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Les maux sont aussi un silence. Tu te fais du mal, les bras recouverts de sang, de griffes. Quelqu'un a dit que tant qu'il y a de la vie, alors l'espoir règne. Mais tu es une morte vivante au milieu des autres.
Le plus fou, c'est que sur environ sept milliard de personnes, nous n'étions que deux à attendre le train ce matin.
Mon ange. Flavye.
Et Flavye. Que je n'ai croisée qu'une fois sur une photographie, par delà les souffrances et les tremblements, les narines qui pissaient le sang jusque sur tes perfusions pleine de morphine. Tu n'avais pas de cheveux, mais ton coeur était entier. Tu tirais la langue, signe que la candeur ne remplace pas le cancer, bien que ces deux-là commencent par la même lettre. Flavye, toi qui occupe la moitié de mes larmes. On t'a vu paresser sur un nuage, assise bien sagement en attendant de redescendre sur terre avec nous. Un rien nous blesse, un tout petit truc nous heurte, mais quand il ne s'agit pas de nous on s'en contrefiche. L'avantage avec toi, c'est que tu sortais les armes en sachant peut-être que tu allais perdre. Et le plus joli ce soir, c'est que tu as rejoint parmi d'autres les étoiles. Partie définitivement trop tôt pourtant tard dans la journée, qu'est-ce qu'il reste de toi, je dirais l'éternité de ton courage. Quelle arme utilisais-tu pour te battre contre une maladie incurable ? Comment faisons-nous ? Nous, qui pensons que manger tard le midi demande du courage et que travailler jusqu'à minuit s'avère impossible. Nous, incapables de ne manger qu'une fois dans la journée alors que toi tu ne pouvais même pas marcher. Apprends-nous, à sortir les armes nécessaires. Parce que pour toi, manger tard était un rêve, et le cauchemar tu le battais à coup de chimiothérapie. Les contusions du corps qu'on répare avec le coeur, la vie qui bascule patiemment mais rapidement. A d'autres, Flavye. J'attends la recette de ton courage, s'il te plait. Tu brilles, ce soir. Je t'entends te battre jusque sur terre. J'te jure Flavye, sans toi ce sera plus la même terre, parce que tout le monde marche de travers avec des clopes entre les doigts. Je te jure, tu ne loupes rien, je préfère te savoir sur le siège des étoiles, nous contemplant et même nous regardant en riant. Allez. Flavye, que je n'ai vu qu'en photographie pourtant. Une image qui valait plus que les maux que j'écris. Voici quelques phrases maladroites pour toi, j'suis désolée tu vois, moi aussi je manque de courage, j'efface, je remplace, mais jamais je ne sors l'armure de combat. Quel cruel manque de dignité, d'empathie, de courage simplement, de volonté. Putain, putain, Flavye, on a pas le droit de mourir a quatre ans. On a pas le droit de te laisser perdre la bataille sans te sauver, on n'a pas le droit de te laisser crever avec la vie qui se dresse pleinement devant tes prunelles déjà abîmées. Courage, cancer. Deux mêmes lettres, des maux différents. Deux personnes, une vivante, une dans le ciel. Quitte à choisir, je te laisserais ma place pour faire revivre ta famille. Dors bien, Flavye.
Les gens me disent, ne t'inquiètes pas, la vie est difficile mais tu es là , vivante, bienveillante, combattante. Et pourtant au premier échec, je baisse mes bras de fille forte dans le coeur, mais plus vraiment en fait. Tout est sombre, triste et même dans les gares on ne voit que du gris, des valises, des sombres chapeaux, des mouchoirs, des enrhumés, des contagieux, des cigarettes. Même les peluches me regardent sans aucune lueur d'envie. Ca vacille. Et si on s'était simplement trompé de monde, que celui qui a dit que l'espoir fait vivre lève le doigt !

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On dirait que j'émerge du brouillard le matin. La nuit tout est calme, plat. Je rejoins quelques heures mes étoiles perdues. Mais le matin. Tout est fini. Les rêves ne parlent plus, mon inconscience file se coucher. Retour momentané à la réalité. Je voudrais pouvoir flotter entre les songes, et dans mon lit toute la journée.
On s'aime bien au début, entre les deux donc au milieu, on fume et on boit, après on dit que ça se dégrade, et à la fin. A la fin, la putain de fin, c'est rien. Rien. Rien comme le monde, et rien comme les piqûres dont on a quand même peur. Rien comme l'argent et rien comme la drogue.
Parce que, l'espoir est éteint ici. Tous ceux qui ravivaient la flamme sont dans les étoiles maintenant, nous abandonnant, m'abandonnant. Ils brillent de tellement haut. Je suis si petite. Faible. Que celui qui a dit que tant qu'il y avait de la vie, il y avait de l'espoir, me fasse signe. J'accuse l'espoir, ou est-il passé ? Avis de recherche placardant les aéroports et les trottoirs bondés d'âmes dérivées, échouées. Personne ici. On dirait que la fin est proche, bien sûre qu'elle approche. Il n'y a plus d'amour.
Roman. Extrait.
PROLOGUE. « Si d’aider les autres me rend coupable, alors oui je suis coupable. » Michael Jackson. Je me réveille chaque jour dans un petit lit en bois au matelas crade, défoncé et un peu moisi. J’ai tenté par bien des moyens de cacher la pourriture par des posters, des affiches sur les murs, en recouvrant le moindre centimètre, mais mes parents n’ont pas apprécié cela et quand je suis rentrée de l’école une fois, tout avait été recouvert par une peinture, gris anthracite. Je n’aime pas les couleurs froides, mais je n’ai rien dit. Ici, dès que j’ouvre la bouche, on s’empresse de me dire que je ne suis pas la bienvenue pour m’exprimer. On s’y habitue, comme pour tout. Nous n’avons jamais assez d’argent pour aller voir la mer, partir en voyage ou même m’inscrire en club de sport, de théâtre ou de dessin. Du coup, ma vie est monotone et tranquille, je vis dans une bâtisse à deux pièces, une chambre pour moi, de neuf mètres carrés, et celle de mes parents, qui est aussi la cuisine, la salle de bain et le salon. J’ai une camarade de classe qui m’a dit un jour « Comment tu fais pour aller pisser ? ». Je suis partie en courant, parce que j’avais honte. Depuis ce moment-là , les gens me délaissent petit à petit, et la façon dont je vis gêne, dérange les autres. Dès que je passe quelque part, on me dit « Tu sens mauvais, salope ». Ce qui est chose fausse, je me douche avec de l’eau gelée matin et soir, je m’achète moi-même mon propre shampoing pour cheveux et corps (je travaille exprès pour pouvoir m’offrir ce petit achat), et je me savonne pendant parfois des heures, en chantant. Un jour, un garçon du lycée m’a pris par la main, m’a emmené de force dans les toilettes. Je n’ai rien fait. J’ai simplement observé l’homme immature et négatif, qui après des siècles d’amélioration et de concentration, en était encore réduit au même stade médiocre : la méchanceté. Ce gars-là m’a fait plongé la tête dans les toilettes, et j’ai senti mon cœur se morfondre dans toute ma poitrine. Accroupie dans la cuvette