Les mariages étaient en chute libre. A la fin des années 70, après avoir été ravagé par la guerre, les faes s’étaient repliés sur eux-même et n’étaient enclin à faire ni la fête, ni des rencontres. Nombre de faes se sont retrouvées blessées, ou même veuf des suites de la guerre. Un constat fait par la Reine de l’époque, Son Altesse Silene à propos de sa propre fille et héritière du trône, la Princesse Briar. Quand la princesse devient Reine au décès de son père, la Reine-Douairière prend les choses en mains et décide de relancer un vieux concept : celui des Saisons Mondaines.
Il y a des siècles, pour favoriser les mouvements entre les différentes Cours, les Saisons Mondaines permettaient les rencontres et les mariages. Il s’agirait de faire de même à Etincelune, le dernier berceau fae existant. Une saison rythmée, médiatisée. Le but est d’intéresser les gens, de faire comme diraient les humains du “storytelling” et de finalement favoriser des unions, puis des naissances. La première saison en 1981 s’achève en apothéose par le mariage de la Reine Briar avec le séduisant Daim Oryndel - une belle union. Nul doute qu’ils auraient de beaux enfants.
Le but des saisons est simple, pour ne pas dire primaire : faire grimper la natalité et sauver la race fae de l’extinction. Tous les moyens sont bons. Les mariages entre fae, les mariages entre fae et humains, qu’importe. Une chance que les deux espèces soient compatibles biologiquement et que le sang fae soit dominant. Après une génération, c’est comme si aucun humain n’avait été dans la lignée.
Mais le but est également d’asseoir la position de la Monarchie qui a jadis été fragilisée par les positions inconstantes du Roi précédent. De ce fait, l’organisation des saisons sous leur coupe prouve qu’ils ont de l'intérêt pour le bien être et la prospérité de leur peuple. Durant ces bals et mondanités, la royauté se retrouve maître sur un échiquier politique et au première loge pour assister aux affaires entres les différentes cours.
Mais l’idée est aussi de créer une routine, des repères et de donner une nouvelle dynamique. En effet, il y a plus d’un millénaire que les faes ne se sont pas retrouvés tous au même endroit, ils doivent apprendre à vivre ensemble de nouveau. Et puis, tout le monde aime les ragots et les potins. Rien de tel que le divertissement pour éloigner les craintes que pourrait occasionner une recrudescence de la chasse sauvage.
Un véritable calendrier, une véritable institution. Les saisons s’articulent principalement autour de bal, qui s’articulent eux-même autour du calendrier lunaire. Les saisons débutent à l’équinoxe d’automne (soit ~20 septembre) par un bal somptueux organisé par la Cour du Crépuscule, durant se bal chaque célibataire va alors passé devant la Reine et sa mère où elles jugeront de ce qu’iels sont. Afin de déterminer au bal suivant les Perles de la saison.
Après le premier bal de l’équinoxe d’automne, trois pleines lunes se succèdent avant le Solstice d’hiver et les cours Boréale, des Rêveries et du Levant organiseront successivement leur bal avec des thèmes qui leur sont propres mais non moins attendus.
Le plus bel événement de la saison sera aussi le plus sélectif, puisqu’il s’agit du bal organisé lors du solstice d’hiver par la famille royale au cœur de la Cour Céleste. Un événement où les invités sont triés sur le volet et où certains seraient prêts à toutes les manigances pour s’y voir invités.
Et avant l'équinoxe de printemps, trois autres pleines lunes se succèderont et ça sera au trois cours restantes qui sont celles de l’Aurore, des Tempêtes et Australes d’organiser leur bal. Ces bals sont souvent le théâtre de retournement de situation assez ubuesque.
Et la saison se termine à l’équinoxe de Printemps (soit ~20 mars) par un bal printanier dans les jardins de la Cour Céleste.
Les règles de bonne conduite
Les saisons mondaines possèdent quelques règles bien établies et qu’il faut suivre si vous voulez être bien vu. Les règles élémentaires liées aux rangs et la royauté sont bien évidemment à respecter. Nous ne saurons que trop vous conseillez d’appeler les fae de famille dirigeant de cour “Seigneur” et “Dame”, tout comme les élémentaires pour vous adresser à la royauté par des “Son Altesse Royale”, “Prince” et “Princesse”.
