13 avril 1436 : Arthur de Richemont de Montfort, futur Arthur III de Bretagne, boute l'occupant anglais de Paris (Guerre de 100 ans)
C'est le 13 avril 1436 que Arthur de Richemont de Montfort et ses lieutenants bretons, boutent lâoccupant anglois de Paris. A la tĂȘte de l'armĂ©e bretonne le futur Arthur III de Bretagne, compagnon dâarmes de Sainte Jeanne dâArc, fils du duc Jean IV de Bretagne.
Dans lâHistoire de la Guerre de Cent Ans, Arthur de Richemont reste curieusement â tout comme Olivier V de Clisson â dissimulĂ© par lâombre de Bertrand du Guesclin. Pourtant, il fut le troisiĂšme reprĂ©sentant de la noblesse bretonne Ă sâĂȘtre vu octroyĂ© la dignitĂ© de ConnĂ©table de France. Richemont ne fut pas seulement quâun batailleur talentueux ; il fut aussi un remarquable organisateur, considĂ©rĂ© comme le pĂšre du premier modĂšle dâarmĂ©e permanente en France avec les Compagnies dâOrdonnance.
Arthur (ou Arzur) de Richemont, Duc de Touraine, Comte de Parthenay, de Dreux, dâEtampes, de Montfort et dâIvry voit le jour le 24 aoĂ»t 1393 au chĂąteau de Suscinio, actuellement dans le Morbihan non loin de Vannes. Il est le troisiĂšme fils du Duc Jehan IV et de Jehanne de Navarre (troisiĂšme Ă©pouse du Duc). CuriositĂ© dans cette famille ducale de Bretagne, Jehan IV â anciennement Jehan de Montfort â Ă©tait ouvertement pro-anglais, son fils aĂźné Jehan V, frĂšre dâArthur, ne cessera de louvoyer entre les Valois et les Lancastre pour assurer une sorte dâindĂ©pendance de fait du DuchĂ© de Bretagne. Enfin, Arthur qui ne peut directement prĂ©tendre Ă hĂ©riter du DuchĂ©, il choisit ouvertement le camp des Valois et ce, dĂšs ses jeunes annĂ©es lorsquâil peut porter les armes. Pour lâinstant, il hĂ©rite de son pĂšre les « honneurs de Richemont » (Richmond), mĂȘme si les Anglais ne lui reconnaĂźtront jamais le titre de Comte.
Statue de Arthur III de Bretagne, Ă Vannes
En 1414, Arthur de Richemont entre au service du Dauphin Louis de Guyenne et participe au siĂšge dâArras. Le Dauphin lui octroie alors les terres de Jehan II de Partenay-LarchevĂȘque qui a eu le tort de rallier la cause du Duc de Bourgogne Jehan Sans Peur, honni du camp Armagnac auquel appartient Louis de Guyenne. Le 28 octobre 1415, Arthur de Richemont participe au dĂ©sastre dâAzincourt et y est fait prisonnier. Il est alors incarcĂ©rĂ© pendant cinq ans Outre-Manche au chĂąteau de Fotheringhay.
En 1420, libĂ©rĂ© par Henri V de Lancastre, Richemont rentre en France mais doit suivre le Roi dâAngleterre dans sa prise de Meaux lors de son entrĂ©e triomphale Ă Paris. En 1423, aprĂšs la mort dâHenri V, Arthur de Richemont se met au service du Dauphin Charles et trouve lâappui dâYolande dâAragon. Toutefois, en dĂ©pit de la guerre larvĂ©e qui anime les relations entre le Royaume de Bourges et le DuchĂ© de Bourgogne, Arthur de Richemont Ă©pouse Marguerite de Bourgogne Duchesse de Guyenne, sĆur de Philippe le Bon, Ă Dijon la mĂȘme annĂ©e.
Marguerite de Bourgogne, épouse de Arthur III de bretagne, Jean joseph ansiaux.