des toilettes, il riait et attendait que je me débatte. Du coup, comme ce n’était plus amusant ni pour ses copains ni pour lui, il a décidé de passer à l’étape supérieure ; il a allumé l’eau brûlante d’une douche dans les salles de sport, et avec sa bande d’amis, j’ai été maintenue en dessous du jet bouillant ; je me souviens de cette sensation de tiraillement, de déchirement partout sur mon corps, trop frêle. L’eau brûlait fort, je ne parvenais même pas à me concentrer sur autre chose que cette foutue souffrance, tandis que les bras me maintenaient fermement, et qu’ils riaient et s’égosillaient. Un moment, après ce qui m’a paru une éternité, ils m’ont lâchés car j’avais hurlé, et un professeur était devant moi. Quand l’eau s’est arrêtée, je devais être franchement brûlée au second degré, et ma peau était boursoufflée. J’étais comme anesthésiée. Incapable de faire, de dire quoi que ce soit. Le regard du prof était tellement loin que j’ai cru qu’on allait me laisser crever là sans rien faire, ce qui ne m’aurait guère étonnée, finalement. Les garçons ont par la suite été renvoyés de l’établissement, mais ils hantent encore mes pensées, chaque jour, chaque soir, dès qu’on parle de quelque chose qui me ramène à eux. Et ce matin en me réveillant, je suis contrainte de penser encore à eux. Même si ma pensée est très vite interrompue par des bruits incessants de grue, de camions et de tracteurs. - Qu’est-ce qu’il se passe ? je demande doucement en tirant derrière les rideaux pour regarder. - Hein ? - Non, rien, laisse tomber. - T’as déjeuné ? - Non. - Heureusement, putain. Parce que hier tu as fini le paquet de gâteau, et ta mère et moi on avait plus rien à bouffer. - Désolée. Il lève ses yeux sur moi, ça ne dure qu’une minute à peine, et replonge imperceptiblement la tête dans son journal local. Je le regarde un peu, et je n’ai pas conscience que c’est mon père ; tâches fiévreuses sur le visage, front marmoréen plissé, rides au coin de l’œil, la cinquantaine bien entamée, pauvre, mais aussi pauvre du cœur. Mon père est incapable d’aimer. Alors moi, je me contente de l’apprécier sans le connaître, de regarder l’inconnu qui a contribué à m’amener à la vie, sans pour autant le vouloir, du moins je n’en ai pas le ressenti. Qu’importe. Je sais que ce n’est pas chez moi que les choses changeront. - Tu t’excuses toujours, reprend-il soudain, alors que je suis perdue dans mes pensées. - Quoi ? - C’est vrai, tu dis tout le temps pardon, dès qu’on te dit un truc, mais ce n’est pas comme ça qu’on met un pied devant l’autre dans la vie. Je le regarde, ce père. J’ai parfois envie de me moquer ouvertement de ce qu’il est devenu ; un donneur de leçon mal baisé, incapable de se rassasier d’autre chose que de lui-même, sans le sou, pas foutu de se lever pour aller chercher un travail et ramener de quoi nourrir sa famille. Rien d’autre qu’un feignant, un ballon crevé et dégonflé, un objet dont on n’a pas même pas envie de porter un jugement dessus. Un amas d’ordure, un enfoiré, un sac rempli de gravier sans importance. Écœurant, il est écœurant. - Tu es amusant, papa, je lui dis, en n’ayant pas conscience de laisser parler mon cœur. - Hein, amusant, moi ? Et ma main dans ta gueule, elle sera encore plus amusante elle aussi ? Abasourdie, je ne réponds pas et je m’en vais en refermant tout doucement la porte. Dehors, une légère brise fraîche vient me chatouiller le bout du nez. En face de moi, il y a une toute petite fille qui joue, à côté des tracteurs au bruit assourdissant. Je la regarde sans rien faire, sauf m’asseoir à même le trottoir. Sa démarche est étrange, elle marche comme si elle évite des obstacles qu’on ne peut même pas voir. Elle est munie d’un branchement qui l’aide à respirer au niveau du nez. Derrière elle, le branchement est relié à un fil qui est lui-même relié à un sac à dos transportable. Je m’approche d’elle, peu a peu intriguée. Tout à coup, elle s’arrête net, me regarde. Souffle un bon coup, fronce les sourcils. - Mes poumons ne fonctionnent plus. Je ravale péniblement ma salive, en proie à un furieux vertige. Elle n’a pas plus de quatre ans. Des boucles encadrent son visage angélique, elle porte une robe rouge de velours. Je lui souris doucement. - Tu es beaucoup malade ? - Je ne sais pas. J’ai un cancer, et ça veut dire qu’on est beaucoup malade, et que du coup, on voit des messieurs qui sont mieux que les médecins. Parce que les médecins ça soigne que les rhumes, pas la vie. Une fois de plus, je racle ma gorge, je puise au fond de moi pour retenir quelques cris d’effroi. - Tu vas vivre ici ? je lui demande. - Oui, c’est une nouvelle maison. Regarde, papa est en train de faire poser de la moquette dans ma chambre. Elle pointe du doigt un monsieur qui en impose, le regard sévère, concentré dans sa tâche, depuis le haut d’une fenêtre du second étage. La maison est jolie, immense et avec un jardin impressionnant. De grands arbres l’entourent, des fleurs poussent le long du portail et il y a trois voitures garées devant. Mon quartier reprend peu à peu vie, et c’est agréable. - Tu as de la chance de vivre là . - Et toi ? me demande-elle, l’innocence incarnée. - Moi j’habite là regarde, la petite maison en face de chez toi. - Elle est trop moche. - Je sais, réponds-je en éclatant de rire. - Ca te fait rire, toi ? - Oui. Il n’y a que deux pièces à l’intérieur. La petite fille semble alarmée. Elle ouvre de grands yeux bleus ronds, et hausse les épaules. - Alors, tu n’as pas de chambre ? - Si, mais elle est petite et il fait trop chaud dedans. Mes parents n’ont pas beaucoup d’argent, tu sais. Je fais avec ce que j’ai, c’est déjà bien. - Papa dit toujours que l’argent est important. Moi une fois, j’ai tenu un billet de mille euros dans mes mains ! - Mille euros ? Ca n’existe pas, ma puce. Tu t’appelles comment ? - Je m’appelle Mathilde. Tu penses que les pauvres peuvent parler avec les riches ? Je me demande farouchement comment doit être éduquée cette gosse pour parler ainsi, et être autant éveillée. - Pourquoi on ne pourrait pas ? - Ben, peut être que les riches vont devenir pauvres si ils leur parlent. Je caresse ses cheveux en riant. Elle est blonde comme les blés. - L’argent, ça n’est pas contagieux. L’amour, l’amitié, les baisers, oui. Mais pas l’argent. - Papa dit aussi que les malades sont contagieux. - Oh, vraiment ? Tu ne l’es pas, regarde je n’ai pas besoin de fil pour respirer, moi, et pourtant je suis avec toi. - T’as trop de chance. - Mais je suis pauvre. Tu l’as dit toi-même. - Mais tu respires sans fil, moi j’en ai marre. Parfois ça me fait mal. - Tu as quel âge ? - J’ai quatre ans et demi. - Et demi… - Oui, et demi. Pas juste quatre ans, ça m’énerve quand les autres disent juste ça. Elle passe la main dans une de ses boucles folles, et l’entortille autour de son doigt. Je la regarde encore, patiemment, plus en détail. Elle a les cheveux