21/07/2018
Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965)

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Pierrot le fou (Jean-Luc Godard, 1965)

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Le cinéma britannique connut un âge d'or dans l'immédiate Après-Guerre. Ayant fui les horreurs du conflit dans les salles obscures, le public continua d'y assouvir son inextinguible soif de distractions. Les cinémas étaient combles, les compagnies brillaient au sommet. À chacune son genre de prédilection : mélodrames pour la Gainsborough ; drames et adaptations littéraires pour la toute puissante Rank ; comédies pour la Ealing ; avant que la Hammer ne triomphe dans l'horreur et Pinewood dans l'aventure. L'heure de gloire sonnait pour Laurence Olivier, Vivien Leigh, Stewart Granger, Valerie Hobson, Peter Cushing, Joan Greenwood, Alec Guinness, Celia Johnson, Trevor Howard, David Niven, Jean Simmons, Basil Radford, Moira Shearer, Michael Redgrave ou encore Margaret Rutherford.
Ealing Studios fit paraître à l'écran les mémorables Tueurs de Dames, Passeport pour Pimlico et De L'Or en Barres. Mais c'est en 1949 qu'elle sortit son chef-d'oeuvre absolu : Noblesse Oblige (Kind Hearts and Coronets). Une production osée pour l'époque, qui avait plongé le directeur du studio dans le doute. Songez : il s'agissait d'une comédie comportant huit meurtres ! Le projet fut malgré tout approuvé et à sortie, le 13 juin 1949, reçut un accueil enthousiaste de la critique et du public. Son humour subversif, son histoire trangressant les tabous de l'époque, sa moralité cynique ravirent à la fois les amateurs et les professionnels. Il figure désormais au panthéon des films britanniques, à juste titre.
Louis Mazzini est le fils unique de la plus jeune fille du duc de Chalfont. Sa mère, ayant épousé un chanteur d'opéra italien décédé prématurément, a été reniée par sa famille. Elle l'élève donc dans la pauvreté, mais aussi la conscience de son rang. Le sort s'acharne hélas sur Louis qui, ayant perdu successivement sa mère et son emploi, demande secours et protection à sa famille paternelle, les Ascoyne D'Ascoyne. Ceux-ci persistent dans leur ostracisme. Louis décide donc de se venger de la plus cruelle des manières : il tue un à un les D'Ascoyne, tout en s'insinuant dans leurs bonnes grâces.
Le spectateur hilare assiste ainsi à la décimation de la noble famille, camouflée par Louis en accidents fortuits. La couronne du duché saute de tête en tête jusqu'à atterir sur la sienne. Triomphant, notre héros meurtrier devient le dixième duc de Chalfont. Le voilà riche et l'époux de la ravissante veuve d'une de ses victimes. Il a hélas commis une erreur dans sa folie des grandeurs, ce qui lui vaut l'emprisonnement et un procès exemplaire. Merveille de la législation britannique : il demande et obtient d'être jugé par ses pairs, à la Chambre des Lords. Se sauvera-t-il de l'échafaud ? Aura-t-il le temps de rédiger ses mémoires ? Le film se termine sur un ultime rebondissement qui tire un cri au dit spectateur.
Noblesse oblige doit tout à sa distribution : Dennis Price en Louis Mazzini, Valerie Hobson en son épouse, Joan Greenwood en son amour de jeunesse et surtout, Alec Guinness en Ascoyne D'Ascoyne. Lequel ? Mais tous ! Prouesse et prodige : l'acteur incarne neuf rôles différents, du vieillard au jeune homme, de l'amiral à l'évêque, du lord au général. Sommet du film, lorsqu'il prend les traits de Lady Agatha D'Ascoyne, vieille suffragette retorse survolant Londres en ballon pour y semer les tracts électoraux. D'une scène à l'autre, d'un personnage à l'autre, Dennis Price assassine huit fois Alec Guiness, pour le plus grand bien du Septième Art. Le film terminé, la lumière revenue, reste pour l'éternité cette renversante performance d'un des meilleurs acteurs de l'histoire, à l'acmé de son talent.
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