OpĂ©ration immersion : comment les laboratoires se prĂ©parent-ils Ă ouvrir leurs portes pour la FĂȘte de la science ?
 La FĂȘte de la science offre chaque annĂ©e lâoccasion au grand public et aux scolaires de pĂ©nĂ©trer dans les laboratoires de recherche de la rĂ©gion Ă lâoccasion de portes ouvertes.Â
Oui mais au fait, comment fait-on pour se prĂ©parer Ă cela quand on est un laboratoire ? Est ce quâil y a une recette magique pour bien accueillir le public ? Et quels sont les avantages et les inconvĂ©nients dâun tel exercice ?
Pour tenter de rĂ©pondre Ă ces questions, nous nous sommes faufilĂ© dans deux structures Toulousaines qui ont fait le choix dâouvrir leurs portes Ă lâoccasion de la FĂȘte de la science : le laboratoire GEODE de lâUniversitĂ© Jean JaurĂšs, ainsi quâĂ lâIRAP (Institut de Recherche en Astrophysique et PlanĂ©tologie).
Nous avons Ă©tĂ© chaleureusement reçues par Franck Vidal, chargĂ© de la coordination scientifique de lâopĂ©ration au laboratoire GEODE, et DolorĂšs Granat du pĂŽle communication-Ă©vĂšnementiel de lâIRAP.
Nous vous proposons un retour sur ces deux entretiens particuliÚrement intéressants qui nous dévoilent les secrets de préparation de ces journées portes ouvertes ...
Vous ĂȘtes prĂȘts ? A vos notes ! :)
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Pourquoi participez-vous Ă la FĂȘte de la science ?
Franck Vidal, GEODE : Tout dâabord, il faut noter que câest la premiĂšre fois que le Laboratoire GEODE ouvre ses portes pour la FĂȘte de la Science. Câest Ă lâoccasion de lâouverture de la âMaison de la recherche 2âł que le Centre de Promotion de la Recherche Scientifique a proposĂ© de participer Ă cet Ă©vĂ©nement. La crĂ©ation de cette nouvelle structure a permis dâĂ©quiper notre laboratoire dâun grand nombre dâĂ©quipements. En participant Ă la FĂȘte de la science, notre but est donc de rendre visible au public ces nouvelles installations dont nous bĂ©nĂ©ficions. AprĂšs tout, on sâest dit que câĂ©tait quand mĂȘme dommage que les gens ne voient pas ces nouveautĂ©s !
DolorĂšs Granat, IRAP : Câest tout dâabord lâoccasion de rapprocher la science et les citoyens en permettant aux chercheurs de remplir lâune de leurs missions en participant Ă la diffusion des savoirs scientifiques par des actions de vulgarisation. On peut noter que le budget accordĂ© Ă la recherche par le ministĂšre de lâEnseignement SupĂ©rieur et de la Recherche reprĂ©sente plusieurs milliards dâeuros, câest Ă©norme !  Participer Ă ces Ă©vĂ©nements est ainsi une façon de ârendre compteâ au grand public des travaux effectuĂ©s dans les laboratoires.Â
Comment avez-vous mobilisés les chercheurs ?
Franck Vidal, GEODE : Je ne suis pas officiellement chargĂ© de communication du laboratoire, mais jâai pris un peu cette casquette. Câest lorsque jâorganisais dâautres manifestations de ce type (Ă Albi ou encore Ă Foix par exemple) que jâallais voir les chercheurs, je regardais ce quâils faisaient et Ă partir de ça, j'amĂ©nageais les opĂ©rations. Je prenais donc en charge une trĂšs grande partie de lâorganisation. Les chercheurs venaient souvent en soutien.
On arrive toujours Ă trouver des scientifiques qui aiment rĂ©ellement le contact avec le public, tout particuliĂšrement chez les jeunes chercheurs qui sont peut-ĂȘtre plus habituĂ©s Ă ce genre dâexercice. NĂ©anmoins, je ne vous cache pas que cela reste difficile de convaincre tout le monde puisque la communication grand public nâest absolument pas reconnue dans leurs carriĂšres.
Le plus souvent, je demande en prioritĂ© aux personnes sur lesquelles je suis sĂ»r de compter. On fonctionne beaucoup par copinage, vous savez. Cette annĂ©e, jâai pu convaincre 4 collĂšgues de se mobiliser sur une journĂ©e, ce qui est plutĂŽt un trĂšs bon rĂ©sultat.
