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/Texte 250 : Besos desde Valencia
En Mer Méditerranée sur le Cma Cgm Tosca
/Texte 246 : la plante verte
/Texte 246 : la plante verte

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Texte 248 : la plante verte
12/2/19 - GĂȘnes ManĆuvres de 14h30 Ă 15h30 Totalement happĂ©e par la beautĂ© du travail sur le cargo. Il y a la main qui balaye des Ă©crans grand-format, la main qui tapote sur les grosses touches de lâordinateur de bord gĂ©ant, la main qui enserre des Ă©normes tĂ©lĂ©phones semblant dire fuck Ă leur flamboyante descendance, la main qui joue du talky-walky appareil qui trouve enfin ici une utilitĂ© incontestable. Tous ces petits gestes entraĂźnent des mouvements immenses du cargo, lui-mĂȘme colosse de lâamplitude de la Tour Eiffel, et voilĂ que sâeffectue sans faillir, sans Ă -coups, un demi tour sur place fluide dans le port de marchandises Ă©troit de GĂȘnes (pas droit Ă lâerreur Ă quelques mĂštres prĂšs), puis garage entre deux autres cargos (encore Ă quelques mĂštres prĂšs) et tout cela en trente minutes. Puis il y a le corps dans son entier autonome dans ses actions, chaque officier semble ĂȘtre dans sa bulle soudant des tĂŽles entre elles, courant dans les escaliers pour rejoindre la salle des machines dans un bleu de travail « cambouisĂ© », cuisinant un menu mĂ»rement rĂ©flĂ©chi, ou surveillant une manĆuvre en extĂ©rieur, et chaque marin de quelque grade que ce soit est Ă la fois autonome sans ĂȘtre jamais coupĂ© du collectif. Câest assez fascinant, de voir Ă lâĆuvre vingt-cinq individus en totale autonomie et Ă la fois connectĂ©s les uns aux autres. « Ătre dans le mĂȘme bateau » prend ici, sur le Cma Cgm Tosca en tout cas, tout son sens. Ce qui participe de ce sentiment de solidaritĂ© est probablement le fait que chaque marin a, en cas dâun problĂšme, une fonction supplĂ©mentaire. Par exemple, en cas dâincendie, le cuisinier HervĂ©, doit aider le pompier Ă sâhabiller. Chaque membre dâĂ©quipage est ainsi connectĂ© Ă un autre par une fonction fictive, mais pouvant advenir. Et puis sur la passerelle, endroit extraordinaire, il y a ce langage codĂ©, Ă base de chiffres majoritairement, chiffres que lâon se donne et se confirme : - Four-ten! DĂ©clame le Commandant. - Four-ten, Sir. Confirme son officier dont je ne sais pas encore sa fonction prĂ©cise. La passerelle est pour le moment lâendroit le plus fascinant du cargo (mais je nâai pas encore tout visitĂ©) avec sa vision panoramique, son ambiance dĂ©contractĂ©e malgrĂ© les enjeux, son style « salle de commande de centrale nuclĂ©aire des annĂ©es 80 » (le cargo date de 2005), ses courants dâair dans lesquels sâengouffre le Chief Officer (Capitaine en second, je crois) traversant lâespace de bĂąbord Ă tribord dans un fox trot quasi parfait, ses plantes qui lui donnent un air chaleureux de vĂ©randa de mamie, et ses communications codifiĂ©es entre les officiers qui « exotise » lâensemble. Sur la passerelle, je me mets de cĂŽtĂ© pour ne pas dĂ©ranger, et je mets mĂȘme mon cerveau en veille, enfin je mets la partie qui concerne la communication, et le relationnel, en veille. Et ça marche. Mais le Commandant a toujours une information capitale Ă mâannoncer, alors mĂȘme quâil est en train de gĂ©rer lâentrĂ©e au port, il vient me chercher, il me sort de cet Ă©tat vĂ©gĂ©tatif de plante verte que jâapprĂ©cie assez (lâĂ©tat de plante verte), car je me suis prĂ©parĂ©e à ça, prĂ©fĂšrant mâimposer cette posture radicale, donc ici dite de la « plante verte » pour ĂȘtre sĂ»re de ne pas gĂȘner. Se mettre dans un Ă©tat de plante verte est assez reposant, sauf si lâon vous en sort systĂ©matiquement. LĂ , câest dur. Mais je nâen veux pas une seconde au Commandant ou aux autres officiers, câest Ă moi que jâen veux. Ătre Ă ce point extrĂ©miste dans quelque situation que ce soit, est fatigant. Ne pourrais-je pas, simplement me faire confiance, et me dire « cool, âtain, tranquille meuf, fais tes trucs, de contemplation, de rĂ©flexions silencieuses, dâobservation des signes incomprĂ©hensibles et de prises de vue photographiques, sois-en sĂ»re, tu ne gĂȘneras personne » comme ça, quand le Commandant te dit « le pilote de GĂȘnes sera Ă bord Ă 17h demain » ben tu comprends direct de quoi il est question. Cela te rappelle que le bateau pilote, dĂ©pose un agent Ă bord qui grimpe sur le cargo via une Ă©chelle pour atteindre ensuite rapidement la passerelle, puis ça te rĂ©vĂšle que les manĆuvres seront faites en plein jour (un bon point pour les photos), puis ça tâapprend quâil y a encore un peu plus de retard. Mais comme tâes en mode « plante verte », tu comprends rien.
