[INTERVIEW CINĂ] FRANZ ROGOWSKI
Notre acteur prĂ©fĂ©rĂ© est allemand et sâappelle Franz Rogowski. Par ses choix audacieux et son interprĂ©tation à chaque fois exceptionnelle, il sâest imposĂ© pour nous comme un chouchou de premier plan. Alors quâon lâa vu rĂ©cemment dans le galvanisant âDisco Boyâ de Giacomo Abbruzzese, on le retrouve demain dans le magnifique âPassagesâ dâIra Sachs. Nous lâavons rencontrĂ© Ă Cannes alors quâil faisait partie du jury de la Semaine de la Critique 2023.
Nous avons lu que pour le rĂŽle de Tomas dans âPassagesâ, le rĂ©alisateur Ira Sachs tâa parlĂ© de lâacteur James Cagney (1899-1986) qui Ă©tait notamment connu pour ne pas avoir peur de devoir mal se comporter. Ton personnage Tomas a deux relations en parallĂšle, qui peuvent blesser chacun des deux amants, sans forcĂ©ment quâil en prenne conscience. Par ailleurs, Tomas est par moments peu aimable. Comment Ă©tait ton approche du personnage par rapport Ă cela ?
Franz : Vous avez tout Ă fait raison sur le fait quâIra est fascinĂ© par James Cagney. Il y avait aussi lâaspect de la bonne personne et de la mauvaise qui se mĂ©langent ensemble, dans un effet qui ne te permet pas en tant que spectateur d'avoir une expĂ©rience simple de ta propre morale ou de lire une histoire. Qui est le bon ? Qui est le mauvais ? OĂč est-ce que je me positionne ? Câest quelque chose dont on a parlĂ© et qui nous a inspirĂ©s dĂšs le dĂ©but. Pour moi en tant quâacteur, je nâai jamais essayĂ© de jouer quelquâun qui a envie que des mauvaises choses se produisent. Tomas est un homme qui veut ĂȘtre aimĂ©, qui veut aimer. Il veut vivre. Il a peut-ĂȘtre des difficultĂ©s Ă sâaimer lui-mĂȘme et donc il lutte souvent dans ses relations avec les autres. Il a du mal Ă voir le tableau complet, il est tellement piĂ©gĂ© dans le prĂ©sent et ses dĂ©sirs personnels. Câest trĂšs facile de le juger et de le voir comme une personne Ă©gocentrique et malveillante mais je trouve quâen fait les personnages de âPassagesâ aspirent tous Ă la mĂȘme chose : ils veulent que leur vie soit Ă©panouie, ils veulent vivre et aimer. Ils ont tous besoin dâintimitĂ© et ĂȘtre aimĂ©s tels quâils sont.
Dans âPassagesâ (2023) dâIra Sach avec AdĂšle Exarchopoulos
Il y a peut-ĂȘtre aussi un aspect immature chez Tomas : il veut tout, ne gĂšre pas bien la frustration et manque de confiance en lui. Il y a une scĂšne notamment oĂč en tant que rĂ©alisateur, il parle de la premiĂšre projection de son film qui Ă©tait une catastrophe et va voir Martin pour que ce dernier le rassure malgrĂ© les Ă©vĂ©nements rĂ©cents qui les a distancĂ©s lâun de lâautre. Est-il un enfant pour toi ?
Franz : Je crois quâil y a un enfant dans chacun de nous. Lâenfant en Tomas est peut-ĂȘtre un peu plus visible. Je peux comprendre cela. Jâessaie souvent de me rapprocher de lâenfant qui est en moi et de le protĂ©ger pour ĂȘtre mon propre pĂšre, mais ça ne marche pas ! On a tous besoin dâun vĂ©ritable pĂšre.
Dans âPassagesâ, est-ce que tu vois un peu de toi dans le personnage de Tomas ou câest un personnage diffĂ©rent de qui tu es comme personne ?
Franz : Je me le demande !
Dans âPassagesâ (2023) dâIra Sachs avec Ben Whishaw
Il y a une importante part physique dans les rĂ©cents films dans lesquels tu as jouĂ© : du sexe dans âPassagesâ, de lâentraĂźnement militaire et de la danse dans âDisco Boyâ [2023, notre interview du rĂ©alisateur Giacomo Abbruzzese par ici] et tu as notamment du perdre pas mal de poids pour âGreat Freedomâ [2022, notre interview du rĂ©alisateur Sebastian Meise par lĂ ]. Dâailleurs, il y a une scĂšne dans âDisco Boyâ oĂč on te voit en entraĂźnement militaire faire des tractions assez aisĂ©ment sur une barre horizontale. CâĂ©tait vraiment toi ou il y avait un trucage ?
