Denis Bajram : l’interview
Pour Comics Mag 1bis, Denis Bajram est revenu sur la création de sa couverture pour Fantastic Four 1, 2, 3, 4. La version courte de l’interview est dans le magazine, retrouvez en ligne l’interview en version longue.
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Vous réalisez la couverture de l’édition « 20ème anniversaire de Panini Comics » de Fantastic Four 1 2 3 4. Tout d’abord, est-ce que c’est une spécificité des comics de faire réaliser des couvertures par des artistes qui ne font pas les planches intérieures ?
C’est très fréquent. Cela vient du fait que le comics dans sa publication originale, c’était de la presse. Tout le monde travaillait donc dans l’urgence de devoir sortir un numéro tous les mois et démultiplier les intervenants était un moyen pour que chacun puisse avoir un peu plus de temps pour travailler.
Donc avoir, un dessinateur, un encreur, un lettreur, un scénariste et quelqu’un qui fasse la couverture, c’est aussi un moyen de soulager le travail de chacune des parties, histoire que tous les mois il y ait une vingtaine de pages de bande dessinée qui soit publiée.
Vous n’avez jamais travaillé directement pour le marché américain ?
Je n’ai jamais eu de commande du marché américain mais ma série Universal War One a été publiée chez Marvel... vraiment bien publiée d’ailleurs car ils m’ont assuré un vrai succès là-bas. Mais je n’ai jamais eu de commande directe d’un éditeur américain.
En tant qu’auteur européen, souhaitiez-vous faire une illustration qui se détache du récit ou proposer une illustration qui fait référence au contenu de Fantastic Four 1 2 3 4 ?
Je ne connaissais pas précisément ce récit mais je suis un gosse qui a lu Strange, Nova et compagnie dans les années 80, et en particulier le travail de John Byrne sur Les 4 Fantastiques. Le personnage de Fatalis est hyper iconique et quand on m’a proposé ce projet, j’étais aux anges.
Dans cette collection « 20 ans », il y avait l’idée de faire des illustrations un peu plus généralistes au lieu de proposer la couverture de l’épisode qui allait être dans le livre. En tous cas, on a toujours eu une grande liberté dans les couvertures et ça se voit dans le résultat, c’est extrêmement varié.
Moi, j’ai pris ça comme une occasion de rendre hommage à mon adolescence passée avec les comics Marvel.
Finalement, c’est Fatalis le héros de cette couverture…
Fatalis est totalement au cœur de l’histoire et c’est une histoire très gothique pour du Marvel. Je me suis tout de suite laissé aller à cette imagerie là sans me poser de question car ça correspondait à ce qu’il y avait dedans.
Pour parler de l’histoire, Fatalis s’en prend une nouvelle fois aux 4 Fantastiques mais il arrive cette fois à les faire vraiment tous s’effondrer. Il arrive à vider l’équipe de sa substance. Les héros sont vraiment à plat. C’est ce qu’on voit sur la couverture. C’est une vraie violence psychologique.
Pour cette couverture, vous avez travaillé directement en couleur, sans passer par une étape de crayonné ?
Oui, directement sur Photoshop. En fait, la peinture est faite directement sur l’image brute. J’augmente la définition de l’image et je repeins totalement dessus. Le seul truc que j’ai changé entre la version esquisse et la version finale, c’est remettre le rayon de lumière mais on est très proche du résultat final.
On est d’ailleurs un petit paquet d’artistes à ne travailler qu’en numérique. J’ai basculé en 2001, ça fait déjà 16 ans que je n’ai plus de table à dessin chez moi.
Il y a une quantité d’informations assez dingue sur cette image.
On a donc Fatalis victorieux, Richards plus qu’affaibli mais également un rappel de ses pouvoirs, on voit que c’est un homme élastique. On a aussi un affrontement direct entre les personnages, il y a un vrai effet miroir dans la composition entre les deux personnages…
Et dans mon esprit, c’est presque une de ces cartes à jouer classique dans laquelle le personnage, roi, valet ou dame, peut être retourné… Dans mon esprit, ce sont les deux rois qui se font face et j’ai remis un rayon de lumière en diagonale pour accentuer cette opposition.
Et la conclusion de cette image, c’est que Fatalis a vaincu Reed Richards et maintenant, il menace directement le lecteur.
C’est vraiment pour moi un regard iconique. J’ai essayé de faire une image représentative du comics. Je ne voulais vraiment pas faire une image au rendu européen sur un comics. D’autres ont fait ce choix là avec des résultats très intéressants mais j’avais vraiment envie de me glisser à 100 % dans les codes du comics et d’assumer ce qui m’a tant plu en tant que lecteur, cette capacité à livrer des images iconiques très fortes. Regarder dans le blanc des yeux le lecteur qui, dans ce cas-là, sera la prochaine victime, c’est un des grands classiques des comics.
C’était votre première couverture de comics et ça a dû plaire car vous avez d’autres demandes.
Oui. Dans le cadre du TGS, Marvel m’a proposé de faire une édition spéciale, je dois dire que ça ne me déplait pas. Je me laisserais bien aller à faire une couverture par an. Je dois dire que c’est assez réjouissant à faire.
Interview : Matt
Correction : Elise Lacroix