Avant-propos : this is in French, i need to write a bit about Ajeng, there's blood at one point and there's a bit of racism towards vampires as well as depiction of bullying
Régler des comptes, une histoire de la backstory d'Ajeng
AprĂšs plusieurs semaines de bras de fer avec l'administration, ils ont eu gain de cause. Enfin, partiellement, mais Ajeng s'en est satisfaite : les partiels sont dĂ©calĂ©s Ă des horaires accommodant les Ă©lĂšves vampires, en Ă©change de quoi elle et une poignĂ©e de camarades de la bonne sociĂ©tĂ© offrent un dĂ©menti au doyen par rapport Ă l'affaire de la cocaĂŻne donnĂ©e aux Ă©tudiants et payĂ©e par le contribuable. Mais les diurnes se sont plaints. Ăvidemment que les diurnes se sont plaints de ne pas pouvoir finir leurs journĂ©es Ă 16 heures comme si c'Ă©tait leur droit divin. Une Ă©lĂšve Gaikamshigtai l'a prise Ă partie pour lui signaler que biologiquement, elle ne pouvait pas fonctionner une fois le soleil couchĂ©. Ce Ă quoi elle a rĂ©pondu : « RĂ©cupĂšre de la coke Ă l'infirmerie pour tes partiels, nous faisons ça pour les cours et on n'en meurt pas ». Connasse, va. Si les plaintes des diurnes s'arrĂȘtaient Ă si peu, Ajeng pourrait dormir tranquille, mais il a fallu ensuite rĂ©clamer une protection de la part de l'administration.
Car, Ă©videmment, les diurnes en viennent vite aux mains. Moira a Ă©tĂ© plaquĂ©e contre un mur dans les dortoirs des femmes et frappĂ©e dans le ventre par des filles mĂ©contentes. Dauthril ne peut pas se rendre en droit international sans essuyer d'agressions similaires. Il paraĂźt mĂȘme que Ferdinand s'est fait planter en cours de westgatien, sous l'Ćil torve du chargĂ© de TD qui, pour toute rĂ©action, a dit : « Silence, Kirschenthal, on n'entend que vous dans cet amphi ».
Et Ajeng est partie en vendetta personnelle quand Fred a Ă©tĂ© trempĂ©e d'eau sale provenant des toilettes, un « accident malheureux », et puis « ArrĂȘtez un peu de vous plaindre et apprenez la valeur du travail, comme cette petite Khin ». Ses imprĂ©cations ont retenti dans tout le bĂątiment administratif, et elle aime Ă penser que son petit coup d'Ă©clat n'est pas pour rien pour la protection offerte gracieusement par le conseil d'administration et le conseil des Ă©tudiants.
Dans tous les cas, cette universitĂ© rĂ©putĂ©e a rĂ©ussi Ă se mettre Ă dos une vingtaine de vampires en facultĂ© de droit, qui ont passĂ© leurs nuits Ă obsessivement chercher des failles et des zones grises Ă exploiter dans les textes de loi, menĂ©s par des fortes tĂȘtes pugnaces Ă l'extrĂȘme, et appuyĂ©s par quelques grandes fortunes. Papa a levĂ© les yeux de ses feuilles de calcul quand Ajeng lui a prĂ©sentĂ© le problĂšme et la nĂ©cessitĂ© d'avoir des fonds.
â Si tu me demandes autant d'argent, tu as intĂ©rĂȘt Ă avoir gain de cause.
Pour l'instant, ils ont obtenu ce qu'ils voulaient en priorité. Un planning de partiels aménagé pour eux, une protection payée par le campus, un local (qu'ils occupaient déjà et qui, par l'art. 479-10c alinéa 4, leur revient de droit car « Si une surface appartenant précédemment à l'Etat et inférieure à un hectare est occupée de maniÚre réguliÚre et investie par une communauté pour en faire un espace de vivre ensemble sans pour autant en faire un espace mercantile, et que cette occupation est supérieure à un an à compter du premier aménagement réalisé à compte d'utilisateur pour cette surface, alors cette surface revient à la communauté qui l'investit et la met en valeur par droit d'usage »), et des horaires de soutenance qui conviennent à leur rythme biologique. Tout cela en ménageant la chÚvre et le chou, enfin, plus ou moins. On n'obtient pas des avancées sans fùcher quelques personnes.
