toujours en train dâĂ©crire. Nous venons de commencer Ă Ă©crire le 4Ăšme album. Si tout va bien nous allons essayer de le sortir plus tard cette annĂ©e. Nous allons juste devoir le finir dans les prochains mois.
Génial ! Au fait, est-ce que vous vivez en coloc ?
Charlie : Tom et Matt vivent ensemble, et nous nous retrouvons souvent chez eux. Quand on parle du loup⊠(ndlr : le reste du groupe entre dans la piÚce, on se dit bonjour, etc.)
à quoi ressemble un jour normal dans vos vies ?
Charlie : Câest trĂšs diffĂ©rent pour nous tous en fait.
Dominic OâDair : Cela ne varie pas trop. Câest juste- me lever, me laver les cheveux⊠me les peigner⊠(rires) RĂ©cemment nous avons enregistrĂ© de la musique Ă Londres, câĂ©tait vraiment fun. En ce moment nous travaillons Ă Londres.
Charlie : Oui, nous travaillons tous beaucoup, juste pour joindre les deux bouts.
Dominic : Londres est assez- Câest un endroit oĂč tu dois⊠tu saisâŠ
Ouais, câest vraiment une ville chĂšre.
Dominic : Ouais, câest difficile.
Charlie : Ouais, et cela le devient de plus en plus aussi.
Je me demandais⊠Quand cette gentrification deviendra trop difficile Ă supporter, quâest-ce que vous allez faire ?
Dominic : Haha ! Les gens déménagent de plus en plus loin du centre tu sais !
Charlie : Juste déménager, et vivre ailleurs.
Vous allez créer une ville entiÚre habitée par des artistes ! (rires)
Charlie : Beaucoup de gens dĂ©mĂ©nagent dans des villes comme Margate dans lâEssex, et Ramsgate, des endroits comme ça.
Maxim Barron : Ouais, câest vrai. Cet endroit est devenu tellement Ă©touffant pour quiconque voulant faire quelque chose de crĂ©atif ou intĂ©ressant. Tu sais, personne nâessaie dâencourager cela.
Tom : Il nây a pas dâaides pour les gens qui souhaitent faire quelque chose dâartistique en ce moment.
Câest fou. Tous mes amis voient Londres comme cette ville trĂšs artistique-
Dominic : Je veux dire, elle lâest ! Câest un endroit incroyable.
Charlie : Câest juste que cet aspect se fait dĂ©truire lentement.
Max Oscarnold : Cela devient plus difficile, mais câest toujours possible dây vivre en tant quâartiste.
Dominic : Malheureusement il nây a plus dâendroits bon marchĂ© oĂč vivre. Ă moins que â comme lâa dit Charlie â tu doives partir. Tandis quâĂ lâĂ©poque il y avait Ă Londres des « poches » dans lesquelles tu pouvais te payer-
Charlie : Ouais, Notting Hill par exemple. CâĂ©tait un endroit trĂšs bon marchĂ© dans les 60s et les 70s.
Tom : Avant, tu pouvais vivre dans des squats, et maintenant câest totalement illĂ©gal. Nâimporte qui pouvait vivre de rien. Si tu aimais ce mode de vie.
Charlie : Câest un peu diffĂ©rent parce que je comprends quâici en Suisse vous avez beaucoup dâargent de la part du gouvernement. Le gouvernement met de lâargent dans les festivals. Cela nâarrive pas vraiment en Angleterre. Il nây a pas vraiment de fonds pour les arts.
Tom : Cela devient de pire en pire.
Maxim : Ils coupent tout le temps les finances. Câest difficile, nâest-ce pas ?
Ouais. Aussi, dâaprĂšs ce que jâai entendu plus tĂŽt, vous avez enregistrĂ© le 4Ăšme album Ă Londres ?
Tom : Non, on a commencé.
Maxim : Nous avons commencĂ© Ă enregistrer des choses lĂ -bas. Mais nous aimons beaucoup enregistrer des choses en dehors de notre pays. Nous aimons lâidĂ©e de peut-ĂȘtre enregistrer et mixer Ă lâĂ©tranger.
Tom : Mais nous avons commencĂ© Ă Greenwich, avec un ami Ă nous nommĂ© Euan. Il joue dans un groupe appelĂ© Younghusband. As-tu entendu parlĂ© dâeux ? Câest vraiment un bon groupe.
Cela me dit quelque chose, mais je ne pense pas les avoir déjà écoutés ! Je manque de culture (rires). Je vais les écouter !
