« …Quand vous faites une peinture, un visage par exemple, si l’œil est un peu trop bas, vous le corrigez tout de suite, c’est parce que votre cerveau est conditionné pour répéter ce qu’il a déjà vu, répéter ce que vous ont dit vos professeurs, vos parents, etc. On est tout le temps sous le joug de la mimèsis. De fait, on va répéter inlassablement les mêmes schémas, les mêmes patterns. Le fait d’être aveuglé vous fait sortir de cette mimèsis. On n’imagine pas, par exemple, quelle énergie il a fallu à un Picasso pour que, tout d’un coup, après ses périodes Bleue et Rose, il se dise : maintenant, je vais casser le compotier, je vais mettre deux yeux d’un même côté sur la face – lorsqu’il entre dans le cubisme. Ça demande un effort gigantesque. C’est pour ça que les artistes, nous sommes souvent traités de personnages bizarres ou de marginaux, parce qu’on déforme la réalité. La défiguration n’est pas du tout un geste morbide ou mortifère. C’est au contraire un geste pour essayer d’aller plus loin dans le regard des choses ». Olivier de Sagazan, La dépêche Évreux, 18 octobre 2022