Franz : Câest un mĂ©lange, un peu des deux ! (Rires)
Est-ce que cet aspect physique est un élément important quand tu choisis un rÎle ?
Franz : Non, je ne cherche pas particuliĂšrement Ă choisir des rĂŽles qui soient trĂšs physiques. NĂ©anmoins, on a tous un corps qui bouge dans le temps et dans lâespace et quand en tant quâacteur je contribue Ă un film, ce que je peux faire est de structurer le temps et lâespace avec mon corps. Jâai tendance Ă traduire des Ă©motions en actions. Jâai une petite allergie envers les paroles qui exprimeraient ton monde intĂ©rieur en expliquant ton Ă©tat mental, tes ambitions ou tes motivations. On voit souvent des conversations dans les films qui ne consistent quâen informations quâun scĂ©nariste a besoin de mettre dans une scĂšne pour que les gens comprennent ce qui se passe. Jâai toujours aimĂ© lâespace indĂ©fini oĂč en tant que public, on a besoin de dĂ©cider oĂč on se positionne et ce quâon ressent par rapport Ă ce quâon voit. Souvent, jâessaie de ne pas donner de rĂ©ponse Ă ce que ressent le personnage ou quel est lâobjet dâune scĂšne donnĂ©e, mais je crĂ©e un espace oĂč les choses pourraient rĂ©sonner. Câest une approche physique. Lâespace est toujours en trois dimensions.
Dans âGreat Freedomâ (2022) de Sebastian Meise avec Thomas Prenn
Tu penses dâabord Ă lâaspect physique et aprĂšs Ă la façon dâinterprĂ©ter les paroles ?
Franz : Cela dĂ©pend du personnage. Pour certains, ils ont un aspect physique si fort quâon ressent beaucoup leur corps, alors que pour dâautres ce sera plus dans la tĂȘte ou dans le cĆur, ou dans la douleur. Je ne pense pas que jâai une mĂ©thode, mais je suis toujours moi-mĂȘme.
Comment apprĂ©hendes-tu les scĂšnes de sexe ? Nous savons que câest une question sensible.
Franz : Aucun souci. Câest aussi un sujet sensible. Imaginez comment le sexe peut ĂȘtre sacrĂ© mais aussi terrifiant parfois. CrĂ©er cet espace exprĂšs devant une camĂ©ra et une Ă©quipe, câest une chose Ă laquelle vous ne vous habituerez probablement jamais Ă moins dâĂȘtre une star du X. On essaie des choses au tournage. Par exemple telle position peut ne pas convenir car tu es trop exposĂ©. On fait cela Ă©tape par Ă©tape et on finit avec une sorte de chorĂ©graphie dans laquelle on se sent en sĂ©curitĂ©. Mais câest une chose trĂšs bizarre Ă faire. Chaque fois, câest une grande aventure.
Dans âPassagesâ, ces scĂšnes disent beaucoup de choses dâun point de vue narratif.
Franz : Câest vrai ! Il y a tellement de façons de faire lâamour.
Dans âDisco Boyâ (2023) de Giacomo Abbruzzese
Dans tes deux derniers films âPassagesâ et âDisco Boyâ, tu es Ă Paris ! Tu parles un peu français dans chacun des deux. Ces deux films ont Ă©tĂ© faits par des rĂ©alisateurs Ă©trangers : Ira Sachs est amĂ©ricain et Giacomo Abbruzzese est italien. As-tu dĂ©jĂ envisagĂ© de faire un film avec un rĂ©alisateur français ? Quelle est ta relation au cinĂ©ma français ?
