ZONE ACOUSTIQUE DIVERGENTE
Marc A. Bertin / Hrundi V. Bakshi - © Hervé Goluza
« Musiques bancales mais pas banales pour oreilles curieuses, avisées ou flâneuses ». Au moins avec Bruisme, c’est comme avec Sonic Protest, pas de tromperie sur la marchandise et place à l’easy listening pour gens difficiles, mais nullement élitistes. En activité depuis le début de la décennie, le festival pictavien maintient son cap exigeant. Mathilde Coupeau et Alexia Toussaint s’en expliquent.
Comment est né Bruisme ?
Mathilde Coupeau : L’association Jazz à Poitiers existe depuis 20 ans. Son intitulé est un peu réducteur puisque nous musardons dans le territoire des musiques dites improvisées. En 2010, nous avons pris conscience des difficultés à proposer des musiques plus expérimentales au public. Le festival nous est alors apparu comme la forme la mieux adaptée pour présenter cet aspect de notre travail. C’était aussi l’occasion d’offrir une entrée esthétique différente du reste de la saison car l’improvisation est une porte ouvrant sur une multitude de projets qui flirtent avec un nombre incroyable de genres. Un festival, même dans un registre aussi « exigeant », c’est une espèce de levier, un moment limpide, un condensé des propositions annuelles avec encore plus de liberté.
Lancer une manifestation, c’est aussi savoir jongler avec la concurrence et trouver la bonne période…
Alexia Toussaint : Évidemment, il y a beaucoup de paramètres en prendre en compte, toutefois, la « concurrence », c’est un faux problème car hormis le Météo à Mulhouse, nous sommes les seuls à défendre ces musiques. Bruisme se tient le dernier week-end de juin car il fallait bien une balise temporelle pour installer le festival dans le temps.
Bruisme a-t-il mis du temps à prendre sa place et convaincre ?
M.C. : Côté public, comme nous sommes tout sauf un festival de masse, la construction se fait pas à pas. De la première édition à aujourd’hui, c’est une constante. Chez les professionnels, du moins évoluant dans la même sphère, l’accueil a été bienveillant et chaleureux. En revanche, du point de vue des médias, c’est un peu plus difficile. Comment faire comprendre la notion d’une esthétique au détriment de têtes d’affiche ? Bruisme évolue en dehors des codes habituels, cela engendre une forme de réticence. Il faut donc user de médiation, de patience et de pédagogie, surtout avec les médias généralistes.
Vous collaborez de longue date avec l’association néo-bordelaise Einstein on the Beach.
A.T. : Nous partageons le même modus operandi et évoluons dans les mêmes esthétiques. Nous menons conjointement des actions spécifiques, nous travaillons à partir de leur catalogue, programmons de longue date leurs artistes. Disons que la naissance de la Nouvelle-Aquitaine a encore plus accéléré le partenariat.
Comment conçoit-on un tel festival ?
M.C. : Notre programmateur et directeur artistique, Matthieu Périnaud, veille depuis l’origine au bon équilibre entre découvertes et « notoriété », régional et national /international comme à la bonne balance entre les propositions esthétiques. Passé l’appellation « musiques improvisées », place à un champ des possibles extrêmement varié, le temps d’un week-end, afin que le public accomplisse un parcours à travers aussi bien le folk, le contemporain, l’électro-acoustique, l’électronique…
Que trouve-t-on au menu de cette neuvième édition, hormis la super star Éric Chenaux ?
M.C. : Des artistes phares dans leurs domaines ! Tel Russell Haswell, un mythe sans concession, entre Autechre et Napalm Death, que nous sommes plus que fiers de présenter tant il est rare en France. Claude Tchamichian, qui donnera un solo de contrebasse au conservatoire et encadrera une masterclass en amont du festival. Au titre des coups de coeur, Les Mamies Guitares, géniale expérience menée par Mathieu Sourisseau et Guillaume Malvoisin. Une semaine durant, avant le début de l’événement, ils accompagnent des personnes âgées, nullement musiciennes, les faisant bosser avec des guitares préparées et des racks de pédales et, de cet atelier inouï, sort une pièce qui sera restituée sur scène. Et, puisque nous parlions plus avant d’Einstein on the Beach, joie d’accueillir Dieu, ce trio souverain formé par Mathias Pontevia, Jean-Sébastien Mariage et Heddy Boubaker.
A.T. : J’ajouterai que Bruisme est un festival en partenariat avec le Confort Moderne, la Fanzinothèque et le Lieu Mutiple/Espace Mendès France, chez qui nous avons pour habitude de finir le dimanche après-midi. Thomas Ankersmit, familier de Phill Niblock et de Kevin Drumm, s’y produira dans l’enceinte du planétarium. Ça va être terrible.
Bruisme, du vendredi 29 juin au dimanche 1er juillet, Poitiers (86000) www.jazzapoitiers.org













