Uncle Vanya - Theater Play
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Uncle Vanya - Theater Play
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Uncle Vanya / ăŻăŒăăŁäŒŻç¶ăă
Japan-Vietnam Contemporary Theater Joint Project Vietnam Internation Theater Festival 2019 (æ„æŹă»ăăăă çŸä»ŁæŒćć ±ćăăăžă§ăŻăăăăă ćœéæŒćç„2019)
Direction (æŒćș) : SUGIYAMA Tsuyoshi (æć±±ććż)

Anya is live and ready to show you everything. Watch her strip, dance, and perform exclusive shows just for you. Interact in real-time and make your fantasies come true.
Free to watch âą No registration required âą HD streaming
« ăæăăŸăźăă » video
Director, camera operator, video editor
Takahashi Norie (髿©ăźăă) - ăăæăăŸăźăăă
Street performance in Shibuya (æžè°·) - 2018-11-21
Directed, filmed and edited by : Pierre LAURET
Music : âăæăăŸăźăăâ by Norie TAKAHASHI, from the album âç ăă«ă€ăćă«â
TAKAHASHI Norie (髿©ăźăă)
Twitter : https://twitter.com/_ntooo
Instagram : https://www.instagram.com/_ntooo/
« Terrific Tips » MV
Video editor, sound
Staircase Paradox - Terrific Tips MV
Starring : Maiya GOSHIMA
Directed and filmed by : Maxime LAURET
Sound and Editing : Pierre LAURET
Mixing : Nicolas DEFEUDIS
Production : Kernel Panic Records & oh no!
Special thanks : Constant Voisin
Music : âTerrific Tipsâ by Staircase Paradox, from the EP âLandmines Have Feelings Tooâ
Staircase Paradox
Facebook : https://www.facebook.com/spdxmusic/
Website : http://www.staircaseparadox.com
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Director
Written and directed by : Pierre LAURET
With : Hugo GERNIGON, ćä»ć
Produced by : Oh No!
Mix by : Nicolas DEFEUDIS
Music by : Chotto Suki
Special thanks to : Maxime LAURET, Zoé ROGEZ, Thomas MENARD
Interview : MIYAZAKI Daisuke
Interviewer, writer
MIYAZAKI Daisuke : « Parler des faibles et des minoritĂ©s est un des sujets les plus importants de lâart. »
Au hasard dâune petite salle de cinĂ©ma situĂ© dans le quartier de Shibuya Ă Tokyo â le Uplink â le rĂ©alisateur MIYAZAKI Daisuke prĂ©sentait lâun de ses derniers long-mĂ©trages, Yamato (California). PortĂ© par lâactrice KAN Hanae (The Chrysanthemum and the Guillotine, Love and Other Cults, Nobody Knows), le film traite de nombreux sujets de sociĂ©tĂ© pour le moins tabous au Japon, tels que la situation sociale des mĂ©tisses, la prĂ©caritĂ© de certaines populations dans lâarchipel ou encore les bases Ă©tats-uniennes.
Journal du Japon est allĂ© Ă la rencontre du rĂ©alisateur pour Ă©changer autour de son film mais aussi de la rĂ©alitĂ© sociale de la sociĂ©tĂ© japonaise et de la reprĂ©sentation cinĂ©matographique quâil en existe.
Sakura vit avec sa mĂšre et son frĂšre Ă Yamato, prĂšs dâune base militaire Ă©tats-unienne. FascinĂ©e par la culture hip-hop, elle Ă©crit des rimes dans son temps libre mais sâavĂšre incapable de performer sur scĂšne. Un jour, Rei, la fille du copain Ă©tats-unien de la mĂšre de Sakura, dĂ©barque Ă lâimproviste Ă Yamato. AprĂšs une certaine mĂ©fiance, les deux jeunes filles commencent Ă se lier dâamitiĂ©.
Journal du Japon : Bonjour MIYAZAKI Daisuke. Votre film Yamato (California) aborde de multiples sujets tabous au Japon et peu usuels dans le panorama cinĂ©matographique de lâarchipel. Quelles sont les origines de ce projet et pourquoi avoir dĂ©cidĂ© de parler de cela ?
MIYAZAKI Daisuke: Tout dâabord, je voulais tourner un film dans ma ville natale, Yamato. Parler de sa ville natale câest un peu une tradition pour un artiste. Yamato est une ville de banlieue banale et ennuyeuse dans les environs de Tokyo qui est lâune des plus pauvres au Japon et oĂč vivent ensemble de nombreuses ethnies diffĂ©rentes. Il nây a rien de spĂ©cial ou de cinĂ©matographique, mais il y a cette base militaire Ă©tats-unienne au centre. Il y a aussi le fait dâavoir vĂ©cu aux Ătats-Unis pendant quelques annĂ©es lors de mon enfance. Je pense que tout cela a jouĂ© et influencĂ© ce choix de thĂšmes.
Lâune des autres thĂ©matiques principales est le monde de la musique, notamment le hip-hop. On peut retrouver par exemple le rappeur Norikiyo ou le groupe de rock GEZAN. Est-ce que les diffĂ©rents artistes apparaissant dans le film sont reprĂ©sentatifs de la scĂšne musicale de Yamato ?
Norikiyo est un rappeur du groupe cĂ©lĂšbre de hip-hop appelĂ© SD JUNK STA qui reprĂ©sente la rĂ©gion de Sagami dans laquelle Yamato se situe. LilâYukichi, le beatmaker et rappeur qui a composĂ© la musique du film, vient de Yokosuka qui est dans la mĂȘme prĂ©fecture que Yamato (ndlr : Kanagawa). Yokosuka est notamment connue pour sa base navale gĂ©ante que lâon peut voir dans Cochons et CuirassĂ©s de IMAMURA Shohei. Quant Ă GEZAN, câest un peu diffĂ©rent puisquâils viennent de Osaka.
Comment est-ce que les Japonais considĂšrent le hip-hop qui reprĂ©sente au Japon une contre-culture fortement influencĂ©e par les Ătats-Unis ? Est-ce que, de la mĂȘme maniĂšre, le cinĂ©ma Ă©tats-unien vous a influencĂ© dans votre conception du film ?
Encore beaucoup de monde considĂšre le hip-hop comme de la musique de gangsters. RĂ©cemment cela a un peu changĂ© pour devenir de plus en plus considĂ©rĂ© par les jeunes gĂ©nĂ©rations comme une musique rebelle, un peu comme lâĂ©tait le rockânâroll avant. Sinon, je suis assez influencĂ© par le cinĂ©ma Ă©tats-unien, de ses dĂ©buts Ă aujourdâhui. Je pense que je peux affirmer sans exagĂ©rer que mon style de cinĂ©ma est Ă 80% issu du cinĂ©ma amĂ©ricain. Lorsque lâon est rĂ©alisateur il nây a aucune maniĂšre dâĂ©viter le cinĂ©ma français ou Ă©tats-unien.
Les scĂšnes oĂč votre actrice principale, KAN Hanae, rappe constituent les points centraux de votre film. Comment avez-vous travaillĂ© ces parties ?
Dans un premier temps, jâai moi-mĂȘme Ă©crit les paroles. Ensuite, elle les a un peu modifiĂ©es pour que ça reflĂšte un peu plus son personnage de Sakura, mais aussi sa vraie vie en tant que KAN Hanae, Ă savoir une mĂ©tisse corĂ©enne au Japon.
Les occidentaux ne connaissent que gĂ©nĂ©ralement trĂšs peu le racisme japonais envers les mĂ©tisses, les zainichis (ndlr : Japonais dâascendance corĂ©enne), les burakumins (ndlr. MinoritĂ© la plus importante au Japon constituĂ©e de descendants des classes de parias Ă lâĂ©poque fĂ©odale), etc. Pourquoi pensez-vous quâil est encore compliquĂ© au Japon de parler ouvertement de ces sujets ou de faire de lâart dessus ?
La plupart de ces minoritĂ©s viennent dâune structure sociale qui, comme dans les autres pays, Ă©tait basĂ©e sur un langage « argent Ă©gale Dieu ». Et cela dure jusquâĂ aujourdâhui Ă cause de la pression qui existe dans ce petit pays insulaire quâest le Japon. Personnellement, je pense que cela ne fait pas vraiment sens et je ne ressens aucun tabou Ă parler de ces sujets. Dans lâhistoire de lâhumanitĂ©, tout le monde a souhaitĂ© pouvoir vivre ensemble, Ă©gaux et Ă©quitablement. Mais dans un monde post-postmoderne comme aujourdâhui, les gens ne souhaitent dĂ©sormais que ce quâils sont dâores-et-dĂ©jĂ . Ils protĂšgent ce quâils ont dĂ©jĂ et ce qui leur est fondamental comme leur nationalitĂ©, leur classe sociale, leur couleur de peau, etc. Et ils usent aisĂ©ment de la violence pour prouver cela. Câest regrettable et jâai lâimpression que lâhumanitĂ© retourne Ă un stade proche de la scĂšne dâouverture de 2001, lâOdyssĂ©e de lâespace de Stanley KUBRICK, bien quâil nous reste de la compassion⊠nous restons humains.
Vous mentionniez prĂ©cĂ©demment le fait que KAN Hanae soit une mĂ©tisse corĂ©enne au Japon. Dans Yamato (California) bien que vous abordiez divers sujets de discrimination, vous nâabordez quâune unique fois le racisme anti-corĂ©en lors dâune courte scĂšne oĂč Sakura croise une manifestation nationaliste dans la rue. Pourquoi avoir dĂ©cidĂ© dâaborder que briĂšvement ce sujet et pourquoi avoir choisi KAN Hanae comme actrice principale ?
Je lâai vraiment choisie un peu par coĂŻncidence. Ă vrai dire, je ne suis pas rĂ©ellement ce type dâartiste libĂ©ral qui se plaint fortement Ă propos de la politique dans son travail et qui ne crĂ©e quâun sentiment de culpabilitĂ© chez son public. La politique se cache toujours dans et derriĂšre nos vies de tous les jours. Je prĂ©fĂšre donc montrer ces choses petit Ă petit et ensuite le public peut ramener ces sujets dans sa propre vie.
Le personnage de Sakura semble vivre dans une famille de classe moyenne infĂ©rieur qui ne peut pas se permettre Ă©normĂ©ment. On peut voir aussi que vous parlez aussi de lâattitude de certains Japonais avec les dĂ©munis et les sans domicile fixe. Quel est la situation de la pauvretĂ© au Japon et quelle reprĂ©sentation le cinĂ©ma en fait-elle ?
LâĂ©cart entre les riches et les pauvres sâest rĂ©ellement agrandi en une vingtaine dâannĂ©es. Parmi les pays dĂ©veloppĂ©s, le Japon se classe en deuxiĂšme place derriĂšre les Ătats-Unis en matiĂšre de diffĂ©rences entre les riches et les pauvres. La totalitĂ© de mon entourage et moi-mĂȘme avons pu voir nos vies devenir drastiquement pauvres ces vingts derniĂšres annĂ©es. Il y aujourdâhui de nombreux enfants qui vivent dans des familles qui ne peuvent pas leur donner la chance dâaller Ă lâĂ©cole primaire. Mais cet aspect nâest quasiment pas montrĂ© dans les mĂ©dias et cette image de pays riche oriental que les pays occidentaux affectionnent reste encore assez forte.
KORE-EDA Hirokazu a gagnĂ© une Palme dâor au Festival de Cannes en 2018 pour Une Affaire de famille. Le film parle de la situation prĂ©caire de certaines familles japonaises mais ce prix Ă Cannes semble avoir Ă©tĂ© quelque peu occultĂ©, comme si ce sujet Ă©tait dĂ©rangeant et quâil ne proposait pas une belle image du Japon. Est-ce que le gouvernement et les mĂ©dias essayent en quelque sorte de cacher ces sujets ?
Je ne pense pas. Câest simplement que le cinĂ©ma dâart et essai sâest affaibli ces vingts derniĂšres annĂ©es et les gens ne sâintĂ©ressent plus autant au Festival de Cannes ou Ă la Berlinale dorĂ©navant. Aussi, KORE-EDA montre dans ses films une fausse image orientale de notre pays au travers dâun point de vue de classe moyenne supĂ©rieure travaillant depuis une perspective de rĂ©alisateur de chaĂźne de tĂ©lĂ©vision que les europĂ©ens affectionnent peut-ĂȘtre, mais dans laquelle les les Japonais nâarrivent pas Ă se projeter. Le triste aspect câest quâil est le rĂ©alisateur le plus connu dans le monde occidental et quâil rĂ©alise ses films selon ce que le public occidental veut voir au lieu de montrer ce quâil se passe rĂ©ellement au Japon. DĂšs lors, il existe un Ă©cart immense entre le succĂšs dâun film et les rĂ©actions du public.
Ces derniĂšres annĂ©es, de jeunes cinĂ©astes ont Ă©mergĂ© avec des films abordant des sujets de sociĂ©tĂ© au Japon tels que lâhomosexualitĂ©, la pauvretĂ©, le fĂ©minisme, etc. Je pense par exemple Japanese Girls Never Die de MATSUI Daigo ou encore The End of Anthem de HIGASHI Kanae. Est-ce que quelque chose serait en train de changer avec une jeune gĂ©nĂ©ration et les artistes essayeraient de plus en plus de parler de ces sujets ?
Tout dâabord, je mâexcuse je nâai pas vu les deux films mentionnĂ©s. Cependant, ce que je peux dire câest que parler des faibles et des minoritĂ©s est un des sujets les plus importants de lâart. Par consĂ©quent, peu importe si câest un film commercial ou un film indĂ©pendant, si câest faux ou si câest vrai. On devrait continuer Ă montrer ces films et se rĂ©fĂ©rer Ă eux jusquâĂ quâils deviennent un type dâexpression trop « politiquement correct ».
Habituellement, on entend gĂ©nĂ©ralement parler de la base militaire dâOkinawa qui semble ĂȘtre la plus problĂ©matique au Japon. Pouvez-vous nous parler un plus de cette base de Yamato et avez-vous fait des demandes dâautorisations pour tourner lĂ -bas ?
Comme je le disais, cette base est presque par coĂŻncidence dans la ville oĂč jâai grandi et vĂ©cu. NĂ©anmoins, câest vrai que le gouvernement essaye plutĂŽt que les gens restent concentrĂ©s sur les problĂšmes Ă Okinawa au lieu des bases situĂ©es autour de Tokyo pour Ă©viter certaines tensions. Pour ce qui est des autorisations, mĂȘme si jâobtenais des autorisations de tournage japonaises pour filmer dans les rues, les Ătats-Unis nâautorisent pas les tournages Ă lâintĂ©rieur et autour de leurs bases. Par consĂ©quent, jâai eu des problĂšmes tous les jours avec la police locale et la police militaire Ă©tats-unienne. On me disait gĂ©nĂ©ralement « votre tournage est parfaitement lĂ©gal au Japon, mais la situation est compliquĂ©e ici donc sâil vous plaĂźt partez ». Heureusement au final je nâai pas Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©, je pense que je me dĂ©brouillais assez bien en jouant une sorte de jeu avec eux (rires). AprĂšs, il y a eu aussi le problĂšme des avions Ă©tats-uniens. Ceux que lâon peut entendre dans le film ont Ă©tĂ© ajoutĂ© en post-production. En rĂ©alitĂ© le bruit de ces avions est beaucoup plus fort et plus rĂ©gulier. Du coup, on a eu pas mal de difficultĂ©s lorsque lâon enregistrait des dialogues sur le tournage.
Depuis Yamato (California) avez-vous travaillez sur dâautres projets ? Lâindustrie du cinĂ©ma a-t-elle changĂ©e Ă votre Ă©gard suite Ă ce film ? Il y a-t-il des consĂ©quences sur votre carriĂšre ?
Jâai terminĂ© deux films depuis et je travaille sur diffĂ©rents autres projets. Par rapport Ă lâindustrie du cinĂ©ma, en gĂ©nĂ©ral trouver un producteur au Japon est toujours un peu compliquĂ© surtout lorsquâil sâagit de cinĂ©ma dâart et essai, mais il faut dire que ça devient de pire en pire. Il y a dix ans, lâindustrie comprenait des films de gros, moyens et petits budgets. Il y a cinq ans, elle ne comprenait plus que des gros et petits budgets. Mais aujourdâhui, il ne reste que des gros budgets et des micros budgets. Je nâattend plus grand chose de la rĂ©alisation de films dĂ©sormais. La rĂ©alisation a dĂ©truit ma vie mais jâai juste lâespoir de pouvoir continuer Ă crĂ©er des films autant que possible. La camĂ©ra peut ĂȘtre un iPhone ou quoique ce soit et les acteurs pourront ĂȘtre mes amis. Mais jâespĂšre juste ĂȘtre capable de crĂ©er quelque chose qui fait sens chez quelquâun, qui fait ressentir Ă quelquâun qui souffre que peut-ĂȘtre il y aura des meilleurs jours. Et bien sĂ»r jâespĂšre quâun jour je pourrais montrer mes films en France !
Tout en espérant de notre cÎté aussi que MIYAZAKI Daisuke pourra un jour projeter ses films en France, nous tenons à le remercier pour son temps et son amabilité.
Critique publiée dans le webzine Journal du Japon.

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Le Miroir du 38Ăšme parallĂšle
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Le Miroir du 38Ăšme parallĂšle
Au nord, en République Populaire de Corée, la lignée du mont Paeku assoit durablement son autorité, la doctrine du Juche1 et la politique de Songun2.
Au sud, en République de Corée, la démocratie a progressivement pris le pas depuis 19793 et une économie de marché assumée a fait du pays l'un des quatre dragons asiatiques4.
Entre les deux, le 38Úme parallÚle nord scinde la péninsule de Corée tel l'éternel souvenir d'un conflit n'ayant jamais trouvé de conclusion5.
DessinĂ©e lors des accords de Yalta et rĂ©instaurĂ©e en 1953 Ă l'issue de la Guerre de CorĂ©e, l'absurde frontiĂšre du 38Ăšme parallĂšle nord prend la forme d'une zone tampon sur-militarisĂ©e, ironiquement nommĂ©e « zone dĂ©militarisĂ©e ». Celle-ci dresse une dĂ©marcation claire entre ces deux pays fondamentalement opposĂ©s. Pour autant, bien qu'elle soit depuis plusieurs siĂšcles le théùtre de conflits d'intĂ©rĂȘt gĂ©ographiques, Ă©conomiques et politiques de puissances extĂ©rieures, la pĂ©ninsule de CorĂ©e ne devrait pas ĂȘtre dĂ©chirĂ©e de la sorte. ConsĂ©quence symptomatique de la Guerre Froide, cette scission vient avant toutes choses diviser un peuple corĂ©en aspirant Ă la rĂ©unification pour qui « la CorĂ©e est une. Par sa gĂ©ographie, son peuple, sa langue et sa culture.»6
Mais cette rĂ©unification arbore aujourd'hui des traits d'utopie. Il semble en effet compliquĂ© de ramener l'unicitĂ© Ă cette pĂ©ninsule oĂč, depuis soixante-dix ans, les communications entre nord et sud corĂ©ens sont fortement prohibĂ©es. Au fil des dĂ©cennies, des premiĂšres marques de diffĂ©renciations sont progressivement apparues et ont rendu quasiment abscons les termes « CorĂ©e » et « corĂ©ens » tant il devient compliquĂ© aujourd'hui de parler de la pĂ©ninsule ou du peuple dans leur entiĂšretĂ©. Un « autre-corĂ©en » semble alors avoir fait son apparition.
« Le drame de la situation coréenne repose pour beaucoup sur l'incompréhension mutuelle entre les deux pays»
KIM Ki-Duk7
Selon le point de vue, qu'il soit du nord ou du sud, cet « autre-corĂ©en » se situe pour chacun, de l'autre cĂŽtĂ© du 38Ăšme parallĂšle. Dans cette lutte idĂ©ologique que chacun veut impĂ©rativement remporter, les gouvernements de chaque CorĂ©e apprennent Ă leur population respective Ă haĂŻr sans faille cet autre-corĂ©en Ă coup de propagande religieusement prĂȘchĂ©e en le rendant responsable de tous les affres qui accablent la pĂ©ninsule. C'est d'ailleurs par la propagande sud-corĂ©enne que YUN Jero prĂ©sentait la CorĂ©e du Sud dans Madame B., Histoire d'une Nord-CorĂ©enne. Lors d'un plan aĂ©rien de SĂ©oul, le jeune rĂ©alisateur laissait entendre en extradiĂ©gĂ©tique le discours anti-CorĂ©e du Nord qu'un enfant avait prononcĂ© lors d'un concours oratoire que le gouvernement sud-corĂ©en avait organisĂ© autour du thĂšme « aimer la Nation ». De ces soixante-dix annĂ©es de sĂ©paration rythmĂ©es par un prosĂ©lytisme assumĂ© visant Ă diaboliser cet « autre-corĂ©en » rĂ©sulte inexorablement un racisme aveugle pour l'inconnu venu de par delĂ le 38Ăšme parallĂšle.
