Souffrir pour ĂȘtre belle
La cellublue enlĂšve-t-elle vraiment la cellulite ?
"...AprĂšs avoir remarquĂ© dans mon miroir (en me contorsionnant), que jâavais de la cellulite dans les fesses, jâai dĂ©cidĂ© de commander une ventouse et de lâutiliser comme prescrit Ă raison de 20 min par soir, tous les soirs, pour faire disparaĂźtre lâindĂ©sirable, lâodieuse, lâinfĂąme peau dâorange."
NON, NON, et NON. Je nâen peux plus, je nâen dors plus.
Dans un passĂ© pas si lointain, la petite ventouse censĂ©e enlever la cellulite Ă coups de pincements douloureux et chronophages nâexistait que dans de vagues posts sponsorisĂ©s de stars dĂ©chues de la tĂ©lĂ©-rĂ©alitĂ©. Je regardais ces comĂ©diens promouvoir ce bout de caoutchouc au nom scientifico-ridicule en souriant, comme jâai, petite, regardĂ© le tĂ©lĂ©-achat. Et comme jâavais pu imaginer mâacheter le sĂšche-cheveux tri-fonction (qui fait aussi aspirateur et Ă©pluche lĂ©gumes), jâai rĂȘvĂ© mâacheter la ventouse. Sans bien sĂ»r JAMAIS passer Ă lâacte.
Ai-je vraiment envie de passer 20 min chaque jour Ă martyriser un corps qui me fait vivre, aimer, travailler, marcher ? PAS DU TOUT. Efficace ou non, je ne pensais pas quâun tel produit pourrait susciter lâengouement. La vie est trop prĂ©cieuse pour la perdre Ă corriger des dĂ©fauts qui se cachent derriĂšre nos vĂȘtements 99% du temps.
Et puis les pubs Cellublue sont arrivĂ©es dans le mĂ©tro. Le sĂšche cheveux tri-fonction, lui, nâavait jamais eu cette prĂ©tention. Câest lĂ que jâai compris : ça marchait. Ou du moins, ça allait marcher. La ventouse allait conquĂ©rir le monde. Et puis jâai vaguement feuilletĂ© un magazine fĂ©minin. Bingo, mĂȘme dans la presse papier, une publicitĂ© pour une ventouse. Mais dâune autre marque. Il y avait donc de la concurrence, de la CONCURRENCE sur le marchĂ© DE LA VENTOUSE.
Et enfin, les rĂ©seaux sociaux (instagram, Youtube), le tĂ©lĂ©achat 2.0 de la gĂ©nĂ©ration Y, sây est mis. Quelques youtubeuses et blogueuses pour prĂ©-adolescentes nâont pas hĂ©sitĂ© sâaffranchir de leur Ă©thique pour promouvoir ce bout de caoutchouc aux pouvoirs magiques (ça me fait penser que le seul bout de caoutchouc qui mĂ©riterait dâĂȘtre promu dans une vidĂ©o sponsorisĂ©e est le prĂ©servatif fĂ©minin ou masculin. Oh. Wait.)
PassĂ©s lâĂ©tonnement, la stupeur mĂȘme, jâai ressenti une grande colĂšre. A 10, 11, 12 ans on fantasme lâĂąge adulte. On a des rĂȘves. Des rĂȘves qui ne concernent pas ce corps quâon ne conscientise pas encore. Des rĂȘves de relations romantiques ou de carriĂšres prestigieuses. On a mille ennemis, dĂ©jĂ , qui voilĂ le nouvel ennemi : la cellulite. Fin de lâinnocence. Retour dans le passĂ©, ce passĂ© trouble oĂč le rĂŽle de la femme est dâĂȘtre belle. Lisse. Sans capitons. Au prix de la souffrance (QUI aime se pincer la peau pendant 20 minutes quotidiennement ? Quitte Ă souffrir, autant faire du sport, au moins les endorphines persistent aprĂšs la douleur).
Je respecte toutes les femmes, celles qui aiment leurs capitons, et celles qui les aiment pas. Celles qui les haĂŻssent sans les combattre, celles qui luttent... encore. Je comprends le principe de prendre soin de soi. De prendre du temps pour soi. Mais ne peut-on pas trouver plus saine activitĂ© que de jouer un combat perdu dâavance ? Ne peut-on pas, ne doit-on pas Ă©loigner les jeunes filles de ces injonctions Ă la perfection ? On se plaint quâil y a peu de filles en prĂ©pa scientifique, que les femmes sont sous-reprĂ©sentĂ©es dans les hautes sphĂšres de lâentreprise et de la fonction publique, on dĂ©nonce un manque dâambition⊠Cessons de nous battre contre des moulins Ă vents (notre peau dâorange contre laquelle on ne peut⊠RIEN) et sauvons notre peau. Tirons notre Ă©pingle du jeu et soyons plus intelligentes que ces marques (gĂ©nies du marketing !) qui nous enferment Ă la maison. Laissons tomber la ventouse et visons plus haut. Aimons-nous autrement, laissons-nous aimer autrement.
La cellublue enlĂšve-t-elle vraiment la cellulite ? Ma rĂ©ponse : je nâen ai rien Ă foutre. Ce que je sais, câest quâau lieu de passer 20 minutes Ă me regarder le nombril, je peux aussi me faire du bien (cuisiner, me masser le visage, lire un livre) ou faire du bien aux autres (appeler mes grands parents, prendre des nouvelles dâune amie).