MalgrĂ© la tension constante sur le campus, les quelques escarmouches qui se rĂ©glaient d'abord chez les flics et aprĂšs en conseil de discipline, et les injures spĂ©cistes, et le son de la clef verrouillant les bureaux dĂšs que le claquement de son talon se fait entendre dans l'escalier du bĂątiment administratif (elle commence Ă les monter pied nu pour l'effet de surprise), ils se sont plutĂŽt accordĂ© sur la rĂ©ussite de leur entreprise. Donc, Ă l'entrĂ©e de la cinquiĂšme annĂ©e, aprĂšs avoir passĂ© les concours prĂ©liminaires des Guildes de Justice et avoir commencĂ©, avec Fred Ă©videmment, un stage dans un grand cabinet, Ajeng n'a plus en tĂȘte que deux choses : obtenir son diplĂŽme et signer, en mai ou juin, son contrat d'associĂ©e junior dans la Guilde qu'elle vise. Avec Fred, toujours. Et peut-ĂȘtre partir de chez Elphyr, pour avoir un chez-elle vĂ©ritablement Ă elle.
Avec Fred dedans, évidemment.
Bon, il faudra la convaincre de quitter son appartement avec Antigone. Mais elle en fera son affaire plus tard.
Tout ça pour dire qu'elle n'a pas prévu l'escalade de la violence à la rentrée.
D'abord, les gousses d'ail. Un petit malin a mis des gousses d'ail partout dans leur local. Inoffensif en tant que tel, mais rien ne voile l'intention profondément spéciste. 16 septembre
Ensuite, en se rendant comme à son habitude dans le bùtiment administratif pour leur rappeler à la fois son existence, sa persistance et les accords passés, fatiguée et inattentive à son environnement, Ajeng n'a pas su éviter une gerbe d'eau coupée de peinture rouge venue souiller son apparence. 20 septembre.
Et si Fred l'a dissuadĂ©e avec un regard plein de larmes de rĂ©gler ça Ă la Suwal, Ferdinand est allĂ© planter un de ses agresseurs de 2A. Enfin, personne ne peut prouver que c'est Ferdinand. On ne suspecte mĂȘme pas Ferdinand. Un nom comme ça. Et puis, Ferdinand, pur Van Zanaderstrassen issu de deux branches mineures, rĂ©ussit certes la prouesse d'ĂȘtre plus mauvais mage qu'Elphyr mais sait quand mĂȘme tirer quelques fils de la toile du domaine d'Horreur. 23 septembre.
DÚs le lendemain, il a fallu que tout le monde vide son sac et ses poches avant d'accéder au campus. Le représentant de la promo leur a dit, texto, de se limer les dents pour leur sécurité à tous. Une humiliation de plus.
â Il doit certainement y avoir un moyen de faire sauter ça, s'est exclamĂ© Vittoria Castoriadis en ouvrant son code civil.
â Pas vraiment, l'administration est dans son droit, soupire Amir-Jinan alors qu'il ferme son cahier. Une idĂ©e pour dĂ©bloquer la situation ?
â Vous connaissez dĂ©jĂ mon avis, dit Ajeng.
â Mais si vous continuez l'escalade, vous allez perdre vos acquis, se risque Fred alors qu'elle passe son bras autour de la taille d'Ajeng. C'est un vrai risque pour vous, vous ne voulez pas le retour des partiels Ă 8 heures du matin.
â Ajeng, tiens ton humaine, rĂ©plique Moira.
â Change de ton, Moira, rĂ©torque immĂ©diatement Cheryl Leitner, une de ses plus fidĂšles alliĂ©s. Frederica a raison, et c'est parce qu'elle a raison qu'on va en rester lĂ . Pas vrai, vous autres ?
Malgré quelques protestations, leur groupe finit par se rendre à l'évidence : poursuivre cette marche à la guerre ne mÚnera à rien. Ajeng décrÚte qu'il vaut mieux se concentrer sur leurs examens, les mémoires, les soutenances et le stage, que sur les tensions à la fac. Si les diurnes se font revanchards une fois de plus, ils régleront ça entre quatre yeux à l'administration.
Les partiels de décembre se sont passés sans vraiment d'accroc. Les vampires, à force d'écumer les textes de loi et autres décrets, se retrouvent encore une fois bien placés, et l'heure d'hiver les a aidés à grappiller quelques points supplémentaires.
Rien Ă signaler pour les partiels d'avril, puis pour les soutenances, et la deuxiĂšme salve de concours. Ajeng et Fred signent ensemble leur embauche. Fred arrĂȘte de fumer et de boire, comme ça, d'un coup. Annonce qu'elle est enceinte. Les copains prennent leurs postes un par un. Ajeng imagine que l'administration a poussĂ© des cris de joie en les voyant enfin partir, eux qui ont menĂ© une guĂ©rilla sans merci et fait de leurs dĂ©sirs des rĂ©alitĂ©s pendant cinq ans.