Si au cinĂ©ma ce racisme a pu mener Ă des situations comiques comme le quiproquo alcoolisĂ© de Night and Day de HONG Sang-Soo, il est aussi Ă l'origine de sĂ©quences Ăąpres pour le spectateur. C'est le cas dans Futureless Things de KIM Kyung-Mook lorsqu'une cassiĂšre de commerce de proximitĂ© se fait ouvertement humilier en place publique lorsque son accent dĂ©voile ses origines nord-corĂ©ennes. De mĂȘme, aux vues de l'accueil que les sud-corĂ©ens â notamment les services de renseignement - rĂ©servent Ă Madame B., protagoniste principale du documentaire Ă©ponyme de YUN Jero susmentionnĂ©, on en vient rapidement Ă se demander si celle-ci a trouvĂ© l'eldorado tant espĂ©rĂ© qu'elle Ă©tait venue chercher de l'autre cĂŽtĂ© de la frontiĂšre.
De la confrontation avec cet « autre-corĂ©en » rĂ©sulte aussi une forme d'effet miroir permettant de faire ressortir les dĂ©fauts de chacune des deux sociĂ©tĂ©s corĂ©ennes. DĂšs lors, le cinĂ©ma sud-corĂ©en peut avoir recours Ă cet inconnu venu du nord pour Ă©branler le manichĂ©isme surrĂ©el mis en place par les Ătats-Unis et le monde occidental autour du conflit inter-CorĂ©es. De plus, la CorĂ©e du Nord brillant d'elle-mĂȘme internationalement au travers de ses nombreuses exactions et de ses pieds-de-nez aux Droits de l'Homme, aux Conventions de GenĂšve et aux diverses directives de l'ONU, il semble bien vain aujourd'hui de continuer d'avoir recours au cinĂ©ma pour l'affubler de ses nombreux torts. Ă l'inverse d'Evan GOLDBERG et de Seth ROGEN qui pensaient trouver une certaine originalitĂ© avec une vision grotesque et simplifiĂ©e du conflit inter-CorĂ©es dans L'Interview qui tue !, certains rĂ©alisateurs voient dans cet « autre-corĂ©en » l'occasion de se livrer Ă une forme d'auto-critique.
Dans Entre deux rives, KIM Ki-Duk suit le parcours de Nam Chul-Woo, un pĂ©cheur nord-corĂ©en ayant dĂ©rivĂ© jusqu'en CorĂ©e du Sud aprĂšs s'ĂȘtre retrouvĂ© coincĂ© dans un filet de pĂȘche. Bien que le projet ait Ă©tĂ© initiĂ© suite Ă un dĂ©sir de mettre en scĂšne des Ă©vĂ©nements datant des annĂ©es 1970, le rĂ©alisateur sud-corĂ©en s'avĂšre parfaitement conscient que le regard que porte son personnage nord-corĂ©en sur la CorĂ©e du Sud peut s'avĂ©rer lourd de sens. DĂšs les premiĂšres minutes du long mĂ©trage, c'est de maniĂšre assez Ă©vidente que les futures tribulations du pĂ©cheur sont annoncĂ©es. Un garde frontiĂšre nord-corĂ©en l'informe que le courant pousse vers le Sud et lui demande s'il serait prĂȘt Ă abandonner sa barque si elle venait Ă tomber en panne. Le spectateur prend alors rapidement conscience que les diverses pĂ©ripĂ©ties intĂ©ressent bien moins KIM Ki-Duk que l'attitude que vont adopter les sud-corĂ©ens face Ă ce nouveau venu et le regard que celui-ci va porter sur ce pays qu'il ne connaĂźt qu'Ă travers l'amer regard de son gouvernement .
Si le fait d'ouvrir le film sur un panorama du lac servant de frontiÚre entre les deux pays depuis la rive sud-coréenne semble parfaitement anodin lors d'un premier visionnage, il s'avÚre que ce plan présente dÚs les premiÚres instances le point de vue de KIM Ki-Duk. Le réalisateur rappelle de la sorte qu'il vient de Corée du Sud et que son regard est irrémédiablement influencé, comme en témoigne l'une des piques lancées aux dirigeants nord-coréens lorsque le protagoniste principal et sa femme s'adonnent aux plaisirs de la chair sous les regards bienveillants de KIM Il-Sung et KIM Jong-Il.
Rapidement le long mĂ©trage cesse toutes formes d'Ă©vidence tĂ©lĂ©phonĂ©e pour suivre les nombreux jours d'interrogatoire que subit le pĂ©cheur durant lesquels les privations de sommeil et autres tortures morales sont lĂ©gions. Lorsqu'il a pour la premiĂšre fois l'occasion de dĂ©couvrir la CorĂ©e du Sud, Nam Chul-Woo tente de rester fidĂšle Ă son motto en fermant les yeux pour ne rien voir de ce pays, par peur d'avoir quelque chose Ă raconter et regretter lors de son retour au Nord. DĂšs lors que le nord-corĂ©en se retrouve obligĂ© de poser son regard sur le pays du matin calme, Entre deux rives prĂ©sente un sombre portrait dâun pays oĂč le capitalisme est censĂ© avoir apportĂ© prospĂ©ritĂ©, bonheur et libertĂ©.
« Plus grande est la lumiÚre, plus grandes sont les ombres. »
Oh Jin-Woo, le garde chargé à la fois de la sécurité et de la surveillance de Chul-Woo à propos de Séoul dans Entre deux rives de KIM Ki-Duk.
Si Chul-Woo est d'abord Ă©baubi par ce pays de commerce aux grands magasins qu'il dĂ©couvre au travers de Myeong-dong, un quartier de SĂ©oul principalement touristique et commercial. C'est au fil de ses pĂ©rĂ©grinations que l'envers du dĂ©cors se dĂ©voile Ă lui. Venant d'un pays technologiquement moins avancĂ© et en proie rĂ©guliĂšrement Ă la famine, c'est avec une certaine consternation que le Nord-CorĂ©en dĂ©couvre des rues oĂč nourriture, ordinateurs portables et autres dĂ©chets jonchent le sol. Son Ă©popĂ©e sud-corĂ©enne prend dĂ©finitivement une autre tournure lorsqu'il expĂ©rimente la capitale de nuit et vient prĂȘter main-forte Ă une prostituĂ©e rouĂ©e de coups par des hommes passablement ivres. Faisant preuve d'un Ă©tonnement certain, Chul-Woo interroge Ă plusieurs reprises ses interlocuteurs sur la difficultĂ© de la vie en CorĂ©e du Sud au travers de phrases tĂ©moignant d'une certaine candeur, telle que « Dans un pays aussi libre que le vĂŽtre, qu'est-ce qui est si dur ? » ou « Pourquoi doit-elle vendre son corps dans un pays aussi riche ? ». C'est d'ailleurs avec la mĂȘme candeur que Oh Jin-Woo rĂ©pond au pĂ©cheur nord-corĂ©en en lui rappelant que « la libertĂ© ne garantie pas le bonheur ». Si les plus circonspects accuseront KIM Ki-Duk de faire preuve d'un certain manque de finesse, ces diffĂ©rents propos s'avĂšrent nĂ©anmoins intĂ©ressants lorsque l'on les imagine destinĂ©es Ă un gouvernement sud-corĂ©en se cachant volontiers derriĂšre cette chimĂšre qu'est le terme « pays dĂ©veloppĂ© ».
Si les errances sĂ©oulites de son personnage principal constituent le climax de Entre deux rives, elles ne s'avĂšrent pas ĂȘtre les seules critiques que KIM Ki-Duk fait de son pays. Bien que cela ne soit probablement pas dĂ» Ă l'intention du rĂ©alisateur, le fait de croiser le chemin de JEONG Ha-Dam dans le rĂŽle d'AzalĂ©, une jeune fille emplie de mystĂšre rappelant celle qu'elle interprĂ©tait Ă la perfection dans Steel Flower de PARK Suk-Young, vient fortement rappeler que la CorĂ©e du Sud est un pays oĂč nombreux sont les laissĂ©s-pour-compte.
C'est aussi les différentes attitudes des Sud-Coréens qui intéressent KIM Ki-Duk. Si le jeune Oh Jin-Woo est à l'écoute de l'histoire de Chul-Woo et souhaite, en accord avec la volonté de celui-ci, l'aider à retrouver sa famille, il fait bel et bien figure d'exception. En croisant le chemin de trois autres agents des services secrets sud-coréens, le Nord-Coréen se confronte à trois types de comportements différents. Alors que l'un souhaite simplement renvoyer Chul-Woo au Nord aprÚs avoir établi qu'il n'est pas un espion, les deux autres font preuve de moins de modération. Persuadé qu'un Nord-Coréen est dénué de quelconque discernement, le chef des services secrets s'offre la sainte mission de « sauver » chaque personne venue du Nord. Lors d'une discussion pour inciter Chul-Woo a faire défection, il ira jusqu'à l'accuser de ne rien savoir de la liberté à cause du lavage de cerveaux et ne cherchera aucunement à respecter la volonté de celui-ci en refusant catégoriquement d'organiser son retour en Corée du Nord.
Cependant, c'est en rĂ©alitĂ© le dernier inspecteur qui viendra estomaquer les spectateurs et l'intĂ©gralitĂ© des autres personnages. Allant jusqu'Ă choquer son chef, il recevra l'ordre d'avoir un esprit patriotique en arrĂȘtant de se dĂ©fouler tel un chien enragĂ©. De ses premiers mots Ă l'Ă©cran - « C'est lui ? Il a bien la tĂȘte d'un espion » - Ă son ultime apparition chantant avec une Ă©motion certaine l'hymne sud-corĂ©en, cet inspecteur tĂ©moignera sans faille de sa haine aveugle pour tout ce qui vient du Nord. C'est par ailleurs Ă partir de ce personnage que KIM Ki-Duk construit son propos lorsque plus tard dans le film, un inspecteur nord-corĂ©en a recours aux mĂȘmes pratiques que son homologue sud-corĂ©en en cherchant Ă intimider Chul-Woo et en l'obligeant Ă retranscrire Ă la main de multiples fois une mĂȘme histoire.
D'un cĂŽtĂ© comme de l'autre, on reproche au pĂ©cheur nord-corĂ©en de ne pas avoir abandonnĂ© sa barque. En usant d'un tel parallĂšle dans sa mise en scĂšne, le rĂ©alisateur vient critiquer de maniĂšre plus virulente la CorĂ©e du Sud. Sans pour autant aller jusqu'Ă comparer les agissements de son pays aux crimes perpĂ©trĂ©s par le Nord, KIM Ki-Duk dĂ©voile un 38Ăšme parallĂšle ayant un effet miroir oĂč les deux parties de la pĂ©ninsule partagent de multiples points communs. Ce miroir se met en place dĂšs que Chul-Woo est autorisĂ© Ă rentrer en CorĂ©e du Nord. AprĂšs avoir retirĂ© l'intĂ©gralitĂ© de ses vĂȘtements â qui lui avaient Ă©tĂ© donnĂ©s par les services secrets sud-corĂ©ens â le pĂ©cheur agit de la mĂȘme maniĂšre de chaque cĂŽtĂ© de la frontiĂšre en hurlant « Vive la RĂ©publique Populaire de CorĂ©e ! BANZAI ! BANZAI BANZAI ! » sans que l'histoire ne nous dise s'il agit par conviction ou par volontĂ© de simplement se protĂ©ger. TĂ©moignant ainsi de l'Ă©tau que cette guerre idĂ©ologique met en place, Chul-Woo est pris au piĂšge au centre d'un cauchemar kafkaĂŻen dans lequel les gouvernements respectifs cherchent Ă nourrir leur propagande en trouvant d'un cĂŽtĂ© de la frontiĂšre un espion et de l'autre une erreur de la CorĂ©e du Sud.
Ce miroir met alors en avant l'absurditĂ© de cette situation inter-CorĂ©es oĂč un peuple moins impliquĂ© qu'il n'y paraĂźt s'avĂšre pris en otage. Ă l'issu de ses deux interrogatoires, les inspecteurs sud et nord-corĂ©ens arrivent Ă la conclusion similaire que Chul-Woo ne possĂšde aucune valeur idĂ©ologique. De la mĂȘme maniĂšre que Madame B. qui agissait uniquement dans le but d'apporter le bonheur Ă sa famille, Chul-Woo avait rapidement annoncĂ© que « (sa) famille (l)'importe plus qu'une idĂ©ologie ». Mais KIM Ki-Duk semble vouloir dire qu'il est quasiment impossible de survivre dans cette pĂ©ninsule de CorĂ©e lorsque l'on ne fait pas un choix entre l'une des deux doctrines prĂȘchĂ©es. Le titre original et le titre international de Entre deux rives â « Geumul » et « The Net »8 - s'avĂšrent alors parfaitement en lien avec le film tant Chul-Woo et le peuple corĂ©en sont pris au piĂšge dans ce conflit.
Le titre français du film fait lui aussi Ă©tonnement sens. C'est lors d'un final chargĂ© de sens qu'un Chul-Woo dĂ©truit par une guerre idĂ©ologique embarque sur son canot malgrĂ© l'interdiction que lui impose le rĂ©gime communiste nord-corĂ©en. AprĂšs s'ĂȘtre tournĂ© vers chacune des rives en hurlant « ArrĂȘtez de jouer avec ma vie », nul ne sait si le pĂ©cheur va simplement poser ses filets comme il l'affirme ou s'il effectue une fuite, cette fois-ci planifiĂ©e, vers le Sud. Le pĂ©riple de Chul-Woo s'achĂšve alors entre les deux rives du lac, lĂ oĂč les eaux de la zone dĂ©militarisĂ©e symbolise d'une certaine maniĂšre une pĂ©ninsule rĂ©unifiĂ©e oĂč ne pas prendre partie dans cette guerre idĂ©ologique est possible.
En supprimant le manichĂ©isme du conflit inter-CorĂ©es, KIM Ki-Duk en amĂšne un bien plus justifiĂ©. D'un cĂŽtĂ© ceux cherchant Ă simplement vivre et espĂ©rant la rĂ©unification et de l'autre ceux menant une guerre sans rĂ©el sens enlisant la situation. Naturellement, c'est dans le premier groupe qu'on retrouve un Chul-Woo qui au cours de son expĂ©rience en CorĂ©e du Sud a prĂ©fĂ©rĂ© agir humainement avant d'agir idĂ©ologiquement. Avant de choisir d'observer les choses de maniĂšre binaire Ă s'interroger si les individus sont du nord ou du sud, si les divers objets symbolisent le communisme ou le capitalisme, le pĂ©cheur nord-corĂ©en a simplement prĂ©fĂ©rĂ© offrir innocemment son manteau Ă la prostituĂ©e sud-corĂ©enne destinĂ©e Ă dĂ©ambuler en sous-vĂȘtement dans les rues de SĂ©oul ou de braver l'interdit pour simplement offrir une peluche de CorĂ©e du Sud Ă sa jeune fille.
RĂ©sonnant avec l'excĂšs de candeur oĂč Oh Jin-Woo et Nam Chul-Woo s'Ă©taient surpris Ă espĂ©rer des retrouvailles dans une pĂ©ninsule rĂ©unifiĂ©e, KIM Ki-Duk montre avec son Entre deux rives â et lâentiĂšretĂ© de son long mĂ©trage â que ce conflit, tout aussi complexe soit-il, semble avoir perdu son objectif final de CorĂ©e unie et en paix. Pour ce faire, le rĂ©alisateur fait appel Ă la candeur et l'optimiste de trois de ses personnages, Nam Chul-Woo, sa fille et Oh Jin-Woo. Outre le pĂ©cheur corĂ©en qui a un traitement diffĂ©rent en raison de son statut de protagoniste principal, ces personnages s'avĂšrent aussi ĂȘtre ceux qui reprĂ©sentent la jeunesse des deux pays. Comme le mentionnait LEE Hee-Ho9 dans CorĂ©e, l'impossible rĂ©unification « Je suis sur quâon parviendra un jour Ă lâunification. Le changement dĂ©pend de la volontĂ© de ceux qui ont le pouvoir. Je pense que mes petits-enfants, enfin mes arriĂšres-petits-enfants vivront dans une CorĂ©e rĂ©unifiĂ©e. », la rĂ©unification concerne bien plus les jeunes gĂ©nĂ©rations ayant de nombreuses annĂ©es en CorĂ©e Ă vivre que celles des actuels dirigeants et acteurs actifs de ce conflit idĂ©ologique. Avec son dernier plan â sans doute l'un des plus puissants du film -, KIM Ki-Duk fait appel au Jeong lorsque la jeune fille du pĂȘcheur relĂšve son regard vers la camĂ©ra et place son espoir dans cette nouvelle gĂ©nĂ©ration qui pourra ĂȘtre Ă mĂȘme d'amener la rĂ©unification.
1 Idéologie autocratique théorisée en majeure partie par HWANG Jang-Yop et mise en place en Corée du Nord par KIM Il-Sung. De base communiste, elle prend théoriquement la forme d'une société autonome politiquement, économiquement et militairement.
2 Politique dans le prolongement de la doctrine du Juche offrant une place prioritaire à l'armée au point de l'inclure dans certaines prises de décision sociales et économiques.
3Année de l'assassinat par la police secrÚte sud-coréenne, la KCIA, de PARK Chung-Hee, ancien président à vie de Corée du Sud.
4 L'expression « quatre dragons asiatiques » désigne la Corée du Sud, Taïwan, Hong Kong et Singapour en raison de leur croissance industrielle exceptionnelle lors de la seconde moitié du XXÚme siÚcle.
5  En l'absence de ratification d'un traité de paix à l'issu de la Guerre de Corée, les deux pays belligérants principaux sont encore officiellement en guerre, bien qu'un pacte de non-agression ait été signé le 27 juillet 1953.
6  Pierre Olivier François, CorĂ©e, lâimpossible rĂ©unification,  2013.
7 Interview de KIM Ki-Duk pour le webzine East Asia lors de la promotion de son film Entre Deux Rives, 2016.
8 Une fois traduit en français, les deux titres signifient « le filet » / « la nasse ».
9 Veuve de lâancien prĂ©sident sud-corĂ©en KIM Dae-Jung.
Critique publiée dans le MagGuffin n°19.
« Same Old Game » live
Co-director, editor
Burnout Kids - Same Old Game (live session au Centre Ken Saro Wiwa)
director : Maxime Lauret & Pierre Lauret
production : oh no! & Burnout Kids
camera operator : Maxime Lauret & Pierre Lauret
sound record & mix : Nicolas Defeudis
editor : Pierre Lauret
music : âSame Old Gameâ by Burnout Kid
Burnout Kids
Facebook : https://www.facebook.com/burnoutkidsofficial/
Instagram : https://www.instagram.com/burnoutkidsmusic/
YouTube : https://www.youtube.com/channel/UCzfLX-w-xxIZlzaBU7biV4w
Portrait : KURAMOCHI Ibuki
Writer
KURAMOCHI Ibuki : Une unicitĂ© Ă la conquĂȘte du monde
Ă lâoccasion de son passage dans la capitale en 2017 pour la seconde Ă©dition de Paint Your Teeth In Paris, Journal du Japon avait briĂšvement prĂ©sentĂ© la jeune artiste KURAMOCHI Ibuki lors de son retour sur lâĂ©vĂ©nement. Pour autant, lâartiste voit depuis plusieurs annĂ©es sa notoriĂ©tĂ© mondiale croĂźtre, avec notamment des performances et expositions Ă TaĂŻwan, en Australie, en Italie ainsi quâun passage dans lâHexagone lors de la 17e Ă©dition de la Japan Expo Paris. Ainsi, il est dĂ©sormais temps de consacrer un portrait digne de ce nom, Ă cette artiste qui combine, entre autres, le live-painting, le body-painting et le butĆ.
Un art en continuelle maturation
Bien quâil soit dâusage de dĂ©buter un portrait en prĂ©cisant lâannĂ©e et le lieu de naissance de la personne concernĂ©e, il semble dâautant plus important de le prĂ©ciser lorsquâil sâagit de KURAMOCHI Ibuki. NĂ©e en 1990 dans la prĂ©fecture de Gunma, lâartiste a grandi dans une rĂ©gion montagneuse situĂ©e au nord de Tokyo qui a particuliĂšrement influencĂ© son art. Dans cet environnement oĂč la nature prĂ©domine, KURAMOCHI Ibuki a dĂ©veloppĂ© une rĂ©flexion artistique majeure aux ascendances shintĆ et sâest intĂ©ressĂ©e trĂšs tĂŽt au dessin et Ă la peinture.
Cependant, câest Ă lâĂąge de 12 ans quâelle sâest sentie pour la premiĂšre fois transportĂ©e par lâart, lors dâun voyage familial dans la ville de Nara. Face Ă la sĂ©rie de peintures de HIRAYAMA Ikuo reprĂ©sentant la Route de la Soie, KURAMOCHI Ibuki a alors compris la puissance artistique que la peinture pouvait dĂ©gager. Dans le travail du peintre, elle y a retrouvĂ© un motif quâelle avait dâores et dĂ©jĂ cĂŽtoyĂ© au sein de la nature de Gunma, celui de la vie et de la mort ainsi que les rapports quâentretiennent ces deux concepts.
Par la suite, elle sâest rendue au Asagaya College of Art and Design Ă Tokyo pour y Ă©tudier lâart contemporain. Bien quâaujourdâhui la majeure partie de ses Ćuvres soient rĂ©alisĂ©e avec des pinceaux et de lâencre sumi, Ă lâĂ©poque, son travail sâaxait principalement sur lâusage de crayons Ă papier. Durant ces Ă©tudes, elle rĂ©alisa sa premiĂšre performance lors du Design Festa, un Ă©vĂ©nement dâart populaire au Japon oĂč elle y reçut de nombreux retours positifs de la part de lâaudience. PrĂ©sentant dâores-et-dĂ©jĂ des Ă©lĂ©ments qui caractĂ©riseront lâart de KURAMOCHI Ibuki, cette performance de live-painting a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e entiĂšrement avec de lâacrylique noire et blanche sur une toile de presque 4,5 mĂštres.