Mais la règle la plus élémentaire de toute est d’être présent lors du premier bal de la saison et de se présenter à la Reine et sa mère. A chaque début de saison, chaque célibataire se présente, quelques soit son genre, même s’il a fait partie de la saison passé, car il faut remettre en mémoire tout le monde. Le jour des présentations, c’est là que l’on sort ses plus beaux atouts, ses plus belles robes, ses plus beaux bijoux et ses plus belles attitudes. Se marier durant la saison sans avoir été introduit à la Reine est mal vu, et comme elle a été bénie par les déesses, c'est aussi de très mauvais augure.
Des suites de ce premier bal, et durant les semaines qui suivent, les yeux et oreilles de tous vont se mettre en quête des trois prochaines perles de la saison. Être une perle est un immense honneur, et ce n’est pas réservé qu’aux femmes, ni au fae, on a déjà vu des perles humains et humaines. Trois personnes dont elle financent le mariage s’ils viennent à trouver chaussure à leur pied. Elles assistent ces derniers et leur famille à trouver la personne la plus adéquate à leur rang et exigence. C’est un immense privilège. Ils et elles sont trois à être choisis, en hommage bien sûr à la triade lunaire. Susciter l’intérêt de la royauté c’est s’assurer des bons partis. Les Reines jugent l’élégance, l’éloquence, la bonne tenue, le savoir vivre et essaient de ne pas se focaliser sur la naissance, préférant laisser le talent faire les choses. Beaucoup jouent des coudes pour être nommé Perle Lunaire ou voir leur chair être nommée. Tous les coups sont permis.
Il faut aussi garder en tête que les faes ne sont pas pour l'hétérosexualité ou l’homoséxualité exclusive, mais que dans le cas des saisons le but est avant tout la reproduction. On favorise les mariages hétérosexuel en première instance. Toutefois, lors des bals ils est tout aussi courant de voir danser des couples hétérosexuel qu’homosexuel, les danses faes n’étant pas genrée. Mais on peut assister à des cour entre personne de même sexe dans le cas de seconde union. Bien que généralement les seconds mariages se basent davantage sur des unions organisées dans un cadre plus privé, et surtout plus en lien avec les affinités. Quand il s’agit d’une seconde union, on peut voir un couple courtiser une personne, c’est tout à fait normal.
D’un point de vue plus sociétal, la virginité n’est pas une vertue. Chez les faes, le sexe n’est pas tabou, et il est normal d’avoir des relations sexuelles hors mariages. La virginité peut être choisie, et dans tous les cas ce choix demeure personnel, et ne sera pas imposé, ni jugé par la société. En continuant d’un point de vue sociétal, l’âge pour faire son entrée dans le monde des saisons ne doit pas être inférieur à vingt ans, et la longévité des faes fait qu’il n’y a pas réellement d’âge limite pour les hommes. Pour les femmes, généralement, on en voit très peu faire leur entrée après l’âge de soixante-dix ans.
Mais, quand on parle de faire la cour, de quoi parle-t-on ? Le principe est d’accorder du temps à une personne en passant du temps avec elle, sa famille par le biais de différentes activités, sorties dans le but d’apprendre à la connaître pour pourvoir à un mariage. On peut courtiser plusieurs personnes en même temps, mais cela peut être plutôt mal vu. Et parfois, la cour se poursuit et se termine sur une demande en mariage. On se marie quand on veut, mais la coutume veut que l’on se courtise quelque temps, et qu’on ait l'approbation des deux familles.
Les besoins de divertissement ont poussé la royauté à médiatiser les saisons. Les médias ont longtemps été traditionnels, au moyen de magazines. Chaque bal fait l’objet de reportages et d'articles de qualité, mais qui avec les années sont un peu devenus… ringards. La jeunesse a alors commencé à se désintéresser des saisons, jusqu’à l'arrivée d’une mystérieuse chronique publiée sur le réseau social “Fae of Interest”. “Dame Lux, votre chroniqueuse qui fait la lumière sur la vérité”, une plume cynique, des informations exclusives, un point de vue moins complaisant avec la noblesse. Bien que ça ne soit pas un média officiel, les intérêts sont servis et tant que certaines lignes ne sont pas dépassées, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.