Alors, bien sûr, quand ils se retrouvent pour la remise de diplÎme, ça fait tout chose. « Toujours fourrées ensemble, toutes les deux ? », « Tu fais homme maintenant », « Tu as vu ? Je me marie en novembre ! », « On m'a mise sur un cas, oh la la... », « Félicitations pour le bébé », « Sans déconner, je pense me lancer en politique »...
â Ferdinand, non, pas toi en politique...
â Et pourquoi pas ? sourit-il en lui donnant un coup d'Ă©paule alors qu'elle ricane Ă cette perspective. On s'est battu pendant cinq ans pour avoir des horaires adaptĂ©s, alors pourquoi pas continuer de se battre pour avoir des facs pour les nocturnes ?
â C'est les mots les plus sexy que tu n'aies jamais sorti, lance Ernst. PrĂȘche, mon frĂšre, prĂȘche !
â Vous ĂȘtes bĂȘtes, les garçons, sourit Ajeng en passant un bras autour des Ă©paules de Fred. Nous on va s'asseoir avec ma famille et la mĂšre de Fred, vous devriez prendre vos places aussi.
â Aaaaah, attends, je vais aller saluer ton pĂšre, je sais qu'il bosse avec mon cabinet, s'exclame Dauthril.
Et une fois tout le monde rassis avec son bout de papier dans la main, avec Fred embrassée sur les deux joues par sa mÚre en larmes et Ajeng entre ses parents aux effusions contenues, le major de promotion, Edward Valery, un diurne, monte sur l'estrade pour son discours. Applaudi mollement dans leur cÎté de la salle, il s'incline, se racle la gorge.
â Bonsoir, mesdames, mesdemoiselles, messieurs, et je suis honorĂ© de faire ce discours devant vous. Voyez-vous, dans notre universitĂ© Encre I LumiĂšres-d'Or, oĂč nous avons passĂ© cinq ans de nos vies, cinq ans tous ensemble...
Ajeng ne peut s'empĂȘcher de glisser un Ćil Ă Amir-Jinan et Cheryl. Leur notion du vivre-ensemble est sans doute intĂ©ressante.
â ...Mais si nous avons bien appris une chose, pendant ces cinq ans, c'est que les vampires sont tous des traĂźtres, des menteurs, des tricheurs, et des fauteurs de trouble, incapables d'empathie et de solidaritĂ© avec le reste du corps Ă©tudiant. Les parvenus et les boursiers des ghettos de Notturna n'avaient rien Ă faire ici.
Les doigts de papa s'enfoncent dans son Ă©paule alors que la main de mĂšre l'encourage Ă se lever. Des cris rĂ©probateurs retentissent derriĂšre elle. Certains commencent dĂ©jĂ Ă se lever. Elle entend Moira, retenue par Philomena, murmurer qu'elle va se le faire. Une petite voix de femme souffle : « Ferdinand tu devrais arrĂȘter de penser Ă poignarder des gens tu vas finir par avoir des problĂšmes ». Un regard Ă Fred, qui se liquĂ©fie sur son siĂšge. Il faut que quelqu'un prenne une position, donne un ordre. Alors Ajeng s'Ă©chappe de la prise de son pĂšre, monte tranquillement sur l'estrade, retire son gant et le jette Ă la figure du major, avant de redescendre. Les yeux de mĂšre brillent de fiertĂ©. Papa lui glisse : « ArrĂȘte de l'encourager lĂ -dedans ! ». Ajeng sort de la salle, suivie par les autres vampires de la promo et Fred qui ne la lĂąche pas d'une semaine. Tant pis pour le scandale. C'est une affaire d'honneur.
â On les attend dehors, dit-elle. On fait corps. Qui est prĂȘt Ă nous reprĂ©senter ?
â Pourquoi pas toi, Ajeng ? suggĂšre Sacha. C'est toi qui as provoquĂ©, pourquoi tu ne te dĂ©voues pas pour la cause ?
â Car je suis une demoiselle fragile et dĂ©licate, rĂ©plique Ajeng entre ses dents.
â T'es fragile et dĂ©licate que quand ça t'arrange, la rabroue gentiment Cheryl.
â Moi je me dĂ©voue.
Ils se retournent sur Ernst. Pas trÚs grand. PlutÎt vif. Avec des yeux noirs brillants et pleins de courage, et un sourire dégoulinant de confiance.
â Tu sais te battre, Ernst ?
â Je viens d'un quartier chaud du sud de Notturna, sourit-il. Je sais me battre et gagner.
