OCTOBRE. Le temps des expositions Â
Lâexposition ĂA SâEST PASSĂ COMME ĂA est ouverte!
Du vendredi 11 octobre au samedi 30 novembre 2019 Ă la MC 93 de Bobigny
en savoir + http://www.compagnieabc.fr/ca-sest-passe-comme-ca/
The Bowery Presents
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@catherineboskowitzmc93
OCTOBRE. Le temps des expositions Â
Lâexposition ĂA SâEST PASSĂ COMME ĂA est ouverte!
Du vendredi 11 octobre au samedi 30 novembre 2019 Ă la MC 93 de Bobigny
en savoir + http://www.compagnieabc.fr/ca-sest-passe-comme-ca/

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OCTOBRE. Le temps des expositions.Â
Lâexposition INCOGNITO VOYAGEURS est ouverte!Â
Du vendredi 4 au samedi 26 octobre 2019 Ă la MĂ©diathĂšque Elsa Triolet de lâĂle Saint Denis.
Du mardi 12 au samedi 30 novembre 2019 au Collectif 12 Ă Mantes-la-Jolie.
Du mercredi 4 au samedi 21 décembre 2019 à la MC 93 de Bobigny.
en savoir +Â http://www.compagnieabc.fr/incognito-voyageurs/
CrĂ©ation du spectacle LE PIRE NâEST PAS (TOUJOURS) CERTAIN les 26, 27 et 29 septembre au Festival des francophonies Ă Limoges
Ăa y est le spectacle est créé! Grande joie! Les spectateurs sont lĂ ... Nous aussi...Â
Ce spectacle, peut-ĂȘtre plus particuliĂšrement que certains autres, me rappelle trĂšs prĂ©cisĂ©ment aux raisons pour lesquelles j'ai, un jour, dĂ©cidĂ© de faire du théùtre. Non pas que cela ne soit pas passĂ© avant... mais aujourd'hui, traversant les tornades, les tempĂȘtes et les tsunamis qui secouent tout : politique, pensĂ©e, Ă©conomie, rapports humains, théùtre, j'ai l'impression que nous - je veux dire l'Ă©quipe artistique que nous formons - nous sommes debout. Nous tenons debout. Et cela me donne une furieuse envie de continuer!Â
Rendez vous avec le spectacle les 28, 29, 30 novembre 2019Â au Collectif 12 Ă Mantes-la-JolieÂ
Et du 11 au 21 décembre 2019 MC93 de Bobigny https://www.mc93.com/saison/le-pire-n-est-pas-toujours-certain
Extrait de la piĂšce :Â
Tableau 6
Un chien dans une rue qui longe un camp de réfugiés, prÚs de Thessalonique.
Le chien
Aïe.... Whaou ! Saloperie de grecs !
Une godasse de militaire cloutĂ©e Ă 300 euros la paire et vas-y comme il me lâa envoyĂ©e en plein dans le cul !
Il s'adresse à un personnage imaginaire :
Y'aurait pas eu moyen de me la faire plus douce, celle lĂ Â ? Toutes façons j'allais dĂ©guerpir de votre camp de merde ! Y a rien Ă y ronger â pas mĂȘme un bout d'os, que des pierres. Bande d'abrutis ! Y z'ont l'air de quoi ces gardes chiourmes Ă la mort avec leurs treillis dĂ©lavĂ©s et leurs ray-bans? Y gardent quoi ? La grille Ă©tait grande ouverte. J'y suis entrĂ© en gentleman, au petit trot, droit dans mes bottes ! J'ai pas fait le filou. Si une porte est ouverte, c'est qu'on me convie Ă la fĂȘte !
Je traverse une espĂšce de parc Ă deux balles... les enfants ont l'air content de me voir ! Viennent tout de suite vers moi les petits nains, leurs mains tendues... Plus loin, allongĂ©s tout mou sur des nattes colorĂ©es, les parents, les mamans surtout, les rappellent illico. Ăa je peux comprendre, on sait  jamais !... Je pourrais mordre ( il rit grassement)
Mais je m'intéresse pas assez aux mÎmes pour m'attarder. J'avance... Et derriÚre ce parc minable aux quatre pins parasols qui se courent aprÚs, je découvre une ville de tentes. Je dis bien une ville ! Alignées les unes à cÎté des autres, se faisant face, ordonnées, distantes au cordeau, les tentes bordent une rue de caillasses. DerriÚre, d'autres rues plus étroites et des tentes à perte de vue... Y'a des odeurs, j'avance. Personne ne fait attention à moi, j'avance.