Franz : Oui ! En Europe, le cinĂ©ma français est trĂšs important. La concentration de cinĂ©mas Ă Paris est assez unique aujourdâhui. Lâimportance du cinĂ©ma en France est quelque chose dâassez impensable dans la plupart des pays. MĂȘme aujourdâhui aprĂšs la pandĂ©mie et une assez difficile pour le cinĂ©ma, je suis toujours impressionnĂ© par combien de personnes vont au cinĂ©ma voir des films de façon hebdomadaire. Câest merveilleux Ă voir ! Evidemment, il y a des acteurs et rĂ©alisateurs incroyables en France avec qui je rĂȘverais de travailler. Vous avez une culture trĂšs puissante en matiĂšre de cinĂ©ma. Le systĂšme dans lequel on vit est assez diffĂ©rent des Etats-Unis. On nâapproche pas vraiment son rĂ©alisateur prĂ©fĂ©rĂ©. En fait, câest plutĂŽt un modĂšle oĂč tu lis des scripts et tu choisis le meilleur que tu puisses atteindre. Je ne voudrais pas citer un nom en particulier. Jâaimerais travailler ici, mais je ne me concentre pas sur une nationalitĂ© en particulier quand je choisis un script. Cela pourrait ĂȘtre dans ton jardin ou dans une Ăźle Ă©loignĂ©e, on ne sait jamais vraiment quand cela apparaĂźt !
Les deux films âDisco Boyâ et âPassagesâ ont Ă©tĂ© tournĂ©s dans la foulĂ©e Ă Paris ?
Franz : Oui ! CâĂ©tait assez intense, parce que jâai fini âDisco Boyâ oĂč jâĂ©tais ce mec rigide, musclĂ© et tendu. Puis je suis devenu dans âPassagesâ un homme qui a un code de conduite et un comportement complĂštement diffĂ©rents, qui vit avec un autre homme. CâĂ©tait un changement assez rapide et drastique ! Mais câest Ă©galement un privilĂšge de pouvoir expĂ©rimenter des physicalitĂ©s si diffĂ©rentes lâune aprĂšs lâautre. Le tout premier jour du tournage de âPassagesâ Ă©tait un peu bizarre. Tout le monde Ă©tait encore en train dâarriver sur le tournage. Mais dĂšs le deuxiĂšme jour, tout le monde Ă©tait sur la mĂȘme page. Faire un film, câest toujours dĂ©couvrir au fur et Ă mesure ensemble. MĂȘme si tu te prĂ©pares autant que tu veux, câest aussi Ă propos de faire des erreurs ensemble pour comprendre ce que tu veux vraiment et ce que tu recherches. Un rĂ©alisateur va toujours devoir faire des compromis, dans une certaine mesure, avec la rĂ©alitĂ©, mais en contrepartie la rĂ©alitĂ©, quand tu la laisses entrer, va apporter tellement dâautres couleurs Ă ton script que tu en sors gagnant.
Dans âPassagesâ tu parles un peu français. Dans âDisco Boyâ tu joues un biĂ©lorusse qui parle russe et français. Est-ce que le fait de parler dans dâautres langues est quelque chose de libĂ©rateur pour toi ou au contraire de plus contraignant ?
Franz : Un peu des deux. Dâun cĂŽtĂ©, jâaimerais mâexprimer de maniĂšre un peu plus Ă©loquente. Je ressens la limitation mĂȘme lĂ maintenant Ă essayer de mâexprimer avec vous en anglais, Ă constamment devoir surmonter cette barriĂšre du langage. Dâun autre cĂŽtĂ©, quand tu joues, tu mets toujours des couches de fiction sur toi. Ce que tu dis est fictionnel et ce qui est rĂ©el est quâil y a des phrases. Si la phrase est dite dans une autre langue, cela souligne le fait que câest comme un objet qui participe dans la scĂšne. La phrase ne mâappartiennent pas Ă moi, mais au film. Parfois, parler dans une langue Ă©trangĂšre ajoute un peu Ă cet Ă©lĂ©ment.
Dans âPassagesâ (2023) dâIra Sachs
Il y a quelques scĂšnes qui ont Ă©tĂ© tournĂ©es et qui ont Ă©tĂ© coupĂ©es au montage pour âPassagesâ ?
Franz : Je ne crois pas trop. Il a jetĂ© deux ou trois scĂšnes pour une raison de rythme, pour maintenir une certaine allure, mais peut-ĂȘtre que je ne suis pas la bonne personne Ă qui poser cette question, parce que je suis presque dans toutes les scĂšnes. Souvent quand on est un acteur secondaire, cela peut parfois ĂȘtre une surprise. Tu es venu une dizaine de jours et tu nâes pas dans le film.
Par rapport Ă cela, il y a un Ă©lĂ©ment amusant dans âPassagesâ qui est que tu joues toi-mĂȘme le rĂŽle dâun rĂ©alisateur dâun autre film. Le film sâouvre dâailleurs sur cet autre tournage ! Est-ce quâIra Sachs tâa donnĂ© des indications prĂ©cises Ă ce sujet, vu quâil est lui-mĂȘme un rĂ©el rĂ©alisateur ? Ou est-ce quâil fait la part des choses en te laissant aller Ă plus de libertĂ© ?
