Aux prĂ©mices de la guerre de sĂ©cession, un esclave lettrĂ©, utilisĂ© pour prĂȘcher Ă ses semblables, se rĂ©volte et mĂšne une mini-rĂ©volution sanglante de 48h. Une histoire vraie.Â
Câest avec qui ?Â
Nate Parker, fervent partisan dâObama rattrapĂ© par un fait divers sexuel sur laquelle je ne mâĂ©tendrait pas ici. Lâhomme souffre dâune image Ă plusieurs facettes.
Armie Hammer, en bon patron des plantations
Nate Parker, lâacteur principal du film, donc, qui rĂ©alise ici son premier long-mĂ©trage auquel il a financiĂšrement participĂ© de sa poche.Â
Et câĂ©tait bien ?3 ans seulement aprĂšs le sublime 12 Years a Slave qui se passait Ă la mĂȘme Ă©poque, les Etats Unis nous livre une nouvelle fresque sur lâesclavagisme, cette Ăšre honteuse et douloureuse de lâhistoire amĂ©ricaine. Il est impossible de ne pas comparer les deux films.Â
LĂ oĂč 12 Years A Slave était nuancĂ©, humain, juste et sensible, The Birth Of A Nation nâest que violence, manichĂ©isme et culpabilisation.
Et pourtant, jâai bien aimĂ© la premiĂšre demi-heure de film. Alors, certes, la photographie et certains aspects de la mise en scĂšne rappellent trĂšs bien 12 Years A Slave, mais on se dit que câest un style, on apprĂ©cie. On suit Nat Turner, cet esclave qui a existĂ©, dâabord Ă©levĂ© aux cĂŽtĂ© des blancs pendant son enfance, avant dâĂȘtre renvoyĂ© Ă ce qui constitue le but de sa vie: les champs de coton. Nat est trĂšs pieux. Selon lui, Dieu guide chaque aspect de la vie.
On le voit se contenter de la vie quâon lui propose - que Dieu lui propose - on le voit aimer son prochain et subir les atrocitĂ©s que sa condition dâesclave lui impose.
Pendant les trois quart du film.
Nate Parker nous en fait des tonnes pour nous montrer Ă quel point il souffre. A quel point les blancs sont mĂ©chants. Le film est sans aucune subtilitĂ© sur ce dĂ©tail. Alors, si parfois, on leur donne une once dâhumanitĂ©, mais ce nâest pas fin du tout. Câest grossier, câest lĂ pour dire ânon, on a pas dit que tous les blancs Ă©taient des salauds, câest pas vraiâ. A contrario, 12 Years A Slave
Ă©tait tout Ă fait capable de montrer le vrai problĂšme de lâesclavagisme, Ă savoir que les blancs, ne considĂ©rait tout simplement pas les noirs Ă leur Ă©gal, mais ils ne passaient pas tous leur temps Ă les torturer. Alors, oui, câest horrible, pendant des dĂ©cennies, les AmĂ©ricains se sont servis dâautres ĂȘtres humains comme bon leur semblait, comme leur propriĂ©tĂ©, sur simple justification de leur couleur de peau.Â
On a bien compris.Â
Mais la seule leçon que lâon retiendra du film câest que la violence engendre la violence. Tout simplement. Et plus grave: la religion peut justifier des actes meurtriers. Pas sĂ»r que la religion catholique apprĂ©cie. Jâai tout simplement hallucinĂ© devant la maladresse du film. Je conçois que ce nâest pas ce quâil voulait dire (en tout cas je lâespĂšre), mais câest ce quâil montre.Â
Câest grossier, câest Ă©crit avec les pieds.Â
La violence est souvent nĂ©cessaire au propos dâun film mais ici elle semble ĂȘtre lâunique remĂšde Ă lâabsurditĂ© du comportement humain. Câest grave. Lâintelligence, la paix ne sont pas valorisĂ© dans ce film. Ou alors, câest mal fait, câest mal dit, câest sous-entendu. Qui est donc que cet hĂ©ros quâon essaye de nous faire aimer ? Il nâest pas meilleur que les hommes qui lâasservisse et pourtant on veut nous le faire aimer. Alors, Nate Parker le dit lui mĂȘme âSâil avait eu autre chose pour se battre que des armes, Nat Turner aurait agit diffĂ©remmentâ. Mais Ă aucun moment le film nous propose un semblant dâalternative. A aucun moment le film ne condamne lâacte de vengeance terrible de ce pseudo-hĂ©ros.Â
Quant aux autres personnages, on ne sait jamais vraiment comment les interprĂ©ter. Bons ? Mauvais ? Emphatiques ? Antipathiques ? Il y a de quoi laisser perplexe.Â
Lâautre problĂšme, câest quâon a trĂšs peu de dĂ©tails sur la vie du vrai Nat Turner. Ici, elle est romancĂ©e au maximum. Ce nâĂ©tait peut ĂȘtre quâun psychopathe aprĂšs tout.
Seul point un peu positif: une rĂ©alisation qui a le mĂ©rite dâĂȘtre travaillĂ©e, et certains plans trĂšs symboliques qui sont bien pensĂ©s.Â
Mais Ă trop tirer sur la corde sensible, elle craque.Â
Câest bien jouĂ© ?
Le charisme de Nate Parker nâest pas Ă remettre en question. Celui dâArmie Hammer non plus. Le problĂšme câest lâĂ©criture des personnages et lâambiguĂŻtĂ© de la relation quâils sont sensĂ©s entretenir. Tout est flou et sonne faux.Â
On se demande ce quâArmie Hammer est venu faire dans cette galĂšre.Â
Nate Parker profite donc de son omniprĂ©sence Ă lâĂ©cran (et aussi derriĂšre la camĂ©ra) pour faire carrĂ©ment ce quâil veut, ça se voit, et câest parfois brouillon. Le mec nâest pas capable de se diriger lui mĂȘme. Au four et au moulin, câest rarement productif, surtout quand on dĂ©bute.Â
Alors Perle Ou Navet ?
Câest un film dangereux qui se plait Ă justifier la loi du Talion en y mĂȘlant, de surcroit, la religion. Câest trĂšs grave Ă lâĂ©poque oĂč nous vivons. Je suis persuadĂ©e ,quâau fond, ce nâest pas ce que voulais vĂ©hiculer mais il est extrĂȘmement mal Ă©crit. 0% de subtilitĂ©. Nate Parker se complait Ă incarner et mettre en scĂšne ce personnage ambiguĂ«. Non, The Birth Of A Nation malgrĂ© son titre pompeux, nâest pas un bon film sur lâesclavage, il nâexplique pas comment nous en sommes arrivĂ©s Ă la guerre de SĂ©cession. Il ne fait que relater, sans vraie profondeur, un fait divers sordide. Il nâest pas un bon film, du tout. Et en plus, il prendra un malin plaisir Ă vous retourner lâestomac et vous laisser un goĂ»t de cendre dans la bouche pour tout le reste de la journĂ©e. Chouette.Â