Quand on a que Lamoot...
Son groupe RiviÚre Noire a remporté le prix du meilleur album de musiques du monde aux Victoires de la Musique en 2015. Mais Jean Lamoot est surtout connu pour son travail d'ingénieur du son et de réalisateur. La liste des gens avec qui il a travaillé est effectivement impressionnante : Noir Désir, Girls In Hawaii, Salif Keita, Dominique A, Mano Solo, Keren Ann, Brigitte Fontaine, Etienne Daho, Jean-Louis Aubert, Vanessa Paradis, Nneka, Juliette Gréco, Java, Alain Bashung... Jean Lamoot était cette semaine au studio Love Island pour une master-class sur la réalisation d'album, et il viendra témoigner de son travail avec Alain Bashung ce jeudi 1er Octobre, la veille de la diffusion du live « Confessions Publiques », enregistré au Chabada en 1995.
Peux-tu expliquer en quoi consiste ton métier ?
Je suis ingĂ©nieur du son et rĂ©alisateur. Mon rĂŽle, c'est d'accompagner un projet musical du dĂ©but jusqu'Ă la fin, un peu Ă la maniĂšre d'un rĂ©alisateur de film. Je dois saisir l'essence du projet, maitriser tous les aspects artistiques et les Ă©quipes techniques qui y sont associĂ©es, ne jamais perdre de vue l'objectif final qu'on s'est fixĂ©, et accepter les accidents de parcours tout en rebondissant dessus. Je suis en quelque sorte un metteur en sons. Je dois ĂȘtre capable d'apporter Ă un chanteur tout un univers, tout un dĂ©corum. Je manipule des sons, des vibrations, et dĂšs le choix des musiciens, j'aime trouver le bon casting qui saura donner les couleurs que je cherche aux chansons. Je dois ĂȘtre capable de sentir ce qui sera bon pour ces chansons et de le rĂ©aliser techniquement. En rĂ©sumĂ©, je dois rendre concrĂštes des idĂ©es qui Ă©taient trĂšs abstraites au tout dĂ©part du projet.
Tu es en train de donner une master-class toute la semaine au studio Love Island à cÎté d'Angers. Qu'est-ce qui s'y passe exactement ?
C'est la quatriĂšme fois que je fais ce genre d'exercice, mais c'est la premiĂšre fois que j'ai des participants qui ont autant d'expĂ©rience en studio. Les neuf personnes sont tous musiciens ou ingĂ©nieurs du son, ils ont tous dĂ©jĂ enregistrĂ© des disques, savent manipuler l'outil studio. Je pense qu'ils viennent donc chercher des nouvelles mĂ©thodes de travail, ou valider certaines autres, partager des expĂ©riences. ConcrĂštement, j'enregistre trois titres du prochain album de Pierre Lebas (l'ancien chanteur de La Ruda), comme si je le faisais dans mon propre studio. Et les participants me regardent faire, peuvent me poser des questions sur tel ou tel choix, sur telle ou telle façon de procĂ©der. C'est trĂšs enrichissant, y compris pour moi. Â
Ce n'est pas ta premiÚre collaboration avec des artistes d'Angers. Tu as déjà travaillé avec Lo'Jo et Kwal.
Oui, j'avais rencontrĂ© les Lo'Jo il y a dĂ©jĂ quelques annĂ©es. On devait travailler ensemble pour un album, et ça ne s'Ă©tait finalement pas concrĂ©tisĂ©. Puis j'ai eu Ă travailler sur un disque de Kwal, au cours duquel j'ai rencontrĂ© le guitariste Raphael Thuia (qui joue Ă©galement dans My Sweet October) et Baptiste Brondy, qui Ă©tait devenu entre temps le nouveau batteur de Lo'Jo. Tous deux nous accompagnent dĂ©sormais souvent sur scĂšne avec mon groupe RiviĂšre Noire. Puis Lo'Jo m'a rappelĂ© et nous avons travaillĂ© ensemble pendant un mois sur leur dernier disque « Cinema el Mundo », que j'aime beaucoup. C'Ă©tait un moment trĂšs fort car ce sont des gens qui ont beaucoup de cĆur et une expĂ©rience de vie trĂšs riche. On a beaucoup partagĂ©. Je suis vraiment touchĂ© par leur musique et par la poĂ©sie de Denis PĂ©an.
Tu as travaillé avec de nombreux grands paroliers, dont Alain Bashung. Tu seras d'ailleurs présent ce jeudi 1er Octobre aux Studios Tostaky pour témoigner de cette expérience, la veille de la diffusion de son concert enregistré au Chabada en 1995.
Oui, j'ai commencĂ© Ă travailler avec Alain Bashung sur l'album « Fantaisie Militaire » en 1998, puis pour « L'Imprudence » en 2002. J'ai vĂ©cu mille moments dĂ©licieux avec Alain qui Ă©tait un ĂȘtre extraordinaire. C'est quelqu'un avec qui j'ai beaucoup appris. Il m'a notamment appris Ă me sentir libre, d'exprimer mes idĂ©es, mes ressentis, de ne jamais avoir de rĂšgles. Car il ne s'interdisait jamais rien lui-mĂȘme, toujours curieux de tout. C'Ă©tait vraiment quelqu'un qui Ă©tait Ă l'Ă©coute des autres, trĂšs humain, trĂšs doux. Et il a toujours su s'entourer de gens trĂšs talentueux, parmi ses musiciens notamment. C'est quelque chose de trĂšs important, qui fait souvent la diffĂ©rence : rĂ©ussir Ă crĂ©er une alchimie entre plusieurs talents. Il disait souvent : « Je prĂ©fĂšre participer Ă hauteur de 25% Ă quelque chose de trĂšs bien , plutĂŽt que de faire Ă 100% quelque chose de moyen. Parce que je connais mes limites. » C'est une belle leçon d'humilitĂ©. Et il avait vraiment un charisme incroyable. DĂšs qu'il posait sa voix en studio, ça mettait instantanĂ©ment tout le monde d'accord.
Tu as une anecdote un peu marrante à nous raconter sur ton travail ?
La premiĂšre qui me vient en tĂȘte, c'est il y a trĂšs longtemps, en 1993 ou 1994. J'Ă©tais tranquille chez moi, et je reçois un coup de fil d'un studio qui me demande si je peux venir en urgence pour les dĂ©panner. Ils ont besoin d'un ingĂ©nieur du son tout de suite. Je n'ai mĂȘme pas demandĂ© qui Ă©tait le groupe dans le studio. Quand je suis arrivĂ©, j'ai trouvĂ© La Mano Negra qui mixait des titres pour leur album « Casa Babylon ». Cette rencontre a Ă©tĂ© trĂšs importante pour moi car c'est Manu Chao qui m'a ensuite prĂ©sentĂ© au groupe Zebda, dont j'ai rĂ©alisĂ© le disque « Le Bruit et l'Odeur ». C'Ă©tait ma premiĂšre rĂ©alisation d'album, et ça a sans doute pas mal lancĂ© ma carriĂšre. Donc les choses auraient pu ĂȘtre trĂšs diffĂ©rentes dans ma vie si je n'avais pas Ă©tĂ© chez moi le jour oĂč le tĂ©lĂ©phone a sonnĂ©. (rires)
Crédits Photos: François Baron / Love Island (sauf 1Úre photo: Moon Pilot)
JEUDI 1ER OCTOBRE 2015 Fantaisie Militaire : making-of dâun album culte Avec Jean Lamoot, rĂ©alisateur Autour de "Confessions Publiques" ConfĂ©rence-rencontre // 19h30-22h @ Studios Tostaky Gratuit