Franz : CâĂ©tait une situation trĂšs amusante ! Je dirigeais une scĂšne et lui me dirigeait en train de diriger cette scĂšne ! Et moi je le dirigeais en train de me diriger, parce que jâĂ©tais un rĂ©alisateur ! (Rires) Je crois quâon a fait un peu des deux : de la façon avec laquelle je voulais quâon tourne et de celle quâil voulait ! Pendant tout le processus, cela a Ă©tĂ© trĂšs collaboratif.
Il y avait de lâespace pour de lâimprovisation ?
Franz : Parfois un peu, mais pas beaucoup. On avait un trĂšs bon scĂ©nario. La scĂšne avec les parents, quand je quitte la table et que la conversation est finie, puis je reviens Ă table et que je finis la conversation, câĂ©tait une improvisation. Je savais que la scĂšne Ă©tait finie et quâon lâavait, puis jâai voulu rajouter certaines choses et finalement on lâa gardĂ©e dans le film !
Dans âPassagesâ (2023) dâIra Sach avec AdĂšle Exarchopoulos
Dans âPassagesâ, câest un cocktail assez Ă©tonnant dâacteurs : tu formes un triangle amoureux avec le britannique Ben Whishaw et la française AdĂšle Exarchopoulos.
Franz : Ira a créé un créé un groupe super fonctionnel de gens. Il nous a dit quâil nous avait dĂ©jĂ en tĂȘte avant mĂȘme dâĂ©crire le scĂ©nario. On voulait tous y participer et on a vraiment apprĂ©ciĂ© travailler ensemble. CâĂ©tait un choix Ă©vident pour moi. Câest aussi un peu le rĂ©sultat dâune histoire de survie : Ira sâest beaucoup battu pour financer ce film, mĂȘme sâil est trĂšs connu, quâil avait Ă©tĂ© Ă Cannes [son prĂ©cĂ©dent film âFrankieâ (2018) Ă©tait prĂ©sentĂ© en CompĂ©tition] et quâil a Ă©tĂ© plusieurs fois Ă Â Sundance [ses trois premiers films âThe Deltaâ (1996), âFourty Shades of Blueâ (2005) et âKeep the Lights Onâ (2012) y Ă©taient prĂ©sentĂ©s]. De nos jours, câest dur de financer ce genre de film indĂ©pendant. Son script avait Ă©tĂ© Ă©crit Ă lâorigine pour une histoire Ă Brooklyn Ă New York. Il ne pouvait pas trouver lâargent. Puis, il en a parlĂ© avec le producteur français SaĂŻd Ben SaĂŻd [qui avait dĂ©jĂ produit le prĂ©cĂ©dent film âFrankieâ dâIra Sachs]. Il a cru au script et il lui a donc attribuĂ© cet argent. CâĂ©tait dur dâobtenir assez dâargent car Ira est amĂ©ricain, Ben est britannique, la production et AdĂšle sont français et moi allemand. On est tous super reconnaissants et heureux quâau final cela ait pu se concrĂ©tiser ainsi, mais lâhistoire dâIra a commencĂ© bien avant et il a eu un long combat pour faire ce film. Il a du faire quelques compromis. Le long-mĂ©trage nâest pas seulement dans un autre ville, mais aussi dans un autre continent, dans la culture europĂ©enne. Je trouve que câest un mĂ©lange trĂšs colorĂ© de plein dâinfluences.
Dans ce film, tu portes des vĂȘtements assez exubĂ©rants : moulants, colorĂ©s et souvent dĂ©pareillĂ©s. Il y a juste un moment oĂč au contraire tu es dressĂ© de façon trĂšs formelle avec un costume. Est-ce que tous ces vĂȘtements exubĂ©rants tâont aidĂ© pour entrer dans le personnage ?