Baci Baci di Genova mi amici !
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Texte 247 : La no-Spezia
Je nâavais pas prĂ©vu de quitter le cargo lors des escales, craignant de ne pas pouvoir remonter pour quelque raison que ce soit, comme par exemple la perte de mes papiers dâidentitĂ© ou autre (le « ou autre » est comique ici, câest le genre de truc inconscient que tu ne veux pas voir en face parce que câest laid. Et tu vois lĂ , je vais pas nommer, je vais laisser planer ce truc trouble). Bref, le fait que je nâenvisage pas de profiter de lâescale magnifique quâest La Spezia, avec notamment, ses beaux jardins qui longent le front de mer, divinement dĂ©crits par Lyes, le Chef MĂ©canicien, qui me conseillait aussi le restaurant La Pia, vĂ©ritable institution locale dans le centre historique, choquait mes hĂŽtes. Ils ne comprenaient pas mes craintes, me taquinant un peu. HervĂ© le chef cuisinier lui aussi me conseillait vivement de profiter de cette escale. Alors, je me motivai. Mon cerveau voulait. Mon corps stressait. Et je ne dĂ©crirai pas la façon quâĂ mon corps de stresser, juste prĂ©ciser quâen fonction de lâenjeu cela peut durer des heures. 11:30, je descends enfin pour rĂ©cupĂ©rer mon passeport au Pont A, je donne mon numĂ©ro de tĂ©lĂ©phone pour que lâon puisse me joindre si le cargo doit partir plus tĂŽt que prĂ©vu, je signe le document qui stipule que je suis sortie, je descends lâescalier mazoutĂ©, je demande la navette nĂ©cessaire Ă quitter le port, le mec me dit quâelle arrive dans cinq minutes. On ne mâavait pas prĂ©venue que la navette Ă©tait policiĂšre, mais bon je fais signe au « chauffeur » que je mâinstalle Ă lâarriĂšre. (Je suis une grande actrice entre Sarah Bernardt et Louis de FunĂ©s). Il fait la moue. VoilĂ ! Ceci nâest pas une navette. Le monsieur nâest pas un chauffeur. Et je ne vais pas pouvoir visiter La Spezia. Il fait mine de regarder ses papiers composĂ©s de tableaux et de noms. Il me dit quâil nâa pas mon nom, quâil a les noms de toutes les personnes du bateau, mais pas le mien et que cela pose un problĂšme surtout pour remonter sur le bateau. Je nâai mĂȘme pas lâoccasion de lui prĂ©senter mon passeport et ma piĂšce dâidentitĂ©, il me parle du service de lâimmigration, je ne vois pas ce que ça fait lĂ . Alors lĂ je lui dis tout net, que je ne prends pas le risque de ne pas pouvoir remonter sur le cargo, je le remercie et lui souhaite une bonne journĂ©e. Il me dit : « Ă moins que vous soyez de la famille dâun des membres du Cargo ». Mes yeux font une grande vague qui part de la poignĂ©e de porte du van de la police, jusquâau ciel, pour sâĂ©craser sur le tableau de bord : « Et non, je ne suis de la famille dâaucun des marins! ». Et je repars guillerette et plombĂ©e Ă la fois, vers mon cargo. En remontant, je croise un groupe de marins philippins, sâapprĂȘtant Ă profiter de lâescale comme il se doit. Ils sâĂ©tonnent de me voir remonter et me demandent pourquoi jâai changĂ© dâavis. Jâexplique que la police ne mâa pas autorisĂ©e Ă sortir du port. Les philippins sont sobres en expressions du visage, mais lĂ , ils tombent tous leur mĂąchoire au sol, avec un sourire exprimant lâincomprĂ©hension. Ils croient Ă une blague, ils voulaient absolument mâaider pour que je puisse sortir, mais je leur explique que je ne prĂ©fĂšre pas tenter le diable, lâItalie nâĂ©tant pas ma destination finale pour ce voyage. Câest pourtant lâUnion europĂ©enne me dit lâun des marins philippins, hĂ©bĂ©tĂ©. Baci dal porto mercantile di La Spezia, che non potrĂČ lasciare !
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/Texte 244 : La Spezia