DolorĂšs Granat, IRAP : Comme je suis en charge de la communication sur le laboratoire, jâai dans un premier temps envoyĂ© un mail pour que les Ă©quipes prennent connaissance de lâĂ©vĂšnement et pour les solliciter. Câest Ă©galement en allant directement Ă leur contact que jâai pu recevoir des retours positifs.  Jâai essayĂ© de diversifier le type dâintervenants entre chercheurs, enseignants-chercheurs, ingĂ©nieurs et doctorants pour pouvoir avoir diffĂ©rents types dâanimations et de profils. Tous profils confondus, une trentaine de personne se mobiliseront pour cette manifestation.Â
Quelles animations proposez-vous ?
Franck Vidal, GEODE : ConcrÚtement, nous proposons au public une exposition panneau sur la cartographie avec différentes manipulations.
Exposition âIn-Terre-Activeâ
Exposition âIn-Terre-Activeâ
AprĂšs, au niveau des animations avec les chercheurs, nous avons organisĂ© des projections de films dans les salles du labo. Quatre thĂ©matiques seront abordĂ©es selon les spĂ©cialitĂ©s des chercheurs qui auront lâoccasion de commenter en direct les projections. Ils peuvent choisir de mettre le film seulement en âfond sonoreâ et assurer eux mĂȘmes leurs propres prĂ©sentation, ou sâils se sentent moins Ă lâaise, ils peuvent commenter simplement le film.Â
Bref, ils sont libres de faire ce quâils veulent. On donne donc des cartes au chercheur, et câest Ă lui de choisir lâutilisation quâil en fait.
De façon gĂ©nĂ©rale, cela se passe bien. Au pire, ils se plantent sur le premier groupe mais trĂšs vite le discours est en place et tout roule :)Â
Malheureusement, nous nâavons pas les moyens financiers pour crĂ©er de vĂ©ritables expositions ou animations dĂ©diĂ©es Ă la FĂȘte de la Science. Câest pour cela que nous sommes obligĂ©s de puiser dans notre stock de contenu.
DolorĂšs Granat, IRAP :  Selon les thĂ©matiques ou spĂ©cialitĂ©s de chaque intervenant, nous mettrons en place diffĂ©rentes animations : des confĂ©rences thĂ©matiques de 20 Ă 30 minutes ; des animations pour les plus jeunes : ateliers dâobservations autour du soleil, travaux pratiques autour de la lumiĂšre, atelier montage dâune fusĂ©e avec legos, etc. ainsi que des visites des plateaux techniques et des salles blanches. [Ce sont des salles dâinstrumentation stĂ©riles auxquelles le public ne peut pas accĂ©der]. Nous disposons cependant de vitrines Ă travers lesquelles les visiteurs pourront observer lâintĂ©rieur de ces salles, avec les explications dâun chercheur.
Vitrine dâobservation dâune âsalle blancheâ de lâIRAP
Du matĂ©riel sera Ă©galement mis en place comme Planeteralla (un simulateur dâaurores borĂ©ales), des solarscopes pour les observations du soleil, pour les plus petits des montages dâinstruments avec des legos, et lâouverture de lâobservatoire avec dĂ©monstration du radio tĂ©lescope en direct. Les intervenants devront Ă©galement ĂȘtre mobilisĂ©s le jour J pour accompagner le public Ă lâentrĂ©e et vers les diffĂ©rentes activitĂ©s.
Nous proposerons aussi dans le hall dâaccueil une table ronde des doctorants avec les prĂ©sentations de leurs diffĂ©rents parcours. Â
Quels thĂšmes de recherche mettez-vous en avant ? Suivez-vous les sujets principaux abordĂ©s lors de la FĂȘte de la Science (Changement climatique, LumiĂšre, etc.) ?Â
Franck Vidal, GEODE : Nous avons dĂ©cidĂ© de mettre en avant les principaux axes de recherche de notre laboratoire en fonction des spĂ©cialitĂ©s des chercheurs participants. 4 thĂšmes seront donc abordĂ©s durant les films : la palynologie (lâĂ©tude des pollens), la sĂ©dimentologie, lâanthracologie (lâĂ©tude des charbon de bois ancien) et enfin la numĂ©risation 3D (numĂ©risation dâenvironnements complexes). Toutes les projections auront pour but final de comprendre comment peut-on Ă©tudier et que peut-on Ă©tudier pour reconstituer les climats, les environnements et les sociĂ©tĂ©s passĂ©es ?