Franz : Ils Ă©taie durs Ă porter, mais trĂšs aidants pour le personnage ! Notre costumiĂšre est une artiste incroyable. Elle Ă©tait toujours lĂ pour nous Ă nous aider. Elle crĂ©ait des vĂȘtements qui allaient nous inspirer. Je me souviens que jâai eu les vĂȘtements Ă notre premiĂšre rĂ©pĂ©tition ensemble. CâĂ©tait trĂšs personnel, dĂšs le dĂ©part. CâĂ©taient mes chaussures, son pull, la veste dâun ami Ă elle... Peut-que les sous-vĂȘtements Ă©taient au producteur SaĂŻd Ben SaĂŻd, je ne sais pas ! (Rires)
Dans âOndineâ (2020) de Christian Petzold avec Paula Beer
Nous pouvons parler du rĂ©alisateur allemand Christian Petzold [notre interview par ici]. Tu joues dans ses deux films âTransitâ (2018) et âOndineâ (2020), avec dâailleurs Paula Beer [notre interview par lĂ ] qui est Ă©galement jury Ă Cannes cette annĂ©e, dans la section Un Certain Regard. Tu nâes pas prĂ©sent dans le nouveau film âLe Ciel rougeâ de Christian Petzold [prĂ©sentĂ© Ă la derniĂšre Ă©dition de la Berlinale et qui sortira en salles française le 6 septembre prochain]. Tu savais dâemblĂ©e que tu ne serais pas dans le film ? Quelle est ta relation de travail avec Christian Petzold ?
Franz : Je pense quâon a eu deux films trĂšs intenses ensemble. On est fiers de ce quâon a fait. Jâai entendu Christian dire plusieurs fois quâil voulait tourner trois films avec Paula et moi. Je sens que ce dernier film âLe Ciel rougeâ nâĂ©tait pas le bon troisiĂšme film pour finir cette trilogie. Je pense quâon va retravailler ensemble, mais personne ne le sait. Il a besoin de trouver la bonne couleur pour sa prochaine peinture. Pour moi, ce nâĂ©tait pas le bon rĂŽle Ă jouer. On ne sait jamais. Il a deux ou trois scripts prĂȘts. Je crois aussi que la pandĂ©mie a changĂ© sa pensĂ©e. Celui quâil voulait faire originalement Ă©tait un peu trop lourd et les gens avaient besoin de quelque chose dâun peu plus lĂ©ger et entraĂźnant. Il a donc changĂ© dâavis et a trouvĂ© une histoire diffĂ©rente. Câest vrai que Paula est ici Ă Cannes, on aurait pu le faire ici ! (Rires)
Dans âUne vie cachĂ©eâ (2019) de Terrence Malick
Tu as fait une apparition dans le prĂ©cĂ©dent film âUne vie cachĂ©eâ (2019) de Terrence Malick et tu as apparemment tournĂ© un peu dans son prochain long-mĂ©trage âThe Way of the Windâ. Tu peux nous dire quelques mots sur ton travail avec Terrence Malick ?
Franz : CâĂ©tait un grand plaisir de travailler avec lui. On sâest juste rencontrĂ© briĂšvement, mais câĂ©tait intense. On a gardĂ© contact, on sâenvoie des messages. Travailler avec Terrence Malick est quelque chose dâassez spĂ©cial. Tu ressens que ce mec te connaĂźt aprĂšs Ă peine 5 minutes. Comment fait-il cela ? Câest un peu un mentaliste ! (Rires) Il va entrer dans la scĂšne alors que la camĂ©ra est en train de tourner et il va te murmurer quelque chose dans lâoreille. Il va te donner des notes le matin mĂȘme avant de tourner la scĂšne. Sur le tournage, il créé un espace trĂšs intime. Tu vois quâil y a toute la machinerie, mais tu finis par tourner comme dans un film Ă©tudiant ! Une configuration simple. On cherche juste une belle lumiĂšre. Il est amoureux de lâheure bleue [plus dâinfos par ici], du coucher et du lever de soleil. Souvent, on nâutilisait pas de lumiĂšre artificielle. On attendait que la magie opĂšre avec la lumiĂšre naturelle. Je n'ai aucune idĂ©e de comment rendra son nouveau film [âThe Way of the Windâ], jâai Ă©tĂ© sur le tournage uniquement deux ou trois jours. Jâai trĂšs hĂąte de le voir. Je crois quâil est en montage / post-production depuis trois ans maintenant ! Je ne sais mĂȘme pas si je suis dans le film. Dans tous les cas, je ne devrais pas le prendre personnellement. Il collecte des couleurs, des Ă©nergies et atmosphĂšres. Câest diffĂ©rent dâun script oĂč tu sais ce que tu vas faire. Ici, il y a beaucoup dâimprovisation.
Tu as commencé dans le théùtre. On a vu que tu avais notamment travaillé au théùtre expérimental Kammerspiele à Munich.