En 1423, lâArmĂ©e royale franco-Ă©cossaise subit la grave dĂ©faite de Verneuil face aux Anglais. Le ConnĂ©table Guillaume Stuart est tuĂ©. PoussĂ© par Yolande dâAragon, Charles â alors dĂ©pressif et influençable â choisit Richemont pour prendre lâĂ©pĂ©e de ConnĂ©table. Malheureusement, lâarrivĂ©e au Conseil royal du nouveau favori Pierre de Giac provoque des tensions entre le Dauphin et le ConnĂ©table. Richemont tente de relancer lâOst royal dans des combats de reconquĂȘtes, avec lâapport dâune partie de la noblesse bretonne "prĂȘtĂ©e'" par le Duc Jehan V. Mais Richemont subit deux dĂ©convenues dans lâAvranchin (Normandie), Ă Saint-James-de-Beuvron et aux Bas-Courtils. En 1427, Richemont, Yolande dâAragon et Georges Ier de la TrĂ©moille â autre personnage ambitieux â conjurent contre Pierre de Giac. Celui-ci est arrĂȘtĂ© par Richemont en personne dans son chĂąteau dâIssoudun (Bas-Berry), emmenĂ© de force Ă Dun-le-Roi via Bourges. AprĂšs un court procĂšs, Richemont enferme Pierre de Giac dans un sac et le noie dans un lac.
Mais, Georges de la TrĂ©moille ne tarde pas Ă prendre la place de favori du Dauphin laissĂ©e vacante par Giac, est nommĂ© Chambellan et en profite pour dĂ©choir Richemont de sa charge de ConnĂ©table de France. Banni, le frĂšre du Duc de Bretagne combat un temps les Anglais Ă Parthenay et rameute une armĂ©e pour punir La TrĂ©moille dans une courte guerre privĂ©e. Richemont Ă©tant bien meilleur soldat que lâobĂšse Chambellan, disperse les hommes rassemblĂ©s par La TrĂ©moille qui se rĂ©fugie dans Bourges. Comme lâexplique Georges Minois, il sâen faut alors de peu pour que Richemont ne donne lâassaut Ă la CitĂ© pour y occire son ennemi. Câest le Dauphin qui, arrivĂ© depuis Chinon, intervient en personne et qui somme Ă son ancien ConnĂ©table de repartir en Bretagne. FidĂšle Ă son souverain malgrĂ© tout, Arthur de Richemont obĂ©it.
En 1429, Arthur de Richemont est rappelĂ© presque en secret par Yolande dâAragon pour marcher sur lâOrlĂ©ans. Rassemblant une partie de la noblesse bretonne encore volontaire, il se dirige vers OrlĂ©ans oĂč il fait la rencontre de Sainte Jehanne dâArc Ă Beaugency. Les hommes de Richemont participent aux combats de Jargeau et Patay mais lĂ encore, sur ordre du Roi, ils doivent repartir en Bretagne.
En 1432, Richemont est lâacteur dâun Ă©pisode assez curieux. Il doit alors aider son frĂšre, alliĂ© aux Anglais, pour reprendre la place de PouancĂ© (Anjou) tenue par le Duc Jehan II dâAlençon. Richemont, que lâidĂ©e de combattre aux cĂŽtĂ©s des Anglais rĂ©vulse, rĂ©ussit toutefois Ă ouvrir des nĂ©gociations qui aboutissent Ă la signature dâune paix entre Alençon et le Duc de Bretagne.
Blason du Connétable de Richemont
LâannĂ©e 1433, voit le retour en grĂące de celui que lâon surnomme « Le Balafré » (en raison dâune entaille qui lacĂšre une partie du visage) ou « le Justicier ». En effet, le Parti Angevin rassemblĂ©e autour dâYolande dâAragon projette de se dĂ©barrasser dĂ©finitivement de La TrĂ©moille, qui dâailleurs, a de moins en moins lâappui de Charles VII devenu beaucoup plus sĂ»r de lui. Si Richemont et La TrĂ©moille signent la paix entre eux sous le patronage de Jehan V de Bretagne, des tractations ont lieu entre les Angevins et Richemont qui rĂȘve dâen dĂ©coudre avec le Chambellan. Rassemblant une troupe qui compte aussi Jehan V de Bueil et Pierre de BrezĂ©, Richemont arrive de nuit au ChĂąteau de Chinon le 3 juin 1433 et se fait ouvrir la porte par des complices.