très courts, mais remplis de boucles. Ses yeux immenses et bleu océan reflètent toute la candeur de l’enfance. Elle m’observe en fronçant sans cesse les sourcils. - Hé, mais comment tu fais si tu es pauvre ? - Je travaille pour m’acheter du shampooing, et je ne mange pas tous les jours. - J’ai pleins de shampooing pour le corps dans ma salle de bain, je t’en prêterais un mais il faudra que tu me le rendes tout de suite après par contre s’il te plaît. Je souris, amusée. - Ne t’en fais, je n’en ai pas besoin. - T’as les cheveux trop longs. - Oui, en plus. - J’aimerais bien les avoir jusqu’à comme toi, dit-elle en désignant ma longueur aux pointes ; ensuite, elle touche mes mèches blondes et penche sa tête sur le côté. Une lueur d’espoir illumine son visage. Puis, un éclair de tristesse dans l’éclat de ses yeux. - Mais je ne peux pas. - Mais qu’est-ce que tu as comme cancer ? - Un cancer des poumons. Mais je dois bientôt mourir, normalement dans quelques semaines. Bon, tu me fais visiter ta maison ? La facilité déconcertante avec laquelle Mathilde m’annonce cela me décontenance totalement. J’ai des nausées qui me prennent, de plus en plus violentes. Pour une des premières fois de ma vie, je souhaite rentrer chez moi. - Euh, plus tard, je dois partir. Je rebrousse chemin presque en courant, je claque la porte, et je m’enferme dans ma chambre sans même avoir pu apercevoir qui que ce soit. Mais putain. Mon esprit veut hurler quelque chose, sans savoir quoi faire. C’est à cet instant que je me sens seule, car je ne peux parler ni à mon père ni à maman. Ils n’écoutent pas, ou seulement à moitié, et sont tellement égoïstes que cela ne les intéressera même pas. Tant que ça ne les concerne pas, ils s’en foutent. Même de ma propre vie, qu’ils partagent pourtant avec moi. Perturbée, je regarde encore par la fenêtre, mais Mathilde n’est plus dehors. Je me promets de lui apporter un petit cadeau lors d’une prochaine visite. CHAPITRE 1. « Dans un monde rempli de désespoir, il faut encore oser rêver ». Michael Jackson. En rentrant du lycée, et après avoir fini mon boulot, je passe devant chez Mathilde, avec l’espoir de rentrer pour lui offrir quelque chose. Je sonne, le cœur battant curieusement fort, et j’attends. Trois, dix, vingt minutes environ. Enfin, le portail s’ouvre et donne sur une immense cour pleine de graviers, de fleurs et de lierres. Je rentre, hésitante. Une demeure pareille ne devrait même pas se trouver en face du cabanon me servant d’habitat. J’ai soudainement honte d’être pauvre, et de devoir utiliser l’argent que je gagne pour des shampooings. Je me répugne. Je toque fermement à la grosse porte massive d’entrée, et une petite brune aux cheveux courts m’accueille tout sourire. - Bonsoir mademoiselle, entrez donc. Vous êtes la baby-sitter, je suppose ? On vous attend depuis un bon moment. Les parents sont un peu sur les nerfs, vous savez, on vous l’a expliqué au téléphone, la petite est malade, mais vous nous avez assurez pleinement de votre capacité à réagir en cas d’incident. Stupidement, j’ouvre la bouche, la referme aussitôt en arrivant dans une grande salle de séjour magnifique, pleine de vie et de lumière. Je reconnais immédiatement Mathilde sur sa petite voiture rose, en train de rouler autour d’une table en chêne. Elle me sourit, imperturbable, le sac à dos pour l’oxygène de ses poumons accroché derrière ses épaules menues. Elle me fait mal au cœur, et j’en ressens un pincement léger. Je ne veux pas avoir de la pitié envers cette gamine, mais je veux me comporter normalement. Et par je ne sais quel foutu malentendu, je me retrouve donc improvisée en baby-sitter. J’espère que cette dernière va vraiment arriver, histoire de me dépatouiller de ce quiproquo vaguement gênant. Mais celle qui doit être la gouvernante n’en démord pas, appelle les parents de la petite, et quelques minutes plus tard je me retrouve face à deux bourgeois chics et sentant le parfum à des milliers de kilomètres à la ronde. J’avale ma salive, une, deux, trois, quatre fois, observe la petite Mathilde, qui ne semble pas faire attention à ma présence. Je me sens ridicule à côté de ces deux jeunes gens magnifiques, impeccables et immaculés de saleté. - Bonsoir, tu es Thaïs n’est-ce pas ? dit gentiment la maman, le regard braqué sur moi. Le père, lui, me dévisage aussi, sans commentaires aucuns. Je pense simplement que je suis définitivement mariée avec la malchance ; je porte un jean déchiré, défoncé, qui fait tellement tâche dans ce décor luxueux que je dois me pincer les lèvres très fort pour ne pas exploser de rire. Je sens bien que la tension est palpable, les mâchoires musclées mais contractées du papa ne me rassurent pas, sa veste impeccable de smoking contrastant violemment avec mes vêtements non plus. Quant aux traits de son visage, on dirait qu’il est tout bonnement fait pour être riche, un visage typique d’homme d’affaire, parfaitement bien dans sa tête, des dents blanches, une peau qui sent bon, une posture droite, un bel homme, une barbe correctement rasée. Je vois l’image de mon père affalé dans son canapé, bien à l’aise dans ses pompes. Je crois que ça y est, je suis en train d’imploser de rire. - Ca va, mademoiselle ? - Hum, oui, bien évidemment, je réponds avec mon plus beau sourire hypocrite. - Tant mieux, parce que nous on ne trouve pas ça drôle, intervient le père d’une voix stricte. Mathilde est malade, elle a besoin de sérieux, de personnes relativement structurées. J’espère que lorsque nous reviendrons cette nuit, elle sera entre de bonnes mains. Affolée, je suis tentée de dire la vérité sur le champ, mais on ne m’en laisse pas le temps. Avec un pauvre sourire compatissant, la gouvernante enfile son manteau et file, ainsi que les deux parents, qui n’embrassent pas Mathilde. Etrange relation. Je la regarde, on dirait un rayon de soleil. - Mais Mathilde, pourquoi tu ne dis pas à tes parents que je ne suis pas la baby-sitter ? - Bah, ce n’est pas toi ? IL faut que je prenne mes médicaments, je n’ai pas le temps de te parler maintenant. Je m’en veux, parce que la première chose que je fais, c’est rejeter insatiablement la faute sur une enfant malade, et putain, je m’en veux. Non seulement il y a un malentendu, mais en plus de cela je dois garder une petite fille atteinte de cancer du poumon, dans une maison en face de la mienne. C’est vraiment effrayant, terriblement effrayant. Du coup, ça me fait rire. Tout le fou rire que je contiens depuis la rencontre avec les parents explose ici, sur le sol de la demeure. Je m’impressionne, je me sens convaincue d’être stupide. Et je peux assurer que s’en sentir convaincue, c’est très désagréable. En entendant les petits pas et le souffle saccadé de Mathilde, je me dirige un peu dans chaque grande pièce et je me retrouve toujours un peu plus émerveillée à chaque fois ; des cadres en or de photos de famille, des