Recyclage des plastiques: Le retour de la consigne, la fausse bonne idée?
RECYCLAGE Dans le cadre de l'élaboration de sa feuille de route sur l'économie circulaire, le gouvernement réfléchit à relancer le principe des consignes, non plus sur les bouteilles en verre comme autrefois, mais sur celles en plastique...
Fabrice Pouliquen 20 Minutes 06/02/18 à 18h20
Des bouteilles payĂ©es quelques centimes dâeuros de plus par le consommateur qui peut ensuite rĂ©cupĂ©rer son dĂ» en rapportant lâobjet vide dans un point de collecte. Câest le concept de la consigne que le gouvernement songe Ă rĂ©introduire en France pour les bouteilles en plastique.
Le systÚme appliqué dans de nombreux pays européens et dans des Etats américains est souvent auréolé de jolis succÚs. En Allemagne, en particulier.
La France a choisi une autre route en instaurant, il y a 25 ans, le tri sélectif des déchets au domicile.
Les professionnels du recyclage craignent alors que le retour de la consigne complexifie le geste de tri des particuliers.
Quelques centimes rĂ©cupĂ©rĂ©s en Ă©change de la bouteille de verre vide rapportĂ©e au commerce. Combien de minots ont pu ainsi sâacheter des bonbons quand les grands-parents ne rĂ©clamaient pas lâargent ?
Ă bien y rĂ©flĂ©chir, la consigne, gĂ©nĂ©ralisĂ©e en France dans les annĂ©es 1960 avant de tomber en dĂ©suĂ©tude au dĂ©but des annĂ©es 1990, ne faisait pas que le bonheur des enfants. Cette vieille recette Ă©tait aussi rudement efficace pour sâassurer du retour et de la rĂ©utilisation des bouteilles vides. Au point que le gouvernement songe Ă son retour en grĂące en 2018.
[REPORTAGE] Instaurer une consigne sur les bouteilles en plastique et les canettes en métal, ce serait possible. Nous explorons cette idée avec tous les acteurs concernés. Les Allemands le font depuis déjà depuis 2003 et voilà comment ça fonctionne
« Une bouteille en plastique sur dix collectée à Paris ou Marseille »
Câest lâune des mesures fortes que le ministĂšre de la Transition Ă©cologie met en dĂ©bat ce mardi, sur son site Internet, avant la publication fin mars de sa feuille de route sur lâĂ©conomie circulaire. Les objectifs sont connus, annoncĂ©s par Ădouard Philippe en juillet dernier : « diviser par deux les dĂ©chets mis en dĂ©charge et recycler 100 % des plastiques sur tout le territoire dâici 2025. »
On nây est pas encore. La France est mĂȘme Ă la traĂźne comparĂ©e Ă certains de ses voisins. Sur les bouteilles en plastique, la France affiche ainsi un taux de recyclage de 56 %* quand lâAllemagne atteint 90 %. Mais avant mĂȘme de parler de recyclage, il faut se pencher sur la collecte. « Dans les grandes villes, comme Paris et Marseille, seule une bouteille en plastique sur dix est collectĂ©e », rappelle Brune Poirson, secrĂ©taire dâĂtat auprĂšs du ministre de la transition Ă©cologique et solidaire.
Un concept à dépoussiérer
Le retour de la consigne pourrait alors ĂȘtre ce remĂšde miracle. Le principe serait le mĂȘme quâautrefois. Nous achĂšterions quelques centimes dâeuro plus cher nos bouteilles (dâeau, de soda, de lait etc.), centimes que nous rĂ©cupĂ©rerions en rapportant la bouteille vide Ă un point de collecte. Ce qui change ?
Ces consignes concerneraient non plus les bouteilles en verre mais celles en plastique.
Elles ne seraient plus à remettre en main propre au commerçant mais à déposer dans des machines automatisées installées dans les commerces, les gares, les lieux publics, les entreprises, etc.
Il ne sâagirait plus de remplir Ă nouveau ces bouteilles comme autrefois, mais de les recycler.
Déjà des machines de collecte mais sur le principe de la gratification
La France ne part pas tout Ă fait de zĂ©ro. « On lâoublie, mais ce systĂšme de la consigne reste trĂšs rĂ©pandu dans la restauration commerciale sur les bouteilles en verre », rappelle dĂ©jĂ Flore Berlingen, directrice de Zero Waste France.
En parallĂšle, des entreprises ont aussi essaimĂ© ces derniĂšres annĂ©es des machines de collecte automatisĂ©e de bouteilles en plastique Ă destination des particuliers. Câest le cas de Lemon Tri, ou de Reco, devenue filiale de Suez. La premiĂšre a dispatchĂ© 300 machines depuis 2011, essentiellement en Ile-de-France et pour un tiers situĂ©s dans les grandes surfaces. « Les deux autres tiers sont installĂ©s sur des campus universitaires, des cinĂ©mas, des cafĂ©tĂ©rias dâentreprises », liste Emmanuel Bardin, le cofondateur. Reco en est Ă une centaine de kiosques installĂ©s, surtout en rĂ©gion, sur les parkings des hypermarchĂ©s.