Ce nâest que plus tardivement que KURAMOCHI Ibuki intĂ©gra le butĆ Ă ses performances. Lors dâune exposition du peintre Francis BACON, elle dĂ©couvrit en vidĂ©o cette danse apparue au Japon dans les annĂ©es 1960 alors que le kabuki et le nĆ semblaient incapables de proposer de nouvelles choses. ImpressionnĂ©e, elle dĂ©cida dâapprendre le butĆ au Kazuo Ohno Butoh Dance Studio Ă Yokohama auprĂšs de OHNO Yoshito, qui nâest autre que le fils de OHNO Kazuo, lâun des crĂ©ateurs de cette danse.
©Frédéric COUNE
Une unicité aux influences multiples
Outre la rĂ©vĂ©lation face aux peintures de HIRAYAMA Ikuo ainsi que celle Ă lâexposition de Francis BACON, KURAMOCHI Ibuki a dĂ©veloppĂ© un art qui trouve son origine dans de multiples influences. Au cours des diffĂ©rentes interviews quâelle a eut lâoccasion de donner, de nombreux noms sont mentionnĂ©s tels que William BLAKE, KAWANABE Kyosai ou encore MARUE Suehiro. Cependant, il faut principalement citer Ăloge de lâombre de TANIZAKI JunâichirĆ qui accompagne la jeune artiste dans chacun de ses dĂ©placements Ă lâĂ©tranger pour des expositions ou des performances. Ce roman, signĂ© par lâun des auteurs les plus reconnus du Japon, constitue une influence majeure pour KURAMOCHI Ibuki de part la richesse de sa reprĂ©sentation de la culture japonaise ainsi que de lâexpression japonaise wabi-sabi qui, pour simplifier, rĂ©fĂšre Ă la beautĂ© des choses dites imparfaites, impermanentes et/ou incomplĂštes.
Cependant, lâĂ©lĂ©ment le plus caractĂ©ristique des performances et Ćuvres de KURAMOCHI Ibuki se situent dans son travail du contraste entre le noir et le blanc, parfois accompagnĂ© de rouge. DĂšs lors, il devient Ă©vident de voir les influences de Aubrey BEARDSLEY, de Shin Taga ou encore SESSHĆȘ TĆyĆ, le cĂ©lĂšbre moine bouddhiste spĂ©cialisĂ© dans le lavis et la peinture Ă lâencre. Cependant, chez KURAMOCHI Ibuki, ce contraste vient reprĂ©senter son rapport Ă la vie et Ă la mort quâelle a dĂ©veloppĂ© depuis son enfance dans la prĂ©fecture de Gunma. Lâartiste va jusquâĂ thĂ©oriser son usage des couleurs en renvoyant le rouge au sang, le blanc Ă la vie et le noir Ă la mort. Si le fait que le noir correspond au nĂ©ant et Ă la mort semble effectivement acquis par tous, le blanc lui signifie la vie en renvoyant Ă la couleur du lait maternelle qui â avant la naissance de lâenfant â sâavĂšre nâĂȘtre que du sang de la mĂšre, soit le rouge. Ainsi, le travail de KURAMOCHI Ibuki se concentre autour de la reprĂ©sentation de lâintervalle que reprĂ©sente la vie dâun humain entre sa naissance et sa mort, et cela dans un pur Ă©lan shintoĂŻste.
De mĂȘme, il est important de parler du rapport Ă la musique quâentretient KURAMOCHI Ibuki. Citant rĂ©guliĂšrement les noms de Claude DEBUSSY, Michael NYMAN, Steve REICH ou encore Bjork, elle commença trĂšs rapidement Ă accompagner ses prestations de musique prĂ©-enregistrĂ©e. Cependant, progressivement, ses prestations furent de plus en plus caractĂ©risĂ©es par des collaborations avec divers artistes musicaux. Si Ă lâorigine, elle Ă©tait principalement accompagnĂ©e de musiciens japonais jouant du shamisen, du koto et du shakuhachi, sa rĂ©cente popularitĂ© mondiale lui a permis de diversifier ses performances et de multiplier les collaborations aux sonoritĂ©s plus variĂ©es.
Enfin, lâart de KURAMOCHI Ibuki peut se prĂ©senter par les vĂȘtements quâelle porte lors de ses performances. Ayant principalement usage de vieux kimono, ses tenues vestimentaires varient fortement en alternant entre les 200 piĂšces de sa riche collection â dont certains quâelle a peint entiĂšrement Ă la main â et quâelle accompagne dâaccessoires plus contemporains allant parfois chercher aussi dans des styles plus occidentaux. Ă cela, elle ajoute un maquillage blanc inspirĂ© de celui que les geisha portaient pour affirmer lâaspect principalement japonais de son art. DĂšs lors, lorsque cette combinaison entre peinture, tenue vestimentaire, danse et musique sâopĂšre en direct, lâaudience peut dĂ©cerner un certain Ă©rotisme entre onirisme et abstraction qui se dĂ©gage des performance de KURAMOCHI Ibuki.
Spirit of eyes â KURAMOCHI Ibuki
Câest de part son dĂ©veloppement progressif pour devenir un mĂ©lange savant dâinfluences et dâarts venus de diffĂ©rents horizons que le travail de KURAMOCHI Ibuki se caractĂ©rise aujourdâhui par son unicitĂ©. Ce caractĂšre unique, lâartiste lâa par ailleurs toujours portĂ© en elle au travers de son prĂ©nom « Ibuki » qui â au Japon â est trĂšs peu rĂ©pandu et sâavĂšre unisexe.
AprĂšs des performances mondiales, avec notamment la Japan Expo Paris en juillet 2016 et son exposition au Little MOCA Art Gallery Ă TaĂŻwan en septembre 2017, KURAMOCHI Ibuki sâaffirme de plus en plus comme une artiste aboutie crĂ©ant un pont culturel entre le Japon et le reste du monde qui saura, on lâespĂšre, trĂšs prochainement revenir dans lâHexagone pour dâautres performances.
Critique publiée dans le webzine Journal du Japon.
Interview : MOON So-Ri
Interviewer, writer
Moon So-Ri, une femme coréenne
Ă lâoccasion de son passage en novembre Ă Rennes pour la piĂšce LâEmpire des lumiĂšres de Arthur Nauzyciel, nous avons rencontrĂ© lâactrice et rĂ©alisatrice Moon So-Ri. RĂ©vĂ©lĂ©e au cinĂ©ma dans les films Peppermint Candy et Oasis de Lee Chang-Dong, elle sâest fait connaĂźtre en France avec notamment Im Sang-Soo (Une femme corĂ©enne, The Housemaid), Park Chan-Wook (Mademoiselle) ou encore Hong Sang-Soo (Hahaha, In Another Country, Hill of Freedom).
Pierre Lauret : The Running Actress, votre premiÚre réalisation, est un film de fiction vous mettant en scÚne dans votre propre rÎle. Pourquoi ce choix ?
Moon So-Ri : DĂ©jĂ en tant quâactrice, il me semblait important de mâinterroger sur mon statut de personnalitĂ© cĂ©lĂšbre en CorĂ©e du Sud. La rĂ©alisation de The Running Actress dĂ©coule de cette mĂȘme interrogation. Il Ă©tait nĂ©cessaire de prendre une distance pour mieux comprendre la personne que je suis. Il y avait aussi une volontĂ© de partager une certaine empathie avec les personnes travaillant dans le cinĂ©ma. Pour autant, je ne voulais pas laisser le grand public sur la touche. Jâavais tout Ă fait conscience que, souvent, ça ne fonctionne pas quand des cinĂ©astes tentent de parler du monde du cinĂ©ma, lâhistoire Ă©chappe au grand public. Avec The Running Actress, je voulais atteindre quelque chose de parlant et dâuniversel Ă partir de cette rĂ©flexion.
PL : Que cela soit dans The Running Actress ou dans les films dans lesquels vous avez jouĂ© comme Mademoiselle de Park Chan-Wook ou Bewitching Attraction de Lee Ha, vos personnages sâinterrogent souvent sur des questions liĂ©es Ă la beautĂ©, Ă leur propre image ainsi quâĂ leur Ăąge. Est-ce quelque chose qui vous inquiĂšte personnellement ou sâagit-il de quelque chose dâimportant en CorĂ©e du Sud ?
MSR : Pour mon premier long-mĂ©trage en tant quâactrice, Peppermint Candy de Lee Chang-Dong, jâai passĂ© une audition oĂč on mâa demandĂ© « est-ce que tu es suffisamment belle pour avoir le premier rĂŽle ? ». Aujourdâhui, je ne suis plus forcĂ©ment confrontĂ©e Ă cela. Mon second long-mĂ©trage, Oasis de Lee Chang-Dong, posait par ailleurs cette question fondamentale, « quâest-ce que câest la beautĂ© ? » Je pense quâil est important dâen parler dans la sociĂ©tĂ© sud-corĂ©enne dâaujourdâhui. On peut se demander, notamment chez les femmes, quâest-ce que la beautĂ© et oĂč se situe-t-elle. En CorĂ©e du Sud, la chirurgie esthĂ©tique est trĂšs courante, de maniĂšre presque maladive. Et il me semble que mon rĂŽle en tant que personnalitĂ©, mais aussi en tant quâartiste, est dâamener les gens Ă y rĂ©flĂ©chir, Ă sâinterroger sur la diversitĂ© des valeurs de beautĂ©.
PL : Dans The Running Actress, vous parlez notamment dâune sorte de remplacement par de plus jeunes actrices. Dans vos derniers films visibles en France, Mademoiselle de Park Chan-Wook et Vanishing Time dâUm Tae-Hwa, vous tenez des seconds rĂŽles. Comment avez-vous vĂ©cu ce « remplacement » ?
MSR : Ăa arrive Ă tous les acteurs de rater une audition. Je pense que mĂȘme Meryl Streep a dĂ» passer par lĂ . En tant quâactrice il y a des hauts et des bas. Ă un moment, je me suis demandĂ© si câĂ©tait le dĂ©clin de ma carriĂšre. Pourtant je sens aussi que ça remonte. Câest une compĂ©tence assez importante de pouvoir savourer ces moments-lĂ et de chercher Ă faire autrement, de trouver comment sâen tirer. Câest quelque chose que jâai vĂ©cu. AprĂšs, je suis toujours ouverte Ă nâimporte quel rĂŽle, important ou non. Je mâintĂ©resse surtout au projet et au rĂ©alisateur. Par exemple, pour Vanishing Time, Um Tae-Hwa mâa Ă©crit longuement pour me demander de participer Ă son film. Il y avait beaucoup de passion dans sa lettre, presque de lâamour (rires). Jâai acceptĂ© pour cela et parce que je connais aussi trĂšs bien Kang Dong-Won, lâacteur principal. En fait, il y a mille raisons pour rater ou ne pas choisir un film, mais il y en a aussi mille pour accepter dây jouer.
PL : Que cela soit votre film, Forever the Moment de Yim Soon-Rye, dans lequel vous jouez, ou Jamsil de Lee Wan-Min, il existe du cinéma par des réalisatrices en Corée du Sud qui propose des femmes en personnage principal. Est-il compliqué de monter de tels projets ?
MSR : Il nây a pas de discrimination envers les femmes dans le systĂšme cinĂ©matographique en CorĂ©e du Sud. Dans les Ă©coles de cinĂ©ma par exemple, il y a beaucoup dâĂ©tudiantes qui aspirent Ă ĂȘtre rĂ©alisatrices. Cependant, dĂšs le monde professionnel, il y a plus dâhommes que de femmes, Ă lâinstar de la plupart des domaines. Une certaine solidaritĂ© masculine rĂšgne dans les grandes Ă©coles de cinĂ©ma, de mĂȘme quâentre les personnes venant dâune mĂȘme rĂ©gion. Cette solidaritĂ© est aussi financiĂšre, si bien que les femmes sont beaucoup plus obligĂ©es de se dĂ©brouiller individuellement pour rĂ©aliser leurs projets.
PL : Dans vos films, et dans lâensemble du cinĂ©ma corĂ©en, on voit rĂ©cemment de plus en plus de films oĂč les personnages principaux fĂ©minins sâĂ©mancipent, que cela passe par le divorce, lâadultĂšre, les dĂ©parts vers lâinconnu, etc. Est-ce reprĂ©sentatif de la sociĂ©tĂ© corĂ©enne actuelle ?
MSR : Ces films-lĂ restent assez mineurs et ne sont quasiment que des films indĂ©pendants. Dans le cinĂ©ma commercial, les rĂŽles masculins sont encore assez importants puisque ce sont souvent des films dâaction ou des polars. Les femmes y ont souvent des rĂŽles assez accessoires ou sont des victimes qui cherchent Ă se venger. Le cinĂ©ma indĂ©pendant traite quant Ă lui de plus en plus, et de mieux en mieux, des femmes ou des caractĂšres fĂ©minins. La sociĂ©tĂ© corĂ©enne y est vĂ©ritablement incarnĂ©e, mĂȘme si le caractĂšre non commercial de ces productions ne favorise pas leur rayonnement. Jâessaye de faire des films qui soulĂšvent cette question aussi, mais je suis Ă la recherche, comme je le mentionnais, dâun Ă©quilibre pour ne pas mâĂ©loigner du grand public.
PL : En France, Hong Sang-Soo divise fortement Ă ce sujet. Certains le trouvent trĂšs misogyne alors que dâautres le trouvent dâune certaine maniĂšre fĂ©ministe. Ă votre sens, comment sâinscrit-il dans le paysage cinĂ©matographique sud-corĂ©en ?
MSR : Il est un peu difficile pour moi de rĂ©pondre Ă cette question, car je connais un peu trop Hong Sang-Soo (rires). En gĂ©nĂ©ral, les hommes apprĂ©cient beaucoup ses films, les voyant comme une juste incarnation de la psychologie masculine. Ses films ne sont pas fĂ©ministes dans le sens oĂč ils adoptent un point de vue masculin. Mais je pense quâil travaille, avec comprĂ©hension et empathie, au sein dâune rĂ©flexion assez profonde sur la psychologie humaine. Il faut distinguer les films fĂ©ministes et les films avec une empathie pour les femmes : les films qui aiment les femmes.
PL : Vous ĂȘtes actuellement en France puisque vous jouez dans LâEmpire des lumiĂšres, une piĂšce de théùtre de Arthur Nauzyciel. Lors du question-rĂ©ponse Ă lâissue de lâune des reprĂ©sentations, vous reveniez sur une scĂšne de mĂ©nage Ă trois pour parler de la libĂ©ration sexuelle en CorĂ©e du Sud. Le cinĂ©ma aussi a abordĂ© rĂ©cemment ce sujet avec par exemple Mademoiselle de Park Chan-Wook qui traitait de relations homosexuelles. Est-ce que la libĂ©ration sexuelle est considĂ©rĂ©e diffĂ©remment dans lâart que dans la sociĂ©tĂ© sud-corĂ©enne ?
MSR : La gĂ©nĂ©ration de mes parents Ă©tait trĂšs stricte, sĂ©vĂšre et conservatrice. Il y avait beaucoup dâoppression. Jâai fait comme je pouvais, mais jâĂ©tais moi aussi formatĂ©e par leur Ă©ducation. Peut-ĂȘtre que la gĂ©nĂ©ration dâaprĂšs essaye de sortir davantage de ce systĂšme. En CorĂ©e du Sud, on ne peut toujours pas mentionner ses dĂ©sirs sexuels quand on est une femme, alors que les dĂ©sirs masculins sont chose normale. Jâaimerais beaucoup que les rĂ©alisatrices sud-corĂ©ennes parlent plus de cette libertĂ© sexuelle fĂ©minine et de son importance. Mais aujourdâhui, elles parlent davantage de la nature et des animaux (rires).
PL : Les projets auxquels vous avez participĂ© sont souvent assez engagĂ©s. Le fĂ©minisme nâest pas le seul sujet important abordĂ© dans votre carriĂšre puisque lâon retrouve notamment les questions du handicap dans Oasis de Lee Chang-Dong ou les relations avec la CorĂ©e du Nord dans LâEmpire des lumiĂšres. Sous le gouvernement Park Geun-Hye, vous Ă©tiez sur la liste noire mise en place par le ministĂšre de la Culture. Comment cela a-t-il influĂ© sur votre carriĂšre ?
MSR : Il est encore un peu dĂ©licat de parler de cela aujourdâhui. Je me suis arrĂȘtĂ©e volontairement Ă cette pĂ©riode, car jâĂ©tais enceinte. Avec mon mari, lui aussi rĂ©alisateur, nous avons passĂ© un moment assez difficile. Ce que je peux dire, câest quâon est au XXIe siĂšcle et on a pu voir Ă quel point un Ă©tat peut faire des choses enfantines. On est descendu trĂšs bas. AprĂšs, il est effectivement possible que mon point de vue politique influence mes choix, bien que cela ne soit pas mon unique objectif. Actrice est un mĂ©tier qui incarne et parle Ă lâĂȘtre humain. Aussi est-il important de porter une attention particuliĂšre Ă la vie de personnes ignorĂ©es ou abandonnĂ©es. Avec le cinĂ©ma ou le théùtre, on peut rĂ©aliser ce qui ne peut se faire avec la politique ou lâĂ©conomie. Câest ma maniĂšre dâinfluencer et de parler Ă voix haute dans le monde.
Entretien réalisé le 17 novembre 2017. Nous remercions infiniment Moon So-Ri pour son temps et sa gentillesse, Lee Hyun-Joo pour sa précieuse traduction, ainsi que Nathalie Solini pour avoir rendu cette interview possible.
Critique publiée dans le MagGuffin n°16
Montre tes nippons
Writer
Festival du Film de Fesses : Paris et les postérieurs japonais
« Montre tes nippons » â Tel sera le mot dâordre dans les cinĂ©mas du Quartier Latin de Paris â Reflet MĂ©dicis, La FilmothĂšque et Les 3 Luxembourg â du 28 juin au 1er juillet Ă lâoccasion de la cinquiĂšme Ă©dition du Festival du Film de Fesses. Alors que Facebook censure de maniĂšre absurde la page du festival et tĂ©moigne Ă nouveau de sa pudibonderie, Journal du Japon a souhaitĂ© jeter un petit coup dâĆil â discret â Ă cette rĂ©trospective du cinĂ©ma Ă©rotique japonais des annĂ©es 1960 Ă nos jours.
Postérieur #1 : KUMASHIRO Tatsumi
La programmation de cette cinquiĂšme Ă©dition du Festival du Film de Fesses sâarc-boute principalement autour du rĂ©alisateur KUMASHIRO Tatsumi, vĂ©ritable pilier du cinĂ©ma Ă©rotique japonais. SurnommĂ© âLe Roi des Roman Porno de la Nikkatsuâ, KUMASHIRO est un rĂ©alisateur trĂšs prolifique qui a notamment signĂ© une douzaine de films entre 1972 et 1974 et qui sâest imposĂ© comme un des cinĂ©astes au succĂšs le plus constant dans lâhistoire du cinĂ©ma japonais.
Câest lorsque la Nikkatsu a commencĂ© sa nouvelle ligne Ă©ditoriale axĂ©e sur lâĂ©rotisme â le Roman Porno â pour empĂȘcher le public de fuir vers la tĂ©lĂ©vision, que KUMASHIRO a tirĂ© son Ă©pingle du jeu pour devenir le rĂ©alisateur le plus Ă©mĂ©rite et accompli du studio. Bien quâil soit nĂ© en 1927 â et ainsi lâun des rĂ©alisateurs les plus ĂągĂ©s du milieu -, KUMASHIRO fait parti des cinĂ©astes ayant le mieux captĂ© le Japon des annĂ©es 1970, oĂč les dĂ©senchantements des Ă©checs rĂ©volutionnaires composaient lâessence mĂȘme de la sociĂ©tĂ© japonaise.
Le cinĂ©ma fĂ©ministe, libertaire et anti-autoritaire de KUMASHIRO Tatsumi sera explorĂ© au cours dâune courte rĂ©trospective de six films par le Festival du Film de Fesses. On peut notamment noter la prĂ©sence de Sayuri, strip-teaseuse, lâune de ses rĂ©alisations les plus reconnues et ayant connu un vĂ©ritable succĂšs. InterprĂ©tant lĂ son propre rĂŽle, ICHIJO Sayuri â lâune des strip-teaseuse les plus cĂ©lĂšbres de lâĂ©poque â amĂšne le spectateur Ă dĂ©couvrir la rĂ©alitĂ© de la vie des travailleurs du sexe dans le Japon des annĂ©es 1970.
Rue de la joie (Jeudi 28 Juin â 20h00 â La FilmothĂšque)
La vie de cinq filles de joie dans une maison close de Tamanoi, célÚbre quartier des plaisirs de Tokyo.
La femme aux cheveux rouges (vendredi 29 Juin â 14h00 â La FilmothĂšque)
Kozo et Takao, deux ouvriers, abusent de la fille de leur patron. Leur vie va se transformer au contact dâune femme aux cheveux rouges, quâils recueillent au bord de la route un jour de pluie.
DĂ©sirs humides (Vendredi 29 Juin â 15h30 â La FilmothĂšque)
Hosuke, petit proxĂ©nĂšte trouve un porte-feuille rempli de billets et dĂ©cide de quitter Kamagasaki pour partir en voyage. Sur la route, il rencontre Meiko, quâil persuade de devenir strip-teaseuse et sâinstalle avec elle dans le théùtre oĂč travaille sa premiĂšre amante, Yuko.
