Ah ! Ces belles journĂ©es chaudes et ensoleillĂ©es de notre midi mĂ©diterranĂ©en ! Lâoccasion de rester dans le jardin le plus longtemps possible, de profiter de ce rapport simple, immĂ©diat, avec la nature et ce quâelle apporte de plus satisfaisant pour les sens... Aujourdâhui, câĂ©tait donc jardinage, repas dehors, exercice physique et lecture, tout ceci doucement, sans prĂ©cipitation, en prenant le temps de profiter de lâinstant. Et peut-ĂȘtre du fait de cette lenteur volontaire, mon esprit fut particuliĂšrement disponible pour percevoir avec la plus grande acuitĂ© la moindre manifestation de vie autour de moi, le moindre mouvement de la nature... Ce petit souffle tiĂšde tourbillonnant entre les feuilles des lauriers pour venir me caresser la nuque, ce lĂ©ger vrombissement dâun insecte venant butiner les fleurs formant palette autour de moi... Assis Ă mĂȘme la terre, enlevant les mauvaises herbes, je fus Ă©tonnĂ© de dĂ©couvrir une capacitĂ© visuelle qui mâĂ©tait encore inconnue : je perçus en mĂȘme temps, Ă des endroits Ă©loignĂ©s du parterre dans lequel je me trouvais, de minuscules mouvements. Ainsi, je pus bientĂŽt, sans bouger la tĂȘte, distinguer la marche rapide dâun taupin noir, en mĂȘme temps que la course effrĂ©nĂ©e dâune petite araignĂ©e, pendant quâun cloporte trottinait vers une motte de terreau frais et quâun dernier insecte dĂ©ambulait sous les feuilles de trĂšfle... Un univers miniature sâĂ©talait sous mes yeux et je pouvais en percevoir simultanĂ©ment tous les recoins ! Je restai un long moment fascinĂ© par cette vision. Dans lâaprĂšs-midi, lisant allongĂ© sur une chaise longue, je me laissai bercer par le bruit plus ou moins rĂ©gulier des insectes butineurs, petite sonate discrĂšte dont lâharmonie parvint Ă me distraire de ma lecture, alors que je regardais, dans lâair saturĂ© de lumiĂšre, danser les moucherons, plus nombreux Ă chacun de mes regards, et pourtant imperceptibles au toucher comme Ă lâouĂŻe, un ballet vaporeux... Et ce soir, alors que mon esprit se remĂ©more ces expĂ©riences si bienfaisantes, sous la lune en forme de sourire de Chester, je ne peux mâempĂȘcher de penser quâĂ cĂŽtĂ© de ces vies minuscules capables de nous enchanter, de nous envoĂ»ter, il y en a qui peuvent dĂ©cimer des populations et arrĂȘter la marche du monde...