29 octobre : ne pas oublier Mehdi Ben Barka
En ce jour anniversaire de la disparition de Mehdi Ben Barka, un rassemblent se produit devant la brasserie Lipp, boulevardâSaint-Germain, Ă Paris, lieu de son enlĂšvement par des policiers français. Il fut conduit dans une villa de Fontenay-le-Vicomte, dans lâEssonne appartenant Ă un truand. Chaque annĂ©e, il est dâusage de de se retrouver sur le lieu mĂȘme oĂč il a Ă©tĂ© vu pour la derniĂšre fois. Il nâest plus rĂ©apparu. Le corps n'a jamais Ă©tĂ© retrouvĂ© (tout comme celui de Jamal Khashoggi disparu au consulat saoudien dâIstanbul en octobre 2018).
Dans le cas de Ben Barka, câĂ©tait il y a 59 ans, jour pour jour, le 29 octobre 1965. On sait aujourdâhui que lâopĂ©ration a Ă©tĂ© menĂ©e avec la complicitĂ© des services marocains venus spĂ©cialement Ă Paris. Lâaffaire nâa pas Ă©tĂ© totalement Ă©lucidĂ©e. Le sera-t-elle jamais ? Mehdi Ben Barka Ă©tait le principal opposant politique au roi Hassan II dont le rĂ©gime virait nettement Ă lâautoritarisme. Leader tiers-mondiste et panafricaniste, il pouvait gĂȘner les intĂ©rĂȘts français en Afrique. Sa famille ne cesse de dĂ©noncer une absence de volonté des deux pays pour faire Ă©clater la vĂ©ritĂ©. Le sit-in de ce jour est organisĂ© par lâInstitut Mehdi Ben Barka-MĂ©moire Vivante, avec le soutien de nombreuses associations marocaines et europĂ©ennes des droits de lâhomme. Une nouvelle instruction a Ă©tĂ© lancĂ©e, Ă lâinitiative dâun juge français, en 2005, quarante ans aprĂšs les faits. Elle est toujours en coursâ!
Rhita Bennani, la veuve de Mehdi Ben Barka est dĂ©cĂ©dĂ© Ă Paris, le 26 juin 2024, Ă lâĂąge de 92 ans. Elle et ses enfants demandent depuis des dĂ©cennies ce qui est arrivĂ© Ă leur mari et pĂšre, et oĂč se trouve sa sĂ©pulture. Ils espĂšrent quâEmmanuel Macron reconnaisse enfin la responsabilitĂ© de la France, comme il lâa fait rĂ©cemment dans le cas de Maurice Audin. « Le secret-dĂ©fense ne doit pas servir Ă couvrir des erreurs ou des dĂ©rapages des services dans des cas oĂč il y a eu mort dâhomme. Les familles ont le droit de savoir et il faudrait sâinterroger sur ce point » explique Bachir Ben Barka qui a lancĂ© hier un nouvel appel au prĂ©sident français et au roi du Maroc.
Dâautres familles sont concernĂ©es : celle de Robert Boulin, assassinĂ© en 1979, Ă©galement un 29 octobre. Initialement classĂ©e comme un suicide, l'affaire a Ă©tĂ© rouverte en 2015 pour « enlĂšvement » et « assassinat » suite aux nombreuses incohĂ©rences relevĂ©es. Il y a cinq ans, le 29 octobre 2019, 14 journalistes ayant enquĂȘtĂ© sur la mort de Robert Boulin ont adressĂ© une lettre ouverte au prĂ©sident Emmanuel Macron, demandant la dĂ©classification des archives des services de renseignement français et amĂ©ricains concernant cette affaire. Ce 29 octobre 2024, Fabienne Boulin Burgeat, la veuve de lâhomme politique assassinĂ©, se rend une nouvelle fois au Tribunal de Versailles pour demander Ă la juge d'instruction en charge du dossier Boulin, "ce qu'elle compte faire" à la lumiĂšre des avancĂ©es rĂ©centes.
On peut aussi citer lâaffaire du juge Bernard Borrel, tuĂ© Ă Djibouti en 1995 ; celle des journalistes de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Vernon, tuĂ©s au Mali en 2013 ; celle des victimes du Bugaled Breiz (5 morts), ce chalutier breton qui a coulĂ© subitement en 2004 ; celle des victimes du crash du vol Ajaccio-Nice (95 morts) en 1968 ou encore de celle de lâexplosion de la Maison des TĂȘtes (13 morts) Ă Toulon en 1989. Le classement dâun dossier en secret-dĂ©fense empĂȘche sa consultation avant cent ans !
Un article de l'Almanach international des éditions BiblioMonde









