Objectif weekend: You [sea] me.
Finalement, grĂące au succĂšs assez encourageant dâune petite bouteille Ă la mer Ă lâadresse de la sphĂšre francophone de Tumblr, me re-voilĂ avec lâunique texte du challenge n°4.Â
En raison de prĂ©parations intenses pour une convention Ă venir, mon weekend Ă©tait dĂ©jĂ bien entamĂ© et jâai dĂ©cidĂ© de limite mon quota Ă 1âČ500 mots pour le reprendre faisable.Â
A ma grande surprise, câest un texte de 1âČ800 mots qui a finit par sâinscrire bien plus facilement que prĂ©vu. JâespĂšre avoir plus de temps -et surtout avoir trouvĂ© une solution pour le PC mĂȘme si jâen doute- la semaine prochaine pour reprendre mon quota de 3âČ000 mots.
Les yeux fermĂ©s, elle passait ses mains dans ses cheveux alourdis par lâeau de la douche. Dans une douce litanie, sa voix rĂ©sonnait contre les carreaux de sa salle de bain, les gouttes frappant le sol dans un rythme rĂ©gulier qui instrumentalisait cette improvisation sans paroles.  A lâextĂ©rieur de la piĂšce, adossĂ©e contre la porte, sa colocataire jouait sur sa console portable tout en se joignant Ă ce rituel qui semblait parfaitement naturel pour les deux jeunes femmes. Dans une harmonie presque surnaturelle, leur voix sâaccordaient sans mĂȘme quâelles se concertent. Le monde autour dâelle semblait sâarrĂȘter, le temps dâĂ©couter cette mĂ©lodie, le clapotis de lâeau dans la cabine pour unique accompagnement.
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Quelques minutes plus tard, la porte sâouvrait brusquement dans le dos de la jeune femme absorbĂ©e par son jeu comme son chant, la faisant basculer en arriĂšre dans une note qui grimpa de façon assez ridicule dans les aigues. Roulant des yeux dâun air las, lâautre lâenjamba, enroulĂ©e dans sa serviette pour aller chercher quelques vĂȘtements afin dâun bien plus prĂ©sentable. Ni lâune ni lâautre ne se souvenait de comment cette Ă©trange habitude sâĂ©tait installĂ©e mais aucunes dâentre elles ne sâen plaignaient.
AllongĂ©e sur le divan, lâair concentrĂ© sur sa partie, la plus jeune se redressa en voyant sa colocataire revenir dans le salon, un peu plus habillĂ©e. Son regard dĂ©tailla le moindre morceau de tissu quâelle avait passĂ©, mĂȘme si elle ne pouvait sâempĂȘcher de penser que câĂ©tait bien dommage quâelle se soit couverte. Une Ă©charpe lĂ©gĂšre quâelle avait sans doute dĂ©coupĂ© elle-mĂȘme dans une chute de tissu Ă son gout au vu des franges effilochĂ©e qui rebiquaient de-ci de-lĂ , une tunique dâun tissu bleutĂ© presque transparent, qui laissait deviner un sous-vĂȘtement discret, lui tombait au dessus du genoux, surmontant une jupe Ă plusieurs volants crĂšmes qui descendaient eux jusquâau bord de ses bottes usĂ©es par le temps. Alors quâelle attachait ses cheveux, leurs regards se croisĂšrent dans le reflet du miroir.
- Tu y retournes ?
- Oui.
- Nâoublie pas mon cadeau hein.
Un lĂ©ger sourire au coin des lĂšvres, elle attrapa une sacoche dont elle hissa lâanse sur son Ă©paule et avant de passer la porte, elle lĂącha un « peut-ĂȘtre » taquin avant de sâĂ©loigner. Plissant les yeux dâun air contrariĂ© en fixant la porte fermĂ©e, lâautre jeune femme grommela quelque chose dans un dialecte Ă©trange avant de se laisser glisser dans les coussins pour reprendre sa console Ă lâendroit oĂč elle lâavait laissĂ©.
SâĂ©loignant des bĂątiments de pierres, ses bottes frappant le pavĂ© dans un rythme rapide, elle pouvait dĂ©jĂ sentir la brise iodĂ©e caressĂ©e doucement son visage. AprĂšs quelques mĂštres, une bourrasque de vent agita furieusement ses cheveux qui revirent mystĂ©rieusement en place dans cette coiffure semi-nĂ©gligĂ©e quâelle avait pris la peine de faire. Face Ă elle, croquant un peu plus le sable Ă chaque reflux, la mer. Immense et agitĂ©e, dâun bleu presque vert par endroit oĂč lâeau se mĂ©langeait Ă un banc de sable jaune. Avançant tranquillement sur les rochers humides couverts dâalgues et de lichens, elle approcha dâune petite crique dissimulĂ©e derriĂšre deux pics escarpĂ©s. Â
Sans perdre plus de temps, elle quitta ses bottes quâelle laissa Ă lâabandon au milieu de la forĂȘt de roche pour plonger ses pieds dans le sable. Il nâavait rien de doux, bien au contraire. Elle pouvait sentir de petit craquement lui picoter la plante des pieds Ă chacun de ses pas et sâĂ©tait une sensation qui surpassait tout le reste Ă son sens. Avançant les yeux fermĂ©s pendant quelques minutes dans ce petit havre Ă lâabri des regards du monde, elle alternait entre les zones sĂšches et celles oĂč lâeau salĂ©e lui chatouillait les chevilles. De temps en temps, elle se baissa, ramassait quelque chose dans lâeau ou au milieu du sable avant de reprendre.