Sayuri, strip-teaseuse (Vendredi 29 Juin â 20h30 â La FilmothĂšque)
Dans les cabarets populaires dâOsaka, la jeune Harumi sâentraine avec une candeur stupĂ©fiante pour devenir une grande strip-teaseuse, et rĂȘve de supplanter la cĂ©lĂšbre Ichijo Sayuri.
Extase de la rose noire (Samedi 30 Juin â 18h15 â La FilmothĂšque)
Juzo, minable rĂ©alisateur de pornos clandestins, se retrouve bien embĂȘtĂ© lorsque Meiko, son actrice principale, tombe enceinte et lui annonce quâelle veut faire une pause.
Les Amants mouillĂ©s (Dimanche 1er Juillet â 18h00 â La FilmothĂšque)
AprĂšs une longue errance Ă travers le Japon, le jeune Katsu revient dans son village natal pour fuir les reprĂ©sailles des yakuzas. Il y commence des aventures avec Katsu, sa patronne dĂ©laissĂ©e par son Ă©poux, ainsi quâavec Yoko quâil Ă©pie faisant lâamour.
Postérieur #2 : YAMAMOTO Eiichi
Nuit Eiichi Yamamoto (Samedi 30 Juin â 00h00 â Les 3 Luxembourg)
Le temps dâune nuit aux 3 Luxembourg, le Festival de Film de Fesses propose de voir â ou revoir â trois des grands classiques de lâanimation signĂ©s YAMAMOTO Eiichi : Les Milles et une nuits, Cleopatra et Belladonna la sorciĂšre (ou La Belladone de la tristesse). Connu notamment pour son travail chez Mushi Production aux cĂŽtĂ©s de TEZUKA Osamu, YAMAMOTO est sorti de lâombre avec la sĂ©rie Le Roi LĂ©o en 1965, bien quâil rĂ©alise depuis 1962. De 1969 Ă 1973, YAMAMOTO rĂ©alise une sĂ©rie de trois films Ă©rotiques â indĂ©pendants les uns des autres â rĂ©unis sous le nom « Animerama » et signe ainsi les premiers films dâanimation pour adulte au Japon.
Si les trois films comportent de nombreuses similaritĂ©s telles que lâusage du rock psychĂ©dĂ©lique en bande originale ou un Ă©rotisme reposant principalement sur la suggestion, Belladona la sorciĂšre se dĂ©marque fortement de ces deux contemporains par ses allures expĂ©rimentales composant un vĂ©ritable « trip » psychĂ©dĂ©lique Ă lâĂ©rotisme certain. Cependant, la nuit proposĂ©e par le Festival du Film de Fesses sera aussi de voir sur grands Ă©crans les deux volets des Animerama, bien moins accessibles dans lâHexagone.
Les milles et une nuits
Aladin est un jeune vendeur dâeau de Bagdad sans le sou, qui tombe amoureux dâune esclave nommĂ©e Miriam. Ils passent une nuit dĂ©licieuse ensemble, mais sont sĂ©parĂ©s par des bandits. Miriam mourra quelque temps aprĂšs, laissant Aladin dĂ©sespĂ©rĂ©. Quinze ans aprĂšs, ce dernier devient roi et cherche alors Ă se venger.
Cleopatra
Trois hommes sâembarquent dans une machine Ă remonter le temps, jusquâĂ lâĂ©poque de ClĂ©opĂątre et de lâĂgypte ancienne. Mais bien loin de lâidĂ©e quâils sâen faisaient, ils dĂ©barquent dans un monde oĂč les artifices et lâĂ©rotisme rĂšgnent.
Belladonna la sorciĂšre
Jeanne, abusĂ©e par le seigneur de son village, pactise avec le Diable dans lâespoir dâobtenir vengeance. MĂ©tamorphosĂ©e par cette alliance, elle se rĂ©fugie dans une Ă©trange vallĂ©e, la Belladonna.
Autres postérieurs
Outre ses succinctes rĂ©trospectives autour des Ćuvres de KUMASHIRO Tatsumi et de YAMAMOTO Eiichi, le Festival du Film de Fesses garnit sa programmation « Montre tes nippons » de nombreux autres grands noms du cinĂ©ma japonais. Au menu, ADACHI Masao, MURAKAMI RyĆ«, SONO Sion ou encore TANAKA Noboru.
Abnormal Family (Vendredi 29 Juin â 17h15 â La FilmothĂšque)
La vie dâune famille se complique lorsque le frĂšre aĂźnĂ© Koichi ramĂšne Yuriko, sa nouvelle Ă©pouse Ă lâappĂ©tit sexuel vorace. Kazuo, son jeune frĂšre, voit en elle une source de libĂ©ration sexuelle.
Si sur le papier un hommage Ă OZU Yasujiro en version Ă©rotique peut surprendre, force est de constater que SUO Masayuki transpose cela avec brio sur pellicule. Abnormal Family est le premier long-mĂ©trage de ce rĂ©alisateur qui se fera connaĂźtre en 1996 avec Shall We Dance ? et tĂ©moigne dâores et dĂ©jĂ de ce qui fera lâessence de son cinĂ©ma.
Inflatable Sex Doll of the Wastelands (Vendredi 29 Juin â 18h45 â La FilmothĂšque)
Un dĂ©tective privĂ© est engagĂ© pour retrouver une femme qui aurait Ă©tĂ© assassinĂ©e dans un snuff movie. Cette femme sâavĂšre bel et bien vivante et le dĂ©tective aspirĂ© dans une liaison torride avec elle, en vient Ă questionner son sens de la rĂ©alitĂ©.
Ăcrit et rĂ©alisĂ© par YAMATOYA Atsushi, scĂ©nariste sur La Marque du Tueur de SUZUKI Seijun, Inflatable Sex Doll of the Wastelands est film expĂ©rimental avec notamment Tatsumi Noriko â surnommĂ©e « la premiĂšre Reine des pink eiga » â dans le rĂŽle principal et le pianiste jazz YAMASHITA Yosuke Ă la musique. Bien quâil sâagisse dâun premier film Ă la rĂ©alisation pour YAMATOYA, Inflatable Sex Doll of the Wastelands est devenu lâun des films majeurs des annĂ©es 1960 au Japon.
Guilty of Romance (Vendredi 29 Juin â 22h00 â La FilmothĂšque)
Izumi est mariĂ©e Ă un cĂ©lĂšbre romancier romantique mais leur vie semble nâĂȘtre quâune simple rĂ©pĂ©tition sans romance. Elle dĂ©cide alors de suivre ses dĂ©sirs et accepte de poser nue et de mimer une relation sexuelle devant la camĂ©ra. Un jour, le corps dâune personne assassinĂ©e est retrouvĂ© dans le quartier des «love hotels».
Il est convenu aujourdâhui que SONO Sion est lâun des rĂ©alisateurs les plus apprĂ©ciĂ©s de la rĂ©daction de Journal du Japon. Avec Guilty of Romance en 2011, SONO signe un film entiĂšrement Ă la gloire de sa femme et muse KAGURAZAKA Megumi. Explorant le quartier de Maruyama-Cho Ă Shibuya dans Tokyo â connu pour ses love hotels -, Guilty of Romance se dresse tels des limbes emplies de couleurs oĂč le sens mĂȘme dâĂ©mancipation est poussĂ© Ă son paroxysme. Lâoccasion de redĂ©couvrir ce film sur grand Ă©cran, bien quâil soit regrettable que la projection propose la version internationale du film qui est amputĂ©e de trente minutes par rapport Ă la version originale.
Gushing Prayer (Samedi 30 Juin â 14h00 â La FilmothĂšque)
Les lycĂ©ens Yasuko, YĂŽichi, KĂŽichi et Bill veulent Ă©chapper Ă ce monde Ă©touffant et aliĂ©nant qui les Ă©crase en sâadonnant au sexe collectif : ils espĂšrent forger leur propre vie loin dâune sociĂ©tĂ© adulte corrompue.
Lorsque lâon sâintĂ©resse au cinĂ©ma Ă©rotique ou au cinĂ©ma politique japonais, il est difficile de passer Ă cĂŽtĂ© de ADACHI Masao. Proche collaborateur de WAKAMATSU Koji, il en est gĂ©nĂ©ralement le scĂ©nariste mais a occasionnellement enfilĂ© la casquette de rĂ©alisateur. Connu pour son ancrage politique dans lâextrĂȘme-gauche, on retrouve son nom â ou son pseudonyme Izuru Deguchi â dans les films les plus politiques de lâĂ©poque tels que La Pendaison de OSHIMA Nagisa ou Va, va, vierge pour la deuxiĂšme fois de WAKAMATSU Koji. En tant que rĂ©alisateur, câest son A.K.A. Serial Killer qui est principalement connu puisquâil y dĂ©veloppe la « ThĂ©orie du paysage ». Ce rĂ©alisateur trĂšs politisĂ© et trĂšs thĂ©orique pourra alors ĂȘtre dĂ©couvert sur grand Ă©cran avec Gushing Prayer, lâun de ses derniers films en 1971 avant de rejoindre lâArmĂ©e Rouge Japonaise au Liban.
Fleur SecrĂšte (Samedi 30 Juin â 16h15 â La FilmothĂšque)
SenzĂŽ TĂŽyama, patron dâune importante sociĂ©tĂ©, demande Ă son jeune employĂ© Makato, impotent depuis son adolescence, dâenlever sa femme Shizuko afin de lâinitier aux plaisirs interdits.
Avec Fleur SecrĂšte, KONUMA Masaru propose en 1974 la premiĂšre adaptation dâun roman de DAN Oniroku en Roman Porno. Dans la continuitĂ© de ce film, de nombreux films de la Nikkatsu adapteront les histoires du plus grand Ă©crivain SM du Japon. Non content de lancer une sĂ©rie dâadaptations, Fleur SecrĂšte a eu aussi comme effet de propulser TANI Naomi â actrice principale du film â comme figure principale du Roman Porno japonais.
FunĂ©railles des roses (Samedi 30 Juin â 18h00 â Le Reflet MĂ©dicis)
Tokyo, fin des annĂ©es 1960. Eddie, jeune drag-queen, est la favorite de Gonda, propriĂ©taire du bar Genet oĂč elle travaille. Cette relation provoque la jalousie de la maĂźtresse de Gonda, Leda, drag-queen plus ĂągĂ©e et matronne du bar.
En proposant Les FunĂ©railles des roses de MATSUMOTO Toshio, le Festival du Film de Fesses met en avant lâune des Ćuvres les plus importantes du cinĂ©ma queer japonais mais aussi lâun des films les plus innovants visuellement du cinĂ©ma japonais. Ăpousant Ă la perfection lâĂšre du temps en jonglant entre performances de rue, discours sur le cinĂ©ma, questionnements sexuels et identitaires tout en offrant des descriptions documentaires de la vie des drag-queens au Japon, MATSUMOTO a rĂ©alisĂ© avec Les FunĂ©railles des roses lâun des films les plus importants du cinĂ©ma japonais des annĂ©es 1970.
MarchĂ© Sexuel des filles (Samedi 30 Juin â 20h00 â La FilmothĂšque)
La vie difficile des prostituĂ©es du quartier pauvre de Kamagasaki Ă Osaka Ă travers lâhistoire de Tome, dix-neuf ans, qui, tout comme sa mĂšre, une rivale, vend ses charmes.
Le MarchĂ© Sexuel des filles de TANAKA Noboru est aujourdâhui est lâun des Romans Porno de la Nikkatsu les plus connus en France. Ouvertement pessimiste, le film rĂ©alisĂ© en 1974 est lâune des principales fulgurances du rĂ©alisateur qui sâest illustrĂ© en 1975 avec La VĂ©ritable histoire dâAbe Sada. Si lâinterprĂ©tation de SERI Meika est lâune des plus marquantes des films issus de la Nikkatsu Ă cette pĂ©riode, le film de TANAKA est tout aussi marquant tant il tĂ©moigne avec aisance la richesse du cinĂ©ma Ă©rotique japonais des annĂ©es 1970 qui trouvait lâĂ©quilibre parfait entre cinĂ©ma pour adulte et cinĂ©ma politique.
Tokyo DĂ©cadence (Samedi 30 Juin â 22h00 â La FilmothĂšque)
Douée pour la langue des signes, Ai, 22 ans, est au chÎmage. Elle accepte de devenir hÎtesse pour une agence spécialisée dans les échanges sado-masochistes.
Par le passĂ©, Journal du Japon vous avait dâores et dĂ©jĂ parlĂ© de Tokyo DĂ©cadence de MURAKAMI RyĆ« lors de lâarticle Tokyo DĂ©cadence : Errances sexuelles dâune ville sans espoir. « Enivrant brĂ»lot Ă©rotique », Tokyo DĂ©cadence est un long-mĂ©trage que MURAKAMI RyĆ« â romancier de formation â adapte de sa propre nouvelle Topaz quâil avait publiĂ© en 1986. A lâimage de son style littĂ©raire, Tokyo DĂ©cadence est un film froid suivant les errances nocturnes de Ai allant de rendez-vous sado-masochistes en rendez-vous sadomasochistes. MURAKAMI signe ici une ode acerbe dâun « Japon pourri » oĂč il ne rĂ©side dĂ©sormais ni avenir ni espoir.
Body Trouble (Dimanche 1er Juillet â 15h45 â La FilmothĂšque)
Un matin, un jeune homme dĂ©pressif nommĂ© Hiromi se rĂ©veille dans le corps dâune femme. DĂ©chirĂ© entre le genre et le sexe, il cherche Ă tĂątons une nouvelle façon de vivre.
Si le cinĂ©ma rĂ©alisĂ© par des femmes nâest aucunement un genre â et ne sera jamais un genre â, Body Trouble est un film Ă©rotique japonais rĂ©alisĂ© en 2014 par HAMANO Sachi qui, en utilisant simplement lâastuce scĂ©naristique menant un homme Ă se rĂ©veiller dans le corps dâune femme, apporte un regard nouveau dans le cinĂ©ma Ă©rotique japonais. En prĂ©sence de la rĂ©alisatrice, la sĂ©ance sera lâoccasion dâĂ©changer avec une cinĂ©aste Ă©voluant dans lâactuelle industrie du cinĂ©ma japonais.
Wet Woman In The Wind (Dimanche 1er Juillet â 20h00 â La FilmothĂšque)
Kosuke, un acteur de théùtre qui a dĂ©cidĂ© de vivre en ermite au fond dâune forĂȘt, se retrouve harcelĂ© par Shiori, une jeune serveuse envahissante qui ne veut plus le quitter.
Si Journal du Japon Ă©tait dĂ©jĂ revenu sur Wet Woman In The Wind Ă lâoccasion de son article Roman Porno : Film rose nouveau cru Ă lâoccasion de son retour sur les cinq films en hommage au Roman Porno pour les 45 ans de la Nikkatsu, le Festival du Film de Fesses permet aux spectateurs parisiens de (re)dĂ©couvrir le film aprĂšs son passage Ă lâĂ©dition 2016 de lâEtrange Festival. RĂ©alisĂ© par SHIOTA Akihiko, lâun des rĂ©alisateurs principaux de ce quâon appelle parfois « nouvelle vague japonaise des annĂ©es 1990 », Wet Woman In The Wind est un hommage Ă KUMASHIRO Tatsumi et son Les Amants MouillĂ©s. Dimanche 1er Juillet, les deux films â celui de SHIOTA et celui de KUMASHIRO â viendront conclure cette cinquiĂšme Ă©dition du Festival du Film de Fesses.
En somme, un programmation riche en saveur et qui annonce un weekend de quatre jours dâores et dĂ©jĂ extatique. CinĂ©philes et amateurs de fesses pourront dĂšs lors rĂ©viser leurs classiques du cinĂ©ma Ă©rotique japonais qui est lâun des plus Ă©clectiques et inventifs. Cependant, la cinquiĂšme Ă©dition du Festival du Film de Fesses nâest pas uniquement composĂ© la rĂ©trospective « Montre tes nippons » et nous vous invitons grandement Ă aller vous rincer lâĆil avec le SeptiĂšme Art, notamment â comment rĂ©sister â Ă la projection Samedi 30 Juin au Reflet MĂ©dicis du sublime La Saveur de la PastĂšque du taĂŻwanais Tsai Ming-Ling que le Festival du Film de Fesses propose en odorama !
Programme détaillé : https://www.lefff.fr/programme
Critique publiée dans le webzine Journal du Japon.

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« Gravity » live
Co-director, editor
Burnout Kids - Gravity (live session au Centre Ken Saro Wiwa)
director : Maxime Lauret & Pierre Lauret
production : oh no! & Burnout Kids
camera operator : Maxime Lauret
sound record & mix : Nicolas Defeudis
editor : Pierre Lauret
music : âGravityâ by Burnout Kids,
Burnout Kids
Facebook :Â https://www.facebook.com/burnoutkidsofficial/
Instagram : https://www.instagram.com/burnoutkidsmusic/
YouTube : https://www.youtube.com/channel/UCzfLX-w-xxIZlzaBU7biV4w
Raise Your Arms and Twist!
Writer
Raise Your Arms and Twist! Documentary of NMB48 de FUNAHASHI Atsushi : Le Crépuscule des idols
PrĂ©sentĂ© dans la section « Kanata, au-delĂ du miroir » Ă lâoccasion de la douziĂšme Ă©dition du Kinotayo, festival de cinĂ©ma japonais contemporain dâIle-de-France, Raise Your Arms and Twist! Documentary of NMB48 de FUNAHASHI Atsushi Ă©tait lâun des deux seuls documentaires de la sĂ©lection du festival.
Bien que le sujet des idols soit souvent absent de la ligne Ă©ditorial, FUNAHASHI Atsushi nous donne ici lâopportunitĂ© de palier Ă ce manque et de revenir sur un sujet aussi passionnant que dĂ©rangeant dĂšs lors quâil est abordĂ© dâun point de vue sociologique et exempt de toutes notions dâadulation.
Idols et 48 Group : Origine et concept
Figure de proue de lâimagerie pop au pays du Soleil-Levant, les idols sont un concept souvent peu ou mal compris ici, en Occident. Tout dâabord, le terme diffĂšre du sens que nous lui apposons usuellement puisquâau Japon, les idols renvoient Ă une activitĂ© professionnelle dans le monde de lâentertainment. Bien que prenant gĂ©nĂ©ralement la forme de girls band fĂ©minins sur-mĂ©diatisĂ©s et composĂ©s dâadolescentes, il existe en rĂ©alitĂ© autant de types dâidoling que dâidols, en somme, une infinitĂ© si lâabus de langage le permet. Usuellement connus pour leur musique, les idols apparaissent aussi bien dans le monde de lâactorat ou du mannequinat que dans lâindustrie musicale. En somme, une simplification mĂšnerait Ă accepter la chose suivante : lâidoling est un ensemble dâidols apparaissant dans les diverses strates de lâentertainment avec comme principal motto lâimage renvoyĂ©e. Il va sans dire que, malgrĂ© lâappartenance Ă ce monde du show-business, les idols ne sont pas nĂ©cessairement synonyme de cĂ©lĂ©britĂ©, de richesse ou de succĂšs.
Câest Ă la suite du succĂšs au Japon des chanteuses yĂ©yĂ© françaises dans les annĂ©es 1970 que le concept dâidoling se dĂ©veloppe pour acquĂ©rir aujourdâhui une place prĂ©pondĂ©rante dans la sociĂ©tĂ© japonaise. Le premier groupe quâil faut mentionner est celui de Candies (1972 â 1978) qui marque lâapparition du wotagei, un ensemble de danses et de techniques dâencouragement par des fans extrĂȘmes Ă destination de leurs idols favorites. Dans les annĂ©es 1980, câest le producteur AKIMOTO Yasushi qui se fait reprĂ©sentant du premier Ăąge dâor de lâidoling avec Onyanko Club (1985 â 1987), un groupe Ă lâeffectif changeant, atteignant une cinquantaine de membres, divisĂ© en de nombreux sous-groupes. AprĂšs un lĂ©ger dĂ©clin de popularitĂ© durant les annĂ©es 1990, le producteur Tsunku relance lâidoling en reprenant le concept dâOnyanko Club avec, en 1997, la crĂ©ation du groupe Morning Musume qui devient, en 1999, avec son single Love Machine le groupe le plus populaire au pays du Soleil-Levant. MalgrĂ© un lĂ©ger dĂ©clin de popularitĂ© Ă partir de 2001, Morning Musume rafle de nombreux records, dont celui de longĂ©vitĂ© pour un groupe dâidoling grĂące Ă un systĂšme de remplacement des membres quittant le groupe : 40 membres ont ainsi marquĂ© 13 gĂ©nĂ©rations du groupe en 20 ans dâexistence. Au dĂ©but du nouveau millĂ©naire, Tsunku atomise le marchĂ© de lâidoling en crĂ©ant un grand ensemble dâidols, le Hello!Project, qui rĂ©unit lâintĂ©gralitĂ© de ses productions et qui, par consĂ©quent, comporte trois des plus grands succĂšs du milieu : Morning Musume, °C-ute et Berryz KĆbĆ.
