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Et puis dâun coup, dans ton lieu de confinement du bout du monde, tu vois dĂ©barquer un boulet. Il est pas mĂ©chant, plutĂŽt trĂšs sympa mĂȘme. Ăa fait du bien de voir du monde, de papoter. Mais, au fur et Ă mesure, tu te rends compte que ce mec est un vampire dâĂ©nergie malgrĂ© lui. Car il a bon fond le bougre, mais il a aussi pas fini de grandir, et te balance ses nĂ©vroses Ă la gueule sans le vouloir.
On en a tous des nĂ©vroses hein. Je suis looiiiiin dâĂȘtre la derniĂšre Ă ce sujet. Mais je crois ĂȘtre pas mal consciente des miennes quand pas mal de gens se mentent Ă eux-mĂȘmes et prĂ©fĂšrent ne pas regarder la poutre dans leur oeil.
Mais je digresse. Revenons au coeur du sujet. Comment vivre les uns avec les autres sans se taper les uns sur les autres.
Parce que oui, nous sommes tous différents, et tous névrosés, de façons différentes. Un cocktail potentiellement explosif, mais un cocktail potentiellement délicieux aussi. Car quand on arrive à gérer les frictions, il ne reste que le bon et ce serait dommage de se priver des richesses des rencontres humaines, diverses, différentes de soi.
Il nâest pas toujours simple de continuer Ă voir le bon quand lâautre nous met quand mĂȘme beaucoup de son âmauvaisâ sous le nez. Câest ce quâil sâest passĂ© avec mon gentil boulet.
Jâai pendant 2 semaines rĂ©ussi Ă voir sa part de bon malgrĂ© les aspects plus pesants de sa personnalitĂ©. On a passĂ© de bons moments mĂȘme, enfin disons que chacun y trouvait son compte. Et puis une nouvelle colocataire est arrivĂ©e, plus ça allait plus il me sortait par les trous dânez. DĂ©jĂ quâil la jouait ado qui ne participe pas aux tĂąches mĂ©nagĂšres et derriĂšre qui il faut repasser systĂ©matiquement, lĂ il devenait piquant. Et en plus dĂšs le matin, et je suis pas du matin. Et jâaime pas les piques. Et on est adultes mer*e ou quoi ?
Alors jâai pris le taureau par les cornes. Moi, lâhypersensible, celle qui dĂ©teste les conflits, qui a toujours prĂ©fĂ©rĂ© arrondir les angles plutĂŽt que faire des vagues (enfin pas toujours en fait, mais beaucoup), je suis partie au front.
Et ça a gueulĂ©, alors que jâai commencĂ© soft, Ă essayer de comprendre ce qui coinçait. Parce que lâempathe elle la voyait clignoter comme Las Vegas vue du ciel la frustration. Tu piques pas les gens quand tout va bien.
Ma gorge sâest serrĂ©e, ma voix est montĂ©e pour couvrir la sienne qui continuait Ă me dire nâimporte quoi, mais il y a eu des moments dâĂ©coute, dâentente, yâa eu des Ă©clairages, des pardons, des mercis et surtout un dĂ©nouement positif, constructif, dans la bienveillance.
Et vous voyez, ça, ça mâest pas souvent arrivĂ©. Dans ma famille, les gens prennent la mouche, et se ferment, et ça fait mal encore plus, tellement plus, alors quâĂ la base la communication Ă©tait censĂ©e partir Ă la recherche dâune solution. Dans ma vie pro, jâai beaucoup baissĂ© les yeux. JâĂ©tais le poil Ă gratter souvent, mais je nâai jamais tapĂ© du point sur la table pour me faire mieux respecter. Ou lorsque jâai tentĂ© de le faire, jâai explosĂ© en sanglots et perdu toute crĂ©dibilitĂ©. Trop de pression, pas assez de confiance, trop pris sur moi, pas assez de conscience de mes Ă©motions... Dans mon couple câest pas super simple non plus, mais jâai tellement progressĂ©, jâai appris Ă prendre ma juste place et peu Ă peu les mĂ©canismes chassent les grains de sable et lâharmonie se fait, pas idĂ©ale, pas parfaite, mais ça tourne.