â Tu as conscience que dans cet univers on ne se bat pas au couteau, Ernst.
â On se bat avec quoi, alors ?
â Ă l'Ă©pĂ©e, Ernst, rĂ©pond Amir-Jinan. On se bat Ă l'Ă©pĂ©e.
â C'est juste un gros couteau, dit-il en haussant les Ă©paules.
â Personne d'autre ? demande Ajeng, peu convaincue.
Mais personne ne sort du rang. Pas mĂȘme Ferdinand, qui pourtant a semblĂ© prĂȘt Ă en dĂ©coudre.
â Bon, Ernst, tu es notre champion, soupire-t-elle. Si jamais ça tourne au vinaigre, je te paie l'hĂŽpital.
â Mais tout va bien se passer, Ajeng, je dĂ©fends notre honneur.
Les diurnes les plus véhéments sortent de la salle à leur tour.
Ernst ne se dégonfle pas. Il est arrivé avant tout le monde, et Ajeng n'a pas pu retenir un sifflement admiratif devant son sérieux. Ferdinand a fourni l'épée, un modÚle assez daté mais équilibré. MÚre avait proposé de mettre son sabre à disposition en apprenant la suite des événements, mais papa avait clairement posé son veto. Pour son courage, Amir-Jinan lui prépare cinq traces de cocaïne pour le ragaillardir, et Ernst, toujours aussi confiant, promet de payer sa tournée à la fin.
Ajeng, pour une fois, porte des chaussures plates, pour courir au combiné téléphonique le plus proche et prévenir, dans cet ordre, un avocat, la police, et les secours. La maniÚre dont Ernst joue avec le manche de l'épée la conforte dans son choix. Un désastre. Ils vont au devant d'un désastre.
Les fers croisent. Ernst tient son épée comme un canif, donc il est embarrassé, évidemment, par la longueur et le poids. Mais pendant les premiÚres minutes, il tient la cadence, il pare, il repousse le champion des diurnes, il s'attire les encouragement de son cÎté.
Pendant un instant, Ajeng y croit.
Puis la lame adversaire transperce son épaule.
â Comme a priori c'est un duel au premier sang, nous allons nous arrĂȘter lĂ , propose le duelliste adversaire. Bien jouĂ©, je suppose ?
Ernst se redresse et, comme monté sur ressorts, comme un combattant de rue expérimenté qui ne cÚde pas au premier coup reçu, se jette sur son adversaire.
Fred ne peut pas retenir un haut-le-cĆur, et s'Ă©carte pour vomir. Ajeng, dĂ©goĂ»tĂ©e par ce gĂąchis de sang vampirique, porte son mouchoir Ă sa figure.
Et l'épée se fiche dans son ventre. Ernst tombe au sol. L'épéiste diurne a lùché son arme pour venir compresser la plaie. Ajeng file attraper un téléphone.
Pendant deux jours, ils se relaient entre le chevet d'Ernst Ă l'hĂŽpital et les remontrances des familles. Ajeng tient parole pour le paiement. Elphyr ne lui a pas laissĂ© le choix, de toute façon. Probablement parce que les yeux mouillĂ©s et fatiguĂ©s de Steffi GlĂŒck ressemblent Ă ceux de toutes les mĂšres vampires cĂ©libataires ou coincĂ©es avec un mari inutile, et visiblement Elphyr a un problĂšme avec ce genre de femmes.
Ils sont tous là au réveil.
â On a gagnĂ© ?
â Non trĂ©sor, tu t'es fait laminer, lui souffle Chufsanma en lui tenant la main.
â T'as perdu vraiment beaucoup de sang, commente Nikolauos. On a cru que tu allais nous claquer entre les doigts.
Ajeng prend place au bout du lit.
â Mais on a eu gain de cause, dit-elle. L'universitĂ© va te verser des dommages et intĂ©rĂȘts, et surtout ce connard de Valery nous doit Ă tous une coquette somme s'il ne veut pas qu'on porte l'affaire devant un juge, et de prĂ©fĂ©rence un vampire.
Ernst rit, avant de se tordre de douleur.
â Calme, le coupe Fred. Je vais augmenter ta morphine, t'inquiĂšte pas.
â On les a bien baisĂ©s, souffle-t-il.
â Ah ça, ils ne vont pas nous oublier, lance Ferdinand depuis son fauteuil.
Ajeng laisse le journal du jour sur son lit, et attrape la main de son amie.
â Nous, on va filer, prends soin de toi Ernst.
Il a son sourire arrogant.
â On s'attrape samedi soir sur les quais, finit-elle. FĂȘtons ton retour parmi les vivants.