Cependant, rien nâest Ă©ternel au pays des idols et en 2005, profitant de la baisse de popularitĂ© de Morning Musume, AKIMOTO Yasushi renouvelle lâidoling en lançant le groupe AKB48 depuis le quartier dâAkihabara Ă Tokyo. Initialement composĂ© de 20 jeunes adolescentes, le groupe sâimpose rapidement grĂące au concept de « idols you can meet » qui apporte une certaine promiscuitĂ© entre le public et les membres, notamment lors de handshakes oĂč les fans peuvent Ă©changer et serrer la main de leurs membres prĂ©fĂ©rĂ©es. Trustant le haut des ventes, AKB48 est un tel succĂšs quâAKIMOTO Yasushi lance le 48 Group, un ensemble de « groupes sĆurs » dĂ©localisĂ©s, quâil créé sur le mĂȘme modĂšle que AKB48, avec SKE48 en 2008 Ă Nagoya, NMB48 Ă Osaka en 2010, HKT48 Ă Fukuoka en 2011 ou plus rĂ©cemment avec NGT48 Ă Niigata en 2015, et STU48 Ă Setouchi en 2017. Lâappel de lâargent ne se faisant que peu sentir, le producteur porte le concept Ă lâĂ©tranger avec JKT48 en 2011 Ă Jakarta ou SNH48 en 2012 Ă Shanghai â ce dernier ayant fait scission et créé ses propres « groupes sĆurs » Ă travers la Chine : BEJ48, GNZ48, SHY48. Par ailleurs, AKIMOTO Yasushi est allĂ© jusquâĂ assurer sa main mise sur lâentertainment japonais en crĂ©ant lui-mĂȘme la concurrence du 48 Group en crĂ©ant le Sakamichi Series, composĂ© de Nogizaka46 et de Keyakizaka46 et quâil base toujours sur le mĂȘme systĂšme.
Bien que lâappellation de cet ensemble ne soit pas officielle, depuis 2011 un ensemble de documentaire « Documentary of ⊠», commandĂ© et rĂ©alisĂ© en interne, vient prĂ©senter en profondeur les diffĂ©rents groupes signĂ©s AKIMOTO Yasushi. Aujourdâhui, les groupes SKE48, NMB48, HKT48, JKT48 et Nogizaka46 ont eu le droit Ă leur documentaire respectif et AKB48 en compte cinq de produits. Cependant, il faut constater que mis Ă part Kanashimi No Wasurekata Documentary of Nogizaka46 qui se distinguait par sa forme et son esthĂ©tique, seul Raise Your Arms and Twist Documentary of NMB48 se dĂ©marque par son analyse de cette industrie, par la profondeur de sa rĂ©flexion et par son sens artistique notable.
FUNAHASHI Atsushi, Osaka et NMB48
Ce nâest pas un hasard si Raise Your Arms and Twist Documentary of NMB48 est passĂ© en 2017 par de prestigieux festivals tels que les Rencontres Internationales du Documentaire de MontrĂ©al ou le Hong Kong International Film Festival, puisque le rĂ©alisateur nâest autre que FUNAHASHI Atsushi dont nous parlions dĂ©jĂ au sujet des tĂ©moignages cinĂ©matographiques sur la catastrophe du Tohoku.
FUNAHASHI Atsushi a commencĂ© sa carriĂšre avec Echoes en 2001. En 2006, il signe Big River avec ODAGIRI Joe, qui lui offre lâopportunitĂ© dâĂȘtre diffusĂ© dans des festivals comme le Busan International Film Festival en CorĂ©e du Sud ou Ă la Berlinale en Allemagne. En 2012 puis 2015, FUNAHASHI Atsushi tĂ©moigne dâun message politique certain, sans ĂȘtre pour autant dans une logique purement contestataire,  avec le diptyque Nuclear Nation oĂč il suit la vie des rescapĂ©s de la catastrophe de la centrale nuclĂ©aire de Fukushima Daiichi.
Sâil peut paraĂźtre Ă©trange quâun tel documentariste ait Ă©tĂ© Ă la tĂȘte du projet Raise Your Arms and Twist Documentary of NMB48, on peut tout de mĂȘme mettre en avant le fait que FUNAHASHI Atsushi est originaire dâOsaka. BasĂ© Ă Namba, le quartier des loisirs dâOsaka, les NMB48 entretiennent aussi un rapport privilĂ©giĂ© Ă leur ville dâorigine. Contrairement Ă ses « groupes sĆurs », le groupe dĂ©pend bien moins de sa fanbase nationale que de celle de la capitale du Kansai. Et FUNAHASHI Atsushi a bien conscience de cela puisque rapidement, il le caractĂ©rise Ă lâimage et au son dans son documentaire. En plus de filmer les idols qui sâexpriment entre elles en kansai-ben â patois du Kansai â, le rĂ©alisateur ancre fortement leur histoire dans leur ville en illustrant abondamment le quartier dans lequel elles Ă©voluent, ce qui reprĂ©sente un contre-pied par rapport au style des cinq Documentary of AKB48 qui eux, nâillustrent que bien peu le quartier dâAkihabara Ă Tokyo.
Cependant, bien que lâon ait affaire Ă un rĂ©alisateur qui ose des choses, FUNAHASHI Atsushi dissimule difficilement la diffĂ©rence entre son propos et ce semble provenir dâun cahier des charges. Ainsi, malgrĂ© la volontĂ© de montrer lâunicitĂ© de NMB48, le documentaire met un peu trop le groupe en parallĂšle des AKB48. DĂšs lors, cette opposition, que lâon suppute ĂȘtre entre le rĂ©alisateur et les producteurs, va jusquâĂ infuser lâesthĂ©tisme du film oĂč stock-footage (Ndlr : images dâarchive) et plans originaux se distinguent fortement.
Nietzsche-senpai : idoling et philosophie
AprĂšs la scĂšne dâouverture sur une version live de Kamonegix â le huitiĂšme single des NMB48 â dans un stade rempli, FUNAHASHI Atsushi donne rapidement le ton de son documentaire avec une citation de Friedrich NIETZSCHE lue par lâidol et aspirante philosophe SUTĆ Ririka. Si le parallĂšle jouant sur le terme idol peut sembler facile dans un premier temps, la comprĂ©hension du documentaire repose intĂ©gralement sur lâensemble des interventions de cette membre dĂ©taillant en quoi lâidoling est un lieu propice aux questionnements sur soi. Car FUNAHASHI Atsushi ne peut critiquer librement cette industrie et ses travers avec un documentaire financĂ© par les pontes du milieu, ici AKIMOTO Yasushi. Ainsi, câest au spectateur de faire lâeffort de recouper les propos de SUTĆ Ririka avec les images dâidols chantant, dansant, rĂ©pĂ©tant, pleurant, rigolant ou simplement exprimant leur ressenti sur leur place dans le groupe.
LâesthĂ©tisme de ces intermĂšdes philosophiques en fait aussi de parfaites clefs de lecture dans ce documentaire aux fausses allures de prĂ©sentation de groupe. SUTĆ Ririka Ă©tant filmĂ©e sur un bateau remontant un fleuve, les ponts surplombant ce dernier viennent par moments dissimuler la lumiĂšre du soleil, plongeant la jeune idol et la camĂ©ra dans un noir quasi total. DĂšs lors, cette idĂ©e de visible et de non-visible, vient rappeler la dure loi de lâidoling oĂč « la course aux fans » est prĂŽnĂ©e entre les groupes mais aussi entre les idols mĂȘme composant ces groupes. Car dans lâidoling, seules les plus populaires sont sur les devants de la scĂšne. Ainsi, derriĂšre les noms de YAMAMOTO Sayaka, JONISHI Kei, SHIROMA Miru, YAGURA FĆ«ko et de WATANABE Miyuki, câest une quarantaine de membres des NMB48 qui demeurent dans leur ombre.
Ainsi, tout au long de Raise Your Arms and Twist Documentary of NMB48, il est aisĂ© de prendre fait et cause pour ces idols dans lâombre qui, la faute Ă leur popularitĂ© trĂšs restreinte, ne peuvent participer aux singles et Ă la majeure partie des activitĂ©s du groupe. Pourtant, lâintelligence du documentaire de FUNAHASHI Atsushi ne sâarrĂȘte pas lĂ puisquâil choisit de donner la parole Ă de nombreuses membres, comme les autres Documentary of ⊠, mais aussi aux familles de celles-ci, aux managers, aux fans et aux membres ayant dâores et dĂ©jĂ quittĂ© le groupe pour poursuivre leur carriĂšre, ce que ne faisaient pas nĂ©cessairement les autres Documentary of âŠ. Câest alors une vision totale de lâindustrie et de ses consĂ©quences qui sâoffre aux spectateurs et qui, une fois recoupĂ©e par les propos de SUTĆ Ririka, livre un triste constat.
Ă tous les niveaux de lâidoling, une questionnement vivace de soi sâopĂšre. En plus de ces « petites » membres, Raise Your Arms and Twist Documentary of NMB48 dĂ©voile que les membres importantes vivent les mĂȘmes doutes, mais Ă une Ă©chelle diffĂ©rente. La figure principale du groupe, YAMAMOTO Sayaka, explique quâelle a connu, elle aussi, ces positionnements de fonds de scĂšne lorsque AKIMOTO Yasushi a entrepris durant des singles de mettre des membres de tout le 48 Group sous la banniĂšre de AKB48. De mĂȘme, les membres YAGURA FĆ«ko et SHIROMA Miru qui, la faute Ă une popularitĂ© quasi similaire, sont sans arrĂȘt mises en confrontation alors quâelles nâentretiennent aucune animositĂ© lâune envers lâautre. Enfin, câest aussi les fans qui sont bien souvent diabolisĂ©s et caractĂ©risĂ©s comme des pervers ou des personnes malades qui ont enfin le droit Ă la parole, ce qui offre des tĂ©moignages intĂ©ressants sur les rapports que les fans entretiennent avec leurs idols favorites et sur leur rapport Ă leur passion.
Bien quâil soit un important documentaire sur le sujet, on peut regretter le fait que Raise Your Arms and Twist Documentary of NMB48 ait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© avant le scandale de SUTĆ Ririka annonçant son mariage sans mentionner son dĂ©part du groupe ce qui va Ă lâencontre des rĂšgles du loveban rĂ©gissant lâidoling japonais, et avant que la membre JONISHI Rei soit hissĂ©e sur les devants de la scĂšne dans une tentative voyante de « remplacement de sa sĆur » JONISHI Kei qui venait de quitter le groupe.
Par ailleurs, le film de FUNAHASHI Atsushi sâavĂšre ĂȘtre le seul documentaire mĂ©ritant dâĂȘtre vu dans cette sĂ©lection 2017 du Kinotayo. On peut par consĂ©quent ouvertement critiquer la diffusion restreinte mise en place par le festival â une sĂ©ance unique le samedi Ă 13 h30 â alors que le film mĂ©rite Ă lui seul dâĂȘtre visionnĂ© de multiples fois pour saisir la richesse dâinformation sur lâidoling quâil contient.
Critique publiée dans le webzine Journal du Japon.
Kinotayo 2017, partie 2
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Kinotayo 2017, partie 2 : MATSUI, dernier rempart avant la débùcle
VoilĂ maintenant trois annĂ©es consĂ©cutives que Journal du Japon se rend au Kinotayo Ă Paris pour faire le point sur le cinĂ©ma contemporain japonais, et force est de constater lors de cette douziĂšme Ă©dition que le festival perd de sa superbe dâannĂ©e en annĂ©e. Lors de notre premier retour sur la sĂ©lection 2017 et de notre critique de Perfect Revolution â film en compĂ©tition cette annĂ©e â nous Ă©mettions dâores et dĂ©jĂ certaines rĂ©serves au sujet du palmarĂšs et de la capacitĂ© du festival Ă se placer comme reprĂ©sentant honnĂȘte de lâĂ©tat du cinĂ©ma contemporain japonais.
Ces critiques auraient Ă©tĂ© de simples regrets si le festival nâavait pas fait preuve de sĂ©rieuses lacunes en matiĂšre de sĂ©lection. Entre un Ă©niĂšme documentaire sur un personnage atypique Ă Fukushima et de nombreux films trop sirupeux pour contenter les plus exigeants, il va sans dire que cette Ă©dition avait son lot de dĂ©ceptions. Il est toutefois de rigueur dâadmettre que des films tels que Rage de LEE Sang-Il ou Tokyo Night Sky is Always the Densest Shade of Blue de ISHII Yuya ont constituĂ©s dâagrĂ©ables surprises. De mĂȘme, si lâabsence lâan dernier de A Bride for Rip Van Winkle de IWAI Shunji â rĂ©alisateur dĂ©finitivement boudĂ© en France â sâavĂ©rait aberrante, le Kinotayo compense cette annĂ©e ses erreurs passĂ©es avec la sĂ©lection de Japanese Girls Never Die de MATSUI Daigo, lâun des cinĂ©astes japonais les plus prometteurs du moment.
Nous reviendrons plus en dĂ©tail ultĂ©rieurement sur Rage de LEE Sang-Il et Documentary of NMB48 : Raise your arms and twist de FUNAHASHI Atsunashi au cours dâarticles dĂ©diĂ©s, terminons donc tout dâabord notre tour dâhorizon de la programmation de cette douziĂšme Ă©dition du Kinotayo.
Oh Lucy! : LâHerbe est plus verte chez Josh HARTNETT
AprĂšs un passage par la Semaine de la Critique pendant le Festival de Cannes, Oh Lucy de HIRAYANAGI Atsuko sâannonçait comme le film grand public de ce Kinotayo 2017. En adaptant son propre court-mĂ©trage de fin dâĂ©tudes ayant raflĂ© une trentaine de prix dans des festivals internationaux, HIRAYANAGI Atsuko signe avec Oh Lucy! son premier long mĂ©trage. Avec une intrigue se dĂ©roulant entre les Ătats-Unis et le Japon, Oh Lucy! possĂšde ce caractĂšre biculturel qui nâest pas sans rappeler Map of the Sounds of Tokyo de Isabel COIXET ou Lost In Translation de Sofia COPPOLA. Le film suit les aventures de Setsuko â a.k.a. Lucy â quittant Tokyo pour le Sud californien Ă la recherche de sa niĂšce Mika et de John, son professeur dâanglais duquel elle sâest Ă©prise.
MalgrĂ© la prĂ©sence de KUTSUNA Shiori, la vĂ©ritable qualitĂ© dâOh Lucy! rĂ©side dans son casting. GrĂące Ă la prĂ©sence dâune TERAJIMA Shinobu emplie de sincĂ©ritĂ© et dâun Josh HARTNETT dont la classe et la prestance ne finiront jamais de nous Ă©tonner, le film dâAtsuko HIRAYANAGI surprend par sa crĂ©dibilitĂ©. De surcroĂźt, ayant fait ses Ă©tudes aux Ătats-Unis, la rĂ©alisatrice se sert de ses expĂ©riences pour apporter un certain rĂ©alisme dans les interactions entre Japonais et Ătats-Uniens.
Cependant, si dans sa propre vie HIRAYANAGI Atsuko a pu trouver aux Ătats-Unis un paradis lui ayant permis de fuir la morositĂ© de son Japon natal, le traitement cinĂ©matographique de cette histoire aux allures de « lâherbe est plus verte ailleurs » semble un peu facile. Si KIKUCHI Rinko quittait un Tokyo grisĂątre pour un Minnesota tout aussi grisĂątre dans Kumiko, the Treasure Hunter de David ZELLNER, Setsuko nous mĂšne, quant Ă elle, vers une Californie ensoleillĂ©e recouverte dâun Ă©talonnage des plus clichĂ©s lorsque lâon traite des rĂ©gions sud des Ătats-Unis. Bien que le troisiĂšme acte du film vienne apporter un peu de couleurs dans cette ville quâest Tokyo, Oh Lucy! reste un film grand public qui porte en lui toutes les facilitĂ©s scĂ©naristiques que cela implique.
Soleil dâOr ex aequo de ce Kinotayo 2017, Oh Lucy! sortira le 31 janvier sur les Ă©crans français grĂące Ă Nour Films.
Japanese Girls Never Die : La MĂ©lancolie dâHaruko Azumi
AprĂšs les sublimes Our Huff and Puff Journey et Wonderful World End, MATSUI Daigo revient avec Japanese Girls Never Die â auquel nous prĂ©fĂ©rerons dĂ©sormais le titre Haruko Azumi is Missing â et signe lâun des films les plus touchants de cette Ă©dition du Kinotayo, mais aussi du cinĂ©ma japonais de ces derniĂšres annĂ©es. PortĂ© par un casting cinq Ă©toiles, on note notamment le retour tant attendu de lâactrice AOI Yƫ dans un rĂŽle principal lui permettant de livrer une des performances les plus touchantes de sa carriĂšre. De la mĂȘme maniĂšre, TAKAHATA Mitsuki rĂ©alise lâexploit de rendre attachant et attendrissant un personnage de fille extravertie au style fantasque, lĂ oĂč KOMATSU Nana nous avait laissĂ© de profonds stigmates dans lâexĂ©crable Destruction Babies.
Ă la maniĂšre de ses films prĂ©cĂ©dents, MATSUI Daigo affirme son statut de rĂ©alisateur au montage millimĂ©trĂ© et au propos chiadĂ©. AidĂ© par la chronologie Ă©clatĂ©e quâil met en place, il compose une vĂ©ritable ode fĂ©ministe au travers dâun portrait dĂ©senchantĂ© â et nĂ©anmoins empli dâespoir â de femmes japonaises. Haruko Azumi, une jeune employĂ©e de bureau de 27 ans, disparaĂźt mystĂ©rieusement un jour. Peu Ă peu, son portrait devient viral aprĂšs quâun groupe de street-artists ait choisi dâutiliser son avis de recherche comme pochoir. Bien quâatypique dans la filmographie du rĂ©alisateur, Haruko Azumi is Missing traite malgrĂ© tout des milieux estudiantins que MATSUI Daigo affectionne. CoĂŻncidant Ă©trangement avec la disparition de la jeune femme, un gang de lycĂ©ennes se met Ă sĂ©vir en ville, dĂ©cidant de prendre leur revanche sur tous les hommes croisant leur chemin.
En moins de deux heures, le rĂ©alisateur questionne la place de la femme dans le Japon contemporain, mais sâinterroge aussi sur le pouvoir que lâart et les rĂ©seaux sociaux peuvent avoir, notamment vis-Ă -vis de lâĂ©mancipation de ces derniĂšres. Au travers de Haruko Azumi, MATSUI Daigo suit ces femmes ne pouvant se rĂ©soudre Ă une sociĂ©tĂ© leur ayant taillĂ© un chemin Ă suivre passant irrĂ©mĂ©diablement par le mariage et le fait dâavoir des enfants.
Enfin, Haruko Azumi is Missing est aussi un portrait gĂ©nĂ©rationnel. Chez elle, Haruko voit quotidiennement sa mĂšre tenter dâentretenir sa grand-mĂšre sĂ©nile alors que son mari est totalement inactif. Que cela passe par une simple « guerre de la tĂ©lĂ©commande » ou par son manque dâimplication domestique, Haruko brise Ă sa façon le conformisme familial. A contrario, Haruko se confronte lors de ses pĂ©rĂ©grinations Ă des gĂ©nĂ©rations plus jeunes qui sâavĂšrent tout aussi dĂ©senchantĂ©es que la sienne, Ă lâinstar de lâinnocence brisĂ©e dâune jeune fille de sept ans ou de lycĂ©ennes trouvant leur libertĂ© dans un certain nihilisme vis-Ă -vis de la sociĂ©tĂ©.
En somme, MATSUI Daigo  livre ici le film le plus consĂ©quent de sa jeune carriĂšre qui sâavĂšre ĂȘtre un vĂ©ritable chef-dâĆuvre du cinĂ©ma contemporain japonais. Injustement reparti sans rĂ©compense du Kinotayo 2017, le film atteste que le rĂ©alisateur est dĂ©finitivement lâun des plus prometteurs de ces derniĂšres annĂ©es. On regrettera par ailleurs que les mouvements fĂ©ministes occidentaux prĂ©fĂšrent faire lâĂ©loge de films artistiquement insignifiants comme Wonder Woman de Patty JENKINS plutĂŽt que de vĂ©ritables Ćuvres faisant preuve dâune rĂ©elle intelligence telle que Haruko Azumi is Missing. Preuve, encore une fois, que si le cinĂ©ma japonais est de plus en plus reconnu, il reste nĂ©anmoins une cinĂ©matographie minoritaire internationalement.
The Long Excuse : Un air de déjà -vu
DistribuĂ© dans les salles de lâHexagone dans la foulĂ©e du festival, The Long Excuse est un fier reprĂ©sentant des films auquel il serait possible dâattribuer le « label Kinotayo ». DotĂ© dâune fausse photographie chiadĂ©e qui sâavĂšre finalement vide de sens, le film de NISHIKAWA Miwa nâest jamais dĂ©sagrĂ©able, mais ne laisse cependant aucun souvenir impĂ©rissable. Suivant le parcours de deux maris confrontĂ©s Ă la mort de leurs femmes respectives dans un accident de bus, le film devait marquer le retour de FUKATSU Eri sur les Ă©crans français aprĂšs son incroyable performance dans Vers lâautre rive de KUROSAWA Kiyoshi. Cependant, les alĂ©as routiers obligeant, celle-ci disparaĂźt des Ă©crans aprĂšs cinq petites minutes de film, laissant ainsi le spectateur pendant deux heures avec un MOTOKI Masahiro aseptisĂ© et un TAKEHARA Pistol tentant vainement de jouer dans un registre tire-larmes.