Ăa smell pas good : La sueur et les couvertures pourries ! Personne en vue, Ă l'exception d'un vieux assis sur un cageot au seuil de sa toile branlante. Il fume, les yeux dans le vague. Je continue. Au bout de la rue principale, des fils barbelĂ©s...  Y sĂšchent, des tee-shirts fatiguĂ©s, des pantalons crades et quelques chemises qui flottent en drapeaux.  Le soleil tape dessus comme sur un tambour... DerriĂšre les fils, les collines blanches et sĂšches... Pas une, pas dix, mais des centaines de collines! Petites mamelles femelles. Ăa doit grouiller de scorpions lĂ -dedans ! Je tourne Ă droite et paf ! tombe sur un petit groupe d'hommes accroupis, parlant trĂšs bas, comme s'ils ne leur restaient qu'un filet de voix qui s'Ă©teindrait en touchant l'autre. Je comprends rien Ă leur charabia... Que les raclements de gorges ! Je m'approche pas. Je connais cette race d'humains qui ont faim : aucune gĂ©nĂ©rosité ! Et un jet de pierre c'est pareil qu'une Ă©tincelle en temps de guerre, ça peut partir en rafale et t'as rien vu venir ! Je m'Ă©loigne.
Je tombe sur une bulle blanche gĂ©ante en toile cirĂ©e, je passe mon nez par l'ouverture. J'y vois en file indienne Ă l'intĂ©rieur, une centaine de personnes, plutĂŽt des femmes qui avance lentement, un ticket Ă la main. Au bout de la file, un militaire casquĂ©-branchĂ© questionne puis donne Ă chacun, un ou plusieurs sacs hermĂ©tiquement fermĂ©s et une bouteille en plastique pleine. Une fois servi, on repart avec ses bags et son eau. Ăa ne sent rien et pourtant je sais que c'est de la nourriture. De la nourriture sans odeur.
Je sors au galop de cette tente du 21Ăšme siĂšcle oĂč l'armĂ©e se dĂ©guise en mauvaise cuisiniĂšre.
DerriĂšre un piquet, enfin des dĂ©tritus ! La bouffe a beau ĂȘtre IyophilisĂ©e, y aura bien un bout de peau qui traĂźne !...
Et c'est le moment oĂč mon cul se soulĂšve sous le coup de la semelle d'un con ! « Whaou » je crie ! Et je dĂ©talle. Pas envie de m'en prendre un second !
Je me retrouve en moins de deux à l'extérieur du camp, sur le goudron chauffé gluant par un cagnard de feu !
Avant de filer vers la ville Salonique qui s'Ă©tend loin plus bas, je lorgne un homme tout seul assis sur une pierre, de l'autre cĂŽtĂ© de la route, face Ă l'entrĂ©e du camp. Il a la tĂȘte dans les mains, le visage dĂ©fait, son dos tout rond continue la courbe du caillou oĂč il a posĂ© ses fesses. Une figure d'un tableau de la Renaissance italienne, je me dis.
T'attends quoi l'arabe ? Que l'Europe vienne te chercher ? (le chien rit grassement et s'en và .)
AU TRAVAIL! (SUITE) LE PIRE NâEST PAS (TOUJOURS) CERTAIN... RĂPĂTITIONS JUIN/JUILLET 2019
Quelques images des répétitions cet été ... à la MC93
copyright Bruce Milpied - Hans Lukas
AU TRAVAIL! juin/juillet 2019
Pendant trois semaines, lâĂ©quipe artistique et technique du spectacle âLe Pire nâest pas (toujours) certainâ est en rĂ©pĂ©titions Ă la MC93. Le spectacle commence Ă naĂźtre... Nous aurons dâautres rĂ©pĂ©titions Ă Limoges au mois de septembre. La crĂ©ation est prĂ©vue Ă Limoges les 26, 28, 29 septembre au Festival des Francophonies en Limousin et reviendra en novembre au Collectif 12 Ă Mantes-la-Jolie puis en dĂ©cembre Ă la MC93.