La troupe enfonce la porte de la chambre de Georges de la TrĂ©moille qui, terrorisĂ©, nâose pas bouger. Un certain Jehan de Rosnivynen tente alors de frapper lâobĂšse Chambellan au cĆur Ă lâaide dâun poignard mais La TrĂ©moille doit la vie Ă sa graisse qui bloque la lame ! Finalement, avec lâaccord du Roi, Richemont expĂ©die La TrĂ©moille Ă la forteresse de MontrĂ©sor sans aucune autre forme de procĂšs. Peu de temps aprĂšs, Charles VII remet lâĂ©pĂ©e de ConnĂ©table de France Ă Arthur de Richemont. Mais il faut dire que le Roi de France gardera une constante mĂ©fiance vis-Ă -vis de son ConnĂ©table et fera en sorte que le clan de capitaines bretons ne tire pas toute la gloire de la reconquĂȘte. Arthur de Richemont peut alors compter sur un parti de lieutenants qui lui sont dĂ©vouĂ©s, tous Ă©tant issus de la vieille noblesse bretonne : Tugdual de Kermoysan, un spĂ©cialiste des siĂšges et des dĂ©fenses qui a eu lâoccasion de croiser le fer avec Philippe le Bon au siĂšge de Melun en 1419, PrĂ©gent de CoĂ©tivy, Pierre de Rostrenen et Jehan Budes, entre autres.
PlacĂ© Ă la tĂȘte de lâOst royal, Richemont sâemploie alors Ă la renforcer en attendant la reprise des hostilitĂ©s. En 1434, le ConnĂ©table de France rĂ©ussit Ă dĂ©gager Laon et Soissons. En 1435 la signature du TraitĂ© dâArras marque la rĂ©conciliation entre Charles VII et le DuchĂ© de Bourgogne. En 1436, Richemont mĂšne, avec Jehan de Villiers de lâIsle-Adam, un fidĂšle de Philippe le Bon une armĂ©e franco-bourguignonne, qui encercle Paris par le nord et le sud. On compte dans cet Ost dâanciens compagnons de la Pucelle dâOrlĂ©ans tels La Hire, Jehan de Dunois, cousin naturel du Roi, Jehan de Brosse MarĂ©chal de Sainte-SĂ©vĂšre et Jehan Poton de Xaintrailles. Richemont isole Paris en sâassurant le contrĂŽle de la vallĂ©e de lâOise, de la Champagne et de la Brie. LâOst royal dispose aussi dâappuis dans la capitale, des bourgeois menĂ©s par le Receveur aux Comptes Michel de Laillier qui sont entrĂ©s en rĂ©bellion contre les troupes anglaises et lâadministration pro-Lancastre qui gĂšre les affaires de la ville. Finalement, ne pouvant tenir un combat de rue, les Anglais se rĂ©fugient alors dans la Bastide Saint-Antoine (Bastille). Richemont leur promet alors la vie sauve sâils quittent Paris, ce quâils font le 15 avril 1436. Entre 1437 et 1431, Arthur de Richemont et ses lieutenants poursuivent leur chevauchĂ©e victorieuse ; Meaux et Montereau tombent. En 1441, Richemont sâempare de Pontoise se qui parachĂšve la dĂ©livrance de lâĂle-de-France. Toutefois, la montĂ©e en puissance et la rĂ©ussite militaire du ConnĂ©table de Charles VII provoquent des jalousies, notamment celle du Comte de Clermont et du Duc dâAlençon qui projettent de lâĂ©liminer avec la complicitĂ© du fils du Souverain, le Dauphin Louis. Sauf que la conjuration dite de la Praguerie est dĂ©couverte Ă temps par Antoine de Chabannes et les conjurĂ©s rapidement dĂ©faits en Auvergne.