poupées de porcelaine posées ça et là maladroitement sur les buffets, des portes de poignets en cuivre qui sentent si bons, tout respire la tranquillité, le bien être et la joie d’être. Il me semble totalement inapproprié qu’une fillette puisse vivre malade dans un tel endroit, on dirait qu’ici, tout va s’arranger, les problèmes auront sans cesse des solutions et la vie offrira des belles choses pour le futur. - Mathilde ? - Quoi ? - Je ne connais pas la maison où est-ce que tu te trouves ? - Mais dans la cuisine. - Il y a trois cuisines, putain, Mathilde ! Sans déconner, c’est un manoir où je ne m’y connais pas ici. Je recommence à rire, secouée de spasmes. Lorsque je trouve enfin la petite fille, je suis encore en train de rire. Elle avale ses quelques dizaines de cachets, non sans une mine de dégoût entre chaque gorgée d’eau. Je ne saisis décemment pas la raison de ma présence ici, mais qu’importe. Après tout, c’est bien moi qui suis responsable d’elle ce soir. Mathilde avale goulument ses cachets, à grande peine. - Tu as en as combien à prendre comme ça ? - Le matin, le midi ou le soir ? - Ok. Les trois ? - Six le matin, quatre le midi et dix le soir, pourquoi ? Bon, j’ai fini, je veux qu’on joue à la poupée. Toi, tu seras une poupée malade. Je me rends compte que je tremble de tous mes membres. Je suis inconsciente, non seulement d’avoir menti en faisant croire que j’étais la baby-sitter, mais ensuite d’être inapte à réagir si jamais il y a un problème grave avec la santé de cette gosse. Mieux vaut prévoir le coup, je dis à Mathilde de me prévenir illico si il y un problème respiratoire, même pas si il n’est pas important et habituel. Dans sa chambre, elle prend les poupées, les habille, les déshabille. Je ne cesse de paniquer, et en faisant les cents pas dans la chambre, je lui répète inlassablement de me dire si il y a le moindre problème. - Tu me soules, finit-elle par balancer platement. - Très bien, je te soule. - On dirait maman, continue-elle, imperturbable, on dirait que vous allez tout le temps croire qu’il va m’arriver quelque chose. J’ai rien, d’accord, j’ai rien là . - Ok, Mathilde, ça roule. Pourquoi dois-je jouer la poupée malade, seigneur ? - Parce que t’as une tête à être malade. - Une tête à être malade, c’est gentil ? - Ben oui, forcément. Une tête de rhume, quoi. Comme si t’allais pleurer tout le temps ou te moucher. T’as un chagrin dans le cœur ? Sur ce, elle se lève, pose sa main sur ma poitrine, et me sourit faiblement. Je reste là , bêtement émue. - Oui, oui je crois que tu n’es pas très bien. - Pourquoi ? - C’est parce que tu n’as pas encore tenu du vrai argent dans tes mains. Je dois prendre sur moi pour ne pas tomber en arrière, me cogner la tête contre le mur lorsqu’elle me file normalement une liasse de billet, et pas des faux putain, entre les doigts. Elle voit que je tremble, m’aide à les placer correctement et contemple son petit spectacle. Je suis ahurie. Mais heureuse d’être comprise, mieux par l’enfant malade et sortie d’on ne sait ou que par mes parents. Hallucinant. - Donc, le but de jouer à la poupée malade, c’est de dire qu’elle a mal aux poumons. - C’est comme ça que ça s’est passé pour toi ? - Je ne m’en souviens pas. - Mais tu plaisantes quand tu dis que tu vas mourir ? - Oui, je rigole. Mes poumons vont aller mieux, promis. Bon, on joue allez. - Ok. Jouons. Je suis malade, et je viens parce que j’ai mal aux poumons. - Lequel ? répond-elle en faisant marcher la poupée, le gauche ? Ben, je crois que vous avez le cancer. Je vais vous donner un peu d’eau, ça devrait guérir après. - Seulement de l’eau ? Mais docteur, c’est quand même un cancer. Mathilde me dévisage, et fronce les sourcils. - Seulement de l’eau, j’ai dit. Mais arrête, t’as pas le droit de contredire le docteur. - Pardon, bien sûr docteur, de l’eau. Et quoi d’autre ? - Ce sera tout, voilà , donnez-moi mille euros. Allez, passe-moi les billets, crie-elle en agitant ses mains. Je lui tends la liasse, sous le choc. Je ne sais pas comment réagir, avec elle. Ni comment m’y prendre, lui parler, la guider. C’est elle qui m’ordonne les choses, et j’ai la sensation qu’elle veut avoir la supériorité par rapport à moi. Je la laisse faire. - Mathilde, je dois te faire quoi à manger ce soir ? - Maman a déjà préparée ce qu’il faut avant que tu arrives, alors maintenant on peut regarder la télévision. Tu sais, je n’ai pas le droit d’y être beaucoup, maugrée-t-elle en appuyant sur toutes les touches des trois télécommandes postées devant elle. - Pourquoi ? - Ce n’est pas bien, ma mère dit qu’on devient bête à force de rester devant l’écran. - Mon père la regarde tous les jours. - Qu’est-ce qu’il doit être bête ! - Un peu, ouais. - Tu n’as pas le droit de dire ça de ton papa. Tu ne l’aimes pas ? - Je l’aime mais je ne le connais pas. C’est étrange. - Moi je veux me marier avec papa, quand je serais une grande comme toi. - Il est déjà marié avec ta maman. Mathilde repousse une mèche de cheveux derrière son oreille et sourit ; elle me regarde, place la paume de sa main devant la bouche, l’air surpris. - Ah, oui tu as raison, j’avais oublié, il a déjà une femme. - Mathilde tu vas à l’école ? - Euh, non pas trop. - Pourquoi ? - Je n’aime pas l’école. Les autres pensent que je transporte dans mon sac à oxygène un pique-nique. Ils sont trop bêtes, je te jure. - Ah, ben tu vois, on peut être bêtes aussi sans regarder la télé, je réplique, ce qui la fait rire aux éclats. Ensuite, nous regardons Peter Pan et elle fait des commentaires tout le long du film. Soudain, elle me regarde en plein milieu du visionnage, l’air affaibli. - Ca va Mathilde, je demande en me redressant, au bord de la panique. - Je veux qu’on arrête de regarder tout de suite, sanglote-elle. - Pourquoi ? - Parce que j’ai peur de devenir bête comme ton papa. Je ris tellement fort qu’elle sursaute. Plus tard, seulement vers minuit, je vais coucher Mathilde, qui ne semble absolument pas décidée à dormir. Elle allume les petites lampes de sa table de chevet, m’observe par dessus la lumière tamisée. - Je n’ai pas envie que tu partes, j’aime bien que tu sois une baby-sitter. - Mais qui c’est normalement, cette baby-sitter ? - Ben, c’est toi. Nous riions toutes les deux, et je me dis que peu importe, le monde, les gens, cette foutue baby-sitter qui n’est pas venue. Tant pis, car rien ne vaut le rire d’un enfant, surtout quand il est malade ; c’est une telle mélodie, douce, harmonieuse, qui renvoie à mes oreilles un doux ciel étoilé. C’est à la fois confortant et confortable, pur et candide. CHAPITRE 2. « Je suis un être fort, je suis un guerrier. Et je sais ce qu’il y a en moi. Je suis un combattant. Mais tout cela est très douloureux. Et finalement, je suis un être humain, je suis encore un être humain. Cela engendre donc des souffrances énormes, vraiment énormes. » Michael Jackson. Ce qui est