Maxim : Câest en quelque sorte une Ă©table qui a Ă©tĂ© rĂ©novĂ©e en un trĂšs bon studio. CâĂ©tait amusant, câest la premiĂšre fois que nous avons travaillĂ© sur des chansons en mixant et en enregistrant tout complĂštement nous-mĂȘmes en gros- sans aide extĂ©rieure, ou producteur.
Charlie : Nous avons un ingĂ©nieur du son- nous mixons le disque nous-mĂȘmes en fait. Juste avec ces premiĂšres chansons sur lesquelles nous avons travaillĂ©es, tous les cinq dans le studio⊠Chacun sur un fader, en train de mixer de nos propres mains ! Câest en fait une bonne maniĂšre de le faire. Câest vraiment intĂ©ressant et nouveau pour nous.
Maxim : Comme tu imaginerais la maniĂšre dont les gens lâont toujours fait, ce qui est fun parce que nous avons toujours eu un gars qui avait plus de connaissances, ou du moins dont nous pensions quâil avait plus de connaissances !
Charlie : Exactement. Câest rarement le cas.
Maxim : CâĂ©tait tellement fun dâavoir les commandes, et cela sonne vraiment bien !
Je me rĂ©jouis de lâentendre ! Aussi, Ă propos du 3Ăšme album- Jâai lu dans une interview que vous lâaviez enregistrĂ© en deux semaines, dans un studio oĂč vous Ă©tiez toujours ensemble. Est-ce que câest important pour vous dâĂȘtre proches ?
Tom : Je pense que ça aide, dĂ©finitivement. Câest la premiĂšre fois que nous enregistrions un album en dormant dans le studio.
Charlie : Je veux dire, il y a moins de distractions-
Tom : Ouais, cela tâaide Ă te concentrer sur ce que tu fais. Tu nâas pas besoin de retourner Ă ta vie normale.
Max : Si tu rentrais chez toi, tu entrerais dans une autre rĂ©alitĂ©. De cette maniĂšre, tout le monde se concentre sur la mĂȘme chose. Donc tu entres dans une zone mentale pour travailler. MĂȘme lorsque nous allions au lit, nous Ă©tions tous ensemble. Nous parlions de ce que nous allions faire le lendemain, nous Ă©tions mieux organisĂ©s.
Donc vous dormiez tous dans la mĂȘme chambre.
Tom : Nous dormions dans le mĂȘme lit !
Charlie : Nous dormions tous dans un petit pot ! (rires)
Tom : Cette partie-là était vraiment rigolote tu sais.
Est-ce que câĂ©tait ok dâĂȘtre constamment ensemble, 24h/24 ?
Tom : Nous y sommes habituĂ©s parce que nous partons en tournĂ©e tout le temps, et nous sommes constamment les uns avec les autres. Nous avons tournĂ© pendant des annĂ©es, nous adorons cela. Mais jâimagine que nous sommes trĂšs chanceux de bien nous entendre. Beaucoup de groupes ne voudraient pas faire cela.
Est-ce que vous avez enregistré Clear Shot en live ?
Tout le monde : Ouais !
Super ! Et le nouveau ?
Tom : Ouais. Nous essayons toujours dâenregistrer en live autant que nous le pouvons.
Dominic : Nous aimons rajouter des choses, câest amusant aussi. Mais nous voulons en premier capturer la performance. Et câest super, car maintenant nous mixons aussi en live. Câest assez intĂ©ressant, dâenregistrer une performance en live et ensuite de la mixer.
Maxim : Ouais, ce que tu fais Ă ce moment-lĂ sur la table de mix est aussi quelque chose de live. Ce que tu fais Ă ce moment, câest ce que câest. Jâaime cela parce que câest pratiquement la chance qui va dĂ©cider.
Tom : Tu obtiens un mix vraiment diffĂ©rent Ă chaque fois. Une partie est laissĂ©e Ă la chance, relativement- tu obtiens dâheureux accidents de cette maniĂšre.
Ouais, câest ce que jâallais dire ! Parfois câest mieux en live, parce que peut-ĂȘtre que tu fais quelques erreurs, mais-
Tom : Mais cela devient de la passion !
Dominic : Les erreurs ne me dérangent pas-
Tom : Quâest-ce quâune erreur ?
Ă propos de Clear Shot, jâai trouvĂ© que que les paroles avaient un ton diffĂ©rent de ce que vous aviez fait auparavant. Tom, est-ce que tu Ă©cris les paroles ?
