Communiqué de soutien à K.
K., 18 ans, est aujourdâhui incarcĂ©rĂ©e et poursuivie pour homicide suite aux faits survenus le 2 dĂ©cembre dernier. Tandis quâelle passait la soirĂ©e en centre ville avec ses ami-e-s, K. est victime de harcĂšlement de la part dâun inconnu qui sera rapidement mis Ă lâĂ©cart par le groupe. Plus tard, alors quâelle attend le tram avec une amie pour rentrer chez elle, le mĂȘme individu revient Ă la charge se sentant sĂ»rement beaucoup plus en force face Ă deux jeunes femmes. Ce nâĂ©tait pas la premiĂšre fois que K. Ă©tait victime de harcĂšlement de rue. La veille par exemple, elle avait Ă©tĂ© violemment agressĂ©e par un individu qui avait tentĂ© de l'Ă©trangler parce quâelle nâavait pas rĂ©pondu favorablement Ă ses âavancesâ. Le soir du 2 dĂ©cembre, au lieu de subir en silence une nouvelle agression, K. a repoussĂ© lâindividu en question qui est tombĂ© et lui a assenĂ© deux coups de pieds. Il nâen fallut pas davantage pour que les journaux locaux, parlent âdâacharnement Ă coup de talonsâ et titrent: âun homme meurt aprĂšs avoir Ă©tĂ© agressĂ© par une jeune fille de dix-huit ansâ au mĂ©pris de tout Ă©lĂ©ment Ă©voquant lâagression que venait de subir K. ou mĂȘme la vĂ©ritable cause de la mort. En rĂ©alitĂ©, lâindividu est dĂ©cĂ©dĂ© dĂšs sa chute, dâune rupture dâanĂ©vrisme.
Ici encore les mĂ©dias renversent les rĂŽles de la victime et de lâagresseur - comme ce fut le cas pour Jacqueline Sauvage. Pour la presse locale, K. a seulement et simplement Ă©tĂ© âimportunĂ©eâ par lâhomme quâelle a frappĂ© (voir Sud Ouest). Quid du traitement mĂ©diatique et juridique de ces violences lorsque lâon constate que la victime est purement Ă©rigĂ©e au rang dâagresseur voire de meurtrier. Nâen dĂ©plaise aux grands dĂ©fenseurs de la bonne moralitĂ© et de la justice, lâexpĂ©rience de K., et de bien dâautres femmes, nous montre que loin dâapporter une rĂ©ponse Ă la mesure des oppressions que subissent les femmes, on prĂ©fĂšre se contenter de traiter partiellement ses affaires, de les minimiser voir dans ce cas de retourner la situation au dĂ©triment des victimes. La situation de K. nous rappelle ce que beaucoup de femmes et minoritĂ©s de genre (100% pour ĂȘtre exact) subissent quotidiennement dans la rue, dans les transports mais aussi sur leur lieu travail, chez elles, etc. Le foisonnement des Tumblr rĂ©unissant les tĂ©moignages de violences sexistes montre quâaucun espace public ou privĂ© nâest Ă©pargnĂ©. Sâajoutent Ă ces violences sexistes les insultes et actes transphobes/lesbophobes/homophobes et racistes, tout aussi courants. Les chiffres existants Ă propos du harcĂšlement de rue sont encore trop peu nombreux, preuve que ces violences sont encore largement invisibilisĂ©es : âla plupart des manifestations d[e] harcĂšlement sexiste ne constituant pas des crimes ou dĂ©lits [restent] donc «invisibles » au regard du droit [et] ne peuvent ĂȘtre recensĂ©es dans les statistiques de la policeâ. Or, ces violences ont un impact nĂ©gatif dĂ©terminant sur la vie des femmes et minoritĂ©s de genre : sentiment dâinsĂ©curitĂ© dans lâespace public, freins Ă la mobilitĂ©, injonctions vestimentaires et comportementales, peur dâĂȘtre jugĂ©-e sur son apparence, sa sexualitĂ© - ce ne sont que quelques exemples, la liste est bien trop longue.
Si en thĂ©orie le harcĂšlement de rue constitue âune violation des droits humains, une atteinte Ă la libertĂ© de circuler et au droit Ă la sĂ©curitĂ©â, force est de constater que dans les faits, aucune rĂ©ponse satisfaisante nây est apportĂ©. Cette affaire rĂ©vĂšle une fois de plus que LA justice nâest finalement pas neutre de tous rapports sociaux de dominations et que derriĂšre le masque de la neutralitĂ©, se cache un systĂšme privilĂ©giant une certaine frange de la population au dĂ©triment dâune autre. Que nous reste-t-il pour nous dĂ©fendre lorsque les violences que nous subissons sont rendues illĂ©gitimes, totalement invisibilisĂ©es et que nous en sommes trop souvent rendues coupables ? K. sâest dĂ©fendue et est punie pour ça. Quand des membres des forces de lâordre coupables de sĂ©vices et de meurtres plaident la lĂ©gitime dĂ©fense, ils ne sont pas inquiĂ©tĂ©s. Ici, la dĂ©fense devient une agression et tout Ă©lĂ©ment la rendant lĂ©gitime est balayĂ© dâun revers de bras. Nous avons donc bien affaire Ă une justice Ă deux vitesses. De la mĂȘme maniĂšre, le harcĂšlement de rue nâest quâun rappel sexuĂ© envers les femmes pour leur signifier que lâespace public ne leur appartient pas, quâelles nây sont pas les bienvenues.
AprĂšs un sĂ©jour en hĂŽpital psychiatrique, K. est aujourdâhui incarcĂ©rĂ©e Ă la prison de Gradignan en attendant la date de son procĂšs. Il est inadmissible quâelle soit traitĂ©e en criminelle ! Nous sommes solidaires de tous-tes les victimes de harcĂšlement :
Nous avons le droit de répondre, nous sommes légitimes à nous protéger!
Nous exigeons la libération immédiate de K, et un procÚs tenant compte des éléments de contexte qui ont conduit la victime à se défendre !
Le Collectif de Luttes des Etudiant-e-s Féministes
Pour Aller plus loin :
Paye Ta Shnek recueil les témoignages d'agressions sexistes
Stop HarcĂšlement de Rue Bordeaux
RĂ©sultats dâune enquĂȘte sociologique âFemmes et dĂ©placements dans la mĂ©tropole bordelaiseâ, par Laeticia CĂ©sar-Franquet, Johanna Dagorn, Arnaud Alessandrin