étrange dans nos vies, c'est qu'on a la sensation de se connaître, tous autant que nous sommes. En vérité après s'être quittés, absolument personne ne sait ce que l'autre va faire le soir. Peut-être pleurer alors que vous lui aviez fait passer une excellente journée, peut-être souffrir, rire, aller danser, faire l'amour. Qu'en savez-vous ? Vous ne voyez personne, et vous savez pourquoi? Parce que vous vous en foutez. Vous ne cherchez pas à savoir, à un moment de la journée quelconque, ce que tel ou tel de vos amis est en train de faire. La journée, vous est tous concentrés dans la même chose, dans les mêmes classes, à écouter ou non la même chose, mais personne ne se regarde, ne prend le temps de s'observer réagir. Où alors, c'est pour faire des critiques. L'homme adore critiquer, j'ai l'impression qu'il est né ainsi ; pour juger, émettre des petits commentaires quand l'un passe au tableau, que l'autre jette son chewing-gum à la poubelle, et aussi regarder la moitié de ses confrères mourir. On dit, on parle, on émet des opinions, sans réactions, affalé dans un canapé, devant un miroir, ou même seul. Ce qui est étrange dans nos vies, c'est qu'on est tous les mêmes sans le savoir, et en croyant qu'on vit différemment. Ce qui est étrange, c'est que j'appelle cela "étrange", alors que cela s'appelle simplement de l'égocentrisme, de l'égoïsme, de la connerie, de l'erreur. L'erreur est humaine, disent-ils. Et si l'humain était une erreur, que diraient-ils ? Je rentre chez moi avec cette réflexion là en tête, le cœur à l’envers. Après le baby-sitting, j’ai été payée cent euros. Je n’ai pas encore osée toucher les billets, je les ai glissé délicatement dans la poche de ma veste, et je vais les contempler ce soir. La maman me demande déjà de revenir demain. Même le père de Mathilde est gentil, finalement ; il avait un peu bu donc il était détendu avec moi, ce qui est bien, mais pas top. J’oublie presque mes parents, l’affrontement et le reste, mais je pense qu’ils s’en foutent. Lorsque je rentre, je retrouve encore mon père devant la télévision, à zapper n’importe quoi et n’importe quand, en train de grignoter des chips. - T’étais ou ? - Je trainais un peu avec les gens du village. - Ok. - Bonne nuit. - Bonne nuit. Directement, dans ma chambre. Maman dort déjà , trop épuisée à ne rien faire elle aussi. J’allume la lampe de poche, et je me mets en pyjama ; c’est une misère ici, pour réussir à y voir quelque chose. Tout me répugne dans cette foutue baraque, je ne comprends même pas comment on peut se conforter dans sa pauvreté, sans réagir. Je connais des gens pauvres, mais qui essaient de se sortir de là et qui n’y arrivent pas ; ce sont eux qui méritent tout l’or du monde, contrairement à mes parents, qui eux ne m’éduquent pas, se contentent d’être heureux dans ce merdier. Une fois, maman disait à son mari - On est quand même bien, ici, à en rien faire. Je vois pas pourquoi on devrait se crever le cul sous prétexte qu’on est avec une gamine dans les pattes, tu ne crois pas ? S’aimer, c’est l’important. Et puis on a la télévision. Je me souviens avoir été tellement écœurée que j’en ai cauchemardée toute la nuit. Je m’allonge dans le matelas, et je pense à ce nouveau job qui risque de me rapporter vraiment beaucoup ; il faut que cela reste secret, que mes parents n’en sachent jamais rien. Si ils apprennent que je suis baby-sitter d’une enfant malade dans une famille qui est à l’opposé de la nôtre, je sais qu’ils voudront tout faire pour que je sois renvoyée. Lorsque mes parents s’intéressent à ce que je fais, c’est soit pour me dénigrer, soit pour meubler le silence qui règne dans ces deux pièces de la maison. Entre quatre murs, il peut se passer des tas de choses, on passe en voiture devant des tas de maisons différentes tous les jours, sans même savoir ce qu’il s’y passe à l’intérieur, un peu comme ceux qui jugent sans avoir mis un pied dans l’âme de l’autre, tout est question d’apparence, de complémentarité dans ce monde, cette grotte pleine de mystères et de misères, autant qu’il y a de malades et de soignés, de guéris et de blessés, de survivants et d’infirmiers, de docteurs et de tués. Je me définirais bien dans la catégorie des blessés ; à la fois pleine d’espoir parce que pleine de vie, mais aussi indéniablement remplie de mauvaises ondes et de choses négatives, mon cœur qui déborde d’amour et qui n’en reçoit pas, qui est brisé. Oui, mon cœur est brisé, et même cassé, émietté, dépouillé, délaissé, abandonné, imperméable, malléable, dénigré, imbibé de ces idées noires qui nous transcendent tellement fort qu’elles arrivent jusqu’à me faire avoir la nausée. Je supporte mon monde, qui n’en est pas un, en intériorisant tout ce qu’il m’arrive, et derrière mon sourire, toute la peine est cachée, elle effleure mes larmes et rejoint la tristesse dans mon sommeil. Subitement, l’idée de changer ma vie, de prendre les choses en main, mais réellement, s’impose à moi ; je me dois de réagir, on n’est jamais mieux servi que par soi-même, finalement. Je sors les cent euros de ma poche, et j’ose les effleurer, c’est con, mais ca me fait de l’effet, non pas que je n’ai qu’une passion et obsession pour l’argent, mais parce que je suis enfin fière de moi ; je travaille avec une enfant qui est pleine de passion et de bonne volonté, malade et pure. Je mérite donc ce cachet, et c’est la première fois de ma si courte vie qu’il m’appartient, cet argent. Une liasse que je vais garder précieusement dans une boîte fermée à clef, que je vais économiser pour partir loin et réussir ma vie, à l’inverse de ce que mes parents sont en train de me construire indirectement. Je m’endors paisiblement, ce soir-là , enfin, comme une enfant qui se sent bien chez elle. Après tout, je n’ai que dix-sept ans. Après quelques semaines, Mathilde et moi sommes de plus en plus proches. Je l’adopte avec sa maladie, et elle m’apprend à me comporter normalement, bien que je sois encore très maladroite. Lorsque ses parents me demandent ou j’habite, je ne réponds rien, je rougis et je me tais. C’est Mathilde, malheureusement, qui le fait pour moi, toujours avec cette naïveté sortie d’on ne sait ou : - Dans la maison qui ressemble à une cabane, juste en face de chez nous, maman ! - Oh, tu plaisantes ma puce, je ne crois pas que Thaïs vive réellement là -bas. Pas une si jolie fille, intelligente et pleine de gentillesse et de générosité. - Mais je t’assure, maman que c’est vrai, insiste l’enfant en me faisant les gros yeux. Je ne dis rien, les maux restent coincés dans ma gorge, et une grosse boule se forme à cet instant. Je suis en train de faire passer la fillette pour une menteuse, et je culpabilise. Je me dois de dire la vérité, je ne peux pas rester insatiablement à mentir. - Votre fille a raison, je vis dans une telle maison. Désolée de ne pas vous l’avoir dit avant, nous n’avons pas beaucoup d’argent