Hum, jâai un peu de mal Ă structurer ma pensĂ©e aujourdâhui, trop de choses viennent, sâintriquent les unes dans les autres. Faut dire que tout est liĂ© dans câtâhistoire. Mais voici ce que jâai pu comprendre de ces contacts humains imparfaits :
- Apprenons Ă parler, communiquer, sans bloquer, sans crisper, dans la confiance en lâautre, en sa capacitĂ© Ă nous entendre et nous parler aussi en toute franchise, et essayons dâĂ©viter la violence mĂȘme si parfois, avec lâĂ©motion, ça monte. Le tout est de ne pas fermer, bloquer, claquer la porte, laissons circuler les mots et les Ă©nergies, et avec du temps, de la patience, et oui un peu voire beaucoup dâĂ©nergie, on finit par sâentendre.
- Si tel nâest pas le cas, câest que lâun de vous bloque. Jâen ai un Ă la maison qui est trĂšs fort pour ça malgrĂ© son ouverture dâesprit. Et bien faisons avec aussi, et respectons les limitations de lâautre dans lâinstant. Rappelons-nous que nous en avons tous, diffĂ©rentes elles aussi et rappelons nous que rien nâest permanent.
Si ça bloque en face, câest que ce nâest peut-ĂȘtre pas encore le moment pour lâautre de dĂ©passer ses limites, que le message nâa pas bien Ă©tĂ© envoyĂ© ou nâa pas rĂ©ussi Ă dĂ©nouer un noeud bien serrĂ©. Mais câĂ©tait dĂ©jĂ essentiel dâavoir essayĂ© sinon il nây avait de toute façon aucune chance de succĂšs. Et, qui sait, plus tard, les mots quâon ne croyait pas reçus aurons pris des chemins un peu plus longs mais finiront par prendre sens chez lâautre.
- Il faut savoir placer des limites justes, pour soi, pour les autres. Le truc pas simple lĂ dedans câest que nous nâavons pas tous les mĂȘmes limites. Mais si chacun pose ses propres limites Ă lui, sans vouloir en mettre aux autres, et que chacun respecte les limites placĂ©es, on arrive Ă un respect. On ne se saute peut-ĂȘtre pas tous dans les bras les uns les autres une fois que cela est fait, mais on SE respecte et on respecte autrui.
Et moi lĂ , câest mon apprentissage de ces derniers temps. Apprendre Ă poser mes limites, Ă ne pas me laisser piĂ©tiner par les autres (aussi bienveillants souhaitent-ils ĂȘtre Ă la base, mais ne lâĂ©tant au final pas car inconscients de transgresser mes limites personnelles).
Je lui suis reconnaissante Ă mon gentil boulet. Il mâa donnĂ© lâopportunitĂ© de grandir, de faire quelque chose qui ne mâest pas facile, et lĂ , pour la premiĂšre fois, jâai eu lâimpression de le faire bien.
Jâai expliquĂ© quâil avait dĂ©passĂ© mes limites, jâai respectĂ© les siennes, et nous avons trouvĂ© ensemble une plus juste place lâun avec lâautre et mĂȘme plus globalement dans cette colocation du bout du monde oĂč nous nous retrouvons dĂ©sormais Ă 7 sans vraiment avoir cherchĂ© cette cohabitation.
Câest la premiĂšre fois que je vis en colocation. La vie de couple ce nâest pas tout Ă fait pareil.
Je suis aussi heureuse que la vie me donne cette opportunitĂ©, mâapprenne Ă voir que dans la contrainte naissent aussi de prĂ©cieux apprentissages, tout comme dans la diffĂ©rence de lâautre.