Au milieu du sable et des algues, elle arrivait toujours Ă trouver quelques ingrĂ©dients pour ses sorts ou ses potions. Le sable purifiait tant de chose quand il nâĂ©tait pas piĂ©tiner par la foule. Tous ces gens aveugles Ă la magie et aux charmes qui tuait cet endroit en y plantant des parasols. La sorciĂšre quâelle Ă©tait enrageait de les voir apparaitre sur les dunes comme de la mauvaise herbe, chaque annĂ©e avec le retour des beaux jours. Il lui arrivait mĂȘme dâuser de quelques sortilĂšges pour amener quelques nuages sur ces envahisseurs trop bronzĂ©.
Soudain, elle rouvrit les yeux doucement, comme si son attention avait Ă©tĂ© captĂ©e par quelque chose, son regard se tournant vers un point un peu plus Ă©loignĂ©e de la plage. Sans rĂ©ellement se soucier dâavoir ses vĂȘtements mouillĂ©s, elle  progressa tranquillement dans lâeau, esquissant un lĂ©ger sourire en sentant quelques poissons frĂŽler ses jambes sous la surface. Elle finit par sâarrĂȘter, plongeant sa main sans un seul instant dâhĂ©sitation, ses doigts se refermant sur lâobjet qui lâavait appelĂ© au milieu de ses eaux turquoise. Elle avait trouvĂ© le cadeau parfait pour cette colocataire capricieuse qui boudait sans doute encore dans le divan.
Un juron rĂ©sonna dans le salon suivit dâun bruit sourd. Les bras croisĂ©s sur sa poitrine, la jeune femme fixait dâun air rageur sa console qui avait littĂ©ralement volĂ© sur le fauteuil Ă lâautre bout du salon, atterrissant sans heurt dans un coussin alors que lâĂ©cran affichant toujours en lettre capitale les mots « GAME OVER ». Maudissant le jour oĂč sa colocataire lui avait montrĂ© le fonctionnement de cet engin de malheur qui absorbait avec une facilitĂ© dĂ©concertante une bonne partie de ses journĂ©es, elle vida dâune longue gorgĂ©e le verre dâeau qui traĂźnant sur la table basse avant de le remplir Ă nouveau.
Contre toute attente, la vie sur la terre ferme avait Ă©tĂ© bien plus simple Ă gĂ©rer quâelle ne lâavait cru Ă lâorigine. Le confort Ă©tait plus quâapprĂ©ciable, lâeau nâĂ©tait pas aussi pure quâelle pourrait lâĂȘtre mais on pouvait dire la mĂȘme chose des ocĂ©ans Ă ce jour alors ce nâĂ©tait quâun piĂštre compliment des traditionalistes. AprĂšs tout, mĂȘme les humains avaient commencĂ©s, il y a bien longtemps, par ĂȘtre des crĂ©atures marines. Alors pourquoi diable faudrait-il quâelle se contente dâerrer dans les fond marins, avec pour seule distraction, des Ă©paves quâelles connaissaient par cĆur. Les sirĂšnes qui refusaient de quitter lâeau parce que câĂ©tait « leur seul vrai foyer depuis des siĂšcles » nâĂ©taient que des rabat-joies qui refusaient lâaventure.
Et puis, il fallait admettre que lâattrait de ce monde Ă©tait aussi grandement enrichi par la prĂ©sence de sa charmante camarade de chambrĂ©. CâĂ©tait assez amusant pour la jeune femme de se souvenir comment leurs routes sâĂ©taient croisĂ©es. Ăa avait quelque chose dâassez clichĂ© au final. Alors quâelle nageait sans but pendant que le soleil disparaissait derriĂšre lâhorizon, discutant du temps et des marĂ©es avec quelques mĂ©duses, elle avait entendu cette voix. CâĂ©tait captivant et enchanteur. IntriguĂ©e, elle avait suivit le fil des notes qui flottait dans lâair iodĂ© jusquâĂ arrivĂ© dans une crique discrĂšte aux abords dâune plage.