à la maison. Très gênée, la mère de Mathilde à ce sourire que les gens adoptent, vous savez, lorsqu’ils ont fait une grosse gaffe. Elle me sourit péniblement, pendant que la gouvernante, Vera, lui donne un coup de coude dans les côtes pour qu’elle se ressaisisse, je toussote pour faire passer le silence intimidant qui se crée dans la pièce. - Bref, il n’y a pas de soucis concernant ma vie privée. Je prends soin de votre fille, ne vous en faites pas. Elle part, sans mot dire, visiblement à court de faire quoi que ce soit. Elle oublie, encore une seconde fois, de dire au revoir à son enfant, et je me sens libérée lorsque le ronflement du moteur se fait entendre. Vera m’observe d’un œil suspicieux. - Dis-moi Thaïs, il va falloir que tu sois un peu plus courageuse pour dire d’où tu viens, et j’ai comme l’impression que tu nous mens sur pas mal de choses. - Hum, je suis navrée, ce n’est pas si aisé que cela de dire qu’on vit dans une cabane qui irait très bien au fond d’un jardin. - Tout de même, tu aurais pu être un peu moins repoussante. Regarde, la pauvre femme, dans l’état que tu l’as mise. En plus, tu laisses Mathilde se faire passer pour une petite peste qui raconte des bêtises. Surveille ce que tu fais, et ce que tu dis. Ici, tu n’es pas chez n’importe quelle famille, ils sont très attachés aux valeurs et au respect de chacun. Ils ne te jugeront pas sur tes situations sociales ou familiales. - Laisse-la tranquille, s’écrie Mathilde, j’ai envie d’aller me promener dehors avec toi, viens Thaïs. - Tu ne me parles pas comme ça, réplique Vera en croisant les bras sur sa poitrine, comme pour se protéger le cœur d’un coup dur. - Laisse-la tranquille, je t’aies juste dit ça, je ne veux pas que tu la grondes, sinon je le dirais à maman. Ensuite, Mathilde claque la porte, imperturbable, et m’entraîne dans la rue. Il y règne une certaine fraicheur. Le vent souffle, et les bouclettes de l’enfant volent de part et d’autres de son petit visage. Elle court le long des ruelles étroites, et nous nous dirigeons vers les plaines, là ou l’horizon rejoint le ciel, pour la plus jolie des chorales, et je sais que Mathilde aime beaucoup cet endroit. Nous y allons plusieurs fois par semaine, pour regarder la vue panoramique de la ville, et tenter d’y apercevoir le coucher de soleil. C’est très beau, et puis on parle de beaucoup de choses. Une fois, nous y sommes restées tellement tard, mais nous n’avions pas conscience du temps qui passait, et c’est Vera qui est revenue nous chercher, agacée. Je crois secrètement et profondément que Vera est jalouse de la relation que j’entretiens avec Mathilde. Elle n’accepte pas que moi, pauvre enfant sans argent, vienne panser le cœur d’une gamine qui ne demande rien d’autre que d’être traitée comme une enfant normale, et pas comme Vera le fait sans cesse, en s’inquiétant toujours parce que Mathilde se balade en permanence avec de l’oxygène qui lui est insufflé directement, sous prétexte que ses poumons ne fonctionnent que très peu. Mais cette petite fille n’a absolument pas besoin de ça, elle préfère s’adapter à son mode vie, et ne pas être pouponnée tous les jours parce qu’elle est gravement malade. Mathilde veut hurler, s’époumoner et s’emplir de tout ce que la vie peut lui donner, elle veut courir et rire, jouer et râler, aller à l’école, découvrir les poèmes de Prévert et aller au parc, manger tout ce qu’elle veut, et se faire engueuler parce qu’elle éclaté l pneu de son tricycle. Si toutes ces banales choses semblent presque ennuyantes et contraignantes pour certains, elles sont devenues un rêve pour les enfants comme elle. Et moi, en fille simple et parfaitement banale, même trop, je veux lui inculquer cette routine-là . Celle du bonheur que tous les enfants doivent connaître à son âge, la forme du bonheur la plus simple, et la plus agréable qu’il soit donnée dans la vie : celle de vivre l’instant présent. Mais Vera anticipe chacun de ses faits et gestes, et je sais qu’elle ne m’aime pas comme je le souhaiterais. Pourtant, cela est dommage, elle peut sûrement m’apprendre beaucoup de choses encore sur Mathilde. Mais je ne peux pas forcer une adulte à m’apprécier. Ce serait comme m’évertuer à essayer d’aimer mes parents profondément. Comme tenter de comprendre pourquoi diable Mathilde est malade. Nous arrivons en haut des collines, essoufflées, et pour Mathilde, à bout de souffle. Perdue dans mes pensées, en grande rêveuse que je suis, je ne me rends pas compte que le chemin parcouru, Mathilde vient de le faire en courant. Elle se retrouve donc allongée au sol, la respiration haletante. Ce que je vois dans son regard n’est plus qu’un ultime espoir, un cri, un appel au secours à la vie. Elle ne respire pas, et je ne sais pas quoi faire. Je crie, c’est tout ce dont je suis capable, je n’ai ni les armes, ni les médicaments, ni…L’oxygène. Prise de panique, les yeux noyés de larmes, je place Mathilde en position latérale de sécurité, mes mains tremblent à l’idée de ce qu’elle doit subir, et je me dépêche, j’ouvre son sac à dos, j’utilise ce produit miracle qui l’aidera à retrouver son souffle. Je lui place le spray dans la bouche, et j’appuie de toutes mes minimes forces pour lui soulager les poumons. Elle toussote et ça va mieux. J’ai envie d’insulter le monde entier, en lisant la peine dans ses prunelles apeurées. Cette gamine a tellement peur. Je la serre dans mes bras, et je pleure toutes les larmes de mon corps, pendant qu’elle reste immobile, secouée par la douleur de ses poumons. Après l’incident, on m’annonce que je ne peux pas revoir Mathilde, et qu’elle est hospitalisée depuis quelques mois déjà . Je continue ma vie, sans essayer de me faire trop de peine, et je me pousse à travailler ardemment. Tous les soirs, je rentre sans parler à mes parents, désormais il n’y a plus rien qui nous relie, sauf le moment du dîner, où nous sommes tous trois assis à la même foutue table, eux le regard sondé par la télévision, et moi, maladroite et affamée, la tête dans l’assiette. Je bois ma soupe et je retourne dans ma chambre, d’où je note toutes les pensées négatives dans un carnet intime, et où je prends le temps de faire mes exercices de musculation et de respiration. J’ai perdu cinq kilos depuis deux semaines, à ne boire que de la soupe, matin, midi et soir, sans rien d’autres. Je n’ai pas très faim, et rien ne m’intéresse, sauf ma personne. Je regarde chaque soirs les mille deux cent euros d’argent de poche empochés au fil du temps, qui n’ont pas bougés de leur endroit mystère. J’ai pris un rendez-vous dans une banque pour les placer sur mon compte, parce que j’ai dix-huit ans demain. Mon ultime but dans la vie est désormais de partir loin d’ici, et ce le plus vite possible. Je ne vais plus au lycée, mais je suis inscrite à des cours par correspondance que je paie moi-même, afin de passer mon bac en candidate libre. Je travaille