DolorĂšs Granat, IRAP : Câest la thĂ©matique de la LumiĂšre qui sera principalement mise en avant grĂące des confĂ©rences qui sâaxeront sur les diffĂ©rentes spĂ©cialitĂ©s des chercheurs. Nous mettrons Ă©galement en avant les diffĂ©rents faits marquants de lâannĂ©e en terme dâastronomie comme par exemple une confĂ©rence dĂ©diĂ©e aux comĂštes avec une explication sur Rosetta. Le thĂšme du changement climatique ne sera pas aborder par lâIRAP, dâautres laboratoires de lâObservatoire Midi-PyrĂ©nĂ©es sont spĂ©cialisĂ©s sur ces thĂ©matiques. On peut noter quâil est possible âque dans les 15 annĂ©es Ă venir, lâĂ©tude de lâatmosphĂšre et du climat des exoplanĂštes pourra nous permettre une meilleure comprĂ©hension de lâĂ©volution climatique de notre planĂšte sur le long terme â.
Comment on sây prend ? Racontez-nous un peu les coulisses de lâorganisation...
Franck Vidal, GEODE : Nous avons puisĂ© dans notre contenu de films pĂ©dagogiques selon les thĂšmes que nous voulions mettre en avant. Notre contenu vidĂ©o nâa pas Ă©tĂ© spĂ©cialement créé pour la FĂȘte de la science mais cela reste un contenu pĂ©dagogique que nous avons conçu en interne et qui reste facilement accessible pour le grand public. Sur ces vidĂ©os, les scolaires pourront dĂ©couvrir comment on effectue un carottage ou encore comment sont rĂ©alisĂ©es les expĂ©riences chimiques en labo aprĂšs prĂ©lĂšvements terrain.
Avec les commentaires et explications du chercheurs, le public se retrouvera en immersion dans le quotidien du labo. Du matĂ©riel pourra ĂȘtre montrĂ© en complĂ©ment du film mais les manipulations ne seront pas possibles. Â
DolorĂšs Granat, IRAP : Nous avions organisĂ©s avant lâĂ©tĂ© une rĂ©union âcommunication/ webâ avec la direction du laboratoire pour dĂ©finir la thĂ©matique gĂ©nĂ©rale de ces portes ouvertes. De lĂ , nous avons dĂ©cidĂ© de nous positionner sur la thĂ©matique de la LumiĂšre qui nous paraissait ĂȘtre la plus appropriĂ©e compte tenu de nos travaux et de lâAnnĂ©e internationale de la LumiĂšre. Le programme des portes ouvertes sâest donc dessinĂ© dans cette optique lĂ , grĂące aux propositions dâanimations de chaque intervenant. Rien nâest créé spĂ©cialement pour cet Ă©vĂ©nement. Ces animations sont, pour la plupart, reconduites lors des diffĂ©rents Ă©vĂ©nements auxquels peuvent participer les Ă©quipes et font donc partie intĂ©grante des missions des chercheurs.
Une rĂ©union avec tous les participants a Ă©tĂ© Ă©galement programmĂ©e pour mettre en place les derniĂšres questions dâorganisations (rĂ©partition des tĂąches, choix des tee-shirt, mise en place de la signalĂ©tique, finalisation du programme, et autres questions organisationnelles) Â
Et quelles sont vos actions de communication ?
DolorĂšs Granat, IRAP : Le programme des portes ouvertes sera intĂ©grĂ© sur le site Web de lâIRAP. Nous allons Ă©galement installer une grande banderole sur la clĂŽture extĂ©rieure avec en gros plan un QR code renvoyant sur la page du site web. Nous allons communiquer via notre compte twitter de lâIRAP ainsi que celui de notre dĂ©lĂ©gation rĂ©gionale.Â
Quel est lâintĂ©rĂȘt pour vous dâouvrir vos portes au public ? Â
Franck Vidal, GEODE : Selon moi, il y a 3 objectifs. Le premier est dâessayer de faire rĂ©flĂ©chir les gens sur la recherche scientifique. Le deuxiĂšme sera dâessayer de susciter des envies de carriĂšres scientifiques qui sont de plus en plus dĂ©laissĂ©es. Et la troisiĂšme chose qui est, selon moi, la plus importante est le devoir ! En effet, en tant que fonctionnaire de lâEtat, nous nous devons de partager avec le public.
DolorĂšs Granat, IRAP : DĂ©jĂ , il y a une question de devoir envers le public. Ce genre dâĂ©vĂšnement fait selon moi partie intĂ©grante des missions des chercheurs. Cela permet entre autre de valoriser leurs recherches.Â
Outre le fait de transmettre un savoir scientifique pur, il y a aussi une idĂ©e de partager son parcours et dâessayer de faire susciter la curiositĂ© et pourquoi pas des vocations auprĂšs du jeune public. Câest lĂ que le rĂŽle des doctorants est fondamental pour donner une image positive des mĂ©tiers autour de la recherche scientifique.
Avez-vous des retours des précédentes années ? Anecdotes, expériences, exemples, etc.
