Cela, en effet, me conduit vers la question du code, de l’encodage des émotions et de leur décodage. Cette question m’intéresse, car elle touche au protocole de biohacking que j’avais commencé à concevoir lorsque je travaillais au CHUV dans la recherche fondamentale et qui m’a vite fait percevoir les limites d’une recherche ne s’inscrivant pas dans la texture du réel, que j’appelle archi-texture. Le Fugitif, justement, cherche à produire une installation numérique qui puisse rendre compte de la réalité augmentée dans laquelle nous projette l’économie numérique, celle des plateformes IA. Avec les réseaux sociaux comme Facebook & Co., nos relations sociales se sont complexifiées au point où les codes communs nécessitent une explicitation d’autant plus qu’Internet, avec les marchés de niche ou la longue traîne, permet la constitution de communautés centrées sur des thèmes ultra-spécifiques. Dans ces communautés, de nouveaux codes se créent sans cesse; par exemple, dans la CTA, nous produisons des termes comme « mouve », « battle », « préemption », « BRX », etc. Ces termes fonctionnent d’une manière spécifique dans notre communauté. Leur fonctionnement au niveau de la gestion communautaire (community management) nécessite par conséquent une conscience des variables d’ajustement d’ordre socio-linguistique. D’où la production de rites et de protocoles permettant une gestion de crise. Car la mythopoïèse ne va pas sans l’instauration d’un habitus¹ propre à elle. La conscience de la structure ou plutôt du dispositif socio-numérique (on-line et off-line) constitue une étape décisive dans l’élargissement de la communauté de la CTA vers d’autres villes et vers d’autres plateformes (Reddit, Discord, etc.).
¹ Pierre Bourdieu