toutes les nuits, de une heure du matin à parfois cinq heures. Ensuite, je dors jusqu’à midi, heure à laquelle je m’en vais faire mon footing. Mon quota de sommeil est limité, mon régime alimentaire, qui était déjà quasi inexistant auparavant, est faible et restreint, et je fais du sport tous les jours. Cela m’empêche de penser à Mathilde, bien que je passe devant sa maison chaque après-midi en allant courir. Je me demande si elle va bien, en ce moment, et j’avoue que la revoir me remontera le moral au maximum. Je décide, sur une impulsion soudaine comme à mon habitude, d’aller sonner en face. Vera répond, me laisse entrer non sans me faire comprendre que je ne suis pas la bienvenue ici. Je connais le chemin et l’allée par cœur, je monte les marches du perron sans me soucier du jardinier et de la femme de ménage, je ne prends plus la peine de toquer à la porte, et je m’impose dans le hall d’entrée, ou une Vera colérique me fait face. Je décide de l’affronter, coûte que coûte, avec tout le courage et cette force intérieure que j’ai pour mon programme de réussite. - On ne t’apprend pas à sonner avant d’entrer ? - J’ai déjà sonné, Vera, et je suis donc entrée. - Et frapper ? - Non, je ne frappe personne, désolée. Je souhaite savoir comment va Mathilde. - Oh, alors comme ça tu viens aux nouvelles ? Et qu’est-ce que cela peut bien te foutre, du moment que tu as ton argent, tout te satisfait toi non ? Son regard se fait plus sévère, et moi, je suis choquée de savoir qu’elle pense de pareilles choses. Je me sens humiliée, mais pourtant cette fois-ci il est hors de question que cela se passe comme Vera le souhaite, je ne veux pas me soumettre à ses jugements et conclusions. Je la regarde d’un œil sans équivoque, plus surprise que jamais. - Tu n’as pas le droit de dire de telles choses, Vera. Je ne viens pas pour ton fric, d’ailleurs, je n’en ai pas besoin. Et si tu veux savoir, pour ta gouverne, je ne considère même pas ça comme un job. J’aime Mathilde, simplement. - Tu aimes Mathilde, SIMPLEMENT ? ah, mais c’est merveilleux, alors, tout va bien, je réitère ma question ; pourquoi viens-tu ? - Je veux savoir si elle va mieux. - Elle va mieux. Au revoir, Thaïs. Agacée et sur les nerfs, je crie. J’en ai assez de me faire passer pour la fille que je ne suis pas, pour une baby-sitter que je ne suis pas, et donc pour cette putain de Thaïs que je ne suis pas non plus. Mes nerfs sont brodés à fleur de peau, je ne peux décemment la supporter, elle et ses manières, une minute de plus. - Arrête de m’appeler comme ça, je m’appelle Manon putain. - Manon ? Vera lève un sourcil interrogateur. Manon ? - Manon, ouais, et non pas le prénom de ta foutue baby-sitter qui n’est jamais venue. Maintenant, soit tu me donnes des nouvelles de Mathilde, soit j’appelle ta patronne pour lui dire que tu n’es pas foutue de savoir qui entres et sort dans cette baraque. - Tu crois vraiment qu’elle va te croire. Pas une gamine comme toi, pauvre qui plus est. - Pauvre. Ca ne change rien, je suis peut-être pauvre, mais au moins je m’efforce de me relever de mes difficultés. - Quelles difficultés, Manon ? Ce n’est pas à dix-sept ans, enfermée dans une pauvre cabane de merde comme la tienne, avec des parents de la sorte, qu’on apprend de ses erreurs. On née rien, on n’est rien et on reste rien, quand on vient au monde comme toi, avec une telle situation précaire. C’est à cet instant que je sens que tous les muscles de mon corps se contractent brutalement, pour ne former plus qu’une seule force. Une sévère secousse me remue les méninges, le cœur, l’estomac, le foie et la gueule. Je viens de me faire traîner par terre, en quelques mots seulement, comme une vulgaire personne, comme dans ma scolarité auparavant. Et je ne peux pas le supporter, pas après les efforts fournis, pas après la rigidité et l’exigence envers moi-même. Je suis quelqu’un, quelqu’un d’important. Depuis que je suis née, je n’ai jamais cessée de l’être. Je suis sur cette planète pour m’imposer, je ne me laisserais pas écrabouiller sous prétexte que je suis issue d’une famille pauvre. Je suis intelligente, forte et créative. Je ne suis pas rien. Je refuse de n’être rien. Je me dirige vers Vera, lui attrape le col de sa robe de chambre, et je lui écrase impatiemment et de toutes mes forces mon poing dans sa figure. Un cri, du sang, des larmes. Je file en courant, et je la laisse abattue sur le sol, le nez et les lèvres enflés, sans une once de regrets. Ma main me fait mal, elle contenait toute la haine que je refoulais depuis des années. Et c’est Vera qui s’est mangée cette colère et insécurité de plein fouet. Et je suis là , affalée sur le trottoir, les jointures qui hurlent la douleur, à rire bêtement. La violence ne résout rien, mais quand l’homme devient vicieux, on tente de résoudre quand même. Je me promets simplement de ne pas remettre les pieds dans cette demeure.
FAN

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Je sais que tu es bien dans ton confort et qu'un canapé lit se déplie facilement. La vaisselle est plus rapide quand on achète un lave-vaisselle d'ailleurs, et la machine à laver sur internet est en promotion. Du coup, tu es content et tu en parles à tous ceux que tu croises. Oui oui, je sais que c'est une bonne nouvelle, que dès que l'on à l'occasion de pouvoir s'acheter un bien matériel, ben justement on saute sur l'occasion. Tu ne voyages pas, tu travailles un week-end sur deux pour pouvoir rembourser le loyer, les charges, l'électricité, et j'en passe. J'en passe parce que j'ai mal pour toi. Tu m'as dit que tu adorais voyager au bord de mer, mais ça fait des années que tu vois la même mer, les mêmes gens et les touristes affamés de photographier des banalités telles que les glaces italiennes à la vanille et les dernières robes en rayon le soir. Si cela te plaît, je sais que tu vas continuer à rembourser le crédit de ta voiture, alors qu'en fait tu rêves d'une cabriolet depuis l'enfance, mais tu as écouté le banquier qui t'as dit "Personne ne vous a demandé d'avoir des rêves au dessus de vos moyens". C'est vrai, tu penses qu'il vaut mieux écouter ce que les autres te dictent plutôt que ton âme. D'ailleurs, ton portable dirige ton trajet aller-retour au boulot, tes restaurants préférés et tes marques de vêtements au moment des soldes. Tes gestes sont mécaniques, réalistes, dans la machine du temps, et la dernière fois tu as encore commandé le même repas à emporter. Je sais que tu es bien dans ton confort, et qu'une vie de routine est plus rassurante qu'un détour vers le danger. Dans ton cas, on y laisse facilement sa vie, dans le mien, on la risque et on s'écorche, mais on vit. Toi, tu ne vis pas, ou tu ne vis plus ; tu exécutes les règles de la société, tu exécutes les ordres des français. Personne ne te demande d'être quelqu'un, sauf d'être monsieur tout le monde. Mais est-ce vraiment toi ?
