Entrepreneuriat ou salariat, quâen pensent les jeunes ?
« La thĂ©orie, c'est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c'est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoiâŠÂ» avait prĂ©cisĂ© Albert Einstein. Cela signifie donc que lâon peut maĂźtriser la thĂ©orie mais quâon nâest pas nĂ©cessairement capable de la mettre en pratique ?
Depuis prĂšs de cinq ans, nous entendons souvent parler de lâentrepreneuriat comme Ă©tant le moyen de sortir le pays de la pauvretĂ©. Des concours de plan dâaffaires ont vu le jour pour inciter les gens Ă devenir des entrepreneurs et du mĂȘme coup leur donner une chance de dĂ©marrer lâentreprise de leur rĂȘve. Parmi ces concours nous pouvons citer les plus connues: Mon Entreprise Mon Avenir (MEMA) organisĂ© par Technoserve, A la rencontre des jeunes entrepreneurs patronnĂ©e par la Fondation Etre HaĂŻtien, le programme LEAD de la Fondation PanamĂ©ricaine de DĂ©veloppement (PADF)  et le concours Digicel Entrepreneur de lâannĂ©e.
Il va sans dire que lâentrepreneuriat retient lâattention des Ă©conomistes, des sociologues et des dĂ©cideurs politiques de notre pays parce quâil est valorisĂ© comme moteur de dĂ©veloppement Ă©conomique ou apporteur de solutions alternatives aux problĂšmes de chĂŽmage. Il est donc tout Ă fait normal de se pencher sur la question et de le promouvoir dans la mesure oĂč notre pays a besoin dâaller de lâavant en crĂ©ant de la richesse Ă©conomique et sociale.
Bien quâil soit vrai que les thĂ©ories sur la question soient apprises par plus dâun, il nâest pas dĂ©raisonnable de nous demander ce que pense les jeunes en gĂ©nĂ©rale et nos jeunes universitaires en particulier en ce qui a trait Ă leur intention de sâengager dans cette voie en mettant en pratique ces acquis.
Un sondage STATIS sur lâentrepreneuriat  a rĂ©vĂ©lĂ© que les Ă©tudiants sont nombreux Ă vouloir crĂ©er leur propre entreprise mais quâil est trĂšs difficile  dây arriver en HaĂŻti.
InterrogĂ©s pour savoir s'ils envisagent un jour de crĂ©er leur entreprise, 95% rĂ©pondent par lâaffirmative. En outre 61 % pensent qu'il est aujourd'hui difficile de crĂ©er son entreprise en HaĂŻti. Les principaux freins Ă©voquĂ©s par les jeunes : une Ă©ducation peu ou non adaptĂ©e pour former les entrepreneurs de demain (83% des sondĂ©s), un environnement sociopolitique instable et le manque de fonds pour dĂ©marrer.
Entre autre, les jeunes affirment que pour entreprendre, il faut en prioritĂ© une bonne idĂ©e ou une opportunitĂ© Ă saisir (72%) suivi dâun apprentissage ou dâune formation adĂ©quate (15%). Les secteurs jugĂ©s les plus prometteurs selon eux sont le tourisme (34%), le commerce (32%) et les services (27%).
Paradoxalement, tous comptent dĂ©crocher un emploi tout de suite aprĂšs leurs Ă©tudes et 58% prĂ©tendent que le salariat est plus sĂ©curitaire que lâentrepreneuriat. 61% dâentre eux espĂšrent avoir un salaire compris entre 15000 et 25000 gourdes.  Les ONG sont la cible la plus en vue pour les emplois (46%). Â
Enfin l'image de l'entrepreneur chez les jeunes demeure fortement valorisĂ©e socialement. Le chef d'entreprise est perçu avant tout comme un homme courageux (37%) et ambitieux (35%) ; et avoir une entreprise est vue comme Ă©tant une preuve de rĂ©ussite sociale par 73% dâentre eux. Le tout dĂ©notant somme toute une connaissance juste de ce qu'est le mĂ©tier d'entrepreneur, pour lequel les jeunes aspirants souhaitent avoir plus d'accompagnement et de soutien de la part de leur famille, de leurs proches mais aussi des banques et des pouvoirs publics.
Lâentrepreneuriat est sans doute une alternative plus que reluisante aux yeux des jeunes mais avec une stabilitĂ© politique qui se fait encore attendre impactant nĂ©gativement le cadre des affaires et donc ne peut impulser une dynamique entrepreneuriale rĂ©elle ; un systĂšme Ă©ducatif qui nâinculque aucune valeurs propres Ă prĂ©parer les esprits Ă sâengager vers cette voie et Ă acquĂ©rir les Ă©lĂ©ments de base pour gĂ©rer une entreprise, il va sans dire que nous sommes encore loin de voir le jour oĂč les jeunes pourront sans hĂ©sitation sâaffirmer en tant quâentrepreneurs en HaĂŻti.
 Niveau de confiance 95%Â
Zone métropolitaine de Port-au-Prince