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Registration opens on 01.03.2017 20:00 CET
Compte-rendu des interventions de la conférence Data Literacy 2017
(Compte-rendu établi à partir des notes collaboratives)
RĂ©sumĂ© :Â
Emmanuel Didier, sociologue, chercheur Ă l'EHESS et professeur Ă l'ENSAE a fait un rappel historique de la rĂ©colte des donnĂ©es et de la façon dont la population non experte a pris part Ă cette collecte, demandĂ©e par l’État, mais l’a ensuite utilisĂ© Ă ses propres fins.Â
Amelia McNamara, professeure assistante de statistiques et science des donnĂ©es au Smith College de Northampton (Etats-Unis), s'est intĂ©ressĂ©e Ă la façon dont nous nous rĂ©fĂ©rons aux donnĂ©es (rĂ´le du logiciel, expĂ©rience d'enseignement) et comment nous pouvons mettre en capacitĂ© les non-experts dans le domaine des statistiques.Â
Heather Krause, Data-Scientist et fondatrice de Datassist (un service pour aider Ă mettre en histoire des donnĂ©es), pense que pour rendre utiles et accessibles Ă divers publics des analyses de donnĂ©es qui peuvent ĂŞtre complexes, il faut qu’elles soient exprimĂ©es en termes simples et comprĂ©hensibles et qu’elles soient visuellement attractives.Â
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La rĂ©colte de donnĂ©es en très grand nombre (ce que l’on appelle le « big data » de nos jours) n’est pas une nouveautĂ©, elle existe depuis le dĂ©but du XIXe siècle, a rappelĂ© Emmanuel Didier. Elle n’est pas sans lien avec l’apparition du rĂ´le prĂ©visionnel des statistiques, arrivĂ©e Ă la fin du XVIIIe siècle. L'argument "avalanche de donnĂ©es" est mĂŞme un argument rĂ©current dans l'histoire : on entendait dĂ©jĂ cette expression au XIXème siècle, lorsque l'on a automatisĂ© la lecture des cartes perforĂ©es. De tout temps, la donnĂ©e a Ă©tĂ© partout, seul le rĂ©fĂ©rentiel propre Ă chaque Ă©poque a changĂ©. C’est pourquoi, l’articulation entre savoirs experts et savoirs profanes a toujours Ă©tĂ© essentielle : on ne peut pas limiter le travail de ces donnĂ©es Ă un petit nombre d'experts.Â
Par exemple, dans le milieu rural des Etats-Unis du XIXe siècle, un journaliste a demandĂ© aux fermiers de faire une estimation de la production agricole autour d'eux, afin d'avoir des arguments pour pouvoir vendre au plus juste prix leur production (Ă©valuation de la production moyenne globale). Les fermiers ont menĂ© eux-mĂŞmes une enquĂŞte d'estimation, qui a ensuite Ă©tĂ© publiĂ©e dans le journal. Les fermiers ont donc produit des donnĂ©es pour l'État, mais aussi pour eux-mĂŞmes. Un siècle plus tard en 1929, au moment du New Deal, alors que les Etats-Unis avaient la volontĂ© de relancer l'Ă©conomie via l’investissement Ă©tatique, les ministères ont eu besoin de statisticiens pour analyser la sociĂ©tĂ©. Le gouvernement a financĂ© des projets statistiques et embauchĂ© deux types de personnes : des enquĂŞteurs (personnes qui savaient lire et qui connaissaient les questions boolĂ©ennes (O/N) et des tabulateurs (pour compiler les donner sous forme de tableau et agrĂ©ger les statistiques). Au minimum 2.500.000 emplois ont Ă©tĂ© créés Ă cette Ă©poque, dont de nombreuses femmes pour les postes de tabulateurs. Plus près de chez nous, est apparue dans les annĂ©es 90 en France, la "politique du chiffre", notamment dans la police. En fixant des objectifs Ă atteindre, a dĂ©butĂ© la statistisation de la police.Â
Dans chacun des cas, l’articulation de la participation profane avec l'expertise se pose et Ă chaque Ă©poque, ces deux mondes s'articulent de façon diffĂ©rente. La participation profane a en tout cas toujours des compĂ©tences utiles, rĂ©parties dans la population, autres que celles des experts.Â
Par ailleurs, ces donnĂ©es et statistiques peuvent ĂŞtre Ă©galement utiliser par les citoyens Ă d’autres fins, c’est ce qu’Emmanuel Didier, Isabelle Bruno et Julien PrĂ©vieux, ont appelĂ© le statactivisme, mot valise formĂ© de « stat » pour statistique et « activisme ». En partant du constat que les « statistiques nous gouvernent, qu’elles mettent en nombres le rĂ©el et maquillent les choix politiques en vĂ©ritĂ©s nimbĂ©es d’une aura mathĂ©matique » (tableaux chiffrĂ©s, courbes, diagrammes et autres camemberts), ils ont rassemblĂ© les contributions de sociologues, de journalistes, d’artistes et de militants, qui ont repris le principe du judo : prolonger le mouvement de l’adversaire afin de dĂ©tourner sa force et la lui renvoyer en pleine face. En d’autres termes, faire de la statistique, instrument du gouvernement des grands nombres, une arme critique. Militer avec des chiffres, voilĂ ce qu’est le statactivisme. Mais pour cela, il est nĂ©cessaire d'avoir un objectif concret, une cause Ă dĂ©fendre. "No issue, no data" : si il n'y a pas de problème, difficile de gĂ©nĂ©rer l'Ă©nergie pour avoir de la donnĂ©e. (Cette expression reprend l’expression de Noortje Suzanne Marres « No issue, no public » au sujet des dĂ©ficits dĂ©mocratiques après le dĂ©placement de la politique).Â
