La sĂ©pulture des Ă©vĂȘques concordataires
Selon une tradition trĂšs ancienne de lâĂglise, les Ă©vĂȘques se trouvent enterrĂ©s dans la cathĂ©drale du dernier diocĂšse dans lequel ils ont exercĂ© leur ministĂšre.
Par suite de multiples Ă©vĂ©nements politiques et religieux, peu dâĂ©vĂȘques de Strasbourg ont Ă©tĂ© inhumĂ©s dans la cathĂ©drale entre la fin du Moyen-Ăge et la RĂ©volution.
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Avec la pĂ©riode concordataire sâouvre une nouvelle Ăšre : les Ă©vĂȘques ne sont plus, comme les Rohan, des princes qui cumulent lâĂ©piscopat avec des fonctions de grand aumĂŽnier Ă la cour. Quand lâĂ©vĂȘque Saurine dĂ©cĂšde en mai 1813 Ă lâĂąge de 80 ans, bien quâil soit peu apprĂ©ciĂ© par son clergĂ©, sa dĂ©pouille est accueillie dans la cathĂ©drale, oĂč aucun Ă©vĂȘque nâa plus Ă©tĂ© inhumĂ© depuis Conrad de Busnang, en 1471.
PlutĂŽt que de dĂ©foncer le sol de la chapelle Saint-Jean ou de la chapelle Saint-AndrĂ©, on choisit dâutiliser un caveau Ă©tabli au milieu du XVIIIe siĂšcle par les prĂ©bendiers de la cathĂ©drale dans le sous-sol de la chapelle Saint-Laurent. Si les membres du Grand Choeur ont choisi cet emplacement, câest parce quâils sont les "patrons" de la paroisse Saint-Laurent â cela signifie quâils nomment le prĂȘtre assurant la fonction de curĂ©.
Il y a donc une rĂ©elle contradiction Ă enterrer lâĂ©vĂȘque dans la chapelle paroissiale, mais les considĂ©rations pratiques lâemportent alors sur la symbolique.
Quâon en juge : aux dires du chanoine Schickele, qui lâa visitĂ©, « le caveau est encore tel quâil a Ă©tĂ© creusĂ© en 1743, Ă lâextrĂ©mitĂ© de la chapelle Saint-Laurent, prĂšs de la petite porte de sortie. Un escalier trĂšs raide de 12 marches y conduit Ă une profondeur de 3m34. LâintĂ©rieur forme un appartement murĂ©, divisĂ© en deux parties. La partie principale, destinĂ©e Ă la sĂ©pulture, mesure 6,97m de longueur sur 3,28m de largeur, et dans son prolongement, une chambre de 1,35m, sĂ©parĂ©e par un mur avec porte, dans laquelle il nây a plus en ce moment que quelques blocs de pierre ».
Avant la RĂ©volution, vingt-et-un prĂ©bendiers ont Ă©tĂ© inhumĂ©s en ce caveau, le premier en 1743 et le dernier en 1782. Leurs ossements ont sans doute Ă©tĂ© regroupĂ©s pour faire place Ă Saurine en 1813, puis Ă Mgr Le Pappe de Trevern, en 1842. En effet, le prince de Croy est  mort comme archevĂȘque de Rouen et Mgr Tharin, devenu prĂ©cepteur du petit-fils de Charles X, est enterrĂ© au cimetiĂšre de Picpus Ă Paris.
Lorsque Schickele visite "ce souterrain", aprĂšs la mort de Mgr Fritzen, il explique que les corps des deux premiers Ă©vĂȘques inhumĂ©s « ont dĂ» cĂ©der leur place et ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s dans une tombe creusĂ©e dans le sol mĂȘme du caveau ». Il ajoute quâon ne voit plus que « trois cercueils posĂ©s sur le sol nu, lâun Ă cĂŽtĂ© de lâautre, Ă savoir ceux de Mgr Raess, de Mgr Stumpf et de Mgr Fritzen ».
Ce sont ces trois cercueils, augmentĂ©s de celui de Mgr Ruch, en 1945, qui ont dĂ» ĂȘtre dĂ©placĂ©s en 1966, au moment oĂč ont Ă©tĂ© menĂ©es des fouilles archĂ©ologiques sous la chapelle Saint-Laurent. Ils ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s quelques annĂ©es plus tard dans le nouveau caveau Ă©piscopal, amĂ©nagĂ© dans lâemplacement de lâancien escalier central conduisant Ă la crypte. Les ont respectivement rejoints le corps de Mgr Elchinger en 1998 et celui de Mgr Brand en 2013.
SituĂ© Ă lâaplomb de lâautel et du choeur, ayant son entrĂ©e dans la crypte de la cathĂ©drale, ce nouveau caveau manifeste davantage la symbolique du lien central nouĂ© entre lâĂ©vĂȘque et son peuple.