En 1442, Arthur de Richemont signe un autre fait dâarme en secourant Ă temps la place de Tartas tenue par Charles II dâAlbret* et assiĂ©gĂ©e par les Anglais. Câest aussi cette annĂ©e, quâArthur de Richemont Ă©pouse se secondes noces Jehanne dâAlbret (Marguerite de Bourgogne Ă©tant dĂ©cĂ©dĂ©e en 1441). En 1443, exsangues, les Anglais sont contraints de demander la paix qui est signĂ©e Ă Tours. Charles VII peut alors engager dâimportantes rĂ©formes. Il confie alors la partie militaire Ă son ConnĂ©table, lui donnant ordre de crĂ©er un Ost permanent. LâannĂ©e 1445 voit donc la crĂ©ation des Compagnies dâOrdonnances (car créées par Ordonnance Royale). OrganisĂ©es par Richemont, ces Compagnies sont pensionnĂ©es directement sur le trĂ©sor royal. Richemont revalorise alors la cavalerie, tout en en renforçant la discipline. Les hommes doivent ĂȘtre recrutĂ©s parmi les plus mĂ©ritants et la discipline est considĂ©rablement renforcĂ©e. En outre, les mercenaires et les Ă©corcheurs sont envoyĂ©s combattre au-dehors du Royaume. En 1445, les Compagnies dâOrdonnance sont au nombre de 15-16, formĂ©es de 100 Lances chacune (une lance Ă©tant Ă©quivalente Ă six hommes). Ainsi, Charles VII peut sâappuyer sur 9 000 â 10 000 hommes en permanence. Si, comme le souligne Georges Minois, les Compagnies de francs-archers, recrutĂ©es comme force dâappoint ont une crĂ©dibilitĂ© douteuse, les Compagnies dâOrdonnance formeront une trĂšs bonne force de frappe. Une Compagnie de Gardes (Français et Ăcossais) est aussi formĂ©e. LâidĂ©e dâarmĂ©e permanente Ă disposition du Roi de France nâest pas nouvelle. Charles V lâavait dĂ©jĂ mis en application mais son idĂ©e ne lui survĂ©cut pas. Avec Charles VII, sâopĂšre une importante mutation dans lâhistoire militaire mĂ©diĂ©vale, car les Compagnies dâOrdonnance marquent un important progrĂšs de lâexpansion de lâĂtat dans le champ politique, au dĂ©triment des anciennes coutumes fĂ©odales.
Richemont reprend la guerre contre les Anglais en 1449 et cette fois, avec lâappui complet de son neveu François Ier de Bretagne (le fils du Duc Jehan V disparu en 1442) qui dĂ©clare la guerre Henri VI de Lancastre aprĂšs la prise de FougĂšres par le routier Surienne lâAragonais. Charles VII profite immĂ©diatement de lâoccasion et dĂ©clenche la campagne de Normandie avec Dunois, le Comte de Clermont et son fils Louis. Dunois et Louis marchent respectivement sur Rouen et Dieppe pendant que Clermont marche sur la Basse-Normandie. Quant Ă Richemont, il remonte par lâAvranchin. Le 14 avril 1450, Richemont et le Comte de Clermont Ă©crasent Ă peu de frais les 3 000 piĂ©tons et archers anglais de Thomas Kyriell. Le massacre est complet. Richemont et ses lieutenants, sâemparent ensuite de Caen, puis de Cherbourg oĂč son tuĂ©s Rostrenen et Kermoysan, ce qui rend leur chef inconsolable. Mais Charles VII, fera en sorte de masquer la campagne rĂ©ussie de Richemont pour mieux fĂȘter celle de Dunois et du Comte de Clermont. La campagne de Normandie est le dernier fait dâarme dâArthur de Richemont, Charles VII le tenant Ă lâĂ©cart pour la conquĂȘte de la Guyenne. Toutefois, lâappareil militaire quâil a contribuĂ© Ă forger contribuera Ă la victoire de Castillon, Ă laquelle participent des Bretons (Guy de Laval-Montmorency de LohĂ©ac et François dâEtampes).
Pendant prĂšs de sept ans, Arthur de Richemont reste Ă©loignĂ© des affaires politiques quant en 1457, son neveu Pierre II, frĂšre cadet de François Ier, meurt sans hĂ©ritier. De jure, selon la coutume bretonne, Arthur de Richemont devient Duc de Bretagne et prend le nom dâArthur III. En cela, il doit rendre lâHommage au Roi de France. Mais Arthur III rend lâHommage non-lige Ă Charles VII qui lui proposait la dignitĂ© de Pair de France⊠ce qui lâaurait contraint Ă rendre lâhommage-lige, ce dont la noblesse bretonne ne savait accepter. Finalement, Charles VII acceptera de mauvais grĂ© que son ancien ConnĂ©table lui rende lâHommage non-lige.
Arthur III ne reste pas longtemps Duc de Bretagne puisquâil disparaĂźt le 26 dĂ©cembre 1458. Il reste incontestablement lâune des plus grandes figures militaires de la Guerre de Cent Ans.
