Ă lâimage de son casting, The Long Excuse est un film convenu au traitement convenu et Ă lâorganisation tout aussi convenue. Le scĂ©nario du film, Ă©crit par NISHIKAWA Miwa elle-mĂȘme et adaptĂ© de son propre roman, emprunte des sentiers Ă©culĂ©s de la reprĂ©sentation du deuil au travers de ce mari Ă©gocentrique ayant perdu sa femme quâil trompait. Nâatteignant jamais les Ă©motions souhaitĂ©es, la rĂ©alisatrice semble vouloir marcher sur les plates-bandes de son mentor KORE-EDA Hirokazu avec qui elle a commencĂ© comme assistante-rĂ©alisatrice pour After Life. The Long Excuse met effectivement en scĂšne une enfance qui dĂ©tiendraient une innocente vĂ©ritĂ© et symboliseraient un avenir Ă protĂ©ger, mais nâatteint jamais la finesse de KORE-EDA.
MalgrĂ© son Soleil dâOr ex-ĂŠquo, The Long Excuse sâavĂšre trĂšs peu aventureux, faisant parfois preuve de quelques longueurs. Si le spectateur exigeant et avisĂ© nây trouve quâune indiffĂ©rence jamais horripilante, le quidam pourra potentiellement y trouver un certain plaisir. Il reste nĂ©anmoins important de prĂ©ciser que MAG Distribution rĂ©alise un travail important pour le cinĂ©ma japonais en France en distribuant un film qui ne possĂšde pas de grands noms et qui nâest pas passĂ© par des festivals significatifs en France comme le Festival de Cannes ou la Berlinale.
Close-Knit : Un sujet important pour un film insignifiant
Comme chaque annĂ©e, le Kinotayo a son lot de films aux sujets « durs » dĂ©nonçant plus ou moins vivement certaines rĂ©alitĂ©s. Comme chaque annĂ©e, il est nĂ©cessaire de rappeler que parler de sujets importants ne garantit pas le fait de rĂ©aliser un film qualitativement bon, contrairement Ă ce quâune certaine frange de spectateurs puisse penser. Sans ĂȘtre un affront cinĂ©matographique, Close-Knit de OGIGAMI Naoko sâavĂšre ĂȘtre un film impalpable que lâon oublie plus rapidement quâil se dĂ©couvre. Deux heures durant, la rĂ©alisatrice qui a commencĂ© sa carriĂšre par un passage Ă la Berlinale en 2003 avec Yoshinoâs Barber Shop, traite de lâacceptation des LGBT dans la sociĂ©tĂ© japonaise.
Tomo, une jeune fille de 11 ans, vit avec sa mĂšre qui ne sâoccupe quasiment pas dâelle. Alors que cette derniĂšre la quitte une nouvelle fois pour partir avec un homme, Tomo se rĂ©fugie chez son oncle et rencontre alors Rinko, une femme transgenre, en qui elle voit peu Ă peu la mĂšre quâelle souhaitait avoir.
Avec Close-Knit, OGIGAMI Naoko tente de montrer les difficultĂ©s auxquelles Rinko se confronte dans sa vie quotidienne, mais sans que lâon sache rĂ©ellement pourquoi, le film semble traiter Ă la volĂ©e ces questions. Bien que la duretĂ© des propos Ă son encontre ou que le harcĂšlement scolaire dâun jeune enfant cherchant son identitĂ© sexuelle soient clairement visibles Ă lâĂ©cran, jamais ils ne marquent, ne choquent ou nâĂ©meuvent. De plus, le choix de IKUTA TĆma dans le rĂŽle de Rinko amĂšne Ă se demander si un jour les personnages transgenres au cinĂ©ma pourront enfin ĂȘtre jouĂ©s par des acteurs transgenres.
En somme, Close-Knit est un film au sujet important qui, Ă cause dâun traitement cinĂ©matographique qui nâose rien, nâatteint jamais le rĂ©sultat escomptĂ©. De plus, le film est alourdi par les poncifs du cinĂ©ma contemporain japonais aux allures de carte postale, allant jusquâĂ la traditionnelle scĂšne sous les cerisiers en fleur. Il faut avouer que OGIGAMI Naoko a de surcroĂźt la malchance dâarriver dans les festivals français la mĂȘme annĂ©e que Jane de CHO Hyun-Hoon â mettant lui aussi en scĂšne un personnage transgenre â qui faisait preuve dâun vĂ©ritable sens de la photographie ainsi que dâune intelligence et dâune beautĂ© assez rares.
Trace of Breath : Une salade de trop à Fukushima
Que cela soit Memories of the Lost Landscape et The Horses of Fukushima de MATSUBAYASHI Yoju, Les voix silencieuses de Lucas RUE et SATO Chiho, ou encore Alone In Fukushima de NAKAMURA Mayu, il existe aujourdâhui plĂ©thore de documentaire revenant sur la catastrophe de Fukushima et ses consĂ©quences depuis 7 ans. Traces of Breath de KOMORI Haruka est lâun dâeux, oĂč le spectateur suit SATO TeÄ«chi, un vieil homme ayant tout perdu dans le tsunami de 2011, et qui aujourdâhui produit et vend ses propres semences agricoles Ă Rikuzentakata. Ce personnage atypique sâavĂšre ĂȘtre devant la camĂ©ra de KOMORI Haruka un vĂ©ritable puits de connaissance sur la nature et la rĂ©gion. Il a par ailleurs Ă©crit un livre en anglais et en chinois pour partager son expĂ©rience et ses peines depuis mars 2011 ainsi que de rendre hommage aux victimes.
Bien que lâintention soit louable â aussi bien pour KOMORI Haruka que pour SATO TeÄ«chi â, ce type de documentaire est devenu par la force des choses un vĂ©ritable flĂ©au pour le cinĂ©ma contemporain japonais. Chacun voulant aller de son petit hommage, ce qui â encore une fois â est somme toute louable, on peut voir de plus en plus de personnes, qui ne sont pas nĂ©cessairement des cinĂ©astes, venir documenter la situation dans la rĂ©gion.
Le processus est bien souvent le mĂȘme et les films arborent les mĂȘmes caractĂ©ristiques en matiĂšre dâesthĂ©tisme et de forme. DĂšs lors, les portraits de personnes atypiques â souvent ĂągĂ©es â ayant choisi de rester dans rĂ©gion pour prĂ©server une faune et une flore ou simplement promouvoir une agriculture locale abondent, mais sans pour autant soulever aucune question, problĂ©matique ou sujet autre que nous dĂ©voiler ces personnes au caractĂšre gĂ©nĂ©ralement bien trempĂ©. De plus, ces documentaires semblent emprunter inconsciemment le sentier voulu par le gouvernement japonais, en occultant â ou en ne les interrogeant pas â les risques de la rĂ©gion.
Si ce retour ne sâapplique spĂ©cifiquement Ă Traces of Breath, mais traite dâun ensemble de films, câest parce quâil devient Ă©puisant de voir encore et toujours le mĂȘme film oĂč seuls les intervenants et « lĂ©gumes plantĂ©s » changent. Pour autant, aux vues de Friends after 3.11 de IWAI Shunji â encore lui â il est possible de rĂ©aliser un documentaire intelligent, intĂ©ressant et Ă©mouvant sur le 11 mars 2011 et ses consĂ©quences. Le problĂšme de Traces of Breath et ses compĂšres se situe ainsi dĂ©finitivement dans leur forme et non pas leur sujet.
En somme, le Kinotayo 2017 nâoffrait pas grand-chose Ă se mettre sous la dent pour garder un souvenir impĂ©rissable de cette Ă©dition. MalgrĂ© les fulgurances de gĂ©nie signĂ©es MATSUI Daigo et LEE Sang-Il, câest un bien triste portrait du cinĂ©ma contemporain japonais auquel nous avons assistĂ©. Si lâon ajoute Ă cela une organisation et une communication qui laissent Ă dĂ©sirer, il nâĂ©tait pas vraiment Ă©tonnant de voir la salle du Club de lâĂtoile rester Ă moitiĂ© vide. Cependant, comme nous nous refusons de dresser des retours trop nĂ©gatifs, fĂ©licitons le Kinotayo pour nous avoir permis de retrouver AOI YĆ« et Josh HARTNETT sur les grands Ă©crans.
Critique publiée dans le webzine Journal du Japon.
BrÚve histoire de cinéma
Writer
Affaires de genres au pays du matin calme : BrÚve histoire de cinéma
Dans la langue française, le terme « genre » possĂšde de multiples sens. Au cinĂ©ma, il dĂ©signe une « catĂ©gorie dâĆuvres artistiques de mĂȘme style, de mĂȘme sujet, etc. »1. Du point de vue des sciences humaines et sociales en revanche, il renvoie Ă une « construction sociale qui hiĂ©rarchise les hommes et les femmes » et dont rĂ©sulte « des conventions culturelles, des rĂŽles sociaux, des comportements, des reprĂ©sentations sociales et la division sexuelle du travail et du pouvoir »2.
Ă la recherche dâun cinĂ©ma perdu
Ă lâinstar de Rome, une cinĂ©matographie nationale ne se construit pas en un jour. Par consĂ©quent, il est essentiel de connaĂźtre et dâanalyser son histoire pour comprendre au mieux les formes que celle-ci adopte aujourdâhui. Dâautant plus que le cinĂ©ma sud-corĂ©en sâavĂšre singuliĂšrement problĂ©matique puisquâil est, Ă ce jour, quasiment dĂ©nuĂ© de films de patrimoine visibles. Bien que la Korean Film Archive tente depuis 2007 de palier Ă ce manque en procĂ©dant Ă de nombreuses restaurations et en composant un fond dâarchive, il sâavĂšre compliquĂ© dâen tracer une histoire exhaustive. Ainsi, les connaissances disponibles reposent principalement sur des Ă©crits et des tĂ©moignages de lâĂ©poque dont lâexactitude est aisĂ©ment discutable, en raison de la victimisation corĂ©enne3.
Outre la fragilitĂ© des premiĂšres pellicules, lâoccupation japonaise de la CorĂ©e est une des causes premiĂšres de cette absence de patrimoine. InitiĂ©e en 1905 par un protectorat et officialisĂ© en 1910 par un traitĂ© dâannexion, la prĂ©sence nippone empĂȘche le cinĂ©ma corĂ©en des premiers temps dâavoir ses propres balbutiements et va jusquâĂ lui mettre une museliĂšre en 1929 avec lâinstitutionnalisation dâune censure. Toutefois, cette occupation nâa pas eu pour seul effet de brimer le cinĂ©ma de la pĂ©ninsule corĂ©enne puisque lors de la capitulation du Japon en 1945, les forces en place ont potentiellement occasionnĂ© la perte de nombreux films par le biais de destructions ou de rapatriements des bobines.
Il est nĂ©anmoins possible dâĂ©tablir certaines dates et Ă©vĂ©nements clefs. En 1919, un film dâune dizaine de minutes, La Juste Vengeance (Yonsoeguk), est projetĂ© lors dâune reprĂ©sentation théùtrale et devient la premiĂšre fiction corĂ©enne. En 1923, les deux premiers longs mĂ©trages de fictions corĂ©ens, Promesse dâamour sous la lune (Dalbich salang-ui yagsog) et LâHistoire de Chun Hyang (Chunhyangjeon) sont rĂ©alisĂ©s par Yun Paeng-Nam. Ces premiers films tĂ©moignent dâune tendance Ă produire du cinĂ©ma de propagande et des adaptations de contes qui sâexplique par le contexte politique et religieux du pays. En 1930, lâĂ©tau japonais se resserrant un peu plus sur la pĂ©ninsule, un certain nombre de CorĂ©ens fuient vers Shanghai oĂč le cinĂ©ma est alors en pleine croissance. De ce fait se dĂ©veloppe un cinĂ©ma corĂ©en dĂ©localisĂ© et anti-japonais sâessayant notamment au genre du drame.
Ă la suite de la capitulation du Japon en 1945 la CorĂ©e est libĂ©rĂ©e mais sâavĂšre complĂštement ruinĂ©e Ă©conomiquement. Le cinĂ©ma corĂ©en ne connaĂźt donc pas Ă cette Ă©poque de croissance significative malgrĂ© lâapparition dâun mouvement composĂ© de films muets en 16mm se rĂ©jouissant de cette libertĂ© retrouvĂ©e. Cet Ă©lan sâarrĂȘte subitement avec la Guerre de CorĂ©e qui Ă©clate en 1950 et condamne la production cinĂ©matographique nationale annuelle Ă un chiffre nul jusquâen 1953. Dâautant que, le front se dĂ©plaçant rĂ©guliĂšrement le long de la pĂ©ninsule, le patrimoine culturel corĂ©en â quâil soit cinĂ©matographique, littĂ©raire, architectural, etc. â subit de nombreuses pertes irrĂ©mĂ©diables. Enfin, lors de la signature de lâarmistice et lâadoption du 38e parallĂšle comme frontiĂšre entre les deux CorĂ©es en 1953, le Sud se voit privĂ© dâune partie de son passĂ©. Pyongyang, historiquement capitale culturelle de la pĂ©ninsule, devient la capitale du Nord.
The Hand of Fate (Unmyong-ui son) de Han Hyong-Mo, 1954.
De 1954 à 1993, un cinéma sous le signe des dictatures
En 1954, Han Hyeong-Mo marque la reprise de la production cinĂ©matographique corĂ©enne avec The Hand of Fate4 (Eunmyongui son) et signe par la mĂȘme occasion le premier film de la pĂ©ninsule arborant le prĂ©fixe « sud ». Mettant en scĂšne lâinfiltration dâune espionne nord-corĂ©enne, le film est de surcroĂźt le premier film anticommuniste rĂ©alisĂ© en CorĂ©e du Sud. VĂ©ritable maelström de genres en mĂȘlant comĂ©die, romance, drame et espionnage, The Hand of Fate initie aussi un geste de cinĂ©ma « alors identifiĂ© comme âune fusion des genresâ, [qui] va imprĂ©gner la quasi-totalitĂ© du cinĂ©ma sud-corĂ©en jusquâĂ nos jours »5.
Sous lâinfluence du prĂ©sident Rhee Syngman, le cinĂ©ma doit Ă cette Ă©poque se mettre dans le mĂȘme sens de marche que lâĂtat et contribuer Ă la transposition de lâancienne vision anti-japonaise des annĂ©es 1930 vers le nouvel ennemi communiste. Le gouvernement supprime alors les impĂŽts pour lâindustrie du cinĂ©ma et crĂ©e la Korean Film Unit pour mettre en place un vĂ©ritable cinĂ©ma de propagande qui, dans la lignĂ©e de The Hand of Fate, se base sur le principe de fusion des genres. On retrouve notamment Ă cette pĂ©riode Han Hyeong-Mo en 1956 avec Hyperbole de la jeunesse (Chongchun ssanggogseon), une romance humoristique sur fond de pauvretĂ© causĂ©e par la guerre ou encore une satire historique de Lee Byung-Il, Le jour oĂč elle sâest mariĂ©e (Shijibganeun nal). Dans la mĂȘme logique, Piagol de Lee Kang-Cheon marque en 1955 lâune des premiĂšres censures politiques du pays. Le long mĂ©trage aux allures de docu-fiction, alternant entre moments de drame et de comĂ©die, suit les aventures dâune guĂ©rilla nord-corĂ©enne. En lâabsence de contre point de vue sud-corĂ©en rendant quasiment hĂ©roĂŻques les individus du Nord, le film est interdit de distribution pour « atteinte Ă la loi sur la sĂ©curitĂ© nationale ». Si la diversitĂ© des rĂ©alisations proposĂ©es pĂątit grandement de cette conjoncture, le chiffre de production quant Ă lui explose et laisse apparaĂźtre deux noms commençant Ă creuser nettement leur sillon : Shin Sang-Ok et Im Kwon-Taek.
Les annĂ©es 1960 et 1970 sont marquĂ©es par une CorĂ©e du Sud sombrant dans la dictature Ă la suite du coup dâĂtat de Park Chung-Hee en 1961 et lâinstauration dâun Ă©tat dâurgence dĂ©bouchant sur lâadoption de la Constitution Yusin en 1972. Dans la continuitĂ© de la politique de Rhee Syngman, le cinĂ©ma sud-corĂ©en est de plus en plus surveillĂ© et voit, tout comme la population, sa libertĂ© lui Ă©chapper dans le but de produire des films encore plus nationalistes. Pour assurer sa mainmise sur les sociĂ©tĂ©s de production, lâĂtat met en place durant cette vingtaine dâannĂ©es des lois particuliĂšrement contraignantes. Des normes financiĂšres et techniques sont alors imposĂ©es et une obligation de produire plus de 15 films nationaux par an minimum pour pouvoir continuer son activitĂ© est instaurĂ©e. Cette politique sâavĂšre efficace et sur les 71 sociĂ©tĂ©s de production en 1961, il nâen reste que 16 en 1962. Les petites compagnies sont astreintes Ă fermer et les restantes doivent fusionner entre elles. Si Im Kwon-Taek se plie Ă la volontĂ© de lâĂtat en rĂ©alisant des films anticommunistes ou de promotion de la nouvelle constitution, Shin Sang-Ok lui se voit privĂ© de ses capacitĂ©s de production et de rĂ©alisation en 1974 par un dĂ©cret gouvernemental. La carriĂšre - et la vie â de ce dernier connaĂźt un tournant en juillet 1978, lorsquâil se fait enlever avec sa femme par la CorĂ©e du Nord, bien que les conditions brumeuses peuvent laisser penser quâil sâagissait dâune Ă©vasion.
Winter Woman (Gyeo-ul-yeoja) de Kim Ho-Sun, 1977.
Durant la seconde moitiĂ© des annĂ©es 1970 apparaĂźt aussi la politique implicite des 3 S (Sex, Screen and Sport) dans le but de dĂ©tourner lâattention de la population des difficultĂ©s du quotidien et dâavorter les volontĂ©s de contestations. Les films dâhĂŽtesses, nouveau genre de mĂ©lodrame, se rĂ©vĂšlent alors et sâoffrent comme sujet principal la sensualitĂ© des femmes et la beautĂ© de leurs corps. Le cinĂ©ma de Kim Ho-Sun est le plus reprĂ©sentatif de cette politique Ă lâinstar de Winter Woman (Gyeo-ul-yeoja) en 1977 mettant en scĂšne lâhistoire dâYi Hwa, une jeune fille dĂ©cidant dâoffrir son corps Ă tous les hommes quâelle rencontre aprĂšs avoir menĂ© quelquâun au suicide en refusant de coucher avec lui. Toutefois, a posteriori, Yeong-jaâs Heydays (Yeongja-ui jeonseong sidae) sâavĂšre ĂȘtre le plus intĂ©ressant de cette pĂ©riode et de la filmographie du rĂ©alisateur. MalgrĂ© la censure de lâĂ©poque, le film rĂ©ussit Ă prĂ©senter le sexe comme une affaire politique et une fuite du quotidien en montrant que son exploitation est une consĂ©quence de la modernisation et lâindustrialisation accĂ©lĂ©rĂ©e sud-corĂ©enne.
Cependant, cette fin de dĂ©cennie se conclut par lâassassinat de Park Chung-Hee et le coup dâĂtat de Chun Doo-Hwan en 1979 menant la CorĂ©e du Sud vers une loi martiale en 1980. Cette loi martiale marque le pays par ses dĂ©rives particuliĂšrement violentes, notamment la rĂ©pression du soulĂšvement de Gwangju6 qui laissera au pays de profonds stigmates dont le cinĂ©ma sâimprĂšgne encore aujourdâhui. Le cinĂ©ma de cette Ă©poque, quant Ă lui, se concentre principalement sur des adaptations littĂ©raires jusquâen 1988, oĂč lâarrivĂ©e de la dĂ©mocratie et dâune nouvelle constitution permettent un assouplissement de la censure et une réémergence des petits studios indĂ©pendants.
Yeong-jaâs Heydays (Yeongja-ui jeonseong sidae) de Kim Ho-Sun, 1975.
Une nouvelle démocratie pour un nouveau cinéma
Sur fond de crise Ă©conomique, le cinĂ©ma sud-corĂ©en des annĂ©es 1990 et du dĂ©but des annĂ©es 2000 se procure dans cette nouvelle dĂ©mocratie une libertĂ© dâexpression cinĂ©matographique dĂ©voilant une dĂ©fiance totale envers les institutions, bien souvent corrompues. Bien que les mĂ©lodrames et les films sur le conflit Nord-Sud persistent, apparaĂźt un cinĂ©ma militant et rĂ©voltĂ© sâinterrogeant sur la place des individus dans la sociĂ©tĂ©. De jeunes cinĂ©astes se rĂ©vĂšlent comme notamment Lee Myung-Se, Jang Son-Woo ou encore Park Chan-Wook. Les protagonistes du cinĂ©ma sud-corĂ©en cessent alors dâĂȘtre des martyres inspirĂ©s du christianisme et du bouddhisme pour devenir de vĂ©ritables anti-hĂ©ros, acteurs actifs de cette sociĂ©tĂ© dĂ©faillante. Les forces de lâordre deviennent les principales victimes de ce cinĂ©ma aprĂšs des annĂ©es de censure oĂč « Ă©voquer la police revenait immanquablement Ă parler de lâordre dictatorial, des couvre-feux et des contrĂŽles militaires. Cette contrainte permettait Ă©galement de passer sous silence la corruption alors notoire dans lâadministration policiĂšre »7. De la mĂȘme maniĂšre, la reconnaissance et les condamnations des exactions lors du soulĂšvement de Gwangju en 1980 viennent suinter dans le cinĂ©ma sud-corĂ©en comme en tĂ©moignent de nombreux films au succĂšs importants tels que A Petal (Ggotip) de Jang Sun-Woo, Peppermint Candy (Bakha satang) de Lee Chang-Dong, Le Vieux jardin (Oraedoen jeongwon) dâIm Sang-Soo.