Que se passe-t-il, en rĂ©pĂ©titions, lorsque nous installons le plateau pour jouer? Le travail des artistes et des techniciens ne consiste pas seulement Ă rĂ©pĂ©ter mais aussi Ă prĂ©parer... En voici quelques images Â
copyright Bruce Milpied - Hans Lukas

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ĂCRITURE
Ăa y est! Jâai terminĂ© l'Ă©criture du spectacle âLE PIRE NâEST PAS (TOUJOURS) CERTAINâ! Â
LâĂ©criture câest comme un chat, ça va, ça vient, ça se tapit, ça saute puis sâimmobilise, ça disparait pendant des jours, ça te bouffe ton espace, ça crache, ça te rejette, ça dort, ça caresse, ça chasse, ça tue, ça miaule Ă lâintĂ©rieur de toi, ça a faim, une faim dĂ©vorante, puis ça dort pendant des jours, ça se rĂ©veille la nuit, ça se bat, ça ronronne, ça voit dans le noir, ...
Jâavais envie dâĂ©crire une fable tout en fragments, comme un puzzle, sur ce qui nous arrive aujourdâhui... Le nous Ă©tant collectif, non sĂ©paratiste, le nous englobant les europĂ©ens dont je fais partie et les Ă©trangers venus dâailleurs, fuyant leurs propres pays, essayant dĂ©sespĂ©rĂ©ment de passer les barbelĂ©s des frontiĂšres, celles de Schengen dâabord, puis celles qui se dressent contre eux Ă lâintĂ©rieur mĂȘme de notre continent. Le nous qui nous oblige Ă penser ensemble.
LâĂ©criture a Ă©tĂ© pour moi un acte solitaire mais, depuis janvier 2018, au fil des mois passĂ©s Ă Bobigny, jâai Ă©crit en compagnie des hommes et des femmes que jâai rencontrĂ©s ici ... des groupes avec lesquels jâai travaillĂ©, le groupe du foyer Oryema, le groupe de Sokay Ă travers son association âLoisirs tout azimutsâ, le groupe des comĂ©diens amateurs, lâĂ©quipe de la Mc93, mon Ă©quipe artistique... En compagnie veut dire Ă cĂŽtĂ© dâeux. Solitaire mais sociable, je nâen ai fait quâĂ ma tĂȘte :
Jâai beaucoup Ă©coutĂ© et jâai parlĂ© aussi, jâai brandi le petit livre de Patrick Chamoiseau â FrĂšres Migrantsâ comme jâaurais pu, en dâautres temps, lever mon poing fermĂ©. Mais cette fois, jâai ouvert le livre et avec chacun jâen ai tournĂ© les pages comme on ouvre un poing, doigt aprĂšs doigt. Jâai rĂȘvĂ© Ă partir des mots de Chamoiseau. Et, avec les hommes et les femmes qui mâont accompagnĂ©e, nous nous sommes mis Ă rĂȘver ensemble, Ă dessiner, Ă tourner de petits films... Le temps filait. Rien nâĂ©tait facile. Tout Ă©tait facile. Mon Ă©criture, tel un chat, se glissait entre les confidences recueillies ici ou lĂ et les lignes de âFrĂšres migrantsâ. Puis je pris mon indĂ©pendance et quittait peu Ă peu le livre pour trouver mon propre chemin et surtout tenter de faire quelque chose de ma fureur .
Parce que face Ă la posture des Ă©tats, les nĂŽtres, qui laissent chaque jour la mĂ©diterranĂ©e engloutir le peu de dignitĂ© qui leur reste et qui au lieu de crĂ©er des ponts, Ă©rigent des frontiĂšres, je nâai que fureur.
Cette fable, ce conte, je lâai Ă©crit Ă partir dâun voyage - un de plus - que jâai fait entre les camps de rĂ©fugiĂ©s de Thessalonique et la ville de Bobigny.
ArrivĂ©e Ă destination, jâai habitĂ© en ville dans un petit chalet plantĂ© dans un jardin au milieu des citĂ©s. Jâen ai fait ma grotte, lâendroit du repli nĂ©cessaire en plein coeur de lâurbain balbynien oĂč jâai pu dans une tranquillitĂ© relative, tendre lâoreille Ă ce qui se passait autour moi et continuer Ă Ă©crire, laissant revenir Ă moi les souvenirs de la route que jâavais faite, la mĂȘme empruntĂ©e par les rĂ©fugiĂ©s, GrĂšce, MacĂ©doine, Serbie, Hongrie, Autriche...