Pour faire venir le particulier au point de collecte, ces deux entreprises ne sâappuient pas sur le principe de la consigne mais de la gratification. Chaque bouteille dĂ©posĂ©e donne droit Ă un bon dâachat Ă utiliser dans lâhypermarchĂ© partenaire. Reco en est Ă 125 millions de bouteilles et flacons en plastique valorisĂ©s depuis 2014 et Lemon Tri, qui se lance tout juste Ă Marseille, a permis de recycler 7,3 millions de bouteilles en plastique en 2017. « Câest peu au regard du nombre total de bouteilles collectĂ©es chaque annĂ©e en France », concĂšde Emmanuel Bardin, mais le concept marche tout de mĂȘme.
https://twitter.com/LemonTri/status/960802416139624448La consigne, un joli succĂšs en Allemagne
Ce nâest toutefois pas ce principe de la « gratification » que souhaite dĂ©velopper le ministĂšre de la Transition Ă©cologique, mais bien celui de la consigne avec une caution rĂ©cupĂšrĂ©e une fois la bouteille rapportĂ©e au point de collecte. Plusieurs de nos voisins europĂ©ens ont dâores et dĂ©jĂ mis en place ces systĂšmes.
Dont lâAllemagne, un cas dâĂ©cole. Depuis le 1er janvier 2003, la majoritĂ© des boissons commercialisĂ©es y sont consignĂ©es. La caution est de 8 centimes pour une canette de biĂšre vide, de 15 centimes pour une bouteille en plastique rĂ©utilisable et de 25 centimes pour tout contenant non recyclable. « Ce dispositif a permis Ă lâAllemagne dâatteindre un taux de collecte des emballages boisson de 90 % », rapporte le cabinet de Brune Poirson. Frileux Ă son lancement, les Allemands Ă©taient 82 % Ă plĂ©bisciter ce systĂšme de consigne en 2016 et une majoritĂ© voulait lâĂ©tendre aux gobelets.
« Lâexemple des Etats-Unis est tout aussi intĂ©ressant, complĂšte Emmanuel Bardin. Des Ătats ont instaurĂ© un systĂšme de consigne (Californie par exemple), dâautres non. La collecte est bien plus performante pour les premiers et les taux sont meilleurs encore dans les Ătats qui ont instaurĂ© une caution forte, autour de 20 centimes par emballage. »
Ă quel montant justement fixer cette consigne ? Faut-il lâappliquer Ă tout le territoire ou cibler les grandes villes oĂč le taux de collecte des bouteilles en plastique est Ă la traĂźne ? OĂč mettre ces machines ? Sur la voie publique ? Dans les commerces ? Le gouvernement planche encore sur toutes ces questions. DâoĂč cette nouvelle consultation en ligne lancĂ©e ce mardi. Dâici fin mars, Brune Poirson doit aussi rencontrer tous les acteurs de la filiĂšre.
Ă Lemon Tri, on se dit dĂ©jĂ prĂȘt Ă accompagner lâĂtat dans les expĂ©rimentations. « Le systĂšme de la rĂ©tribution Ă©tait une façon de prĂ©parer le terrain, estime Emmanuel Bardin. Une consigne gĂ©nĂ©ralisĂ©e sur tout le territoire serait un levier bien plus efficace et plus simple Ă gĂ©rer. » Flore Berling y est aussi favorable. « Ă condition que la consigne vise Ă terme le rĂ©emploi des bouteilles en plastique collectĂ©es et non pas seulement le recyclage. Or, viser le rĂ©emploi nĂ©cessite en amont de revoir la conception technique des emballages. A ce jour, nous avons peu de dĂ©tails sur ce point. »
« Le risque de complexifier le geste de tri »
Mais le retour de la consigne nâemballe pas tous les acteurs du recyclage. CitĂ©o, lâĂ©co-organisme agréé par lâĂtat pour le recyclage des emballages mĂ©nagers, met ainsi en garde contre une complexification des consignes de tri adressĂ©es aux Français. « Il y a 25 ans, la France a fait le choix dâinstaurer la collecte sĂ©lective qui consiste Ă donner un bac de tri au plus prĂšs des mĂ©nages, indique CitĂ©o Ă 20 Minutes. 99,8 % du territoire a aujourdâhui accĂšs Ă ces bacs jaunes et le systĂšme est efficace dans de nombreuses rĂ©gions de France. » La consigne pourrait ĂȘtre ce grain de sel impliquant pour les particuliers de dĂ©poser certains emballages plastiques dans les bacs jaunes et les bouteilles ailleurs. »
Citeo admet certes le problĂšme de la faible collecte des dĂ©chets en plastique dans les grandes villes. Mais lâĂ©co-organisme mise plus sur dâautres solutions. Comme lâextension des consignes de tri ou Trilib -des bacs de collecte installĂ©s sur la voirie- une solution expĂ©rimentĂ©e Ă Paris et bientĂŽt Ă Marseille.
Au final, Jean-Philippe Carpentier, prĂ©sident de la FĂ©derec (FĂ©dĂ©ration professionnelle des entreprises du recyclage), en revient au systĂšme dâores et dĂ©jĂ imaginĂ© par Reco ou Lemon Tri et basĂ© sur la gratification. « Ces consignes inversĂ©es peuvent trĂšs bien ĂȘtre imaginĂ©es comme une solution complĂ©mentaire aux bacs jaunes pour les dĂ©chets gĂ©nĂ©rĂ©s « hors foyer », estime-t-il. Dans les gares, les aĂ©roports, la rue, les enceintes sportives.. Ce principe ne casse pas le tri sĂ©lectif au domicile tout en permettant malgrĂ© tout de collecter des tonnes de bouteilles vides supplĂ©mentaires. »