My Sassy Girl de Kwak Jae-Young, 2001
En bonne santĂ© et fortement soutenu par les entreprises privĂ©es espĂ©rant des retombĂ©es Ă©conomiques consĂ©quentes, le cinĂ©ma sud-corĂ©en sâouvre Ă lâinternational durant les annĂ©es 2000. Bien que connaissant un succĂšs mĂ©diocre en CorĂ©e du Sud, cette internationalisation se fait par les nombreuses sĂ©lections en festival des rĂ©alisateurs Kim Ki-Duk et Hong Sang-Soo. Profitant de la fragilisation du cinĂ©ma hongkongais, cette ouverture passe aussi par la multiplication des coproductions avec la Chine, comme Failan de Song Hae-Sung et Musa, la princesse du dĂ©sert de Kim Sung-Soo sâoffrant respectivement les stars Cecilia Cheung et Zhang Ziyi en 2001. Les comĂ©dies romantiques, maĂźtre incontestĂ© en matiĂšre de âfusion des genresâ, ne sont pas en reste non plus avec notamment les succĂšs de lâiconique My Sassy Girl de Kwak Jae-Young en 2001 et dâOasis de Lee Chang-Dong en 2002. Cependant, câest le cinĂ©ma contestataire qui brille de mille feux avec notamment les nombreuses rĂ©compenses en festival de Park Chan-Wook pour Sympathy for Mister Vengeance en 2002 et Old Boy en 2003. Ces prix ouvrent les portes de lâinternational Ă de nombreux rĂ©alisateurs comme Bong Joon-Ho avec Memories of Murder en 2003 et The Host en 2006, Kim Jee-Woon avec A Bittersweet Life en 2005 ou Na Hong-Jin avec The Chaser en 2008. Exaltant une libertĂ© fĂ©brile en raison de ses origines contestataires8 depuis bientĂŽt 20 ans et tout aussi caractĂ©risĂ© que ses contemporains par la âfusion des genresâ, le âpolar corĂ©enâ est aujourdâhui le principal reprĂ©sentant international du cinĂ©ma sud-corĂ©en et de son histoire.
1 Dictionnaire du logiciel Antidote 8v3.
2 Centre National de la Recherche Scientifique, www.cnrs.fr
3 Les annĂ©es dâoccupation japonaise en CorĂ©e ayant laissĂ© un fort ressenti chez les CorĂ©ens, il est trĂšs probable que les tĂ©moignages et les textes soient sujet Ă des accentuations et des occultations de certains faits pour nourrir un sentiment anti-japonais.
4 Avant sa restauration le film était connu sous le nom The Hand of Destiny.
5 « CinĂ©ma dâAsie, dâhier, et dâaujourdâhui » de FrĂ©dĂ©ric Monvoisin, Armand Colin, 2015, p.87
6 Aussi connu comme mouvement pour la dĂ©mocratisation de Gwangju. Il sâagit dâun soulĂšvement Ă©tudiant et syndicale entre le 18 et 27 mai 1980 Ă Gwangju, au sud du pays, en rĂ©action Ă un Ă©tat de siĂšge autorisant les arrestations politiques et la fermeture dâuniversitĂ©s. Le mouvement atteindra des pics de participation de 150 000 manifestants faisant face Ă prĂšs de 700 soldats de lâarmĂ©e les assiĂ©geant. Le bilan officiel de cette rĂ©pression militaire est de 200 morts, bien que les chiffres soient contestĂ©s par les organisations de dĂ©fense des Droits de lâHomme.
7 « Le Cinéma asiatique » de Antoine Coppola, Images Plurielles, 2005, p. 266
8 Bien que le pays soit aujourdâhui une dĂ©mocratie, lâancienne prĂ©sidente Park Geun-Hye (2013 - 2017) avait tout de mĂȘme Ă©tabli, avec sa ministre de la culture et son directeur de cabinet, une liste noire comptant prĂšs de 10 000 artistes considĂ©rĂ©s comme non-favorables Ă son gouvernement.
Critique publiée dans le MagGuffin n°14.
Itw: F. DESCHAMPS & Y. YANG
Interviewer, writer
« MIEUX COMPRENDRE LES AUTRES ET LES AUTRES CULTURS POUR MIEUX SE COMPRENDRE » avec Fabianny Deschamp et Yilin Yang.
Ă lâoccasion de la sortie le 06 dĂ©cembre du long-mĂ©trage français Isola de Fabianny Deschamps, le MagGuffin a rencontrĂ© la rĂ©alisatrice du film et son actrice principale Yilin Yang. Souhaitant non seulement explorer plus en dĂ©tails le cinĂ©ma singulier de Fabianny Deschamps, le MagGuffin a tenu Ă rĂ©aliser cet entretien tant le travail de la rĂ©alisatrice venait illustrer les mots qui ouvraient notre dossier dĂ©diĂ© Ă lâAutre : « Gloire Ă lâAutre ! »
MagGuffin : Tout dâabord, pourriez-vous nous prĂ©senter un peu votre parcours ?
Yilin Yang : Au dĂ©part je viens du théùtre. Je suis venue en France pour Ă©tudier le théùtre Ă lâUniversitĂ© Sorbonne-Nouvelle aprĂšs avoir Ă©tudiĂ© lâanglais pendant quatre ans Ă TaĂŻwan. Je comptais rentrer directement aprĂšs mes Ă©tudes mais jâai rencontrĂ© le metteur en scĂšne Richard Demarcy qui mâa engagĂ©e dans sa troupe alors que je nâavais aucune formation professionnelle de comĂ©dienne. Le fait de jouer Ă©tait un peu un rĂȘve inachevĂ© de lâenfance et Richard Demarcy mâa donnĂ©e cette chance. ParallĂšlement aux tournĂ©es avec lui, je me suis formĂ©e Ă partir de 2005 dans une Ă©cole professionnelle de comĂ©diens, lâĂcole Claude Mathieu dans le XVIIIe Ă Paris, et en 2008 jâai commencĂ© Ă travailler sur des projets de tĂ©lĂ©vision et de cinĂ©ma. Cela fait 12 ans maintenant mais tout cela nâest quâun hasard de la vie qui sâavĂšre extrĂȘmement chanceux pour quelquâun que lâon pourrait qualifier de « comĂ©dienne dâethnie ».
MG : En quoi votre carriĂšre a Ă©tĂ© influencĂ©e par le fait dâĂȘtre une « comĂ©dienne dâethnie » ?
YY : Au cours de ma carriĂšre jâai eu la chance dâavoir des rĂ©alisateurs et des rĂ©alisatrices, comme Fabianny, qui mâont offert des rĂŽles non-typĂ©s. Il y a eu aussi le metteur en scĂšne Malik Rumeau qui mâa engagĂ©e pour jouer dans des spectacles de textes classiques comme MoliĂšre ou Victor Hugo. Je suis trĂšs reconnaissante de ces personnes car câest finalement assez rare. Il est regrettable que les comĂ©diens dâethnie soient catĂ©gorisĂ©s de la sorte. AprĂšs, câest un peu valable en France pour les autres profils comme les blondes, etc. Je pense que câest plus un problĂšme dâimagination en gĂ©nĂ©ral quâun problĂšme liĂ© aux comĂ©diens dâethnie. JusquâĂ trĂšs rĂ©cemment, jâĂ©tais dans une agence spĂ©cialisĂ©e pour comĂ©diens asiatiques tenue par Claude Masson et les directeurs de casting lâappelaient presque toujours pour des personnages dits de « composition clichĂ©e ». Cette annĂ©e, je suis entrĂ©e dans lâagence VMA, lâune des plus importantes en France, et le premier casting que jâai passĂ© Ă©tait pour un personnage qui sâappelle Patricia Legrand, qui nâest pas du tout typĂ©. JâĂ©tais vraiment surprise car câĂ©tait la premiĂšre fois que pour un casting, le rĂŽle nâĂ©tait pas asiatique. Au final, mon objectif câest de simplement faire en sorte dâĂȘtre la seule Ă jouer comme je le fais, mĂȘme lorsque la composition du personnage sâavĂšre complĂštement banale.
[Fabianny Deschamps se joint Ă nous.]
MG : Fabiannny Deschamps, pourriez-vous, vous aussi, nous présenter votre parcours ?
Fabianny Deschamps : AprĂšs avoir Ă©tudiĂ© les arts plastiques et le théùtre, je me destinais Ă la mise en scĂšne théùtrale mais le cinĂ©ma est arrivĂ© comme un heureux accident. AprĂšs mâĂȘtre mise Ă Ă©crire des nouvelles et des scĂ©narios, je suis devenue chef dĂ©coratrice sur des courts-mĂ©trages puis assistante de rĂ©alisation jusquâĂ ce que je commence Ă rĂ©aliser mes propres films. Le choix de faire du cinĂ©ma vient du fait que de tous les arts, il Ă©tait pour moi le plus Ă©tranger et pour lequel jâavais le moins dâintĂ©rĂȘt. Je nâĂ©tais pas trĂšs cinĂ©phile Ă lâĂ©poque, je nâallais quasiment jamais au cinĂ©ma. De plus, jâavais un tel bagage artistique au niveau du théùtre que cela en devenait presque paralysant Ă 21 ans pour dĂ©gager une pratique, une Ă©criture sans ĂȘtre Ă©crasĂ©e par le poids des « pĂšres ». Mon choix de faire du cinĂ©ma vient du fait que je sois totalement illĂ©gitime Ă cet endroit et que je nây avais aucune grammaire préétablie.
MG : Est-ce que votre parcours a influencé votre maniÚre de concevoir vos films ?
FD : Le fait de venir du théùtre amĂšne dans mon travail une théùtralitĂ© omniprĂ©sente oĂč je nâessaie aucunement dâĂ©pouser une forme de naturalisme. Mes courts-mĂ©trages Ă©taient entiĂšrement des films de studios oĂč lâartifice, revendiquĂ© en permanence, me permettait dâĂ©voquer des choses du rĂ©el au travers dâun spectre diffĂ©rent. Avec New Territories, mon premier long-mĂ©trage, jâai souhaitĂ© me lier un peu plus avec lâactualitĂ© du monde et ĂȘtre au sein de ce monde, tout en conservant mon univers. Jâai donc sorti ma camĂ©ra des studios et abordĂ© la rĂ©alitĂ© du monde au travers dâun dispositif fictionnel.
New Territories vu par Pierre Lauret.
MG : Fabianny Deschamps, vous avez réalisé deux longs métrages, New Territories et Isola. Yilin Yang, en plus de jouer dans ces deux films, nous avons pu aussi vous voir dans La Vie de chùteau de Modi Barry et Cédric Ido ainsi que dans Voyage en Chine de Zoltan Mayer. Peut-on dire que la thématique de la rencontre des cultures est intrinsÚquement liée à vos choix de projets ?
YY : Câest amusant parce que je nâai jamais vraiment rĂ©flĂ©chi lĂ -dessus. Je suis comme la plupart des comĂ©diens, je fais au cas par cas. Peut-ĂȘtre quâinconsciemment oui, car câest mon propre parcours quelque part. Cependant dâun autre cĂŽtĂ©, inĂ©vitablement câest mon profil et mon ethnie qui imposent cela. AprĂšs ça me plaĂźt Ă©normĂ©ment, puisque, dans mon intĂ©rĂȘt artistique personnel le sujet de lâimmigration mâinterpelle. Essayer de comprendre ce qui amĂšne quelquâun Ă quitter son sol natal pour aller ailleurs, câest quelque chose qui mâattire fortement.
MG : Cette idée est par ailleurs aussi trÚs liée à Taïwan et à son cinéma...
YY : Câest vrai ! Souvent, on me met dans ce grand panier quâest le panier « asiatique », mais TaĂŻwan reste un pays trĂšs particulier. Il y a eu Ă©normĂ©ment de passages et dâĂ©changes avec les cultures Ă©trangĂšres. Câest une Ăźle et comme toutes les Ăźles, câest un point de rencontre. Dâune maniĂšre gĂ©nĂ©rale, Ă TaĂŻwan, nous avons un gros questionnement sur lâidentitĂ©, ou du moins sur les identitĂ©s. Ăa amĂšne naturellement Ă essayer de mieux comprendre les autres et les autres cultures pour mieux se comprendre.
FD : Cela permet aussi de rĂ©aliser Ă quel point les cultures se ressemblent lorsquâelles sont rapprochĂ©es entre elles. Je trouve cela trĂšs intĂ©ressant et effectivement mon travail en est totalement imprĂ©gnĂ©. Par exemple, les mythologies sont les mĂȘmes. Lâimage du tremblement de terre qui se trouve dans Isola est trouvable dans toutes les religions, que ça soit lâapocalypse biblique, dans le Coran, etc.
MG : New Territories mettait en scĂšne une sorte de rapport de force entre deux cultures oĂč lâune finit par Ă©craser lâautre. Ă lâinverse, Isola semble ĂȘtre beaucoup plus dans la recherche dâharmonie et de conciliation entre les cultures. Quel changement sâest opĂ©rĂ© dans le processus de rĂ©flexion pour aboutir Ă une conclusion plus positive ?
FD : Le propos de New Territories nâest pas exactement autour de deux cultures qui se confrontent. Il y a de ça mais câest surtout un film sur deux cultures que le capitalisme cherche Ă opposer et Ă instrumentaliser pour parvenir Ă ses fins : dominer. Alors que dans Isola, il y a quelque chose sâapprochant dâune tentative de retour Ă un impossible monde inspirĂ© de la Tour de Babel. Une espĂšce de monde premier oĂč tous les ĂȘtres cohabiteraient sans que les Ă©changes ne passent nĂ©cessairement par le langage ou les religions. Que sont les croyances aujourdâhui et comment les renouvelle-t-on ? VoilĂ ce que Isola interroge. Le personnage que Yilin Yang interprĂšte, DaĂŻ, est Ă la recherche dâun moyen de rĂ©sister Ă la violence du monde et câest lĂ lâorigine des croyances.
YY : De mon point de vue de comĂ©dienne, je pense que cette diffĂ©rence entre les deux films vient aussi de la maniĂšre dont ils ont Ă©tĂ© fait. Sur New Territories, je nâai pas eu la chance de jouer avec Eve Bitoun qui joue la française. Nous nous sommes rencontrĂ©es dans la vie mais jamais artistiquement. Par consĂ©quent, elle devait tourner avec quasiment aucun Ă©lĂ©ment de mon personnage alors que jâai travaillĂ© ma voix-off sur les images que je voyais dâelle. Donc quelque part, la voix de mon personnage sâimpose sur le personnage de Eve. De lâautre cĂŽtĂ©, Isola Ă©tait beaucoup plus cosmopolite. Le chef opĂ©rateur et son assistant Ă©taient Tunisiens, lâassistante de Fabianny est Italienne, Yassine Fadel qui partage la tĂȘte dâaffiche avec moi est Marocain, les autres acteurs sont Italiens, et nous travaillions tous ensemble. Peut-ĂȘtre que cette harmonie vient de lĂ .
MG : Lors de lâĂ©criture et des tournages de New Territories et Isola, comment avez-vous outrepassĂ© les problĂ©matiques liĂ©s justement aux langues ?
FD : Je nâai pas de problĂšmes Ă faire tourner des acteurs dans une langue Ă©trangĂšre. AprĂšs, il faut trouver un protocole de tournage. Dans les deux films, tous les acteurs sont francophones mais jâaurais trĂšs bien pu faire appel Ă un interprĂšte. Ce qui mâintĂ©resse dans lâidĂ©e de tourner dans une langue que je ne maĂźtrise pas, câest quâen matiĂšre de direction dâacteur, je travaille sur quelque chose de moins intellectualisĂ©. Je dois rentrer dans un rapport Ă lâacteur quasi organique et instinctif. Câest une maniĂšre justement de se libĂ©rer du langage pour obtenir une vĂ©ritĂ© ou une sincĂ©ritĂ© qui se place comme un mode dâexpression plus universel.
YY : Pour ma part, câest assez jouissif de jouer avec des partenaires qui parlent une langue que je ne comprends pas. Ăa oblige une Ă©coute et ça renforce lâĂ©change dans le jeu. Sinon, dâun point de vue pratique, nous avons eu pas mal de travail sur table avant de tourner les scĂšnes avec Yassine pour affiner les dialogues du scĂ©nario.
MG : Par consĂ©quent, est-ce que vos acteurs ont eu une certaine marge de manĆuvre pour crĂ©er leur propre personnage dans New Territories et Isola ?
FD : Les deux films sont trĂšs Ă©crits. Pour New Territories, je me suis documentĂ©e pendant deux ans et jâai dĂ» entrer dans un jeu dâidentification pour Ă©crire ce fantĂŽme chinois. Pour Isola, DaĂŻ est un personnage que jâai inventĂ© spĂ©cialement pour Yilin Yang.
YY : LâĂ©lĂ©ment central de lâinterprĂ©tation de DaĂŻ, câĂ©tait la solitude. Ă partir de lĂ , je pouvais rire, je pouvais pleurer. Finalement, Fabianny guide la ligne dramatique principale, mais elle se nourrit aussi beaucoup de nos Ă©changes. De mĂȘme, de mon cĂŽtĂ©, New Territories nâĂ©tait pas juste un travail de doublage mais un vĂ©ritable parcours et de longues recherches dâinterprĂ©tations du personnage. JâespĂšre que ça sâest entendu.
FD : Lâengagement des acteurs dans le processus est trĂšs important car les parties documentaires impliquent un champ dâimprovisation indĂ©niable. Pour Isola, nous nous Ă©tions Ă©normĂ©ment prĂ©parĂ©es avant le tournage pour essayer de circonscrire toutes les situations que nous pouvions rencontrer dans le dispositif documentaire et essayer de trouver les rĂ©ponses que pourrait amener le personnage. Cependant, nous ne pouvions pas tout prĂ©voir. Notamment dans les camps de rĂ©fugiĂ©s quand les bateaux arrivent et que les gens posent pied Ă terre. Tout cela, nous y avons assistĂ© au prĂ©sent et nous ne savions pas ce qui allait se passer la seconde dâaprĂšs. Il y a donc un lien de confiance avec lâacteur qui est essentiel et gigantesque.
YY : Ces scĂšnes de dĂ©barquement de rĂ©fugiĂ©s ont Ă©tĂ© trĂšs dures pour moi. Nous avions beau nous ĂȘtre prĂ©parĂ©es et savoir que ça allait ĂȘtre compliquĂ©, une fois dans le bain tout est diffĂ©rent. Je nâarrivais plus Ă jouer face Ă cette rĂ©alitĂ© qui est extrĂȘmement envahissante et violente. Finalement, ça collait avec DaĂŻ puisque, comme dans le reste du film, elle est dans une recherche dĂ©sespĂ©rĂ©e. Mais je dois avouer que jâĂ©tais complĂštement perdue dans cette vague de migrants. Je sentais que mĂȘme si jâavais la force de jouer, ça aurait Ă©tĂ© malhonnĂȘte.
FD : Dans Isola, il y avait tout de mĂȘme des instants de pure fiction, dans la grotte notamment. Ces scĂšnes trĂšs théùtrales ont Ă©tĂ© tournĂ©es en 5-6 jours. Ăa a Ă©tĂ© vraiment intense. Nous avons tournĂ© environ 15 heures par jour avec Yassine Fadel enfermĂ© dans sa cage et nous tous enfermĂ©s dans cette grotte. Il y avait quelque chose qui nâĂ©tait pas trĂšs loin dâun Ă©tat de performance.
Isola dessiné par Kim Peacock
MG : Pensez-vous que nous pouvons parler de cinéma guérilla pour New Territories et Isola ?
FD : Je pense que oui : ce sont des films qui nâont pas attendu de bĂ©nĂ©diction institutionnelle pour exister et qui vĂ©hiculent ces idĂ©es de clandestinitĂ© et de manipulation du rĂ©el. Les deux ont Ă©tĂ© tournĂ©s avec un appareil photo car nous nâavions pas dâautorisation de tournage. Pour New Territories, le sujet Ă©tant censurĂ© en Chine, nous nous sommes faites passer pour des touristes prenant simplement des photos Ă droite Ă gauche. Pour Isola, câĂ©tait diffĂ©rent car les opĂ©rations de sauvetage se font dans des zones militaires extrĂȘmement encadrĂ©es par les prĂ©fectures locales. GrĂące Ă des soutiens autour du film, nous avons pu demander des cartes de presse pour entrer sur les bases militaires mais Ă aucun moment nous avons dit que nous tournions un film de fiction. Notre clandestinitĂ© Ă©tait donc partielle.
MG : Fabianny Deschamps, votre court mĂ©trage La LisiĂšre se dĂ©roulait dans une sorte dâespace noir comme dĂ©tachĂ© du monde, Isola se dĂ©roule sur une Ăźle dans la mĂ©diterranĂ©e et New Territories sur les Nouveaux Territoires sĂ©parant lâĂźle de Hong-Kong et la Chine continentale. Est-ce que lâidĂ©e dâentre-deux est essentielle dans votre filmographie ?