Tom : Ouais, surtout pour cet album. Parfois nous collaborons un peu, mais je pense que pour celui-ci câest pratiquement moi. Mais ouais, jâimagine que cela dĂ©pend tout simplement. Sans trop y rĂ©flĂ©chir, cela dĂ©pend de ce qui se passe autour de toi Ă ce moment. Ăa va toujours ĂȘtre diffĂ©rent⊠Il nây a jamais dâeffort conscient, en pensant « je vais Ă©crire de cette maniĂšre ».
Est-ce que cela vient tout seul ?
Tom : Absolument, ouais.
Dominic : Je pense que nous voulions plus nous Ă©tendre que pour le dernier disque- je pense quâil y a plus dâharmonies vocales aussi. Vocalement, câĂ©tait plus mĂ©lodique.
Tom : Ouais, je pense que câest plus complexe mĂ©lodiquement. Nous voulons faire les choses diffĂ©remment Ă chaque fois. Pas de maniĂšre forcĂ©e, mais dans ce qui nous semble naturel musicalement.
Dominic : Parfois câest bien dâĂȘtre mĂ©lodique, et parfois câest bien dâĂȘtre lâinverse.
Tom : Ăcrire des chansons de diffĂ©rentes maniĂšres, ou avoir des approches diffĂ©rentes avec des gens diffĂ©rents.
Oui, je me souviens que la derniĂšre fois- je ne sais plus qui mâavait dit cela- vous mâaviez dit que vous Ă©tiez inspirĂ©s par des expĂ©riences rĂ©elles. Est-ce toujours le cas ?
Tom : Ouais, absolument. La plupart du temps, je pense.
Charlie : Oui, tu mets plus de toi-mĂȘme, ce qui est plus sincĂšre. Je pense que câest plus facile dâĂ©crire des paroles qui sont liĂ©es Ă quelque chose qui se passe dans ta tĂȘte.
Câest intĂ©ressant, parce que jâai interviewĂ© Stu de King Gizzard & The Lizard Wizard- est-ce que vous connaissez ?
Charlie : Jâadore ces gars !
Moi aussi ! Eh bien, il mâa dit lâinverse- que parfois les paroles viennent de son imagination.
Dominic : Ouais, je pense que ce gars vit dans sa propre imagination !
Tom : Il nây a pas de bonne ou de mauvaise maniĂšre de faire ces choses, alors je pense que câest Ă propos de ce qui est bon pour toi.
Je voulais aussi parler de ma chanson favorite sur lâalbum si cela ne vous dĂ©range pas- The Clouds That Cover the Sun.
Tom : Eh bien, en fait câest Ă propos de ma copine- qui est ma copine maintenant, mais qui ne lâĂ©tait pas Ă lâĂ©poque. Mais câest ainsi que vont les relations. VoilĂ en gros de quoi cela parle.
Maxim : Et la musique⊠(rires) Il y a le mĂȘme mouvement avec diffĂ©rents accords, mais la progression est la mĂȘme. Alors tu es en quelque sorte « valsé » et câest comme remplir un disque, tu te sens « weew !». La chanson te fais te sentir un peu malade ! (rires)
Tom : Je pense que câest lâune de mes chansons favorites de lâalbum. En ce qui concerne le rĂ©sultat final, câest peut-ĂȘtre ma prĂ©fĂ©rĂ©e.
Maxim : Je crois que beaucoup de gens aiment cette chanson.
Je ne sais pas, lorsque je lâai Ă©coutĂ©e jâai juste pensĂ© que je lâaimais bien, mais je ne savais pas pourquoi exactement.
Tom : Je pense que câest une bonne chose ! (rires)
Maxim : Toujours, jâaime une chanson lorsque je ne sais pas pourquoi je lâaime Ă ce point. Si je nâarrive pas Ă dĂ©terminer pourquoi jâaime quelque chose, câest bon signe !
Tom : Je crois que si tu attires une atmosphĂšre unique en elle-mĂȘme, alors la chanson aura son propre truc- câest assez difficile de voir ce qui influence quelque chose comme ça. Tu as lâimpression dâentendre quelque chose de vraiment nouveau pour la premiĂšre fois.
Enfin, si vous deviez enregistrer un album dans un endroit pas du tout rĂ©aliste, que choisiriez-vous entre la lune, lâenfer et le McDo ?
Maxim : La lune serait fantastique. Lâenfer⊠pas tellement. Et le McDo⊠Nous lâavons dĂ©jĂ fait ! (rires)
Dominic : La question de la damnation Ă©ternelle serait⊠problĂ©matique. (rires) Eh bien⊠Je voudrais faire lâexpĂ©rience de lâenfer pendant une courte pĂ©riode. JâapprĂ©cierais tout le reste bien plus longtemps.
Tom : 20 secondes. (rires)
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