Franck Vidal, GEODE : Les annĂ©es prĂ©cĂ©dentes dans les villages des sciences, nous avions proposĂ© des manipulations de matĂ©riel, un microscope par exemple. Cependant, nous ne prĂ©voyons pas dâanimations de ce type cette annĂ©e car cela est trĂšs compliquĂ© Ă mettre en place, principalement pour des questions de sĂ©curitĂ©. Imaginez devoir faire faire un carottage en pleine nature par toute une classe !
Câest pourquoi nous utilisons les vidĂ©os qui dĂ©crivent les manipulations effectuĂ©es sur le terrain. Le matĂ©riel utilisĂ© sur la vidĂ©o sera disposĂ© Ă cĂŽtĂ© du chercheur, ce qui permettra un visualisation rĂ©elle.
Quel est selon vous lâintĂ©rĂȘt pour un laboratoire de recherche dâouvrir ses portes au grand public ? Comment encourageriez-vous dâautres laboratoires ?Â
Franck Vidal, GEODE : Il faut bien prendre conscience que ce genre dâĂ©vĂšnement devient un moyen de diffusion de lâinformation scientifique. Câest vrai quâen France, les labos ont selon moi trop peu dâoccasions de partager leurs recherches.Â
En effet, via les rĂ©seaux sociaux, la communication scientifique devient petit Ă petit davantage accessible et les laboratoires français commencent Ă comprendre que cette diffusion est indispensable. Les Anglo-saxons lâont dĂ©jĂ compris bien avant !
Je dirais aux autres laboratoires que câest avant tout un devoir vis Ă vis du public en tant que fonctionnaire. Mais il faut avouer que câest encore un problĂšme actuellement. Il rĂ©side une dichotomie entre le fait que les chercheurs se consacrent exclusivement Ă leur carriĂšre professionnelle et le fait quâils font partie intĂ©grante dâun service dit public.
Selon moi, câest avant tout une question de personne. Il faut trouver quelquâun de motivĂ© au sein du laboratoire. Câest rarement le laboratoire lui-mĂȘme qui prendra lâinitiative.
DolorÚs Granat, IRAP :  Ces manifestations sont des passerelles entre les acteurs de la recherche et les citoyens. Elles contribuent à développer un dialogue, tout en promouvant les défis que la recherche vise à relever. Les chercheurs sont des personnes passionnées par leur métier et par leurs recherches, c'est donc une satisfaction pour eux de transmettre aux différents publics.
Et s'ils trouvent un écho médiatique, ces communications permettent de faire jouer la compétition et de promouvoir leur champ scientifique.
Ce genre dâĂ©vĂšnement est bel et bien un moyen unique de donner au public l'occasion de voir la fabrique de la connaissance.Â
Câest sur cette note que se termine notre interview, nous remercions encore Franck Vidal et DolorĂšs Granat dâavoir eu la gentillesse de rĂ©pondre Ă nos questions et de nous accueillir dans les coulisses de leurs laboratoires.Â
Le monde de la recherche nâest donc plus cet univers hermĂ©tique que lâon imagine. Les laboratoires sont en effet de plus en plus nombreux Ă profiter de manifestations grand public pour ouvrir leurs portes. Une initiative qui peut ĂȘtre portĂ©e par toute une Ă©quipe spĂ©cialisĂ©e dans lâĂ©vĂ©nementiel, comme par une seule personne. Une bonne motivation reste en effet le seul Ă©lĂ©ment essentiel pour entreprendre cette dĂ©marche ! Nul besoin dâinventer de nouveaux supports dâanimation, puisez dans vos archives, vous trouverez toujours du contenu pertinent Ă prĂ©senter au public !
La prise de parole en public est un exercice qui peut parfois paraĂźtre difficile Ă certains professionnels de la recherche. Lâargument infaillible pour arriver Ă convaincre les plus rĂ©ticents reste, semble t-il, la notion de devoir. Nos interlocuteurs ont en effet beaucoup insistĂ© sur le fait que la communication grand public fait partie intĂ©grante des missions du chercheur.
VoilĂ , maintenant que vous avez la recette, vous nâavez plus dâexcuses pour ne pas vous aussi ouvrir vos portes ;-)
Et maintenant, ... A vos commentaires ! :)Â
Que vous ayez des questions, des remarques ou encore des suggestions quant Ă vos propres mĂ©thodes de prĂ©paration pour la FĂȘte de la science (ou Ă tout autre manifestation), nous sommes preneurs ! :)Â
Et vous aussi, partagez vos expĂ©riences dâouverture de labo pour encourager vos homologues Ă faire de mĂȘme lâannĂ©e prochaine ! :)
Morgane Bouterre et Estelle Frayssinous, assistantes de communication en ligne.