Franz : Oui, jâĂ©tais lĂ -bas dans un ensemble pendant deux ans mais câest dĂ©jĂ il y a cinq ans maintenant. Il nây a plus de spectacle prĂ©vu. Ma vie de théùtre a durĂ© dix ans Ă tourner et Ă faire des reprĂ©sentations et chorĂ©graphies. Jâai fait plein de choses diffĂ©rentes. Jâai fermĂ© ce chapitre et je suis pleinement dans le cinĂ©ma dĂ©sormais.
Quand tu joues un rÎle, est-ce que tu essaies de regarder dans ton passé pour interpréter le personnage ? Ou est-ce que tu te sépares complÚtement de ta vie privée ?
Franz : Jâessaie, je cherche dans le passĂ© et le futur. Puis jâessaie dâĂȘtre dans le ici et maintenant.
Dans âPassagesâ (2023) dâIra Sachs avec Ben Whishaw
Tu fais partie du jury de la Semaine de la Critique, qui a pour particularité de ne sélectionner que des premiers et deuxiÚmes films. Y a-t-il des réalisateurs dont tu te souviendrais du premier film ?
Franz : Jâai peut-ĂȘtre vraiment tort, mais est-ce que âSans toit ni loiâ (1985) Ă©tait le premier film dâAgnĂšs Varda ? Attendez je regarde. [Il sort son tĂ©lĂ©phone.] Oh mon Dieu, pas du tout en fait ! Elle lâa fait aprĂšs une vingtaine dâannĂ©es de films. (Rires) [Il sâagit de son huitiĂšme long-mĂ©trage de fiction.] Jâaime beaucoup âJapĂłnâ (2003) qui est le tout premier film du rĂ©alisateur mexicain Carlos Reygadas. [Son dernier film en date âNuestro Tiempoâ (2018) Ă©tait sĂ©lectionnĂ© en CompĂ©tition Ă la Mostra de Venise.] Jâai Ă©tĂ© trĂšs impressionnĂ© de voir Ă quel point ce film Ă©tait Ă©lĂ©gant et mature pour un premier film. Cette semaine, on va voir plein de premiers films qui vont ĂȘtre super, jâen suis sĂ»r. Câest si rafraĂźchissant ! Câest un lieu spĂ©cial dans lequel tu ne peux ĂȘtre quâune fois dans ta vie, quand tu montres pour la premiĂšre fois ton travail dans le grand monde. Tu fais ta dĂ©claration. Les gens ne te connaissent pas. Tu as tous les choix, mais en mĂȘme temps, il y a beaucoup de pression. Le fait dĂ©jĂ que ces personnes fassent leur premier film est dingue en soi.
QuâĂ©coutes-tu comme musique en ce moment ?
Franz : Jâaime bien Mac Miller ! Jâaime bien le rap, mais ça pourrait trĂšs bien ĂȘtre Jean-SĂ©bastien Bach demain !
Quand tu as un rĂŽle Ă jouer, est-ce que lâĂ©lĂ©ment musical est important dans la prĂ©paration pour toi ?
Franz : Non, je dirais que câest plus aprĂšs quand tu vois le film fini que parfois je me demande pourquoi il mettent autant de musique, pourquoi ils me font ressentir une Ă©motion que je nâaurais peut-ĂȘtre pas sans cette musique. Ce nâest pas le cas dans âPassagesâ, mais de maniĂšre gĂ©nĂ©rale quand je regarde des films, je me dis que les bandes-originales ont souvent une tendance Ă manipuler le public. Un peu moins de musique de temps Ă autre serait une bonne chose.
A la fin de âPassagesâ, tu fais du vĂ©lo triomphalement sur une version remodelĂ©e de La Marseillaise ! Le rĂ©sultat est superbe !
Franz : Oui, câĂ©tait trĂšs amusant ! CâĂ©tait aussi trĂšs fatiguant de faire du vĂ©lo comme cela toute la journĂ©e. Le plan final est moi en train de maintenir le rythme Ă cĂŽtĂ© du camion qui me filmait, le tout dans un trafic normal. JâĂ©tais un peu retardĂ©, mais le rĂ©sultat est super ! Jâai toujours fait du vĂ©lo et câest une façon personnelle de vivre. Je peux me rĂ©fĂ©rer Ă cela, dans le fait de ressentir toutes sortes dâĂ©motions en rentrant chez soi ou en allant chercher des rĂ©ponses dans lâavenir.
Crédits photo de couverture : Aurélie LamachÚre // Semaine de la Critique 2023
âPassagesâ sort demain en salles. Il est hautement recommandĂ© !
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