EXTRAITS
(...) Je ris tellement fort qu’elle sursaute. Plus tard, seulement vers minuit, je vais coucher Mathilde, qui ne semble absolument pas décidée à dormir. Elle allume les petites lampes de sa table de chevet, m’observe par dessus la lumière tamisée. - Je n’ai pas envie que tu partes, j’aime bien que tu sois une baby-sitter. - Mais qui c’est normalement, cette baby-sitter ? - Ben, c’est toi. Nous riions toutes les deux, et je me dis que peu importe, le monde, les gens, cette foutue baby-sitter qui n’est pas venue. Tant pis, ca rien ne vaut le rire d’un enfant, surtout quand il est malade ; c’est une telle mélodie, douce, harmonieuse, qui renvoie à mes oreilles un doux ciel étoilé. C’est à la fois confortant et confortable, pur et candide. CHAPITRE 2. « Je suis un être fort, je suis un guerrier. Et je sais ce qu’il y a en moi. Je suis un combattant. Mais tout cela est très douloureux. Et finalement, je suis un être humain, je suis encore un être humain. Cela engendre donc des souffrances énormes, vraiment énormes. » Ce qui est étrange dans nos vies, c'est qu'on a la sensation de se connaître, tous autant que nous sommes. En vérité après s'être quittés, absolument personne ne sait ce que l'autre va faire le soir. Peut-être pleurer alors que vous lui aviez fait passer une excellente journée, peut-être souffrir, rire, aller danser, faire l'amour. Qu'en savez-vous ? Vous ne voyez personne, et vous savez pourquoi? Parce que vous vous en foutez. Vous ne cherchez pas à savoir, à un moment de la journée quelconque, ce que tel ou tel de vos amis est en train de faire. La journée, vous est tous concentrés dans la même chose, dans les mêmes classes, à écouter ou non la même chose, mais personne ne se regarde, ne prend le temps de s'observer réagir. Où alors, c'est pour faire des critiques. L'homme adore critiquer, j'ai l'impression qu'il est né ainsi ; pour juger, émettre des petits commentaires quand l'un passe au tableau, que l'autre jette son chewing-gum à la poubelle, et aussi regarder la moitié de ses confrères mourir. On dit, on parle, on émet des opinions, sans réactions, affalé dans un canapé, devant un miroir, ou même seul. Ce qui est étrange dans nos vies, c'est qu'on est tous les mêmes sans le savoir, et en croyant qu'on vit différemment. Ce qui est étrange, c'est que j'appelle cela "étrange", alors que cela s'appelle simplement de l'égocentrisme, de l'égoïsme, de la connerie, de l'erreur. L'erreur est humaine, disent-ils. Et si l'humain était une erreur, que diraient-ils ? Je rentre chez moi avec cette réflexion là en tête, le cœur à l’envers. Après le baby-sitting, j’ai été payée cent euros. Je n’ai pas encore osée toucher les billets, je les ai glissé délicatement dans la poche de ma veste, et je vais les contempler ce soir. La maman me demande déjà de revenir demain. Même le père de Mathilde est gentil, finalement ; il avait un peu bu donc il était détendu avec moi, ce qui est bien, mais pas top.
Est-ce qu'on est vraiment mort quand on sourit sans joie et qu'on se laisse tomber dans le vide sans même y avoir été poussé ? Quand on répond oui de tout et qu'on souffle sur nos soupirs pour ne pas les laisser partir ? Quand on ne fait plus de voeux, que nos rêves ont été remplacé par des paquets de désespoir emmêlés ? Quand on souffle sur les bougies d'anniversaire avec soif d'en finir ?
Je ne décolère pas. Qu'est-ce que c'est que ce petit tiraillement de ma poitrine, jusqu'au creux de ma cheville ? Comme si je n'en avais pas déjà assez subi comme cela, comme si tu pouvais te permettre d'avoir un droit sur ma vie. Je n'en démords pas, comment peux-tu prétendre m'aimer en ne passant qu'une demie-minute à mes côtés, à siroter bien tranquillement un jus de fruits pendant que je tente de te connaître ? Comment peux- tu prétendre m'aimer, si tu n'en ressens pas le besoin qu'est le mien ? Si nous n'avons pas les mêmes attentes, alors pars loin, loin d'ici, de moi. Loin de tout ce qui ne te retiens pas. Je me suis encore demandée, en me réveillant, comment on peut réussir à ce point à devenir insensible. Ce n'est pas humain, de ne rien ressentir. Je ressens tout ce manque jusqu'aux tréfonds de moi, et il n'y a pas de toi pour venir à moi. Il n'y a que l'ombre, qui erre près des bouches d'égouts. Tes lèvres me disent, crois-tu ce qu'il dit ? J'aimerais leur répondre que non, je ne te croirais plus, mais quand tu m'embrasses le sol se dérobe, l'arôme de ta peau, le gout de ta propre bêtise, tout en toi m'attire à rester, et tout me pousse à partir. Mais il est bien connu qu'on est poussé à l'attirance, non ? Choisis-moi, auquel cas même si tu ne ressens rien, je t'apprendrais à faire abstraction du vide. Tu marches déjà en apprenti repentir, sur le fil de ta vie, tout n'est qu'une question d'équilibre, mais je croyais que tu le savais déjà . Choisis-moi

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Ce qui est étrange dans nos vies, c'est qu'on a la sensation de se connaître, tous autant que nous sommes. En vérité après s'être quittés, absolument personne ne sait ce que l'autre va faire le soir. Peut-être pleurer alors que vous lui aviez fait passer une excellente journée, peut-être souffrir, rire, aller danser, faire l'amour. Qu'en savez-vous ? Vous ne voyez personne, et vous savez pourquoi? Parce que vous vous en foutez. Vous ne cherchez pas à savoir, à un moment de la journée quelconque, ce que tel ou tel de vos amis est en train de faire. La journée, vous est tous concentrés dans la même chose, dans les mêmes classes, à écouter ou non la même chose, mais personne ne se regarde, ne prend le temps de s'observer réagir. Ou alors, c'est pour faire des critiques. L'homme adore critiquer, j'ai l'impression qu'il est né ainsi ; pour juger, émettre des petits commentaires quand l'un passe au tableau, que l'autre jette son chewing-gum à la poubelle, et aussi regarder la moitié de ses confrères mourir. On dit, on parle, on émet des opinions, sans réactions, affalé dans un canapé, devant un miroir, ou même seul. Ce qui est étrange dans nos vies, c'est qu'on est tous les mêmes sans le savoir, et en croyant qu'on vit différemment. Ce qui est étrange, c'est que j'appelle cela "étrange", alors que cela s'appelle simplement de l'égocentrisme, de l'égoïsme, de la connerie, de l'erreur. L'erreur est humaine, disent-ils. Et si l'humain était une erreur, que diraient-ils ?
la vie, la vraie, voici un petit texte de ce que je remarque en général.
Ce soir, je vous publie un ou deux chapitres en entier ici, pour éviter les coupures et tout le bordel. Stay here ;). A toute à l'heure.