FD : LâidĂ©e de La LisiĂšre Ă©tait de dĂ©placer la relation et le lien que jâavais avec des gens de mon entourage vers un terrain inconnu et illĂ©gitime. En jouant Ă des jeux Ă©rotiques avec ces personnes avec qui je nâentretiens habituellement aucun lien de la sorte, nous essayions de rencontrer lâautre autrement. CâĂ©tait un projet incongru et assez inconfortable. Cet inconfort est assez rĂ©current dans mon travail et il mâintĂ©resse beaucoup. Quelque part, je cherche un territoire de cinĂ©ma oĂč nous serions comme dans des limbes. Un entre-deux monde qui sâassocie logiquement Ă quelque chose entre la vie et la mort. Alors pour New Territories câest trĂšs Ă©vident mais quelque part ça lâest aussi pour Isola. Les personnages de Hichem et DaĂŻ sont un petit peu des fantĂŽmes qui vivent dans un hors-monde et qui le traverse comme sâil nâavait plus de prise sur eux. Effectivement, câest mon territoire prĂ©fĂ©rĂ© car il est infini. Il sâauto-dĂ©limite et se recrĂ©e en permanence. Je pense aussi que chaque spectateur Ă lâintĂ©rieur de son questionnement peut refaire son propre chemin Ă lâintĂ©rieur de cet entre-monde.
MG : New Territories et Isola ont Ă©tĂ© soutenu par lâACID1. LâACID est un peu cet « autre » du cinĂ©ma français, un cinĂ©ma en marge.
YY : Je me place dâun point de vue de comĂ©dienne mais lâACID, câest une ambiance trĂšs agrĂ©able et amicale. Je suis contente car mon baptĂȘme du Festival de Cannes, câĂ©tait avec eux. Les films quâils soutiennent sont souvent des propositions trĂšs audacieuses avec beaucoup de prises de risques. Et cela, câest, de maniĂšre gĂ©nĂ©rale, ce qui manque dans beaucoup de films.
FD : Câest un cinĂ©ma en marge mais qui rĂ©siste pour exister Ă lâintĂ©rieur du marchĂ©. LâACID est quelque chose de trĂšs important pour la diversitĂ© crĂ©ative et pour moi de fait. Ils sont arrivĂ©s Ă un moment oĂč je passais au long-mĂ©trage et je nâarrivais pas Ă financer un projet que je nâai finalement jamais rĂ©alisĂ©. Autour de moi ça bruissait et les gens me disaient : « Peut-ĂȘtre que tu nâes pas faite pour le cinĂ©ma et les longs-mĂ©trages mais pour les galeries dâart ». Il y avait cette fatalitĂ© lĂ et câest quand jâai rencontrĂ© lâACID il y a 7-8 ans que jâai rencontrĂ© des altĂ©ritĂ©s, des gens qui nâavaient rien en commun dans la maniĂšre dâaborder le cinĂ©ma. Cependant ils partageaient la mĂȘme volontĂ© de rĂ©pondre par un positionnement esthĂ©tique fort Ă cette uniformisation des Ă©critures cinĂ©matographiques dictĂ©es par les lois du marchĂ©. Câest une famille trĂšs importante pour moi car ils mâont donnĂ© la force de passer au long-mĂ©trage avec New Territories en me disant que malgrĂ© tout, il y avait une autre maniĂšre de faire des films, en Ă©tant un peu en dehors de lâindustrie sans ĂȘtre nĂ©cessairement contre.
Entretien réalisé le 23 octobre 2017. Nous remercions Yilin Yang et Fabianny Deschamps pour leur temps, leur disponibilité et leur bonne humeur.
1 Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion.
Critique publiée dans le MagGuffin n°13.

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Lettre au MagGuffin
Ghostwriter
Lettre au MagGuffin par Thomas Traubert
Un dimanche 10 septembre, à une heure tardive dans le quartier de Shimokitazawa à Tokyo, j'ai entrepris de réunir l'ensemble de mes notes et impressions ayant accompagné mon voyage japonais. Cher lecteur, ne juge pas trop durement les élucubrations suivantes, elles ne sont que le fruit d'une tentative désespéré de poser des mots sur des ressentis épars et spontanés.
Encore environ trois heures de vol me sépare de Tokyo et une certaine impatience commence à se manifester. Bien que ce soit la premiÚre fois que je me rende dans la capitale japonaise, j'ai une étrange sensation de l'avoir déjà arpenté maintes fois. Comme si le cinéma, la musique, la littérature ou encore la photographie m'avaient permis, depuis l'autre cÎté du globe, d'explorer cette ville au caractÚre si singulier.
Avec River du rĂ©alisateur HIROKI RyĆ«chi, j'avais visitĂ© Akihabara. Avec City Lights, Volume 2: Shibuya du musicien Nicolay, j'avais visitĂ© Shibuya, Ueno ou encore Omotesando. Avec les photographies de MORIYAMA DaidĆ, j'avais visitĂ© Shinjuku. Avec Miso Soup du romancier MURAKAMI RyĆ«, j'avais visitĂ© KabukichĆ. Et pour conclure ce listing impulsif qui aurait pu continuer encore longtemps, j'avais simplement visitĂ© la quasi-intĂ©gralitĂ© de Tokyo avec Tokyo Reverse, la slow TV du collectif SĂ NDL.
Cependant, ce nâest pas cette approche purement formelle des quartiers qui me donne ce sentiment de connaĂźtre Tokyo. Mes diffĂ©rentes pĂ©rĂ©grinations artistiques prenant pour cadre spatial cette ville semble porter en elle une chose commune que mes lacunes en matiĂšre de sĂ©mantique mâempĂȘchent de dĂ©finir prĂ©cisĂ©ment. Comme une Ă©nergie, une essence, un esprit, une personnalitĂ©, une ambiance, une atmosphĂšre, une aura, un caractĂšre que lâon retrouve dans chacune de ces Ćuvres. Pour autant, la chose est claire Ă mes yeux : Tokyo cache subtilement une saudade qui me parle, qui me plaĂźt, qui m'intrigue.
Cette chose que j'associais irrémédiablement à la capitale, je la trouvais dans les poÚmes de Richard BRAUTIGAN dans Journal Japonais et Tokyo-Montana Express, dans les amours estudiantins de IWAI Shunji dans April Story ou encore dans l'innocente monomanie de Miyuki dans Tokyo Trash Baby de HIROKI Ryƫichi. Mais c'est principalement dans le Tokyo nocturne qu'elle se faisait le plus visible comme les envolées romantiques de Have A Nice Day! ou les longues nuits blanches du Passage de la nuit de MURAKAMI Haruki et de Midnight Diner de MATSUOKA Koji.
En somme, l'art m'avait simplement appris que Tokyo est l'un des bastions principaux de la postmodernité. Encore environ trois heures de vol me sépare de celle qui a le pouvoir de transformer les anecdotes de la vie quotidienne en manifestation d'un romantisme artistique des plus purs.
AprĂšs avoir expĂ©rimentĂ© quelque peu la capitale, je rĂ©alise que l'art ne m'avait pour ainsi dire pas menti. Bien que je me perde quotidiennement dans l'immensitĂ© de la gare de Shinjuku, ils m'avaient transmis suffisamment de connaissances pour ne pas que je me sente tel un Ă©tranger Ă©garĂ© dans celle que jâappellerai le temple des parapluies perdus. NĂ©anmoins, tout ne pouvait pas ĂȘtre aussi simple que cela. Tokyo s'avĂšre extrĂȘmement polymorphe, si bien que je ne sais plus oĂč donner de la tĂȘte pour comprendre les origines de cette saudade.
Tout en me mettant en route pour rejoindre des amis Ă KabukichĆ, je commence Ă rĂ©unir dans ma tĂȘte les Ă©lĂ©ments essentiels qui caractĂ©risent Tokyo Ă mes yeux. Elle doit possĂ©der quelque chose de particulier, que d'autres villes n'ont pas, pour que tant d'artistes fassent le pĂšlerinage jusqu'Ă elle pour y trouver un renouveau artistique, ou du moins une certaine singularitĂ© le temps d'une Ćuvre.
Aussi évident que cela puisse sonner, Tokyo est avant tout une terre de sons et de lumiÚres. Le bien-nommé segment Street Noise issu du tout aussi bien-nommé projet Tokyo Blood du cinéaste ISHII Sogo aborde d'ailleurs la ville de la sorte en la résumant simplement à ses couleurs, ses sons, son ambiance. C'est par ailleurs la mine ébahie d'un Bill MURRAY arrivant à Shinjuku en taxi dans Lost In Translation qui vient confirmer que MURAKAMI Haruki ne se trompait pas en décrivant Tokyo comme « une mer de néons multicolores » dans Le Passage de la nuit.
De la mĂȘme maniĂšre, lorsque Kindan No TasĆ«ketsu parle d'un « immense monde de son » dans leur chanson Great World of Sound, il n'est pas idiot d'y voir une allĂ©gorie possible de la ville. C'est effectivement l'ambiance sonore de Tokyo qui Ă©tait venue me frapper en premier. Je ne sais pas si cela est dĂ» Ă la faible frĂ©quentation de voitures, mais il est agrĂ©able de ressentir cette quiĂ©tude reposante au sein d'une effervescence palpable. Isabel COIXET a par ailleurs bien compris cette importance du son urbain tokyoĂŻte aux vues de son mĂ©diocre Map of the sound of Tokyo qui, malgrĂ© de nombreux dĂ©fauts, transposait efficacement l'ambiance de la ville Ă l'Ă©cran.
Enfin, Ă titre personnel, il me semble inimaginable de traiter artistiquement de Tokyo sans mentionner ses trains. HOU Hsiao-Hsien pense sĂ»rement de la mĂȘme maniĂšre puisqu'ils servent d'introduction Ă la ville dans Millennium Mambo et qu'il les sacralise dans CafĂ© LumiĂšre jusqu'Ă offrir un magnifique plan final oĂč pas moins de cinq trains se croisent en moins d'une minute. Jamais bruyant et jamais dĂ©rangeant, il me semble aujourd'hui parfaitement logique que le personnage interprĂ©tĂ© par ASANO Tanadobu s'affaire Ă capter l'univers sonore de ces trains dans cet hommage taĂŻwanais Ă OZU YasujirĆ, tant ils font preuve de musicalitĂ© Ă cĂŽtĂ© des RER parisiens.
Il semble difficile de parler de Tokyo sans parler de son lien immuable avec ceux qui l'habitent. Souvent symbolisé au cinéma par cette masse informe traversant le célÚbre carrefour de Shibuya, il est essentiel de connaßtre les japonais pour comprendre la capitale.
La reprĂ©sentation artistique des japonais m'a souvent taraudĂ©. Depuis bien longtemps, je me suis fait Ă l'idĂ©e que le cinĂ©ma amĂ©ricain et europĂ©en peine souvent Ă se dĂ©tacher de ses poncifs qu'il affectionne tant. Et cela m'attriste de voir que mĂȘme des auteurs consacrĂ©s et parfois adulĂ©s comme Gus VAN SANT peuvent faire preuve de maladresse eux aussi en ayant recours Ă des clichĂ©s Ă©culĂ©s depuis bien longtemps Ă mes yeux. Je me souviens encore avoir ressenti un certain malaise face au kamikaze de l'apprĂ©ciable Restless ou de m'ĂȘtre violemment indignĂ© face au pĂšre de famille de lâexĂ©crable Nos Souvenirs qui, non content de se dĂ©vouer corps et Ăąme Ă son travail, faisait preuve d'un spiritualisme low cost entrant en conflit avec la rationalitĂ© amĂ©ricaine. Une telle reprĂ©sentation me ramĂšne inlassablement Ă cette vision occidentale qui me dĂ©becte au plus haut point : « les japonais sont si polis », « non mais what the fuck Japan ? », « Le Japon, c'est un pays entre tradition et modernitĂ© ».
Si de tels propos tirent une partie de leurs origines dans une certaine forme de rĂ©alitĂ©, il reste nĂ©anmoins bien plus complexe de reprĂ©senter ce peuple. En France, tout le monde, ou presque, s'accorderait Ă dire qu'il s'avĂšre compliquĂ© de reprĂ©senter l'ensemble des français sous une seule et mĂȘme banniĂšre sans faire de gĂ©nĂ©ralitĂ©s. DĂšs lors, il semble important d'appliquer la mĂȘme rĂšgle au Japon et aux autres pays du monde.
Un jour seulement Ă Tokyo avait suffit pour dĂ©truire le piĂ©destal que l'art m'avait fait construire pour les salarymen et les lycĂ©ennes avec notamment les projets Solaryman et Schoolgirl Complex de AOYAMA Yuki. Si pour moi, ils possĂ©daient une aura particuliĂšre dans les lieux publics du pays du soleil levant, ils s'avĂšrent ĂȘtre assez transparent et ne dĂ©notent pas particuliĂšrement dans la vie de tous les jours. Si j'arrive Ă concevoir pourquoi les salarymen reprĂ©sentent au travers de leur stoĂŻcisme le capitalisme nippon, les raisons qui ont hisser la lycĂ©enne en tant que figure d'Ă©mancipation, de libertĂ© et d'indĂ©pendance m'Ă©chappent totalement.
Ma frĂ©quentation des lieux underground tokyoĂŻtes me permet aussi de rĂ©aliser cette diffĂ©rence qui existe entre l'art et ce qu'on pourrait appeler le « japonais lambda que l'on croise dans le mĂ©tro », si un tel abus de langage m'est permis. Dans ces clubs et bars, je rencontre chaque soir diverses personnes qui, se sentant bloquĂ©es dans une sociĂ©tĂ© oĂč il est difficile de s'exprimer Ă souhait, trouvent dans l'art une opportunitĂ© de dĂ©verser leur rĂ©elle personnalitĂ© avec plus ou moins d'exubĂ©rance. Alors que je me remets tout juste d'un concert oĂč une personne rĂ©cite sa poĂ©sie avec vĂ©hĂ©mence sur l'hymne nord-corĂ©en ou sur les chants de Daesh lors d'un Ă©vĂ©nement Paint Your Teeth, ces soirĂ©es oĂč le tout Ă chacun du monde underground a l'opportunitĂ© de partager artistiquement ce qu'il a dire ou montrer, j'entends soudainement quelqu'un avouer : « la journĂ©e je me dĂ©guise en salaryman. Je dois attendre d'ĂȘtre ici pour ĂȘtre rĂ©ellement moi. ». DĂšs lors, je rĂ©alise qu'il est incongru de dĂ©finir un peuple dans son ensemble ou du moins de le tenter, et qu'on ne peut que simplement s'intĂ©resser aux individus un Ă un.
Aujourd'hui, je rencontre pour la premiÚre fois Soo-Young dans la banlieue sud de Tokyo. Rapidement, je commence à voir en elle ce que Chris MARKER semblait avoir vu en Koumiko dans Le MystÚre Koumiko. Simplement d'origine coréenne, Soo-Young était née au Japon et y avait vécu toute sa vie. Sa langue natale était le japonais et sa culture l'était tout autant. TroisiÚme génération d'immigrés au Japon, elle ne peut pas prétendre officiellement à autre chose qu'à la nationalité coréenne.
Bien qu'ayant connaissance de la difficultĂ© d'ĂȘtre corĂ©ens au Japon, c'est avec une certaine inculture que je dĂ©couvre les Ă©vĂ©nements qui ont jalonnĂ©s sa vie et qui attestent d'un racisme farouche et aveugle. Elle me raconte que depuis petite on l'invite rĂ©guliĂšrement à « rentrer dans son pays », si bien qu'Ă 18 ans, elle avait dĂ©cidĂ© de se rendre en CorĂ©e pour tenter d'y vivre et fuir cela. Ne parlant pas corĂ©en et ne connaissant que vaguement les us et coutumes, elle s Ă©tait confrontĂ© Ă nouveau Ă un racisme Ăąpre l'invitant lĂ encore à « rentrer dans son pays ». Elle Ă©tait soudainement devenue japonaise.
Si cette situation ne me surprend guÚre dans les faits, rencontrer quelqu'un la vivant quotidiennement vient littéralement exploser ma vision du concept de nationalité, qui était d'ores et déjà bien friable. Son avis sur la question est assez clair aussi puisqu'elle m'affirme réguliÚrement « Je me fous de ce qu'indique mon passeport. Je ne suis ni japonaise, ni coréenne. Je suis simplement Soo-Young ».
Si le propos semble empli de candeur tout en restant néanmoins chargé de sens, je voyais dans celui-ci une réponse claire dans ma recherche de représentation artistique de Tokyo. Au cinéma, au théùtre, ou en littérature, ma définition d'un bon personnage ne pouvait pas simplement se reposer sur une nationalité ou une culture d'origine. Un bon personnage avait un parcours qui lui est propre, un caractÚre qui lui est propre, etc.. Et sa culture et nationalité sont simplement des compléments qu'il choisit d'adopter ou non et ainsi se définir en tant qu'individu. C'est cela qui rendait à mes yeux un personnage le plus réaliste possible.
De ses constats qui semblent plus ou moins ineptes une fois passĂ©s Ă l'Ă©crit, Soo-Young me fait aussi rĂ©flĂ©chir sur les langues usitĂ©es par des personnages. Au cinĂ©ma notamment, une langue nâa pas uniquement Ă vocation d'ĂȘtre comprise par les spectateurs mais bien en fonction d'un contexte. Comme dans la rĂ©alitĂ©, ce contexte n'est pas uniquement liĂ© Ă des questions gĂ©ographiques mais plutĂŽt Ă une problĂ©matique de confort personnel comme en tĂ©moignait Soo-Young : « Pour moi, c'est plus facile et naturel de parler japonais, mais pour autant, l'anglais est une langue qui m'offre une libertĂ© de parler sans me soucier de certains codes et tabous que je peux avoir en japonais ».
VoilĂ que je rĂ©unis et synthĂ©tise mes rĂ©flexions ayant accompagnĂ© mon sĂ©jour tokyoĂŻte et, bien qu'elles m'aient obnubilĂ© durant deux semaines, je trouve qu'elles s'avĂšrent par moment lĂ©gĂšres et qu'elles restent bien trop souvent en suspens en l'absence de rĂ©ponse prĂ©cise. Au final, il n'y a peut-ĂȘtre pas de bonnes maniĂšres de reprĂ©senter une ville dans l'art. Tokyo est complexe, mais la reprĂ©senter semble l'ĂȘtre encore plus. Tout est une question de point de vue quelque part. Pour moi, Sofia COPPOLA et son Lost In Translation est aussi honnĂȘte que Abbas Kiarostami et son Like Someone In Love dans leur reprĂ©sentation de Tokyo. RĂ©guliĂšrement, j'entends des critiques sur le film de l'amĂ©ricaine car il serait bourgeoisement mĂ©prisant de la culture japonaise. Si je ne suis pas en totale opposition avec cette vision, je trouve nĂ©anmoins que le film tire sa force de la sincĂ©ritĂ© de sa rĂ©alisatrice et des personnages. CoincĂ©s dans ce Park Hyatt Hotel, ces derniers se perdent dans un pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne sentent pas le besoin de le dĂ©couvrir. Je prĂ©fĂšre que Sofia COPPOLA me parle de cela plutĂŽt que d'essayer de saisir une quelconque rĂ©alitĂ© japonaise. Pour reprĂ©senter une ville, il suffit peut-ĂȘtre simplement d'ĂȘtre en accord avec sa maniĂšre de la percevoir.
En somme une rĂ©ponse bien lĂ©gĂšre pour une problĂ©matique qui mĂ©riterait plusieurs annĂ©es d'Ă©tudes. Mais ce texte est peut-ĂȘtre plus une mouture de rĂ©flexions invitant Ă chacun de s'interroger sur ces questions de reprĂ©sentation, de nationalitĂ©, etc... Pour moi, Tokyo n'est pas un eldorado de rĂ©ponse mais bien une ville qui stimule les rĂ©flexions. PortĂ© par un terrible sentiment de solitude se mĂ©langeant avec la synergie et l'effervescence qui se dĂ©gage de la capitale japonaise, je sens que la saudade tokyoĂŻte commence Ă m'atteindre et qu'elle me pousse Ă m'interroger encore et encore. Mais tout cela n'est peut-ĂȘtre que simplement dĂ» Ă ma position d'Ă©tranger dans une ville Ă©loignĂ©e en tout point de mon Paris natal.
« Ă Tokyo, il y a une force qui nâexiste nulle part ailleurs. Ă Tokyo, il y a une chaleur humaine qui nâexiste nulle part ailleurs. Je nâai pas vraiment parcouru le monde, mais ce Tokyo câest la ville de lâabondance. Pas sur le plan matĂ©riel. Ici, il y a une profusion que je ressens toujours. Je cours tout le temps, je suis crevĂ©, le temps passe trĂšs vite, mais malgrĂ© tout, câest la ville qui me permet de dĂ©cupler mon dĂ©sir dâexpression »
Still The Water, KAWASE Naomi
Image par UGAYA Hiro
Critique publiée dans le MagGuffin n°12.
« One Too (piano) » MV
Video editor, additional camera
Staircase Paradox - One Too (piano) MV
director : Maxime Lauret
production : oh no!
camera operator : Maxime Lauret
additional camera operator : Pierre Lauret
editor : Pierre Lauret
music : âOne Too (piano)â by Staircase Paradox, from the EP âHand Shaking Heart Stopping Momentâ
Staircase Paradox
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Label : http://www.kernelpanic-records.com/