En vĂ©lo, jâai parcouru de long en large cette banlieue 93 chĂšre Ă mon coeur que je croyais connaĂźtre... Lors de mes pĂ©rĂ©grinations, jâen dĂ©couvrais les chemins de traverses insoupçonnĂ©s qui me menaient vers dâautres paysages, vers dâautres gens installĂ©s ici depuis longtemps ou tout juste dĂ©barquĂ©s. Presque toujours dans les conversations, affleurait un mot, une image, un rappel de lâexil, des exils. Car ici, dans ces villes, lâexil sâil nâa pas toujours le droit dâasile est bien commun.
Jâai beaucoup ri aussi ici. Beaucoup ri. Estelle et moi avec les rĂ©fugiĂ©s du Foyer Oryema, nous nous sommes faits des blagues et avons fait des fĂȘtes, avec la bande Ă Sok-Ay avons partagĂ© de nombreux fous-rires sur de petites choses,  les choses de la vie qui transforment parfois des tragĂ©dies vĂ©cues en dâhilarants rĂ©cits, avec le groupe des amis amateurs, tentant ensemble des performances improbables et joyeuses, avec lâĂ©quipe des comĂ©diens qui, rĂ©voltĂ©s contre mon insatiable appĂ©tit de travail, dĂ©jouaient en rigolant les petits piĂšges trop flagrants que je leur tendais au travers du texte que jâĂ©tais entrain dâĂ©crire.
Si le chat ne rit pas ( quoique!), il peut en revanche sourire.
FIN DE LA TRĂVE HIVERNALE POUR LE FOYER ORYEMA.
Nous sommes le 1er avril et ça a lâair dâune blague... Mais non cette fois le Foyer Oryema ferme dĂ©finitivement. AprĂšs lâĂ©tape cet automne de la âtransformationâ du foyer en 115, oĂč nombre de rĂ©sidents demandeurs dâasile ont Ă©tĂ© re-localisĂ©s ailleurs dans toute la France afin que le foyer ne soit plus quâun hĂ©bergement dâurgence, aujourdâhui, il ferme - fin de trĂšve hivernale oblige. Vingt rĂ©sidents nâont pas eu de solutions pour ĂȘtre relogĂ©s, tous demandeurs dâasile ils vont retourner Ă la rue. LâidĂ©e mĂȘme est insupportable. Mais la rĂ©alitĂ© nous rattrape toujours.
Vendredi dernier, lâĂ©quipe du Centre Oryema, les rĂ©sidents du foyer et la MC93 ont dĂ©cidĂ© de faire une derniĂšre fĂȘte... Jâen poste le flyer ci-dessus fait par lâĂ©quipe du Foyer Oryema. Il est magnifique. Il dit tout.Â
Avoir pu rencontrer toutes ces personnes avec qui nous avons travaillĂ© lĂ -bas, Estelle et moi, pendant un an, rĂ©sidents demandeurs dâasile comme lâĂ©quipe en charge du Centre Oryema a Ă©tĂ© une chance, un Ă©veil, une raison de continuer. Je les remercie dâĂȘtre ce quâils sont.
Aujourdâhui ma tristesse est immense.Â
ĂCRITURE - DESSINS- PRĂPARATION DâINSTALLATIONS ET DâEXPOSITIONS
FĂVRIER/MARS 2019
JâĂ©cris-je lis-jâĂ©cris-je dessine...Â
Je suis ici depuis maintenant un peu plus dâun an. Jâhabite ici. Au sens figurĂ© - je me sens dâici - comme au sens propre - je loge depuis huit mois dans une petite cabane/chalet dans le jardin de gens qui mâaccueillent, Ă cinq cent mĂštres de la MC93 . Les rencontres, les ateliers et les rĂ©pĂ©titions que je mĂšne Ă Bobigny commencent Ă faire trace dans le chemin que jâai choisi.Â
Le parcours avec les rĂ©sidents en demande dâasile du Foyer Oryema, la bande de femmes que nous formons avec lâassociation de Sok-Ay, les amis des ateliers amateurs que jâai menĂ©s, lâĂ©quipe de la MC93, les comĂ©diens et les artistes qui mâaccompagnent, tous mâaident Ă penser Ă ce spectacle que je construis et plus le temps passe plus, oui et jâen suis certaine, le pire nâest pas toujours certain! Câest le titre que jâai choisi pour cette piĂšce que jâĂ©cris. Parce que dans lâĂ©poque inquiĂ©tante que nous vivons, les personnes que je rencontre ici me donnent la force de croire que lâimprobable est toujours possible et que cet improbable adviendra de ces personnes qui, ici comme ailleurs partout dans le monde, chacune Ă leur dimension et Ă la mesure de leur Ă©nergie, agissent pour que nous soyons encore capables de tenir debout et de penser ensemble le monde diffĂ©remment de ce quâil est aujourdâhui ... Possible conjugaison de ces points de vue pluriels pour tenter de faire pencher la balance vers plus dâĂ©galitĂ© et de confiance.Â
Et le travail artistique dans tout cela, me direz-vous? Il est sans doute lâun des Ă©lĂ©ments que les politiques ne âcalculentâ plus, pour replacer la culture au centre des enjeux de vie et dâespoir pour nous qui peuplons cette planĂšte.
