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ThĂšme : la voix dans ma tĂȘte/maison
Une voix a fait son nid dans ma tĂȘte. Elle a lâair de sây trouver bien. A croire que câest sa nouvelle maison. Et non, elle ne me paye pas de loyer.
Elle ne sâest pas prĂ©sentĂ©e, mais je lâappelle « la sorciĂšre ».
Je ne lâavais pas, avant. JâĂ©tais une enfant sage. Une adolescente modĂšle. Une jeune femme bien sous tous rapports. On mâaurait donnĂ© le bon Dieu sans confession. Et jâen aurais pris soin.
Je ne sais pas pourquoi la sorciĂšre est venue.
Peut-ĂȘtre parce que jâĂ©tais en colĂšre. Les sorciĂšres sont censĂ©es mourir dans le feu, mais celle-ci y est nĂ©e, je crois bien. Le feu de ma fureur sur lequel jâai tout de suite mis un couvercle, pour tenter de lâĂ©touffer. On nâest pas furieuse quand on est quelquâun de gentil. Et je voulais ĂȘtre quelquâun de gentil plus que tout au monde.
Mais le couvercle nâa pas Ă©teint le feu. LĂ -dessous, ça a bouilli, mijotĂ©, mitonnĂ©, et la sorciĂšre en est sortie. Maintenant, elle me parle.
« Dis-lui que tu nâen as rien Ă foutre » quand ma collĂšgue me dĂ©crit pendant un interminable quart dâheure ce quâelle a fait de son week-end. Je ne veux pas faire ça. Câest important dâĂ©couter les gens et dâĂȘtre attentive Ă ce quâils aiment.
« Dis-lui que sâil nâest pas content, câest pareil, et que tu nâes pas payĂ©e pour ces conneries » quand mon chef me demande de faire plus que ma fiche de poste alors que je nâarrive dĂ©jĂ pas Ă gĂ©rer mes tĂąches en court. Je ne veux pas faire ça. Câest important de se donner du mal pour que toute lâĂ©quipe atteigne les objectifs et quâon rĂ©ussisse tous ensemble.
« Dis-lui que ça ne va pas et que tu veux quâelle sâoccupe de toi » quand ma mĂšre passe en revue tous les petits soucis de chaque membre de la famille sans jamais prendre le temps de demander comment moi je vais. Je ne veux pas faire ça. Je ne veux surtout pas faire ça. Si jamais⊠lâidĂ©e mĂȘme me donne des hauts-le-cĆur. RĂ©clamer ? RĂ©clamer de lâattention ? RĂ©clamer de lâamour ? Jamais je ne pourrais faire ça !
Jâen mourrais si elle disait non.
Je ne peux pas prendre le risque.
La sorciĂšre me fatigue. Elle prend ses aises, elle est chez elle dans ma tĂȘte, et elle commente. Elle ne se contente pas de me dire comment je devrais parler aux autres. Elle critique aussi la maniĂšre dont je me parle Ă moi-mĂȘme. Toutes les excuses que je me trouve pour mâaplatir encore et encore.
La sorciÚre est née dans le feu. Elle ne mùche pas ses mots.
« Tu es vraiment un paillasson humain »
Ăa fait mal, souvent, ce quâelle me dit. Je tente de protester. De lui expliquer que je veux juste ĂȘtre gentille.
Il nây a rien de plus important au monde que dâĂȘtre gentille.
Câest mon seul espoir dâĂȘtre aimĂ©e un jour.
« Et moi ? Jâai le droit de parler aussi ? Je ne veux pas ĂȘtre aimĂ©e, je veux crier jusquâĂ ce quâils me foutent la paix. Jâen ai marre de me faire marcher dessus. »
Non. Toi, tu nâas pas le droit de parler, et tu ne lâauras jamais. Tu es trop dangereuse.
« Ăa ne marchera pas, tu sais. Personne ne fait de calin aux paillassons. Essaye dâĂȘtre un nounours, au moins, si tu tiens Ă ĂȘtre gentille pour ĂȘtre aimĂ©e. Redresse la tĂȘte et sort un peu les griffes. Montre que tu en as dans le ventre. Que si tu te donnes du mal pour les autres, câest parce que tu lâas dĂ©cidĂ©. Et que tu pourrais changer dâavis sâils te traitent comme ça. Allez, essaie ! »
Si je le fais, je vais me liquéfier de terreur.
« Si tu ne le fais pas, je vais exploser de rage !»
Il faut quâon trouve une solution.
« Oh, on est un ââonââ maintenant ? Câest bien, ça progresse. »
Je ne peux pas me dĂ©barrasser de ta voix dans ma tĂȘte, autant faire Ă©quipe.
« Exactement. On va faire une Ă©quipe dâenfer ! »
Il y a une voix dans ma tĂȘte. Elle y a Ă©lu domicile depuis un certain temps maintenant. Jâai pris en assurance depuis quâelle est lĂ . Je suis gentille parce que jâai choisi de lâĂȘtre. Si un jour quelquâun va trop loinâŠ
Je sais Ă qui je peux passer les rĂȘnes.