Au dĂ©but, elle aurait presque jurĂ© quâil sâagissait dâune de ses sĆurs, lâune de celle qui vivait parmi les hommes comme tant dâautres. Mais ses yeux ne pouvaient pas se tromper. Cette charmante personne Ă la voix intrigante nâĂ©tait pas une sirĂšne, ce nâĂ©tait quâune humaine, plutĂŽt jolie dâailleurs. Le plus Ă©trange dans ce tableau Ă©tait de voir les poissons nager autour de ses chevilles, tournant et sâenroulant entre les courants au fil du chant de la jeune femme. Tout comme elle, ils avaient Ă©tĂ© charmĂ©, profitant de sa compagnie, coincĂ© quâils Ă©taient sous la surface. Dâun coup, le chant sâarrĂȘta alors que les regards venaient de se croiser. La sirĂšne avait vu lâautre afficher une moue contrariĂ©e.
- Et moi qui pensais ĂȘtre la seule Ă connaitre ce coin de sableâŠ
- Moi de mĂȘme, finit par rĂ©pondre la sirĂšne depuis son rocher dâun ton insolent. Je peux dire adieu Ă mon bain de minuit. A moins que tu ne veuilles te joindre Ă moi ?
- Je pourrais presque croire que tu songes Ă me noyer pour garder cette crique pour toi.
La sirĂšne avait affichĂ© un air surpris. Non pas parce que cette idĂ©e lui avait effectivement traversĂ© lâesprit -elle nâaimait pas partager-, mais surtout parce que malgrĂ© le poids lourd de ses mots et leur aspect Ă©trange, la jeune femme semblait les penser sans la moindre marque de doute. Tous les humains quâelle avait noyĂ©s par ennui ou jeu nâavaient pas un seul instant songĂ© finir ainsi. Et pourtant, mĂȘme si elle ne semblait pas douter un seul instant de ses paroles, elle fit un pas puis deux dans lâeau, avançant jusquâĂ ce quâelle soit immergĂ© jusquâĂ la taille. AprĂšs quelques brasses, elle rejoignit le rocher oĂč Ă©tait accrochĂ© Ă la sirĂšne, tendant vers elle sa main fermĂ© en se maintenant Ă la surface en battant des jambes.
- Tends ta main, finit-elle par dire voyant que la jeune femme ne bougeait pas, déposant une perle de verre polie par les marrée dans le creux de celle-ci. Un cadeau, pour acheter ton silence sur cette crique.
ComplĂštement captivĂ©e par cette petite piĂšce de verre ronde dans sa main qui semblait ĂȘtre teintĂ©e dâune multitude de couleur Ă la lumiĂšre de la lune, la sirĂšne resta silencieuse pendant plusieurs minutes. Son cĆur battait Ă©trangement vite dans sa poitrine et elle avait lâimpression que des milliers de petits poissons dansaient dans son ventre. Ce nâĂ©tait pourtant quâune simple pierre, trĂšs jolie mais rien de plus. Et pourtant, Ă cet instant, elle lui semblait ĂȘtre un prĂ©cieux trĂ©sor quâelle ne voudrait plus jamais lĂącher.
Alors que lâautre jeune femme sâĂ©loignait pour rejoindre Ă nouveau la terre ferme, sa voix sâĂ©leva brusquement dans la nuit.
- Plus.
- Pardon ?, rĂ©pondit-elle dâun air surpris alors quâelle essorait ses vĂȘtements et ses cheveux.
- Il en faut beaucoup plus pour acheter mon silence, rĂąla la sirĂšne en avançant Ă son tour sur la plage avec bien plus de facilitĂ©, foulant le sable dans le plus simple appareil avant de pointer son doigt sur la jeune femme qui semblait plus que perplexe. Je vais rester chez toi jusquâĂ ce que tu mâais donnĂ© suffisamment pour acheter mon silence !
Les yeux Ă©carquillĂ©s de surprise, la jeune femme finit par laisser filer un rire plutĂŽt franc avant dâaccepter cette proposition dâun ton faussement rĂ©signer. Sans doute avait-elle pensĂ© Ă ce moment que ce nâĂ©tait quâun caprice dâune personne perdue, lâaffaire de quelques jours. Puis les jours Ă©taient devenus des semaines pour finir par ĂȘtre des mois. Et câest ainsi quâelles avaient finit par vivre ensemble.
Ouvrant la porte avec prĂ©caution, ses bottes Ă la main, la sorciĂšre avança dans lâappartement plongĂ© dans un mĂ©lange de couleur chaude Ă mesure que le soleil se couchait dehors. AprĂšs quelques pas, elle trouva sa colocataire endormie sur le canapĂ©, le visage en partie enfouie dans un coussin sur lequel elle bavait lĂ©gĂšrement. Se retenant de se moquer de cette vision peu flatteuse, elle se contenta de tirer un plaid sur la jeune femme avant de dĂ©poser un coquillage de verre bleu marbrĂ© de vert et de jaune sur la table, Ă cotĂ© du verre.
Un petit morceau du monde marin. Un petit morceau de chez elle.