Ă la maniĂšre des fourmis, certains dâentre nous, creusent de petits sillons.Â
RĂ©sidence de recherche et de crĂ©ation avec lâĂ©quipe artistique du spectacle âLe pire nâest pas (toujours) certain.
JANVIER 2019
Je rĂ©unis mon Ă©quipe pour quinze jours dans la salle de spectacle Bourgois de la MC93. Il sâagit de confronter le texte que jâĂ©cris au plateau et de fouiller les pistes qui sâouvrent Ă nous. Nous travaillons comme des fous souvent avec la joie des explorateurs...Â
Le spectacle sera créé Ă lâautomne prochain. le temps est notre alliĂ©, plusieurs rĂ©sidences sont prĂ©vues dâici lĂ . Celle-ci est dĂ©terminante dans les choix dramaturgiques et scĂ©nographiques. Je coupe, recolle, remonte les scĂšnes... les comĂ©diens dĂ©couvrent, improvisent, proposent... Le plateau âbougeâ, câest Ă dire quâil se transforme au fur et Ă mesure des essais. Quelques moments du spectacle futur apparaissent. Je réécris certaines scĂšnes pour que sâĂ©claire le propos, les fils conducteurs.Â
LâexpĂ©rience est passionnante, câest la premiĂšre fois que jâĂ©cris de bout en bout un spectacle... avec quelques rĂ©fĂ©rences de taille : Chamoiseau, Claudel, Arendt, Tabucchi... Et de fait, câest sans doute la premiĂšre fois que je me livre tant...
Le projet est nĂ© d'une expĂ©rience tout Ă fait personnelle. J'ai passĂ© plusieurs semaines Ă Thessalonique en GrĂšce, Ă l'accueil des rĂ©fugiĂ©s qui viennent du Moyen Orient. Ă l'aller, j'avais pris le bus avec une amie metteure en scĂšne comme moi, Leyla Rabih, de Dijon Ă Thessalonique en passant par Zagreb, Sarajevo, Pristina et Skopje. J'ai fait Ă ce moment-lĂ , le chemin inverse du chemin de fuite des rĂ©fugiĂ©s. Lorsque je suis arrivĂ©e en GrĂšce, les frontiĂšres venaient d'ĂȘtre bloquĂ©es, notamment Ă IdomĂ©ni Ă la frontiĂšre macĂ©donienne oĂč un camp qui s'Ă©tait créé spontanĂ©ment venait d'ĂȘtre dĂ©mantelĂ©. Je suis donc arrivĂ©e puis restĂ©e Ă Thessalonique plusieurs semaines oĂč j'ai travaillĂ© avec des grecs et avec des rĂ©fugiĂ©s qui aidaient d'autres rĂ©fugiĂ©s...
Je suis passĂ©e de camps en camps, la plupart repris et gĂ©rĂ©s par des militaires. Et avec une association grecque basĂ©e Ă Thessalonique, je me suis chargĂ©e plus prĂ©cisĂ©ment de la distribution de vĂȘtements et de nourriture. A ce moment lĂ , pendant toutes ces semaines, je n'ai plus pensĂ© au théùtre et j'ai lĂąchĂ© ma camĂ©ra, mon enregistreur...  J'Ă©tais lĂ -bas, j'aurais pu y rester longtemps.
Je suis tout de mĂȘme repartie, toujours de bus en bus, mais seule cette fois, en passant par Belgrade, Budapest et Vienne, oĂč j'ai rencontrĂ© dans chacun de ces endroits, des groupes d'activistes qui Ćuvraient pour l'accueil aux rĂ©fugiĂ©s.
En rentrant Ă Paris, je ne savais plus faire du théùtre. Ou plus exactement, je ne savais plus si je pouvais continuer Ă en faire avec ce que j'avais dans la tĂȘte. J'ai alors Ă©tĂ© accueillie Ă Bobigny, en rĂ©sidence Ă la MC93 et j'ai Ă©crit une piĂšce : « Le pire n'est pas (toujours) certain ».