Par exemple, sur l’expulsion des personnes sans papier, le sociologue Damien de Blic a pensĂ© qu’une façon efficace de lutter contre cette politique Ă©tait d’utiliser des chiffres, notamment de connaĂ®tre le cout des reconduites, chiffre qui n'avait jamais Ă©tĂ© calculĂ© avant 2003 par les services de police, alors mĂŞme qu’une « culture du rĂ©sultat » Ă©tait fortement mise en avant pour les justifier. Il a Ă©tĂ© cherchĂ© des donnĂ©es auprès de la Cour des Comptes, la police, etc. et il a estimĂ© que le cout global de cette politique Ă©tait en moyenne de 26.000€ par reconduite Ă la frontière (pour en savoir plus, n’hĂ©sitez pas Ă lire cet article « Quantifier contre les chiffres ? Une estimation du coĂ»t des expulsions des sans-papiers ».)Â
Le statactivisme, ce sont donc des individus concernĂ©s, des militants, qui, pour dĂ©fendre leur cause, ont besoin de data et s'allient souvent Ă des experts pour les appuyer dans leur dĂ©marche. Cela permet de faire 2 choses : 1) amasser et centraliser des data existantes ; 2) en produire de nouvelles. La plupart du temps, ces chiffres permettent de s'opposer Ă d'autres donnĂ©es (souvent Ă©laborĂ©es par des institutionnels).Â
Amelia McNamara, professeure assistante de statistiques et science des donnĂ©es au Smith College de Northampton (Etats-Unis), s'intĂ©resse Ă la façon dont nous nous rĂ©fĂ©rons aux donnĂ©es (rĂ´le du logiciel, expĂ©rience d'enseignement) et comment nous pouvons habiliter les novices dans les statistiques. Elle regrette le manque de recherche sur la science des donnĂ©es en tant que science. Elle pense que nous devrions Ă©tudier ce qui fonctionne pour les statistiques et pour la science des donnĂ©es (pour les personnes qui apprennent et les personnes qui font de la science des donnĂ©es). Elle a créé une formation intitulĂ©e « Introduction Ă la science des donnĂ©es », qui a donnĂ© lieu Ă la publication d’un document de 400 pages.Â
Le Smith College, oĂą elle enseigne, offre par ailleurs de nombreux cours liĂ©s aux donnĂ©es : communiquer avec des donnĂ©es, analyse visuelle, journalisme de donnĂ©es, apprentissage automatique.Â
Elle focalise ses recherches sur les moyens de faciliter l'analyse des donnĂ©es par les gens, et en particulier les enseignants et les Ă©tudiants, et la comprĂ©hension des rĂ©sultats de ces analyses. Selon elle, cela doit ĂŞtre Ă la fois accessible (sur de nombreux systèmes d'exploitation), facile Ă dĂ©marrer, flexible et interactif. Elle cite par exemple le projet CODAP, un outil d’analyse des donnĂ©es gratuit, conçu comme une plateforme Web pour les dĂ©veloppeurs et comme une application pour les Ă©lèves du collège et du lycĂ©e.Â
Elle cite Ă©galement l'initiative DataFest, une sorte de hackathon pendant lequel des groupes d'Ă©tudiants de premier cycle travaillent sur un ensemble de donnĂ©es qu'ils n'ont jamais vu auparavant, pour trouver et partager un sens dans un ensemble de donnĂ©es volumineux, riche et complexe. Le ASA DataFest (Ă©vĂ©nement organisĂ© par l’American Statistical Association) est de plus en plus populaire et se rĂ©pand dans tous les Etats-Unis et mĂŞme en Allemagne.Â
Il faut toujours garder Ă l'esprit que le choix que nous faisons dans la façon dont nous concevons les outils et la façon dont nous enseignons aux Ă©tudiants a un impact rĂ©el. Il faut donc comprendre comment les gens pensent et conceptualisent les donnĂ©es, et avoir Ă l’esprit l'impact que les outils et les programmes peuvent avoir sur les Ă©tudiants. Amelia McNamara a Ă©galement Ă©crit avec Aran Lunzer un essai sur les histogrammes, en voyant l’énorme fossĂ© entre l’apprentissage des outils et leur utilisation.Â
Dans le prolongement, Heather Krause, Data-Scientist et fondatrice de Datassist (un service pour aider Ă mettre en histoire des donnĂ©es), pense que pour rendre utiles et accessibles Ă divers publics des analyses de donnĂ©es qui peuvent ĂŞtre complexes, il faut qu’elles soient exprimĂ©es en termes simples et comprĂ©hensibles et qu’elles soient visuellement belles.Â
Mais la première chose Ă faire est de rendre les gens vraiment excitĂ©s par l’utilisation des donnĂ©es et donc crĂ©er des endorphines (comme lorsqu’on le fait du sport). Ensuite, il faut crĂ©er des gains immĂ©diats pour les gens. La raison d’utiliser des donnĂ©es est essentielle et une fois de plus, nous retrouvons l’idĂ©e de « No issue, no Data ». Mais rendre les donnĂ©es intĂ©ressantes Ă ceux qui ont en besoin est aussi un des vrais enjeux de l’utilisation des donnĂ©es. Par ailleurs, ĂŞtre Ă l’aise avec les donnĂ©es, savoir les utiliser peut donner un vrai sentiment de puissance ! C’est pourquoi la question de l’empowerment est Ă©galement importante quand il est question de manipuler des donnĂ©es.Â
Mais il faut avoir un point de vue éthique et critique. Il y a une grande recherche de certitude à travers les données, mais les données ne peuvent pas la fournir. Le travail d’Heather Krause n'est pas de fournir une certitude, mais d’aider les gens à comprendre les types de données avec lesquelles ils travaillent.

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