Elle plongeait. Tous ces animaux volaient autour. Il faisait nuit et jour. Cette masse, au-dessus d'elle faisait couler ses doutes, ses peurs. Elle était un feu, lui avait-on dit à l'unission. Un feu qui brillait dans cet océan de gouttes.
Un feu de volonté, de force et de désir d'exister. La vie et la mort n'étaient qu'un. On n'avait pas peur du destin. Elle lui faisait confiance. Elle entendait la musique et la suivait de ses petits pieds palmés qui battaient. Ses cheveux flottaient au-dessus d'elle. Encore plus haut, et même en bas, les étoiles filantes, au ralenti, pour avoir bien le temps de les voir, de les goutter et de leur donner des noms, de les appeler. Les voix autour n'étaient que celles du cœur. Pas de cris sous l'eau. Juste des notes longues et graves. L'aigüe c'est pour les étincelles. L'amour n'était ni noir ni blanc. Il était. Partout. Pas de normes. Juste des formes, à l'infini. C'est ça la vie. Le feu et son incendie. Pas de forêt à brûler. Mais des âmes à toucher, à aimer.
Des ombres parfois venaient cacher le soleil.
Ces ombres encore plus brillantes que lui, l'emplissaient de merveilles, de calme, la mettait en veille.
Ces ombres dont la mélodie faisait vibrer ses os.
Suis-les ces grandes prĂŞtresses.
Tu n'as pas besoin de prĂŞcher le vrai du faux,
si tu es ta propre maîtresse.
Ses pieds palmés sous la mer. Ses mains s'accrochaient à la forêt. À l'écorce ! A l'eau ! Sa salive encore salée, gouttait la sève, sucrée. Elle est ce rien qui respirait du tout. Ce cœur et ces poumons, fabriqués de contradictions et de mariages, c'est ça qui la rendait explosive. Ces immensités dans lesquelles elle nageait, volait, grimpait, courait, s'adaptait. Si elle pouvait voir des couleurs partout, alors elle suivait les étoiles filantes qui allumaient ces notes aigües dans ses respirations. Du jaune, du bleu, du vert. Elle voulait tout, mais surtout pas du rouge. Le rouge c'est ce qui ravage les arbres et l'oxygène. Le rouge n'existe pas sous l'eau, pas encore. Elle incarnait le rouge. Mais elle le faisait taire. Le rouge, dans le bleu, c'était son sang qui battait sous leur peau, leur sang sous sa peau, contre son cœur, sous l'eau.
Folie douce, folie lente. Folie savante et ignorante.
Si l'on ignore la violence, c'est qu'on ne l'a jamais vue, jamais entendue. Et peut-être cette couleur si vive, si puissante et effrayante deviendra belle et éclatante.
Pour l'instant, le feu désire rester bleu, et ses cendres, comme les coquillages, deviendront du sable. Du sable qui fait de chaque souffle l'Histoire.