LE PIRE NâEST PAS (TOUJOURS) CERTAINÂ
Catherine Boskowitz Ăcriture et mise en scĂšne Â
Distribution (ordre d'apparition) : Marcel Mankita un activiste, la femme à la torche, NÚgre de Feu, le Chien, Abdoukarim. Nanténé Traoré une activiste, Jumana, le Chien. Frédéric Fachéna un activiste, l'homme attaché au mùt, Désiré, le Délégué européen aux affaires migratoires (Michel), le Chien. Estelle Lesage une activiste,  Enfant 3, la Fée Clochette. Andreya Ouamba un activiste, enfant 4, le Chien, le fils de Jumana. Catherine Boskowitz L'Europe.
Jean-Marc Foussat Musicien (composition et interprétation). Laurent Vergnaud Créateur LumiÚre. Jean-Christophe Lanquetin Scénographe. Zouzou Leyens CostumiÚre. Laura Baquela Assistante à la mise en scÚne. Kosta Tashkov et Khalid Adam  Stagiaires technique plateau. Avec l'accompagnement amical de Anne-laure Amilhat Szary, géographe, professeure à l'Université Grenoble-Alpes et à Pacte, Laboratoire de Sciences Sociales.
Photos de la résidence de janvier 19 à la MC93 :
Récits, gravures, autoportraits
JANVIER 2019. Groupe de femmes de lâassociation Loisirs Tout Azimuth
Il y a beaucoup de joie Ă ĂȘtre avec les femmes que Sok Ay rĂ©unit dans le petit local de son association. Cela fait bientĂŽt un an quâEstelle et moi, nous les retrouvons deux fois par mois, au moins... Du chemin a Ă©tĂ© parcouru ... Depuis octobre dernier nous mettons en forme ensemble les rĂ©cits quâelles ont bien voulu me confier. Estelle et moi lisons Ă voix haute, par Ă©pisodes, ces fragments vie racontĂ©es, enregistrĂ©s puis retranscrits par mes soins. Câest une sorte de feuilleton intime Ă plusieurs voix. Je tourne les pages et lis. Estelle fait de mĂȘme. Chacune, Tamasus, Yasmina, Madeleine, Sok-Ay, Hafida, Ă©coute sa propre histoire et celles des autres, comme si, tous les rĂ©cits nâen faisait plus quâun et quâil appartenait Ă toutes. Je me surprends en lisant chaque semaine, Ă ĂȘtre parfois bouleversĂ©e par une phrase, un mot - que pourtant je connais - et ma voix devient fragile... Je respire et je continue... je sais que lâĂ©motion est partagĂ©e car en levant les yeux, j'en aperçois aussi les signes dans leur façon de me suivre, une main qui effleure la table comme une caresse, un regard qui se voile qui se perd, un balancement rĂ©gulier de la tĂȘte... ces moments sont prĂ©cieux, trĂšs prĂ©cieux, ils livrent des secrets. Â
Et parmi les mots Ă©crits maintenant, quels sont ceux quâelles choisiront pour les afficher en regard des gravures quâelles composent? Quels sont les rĂ©cits qui feront partie de lâexposition? câest ce que nous prĂ©parons actuellement et qui fait lâobjet de ces rĂ©unions oĂč la confiance se tisse...
photos prises par Sok Ay

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DĂ©cembre 2018. Foyer Oryema. RETENIR LE TEMPS (Mission presquâimpossible)
Les semaines passent et petit Ă petit, les amis d'Oryema s'en vont. Chacun « placĂ© » ici oĂč là ⊠Strasbourg, Grenoble, Centre de la France, peut ĂȘtre certains Ă Aubervilliers... Pour eux, c'est la fin d'une sĂ©quence â Bobigny. Une de plus dans leur voyage au long cours... Pour nous, dĂ©semparĂ©es, c'est le moment de dire au-revoir... Salut Ali, salut Hussein, salut Khalid, Habib, Philip, Azari, Algassimou, salut Yassine, salut Kacem, salut Kosta, salut Ejaz, Abdoulaye, Festu, salut Djuma, salut vous tous ... A trĂšs vite, hein?
Ce temps passé ensemble, nous le retenons encore un peu en décidant avec l'équipe de la MC93 d'imprimer une quinzaine de photos en série au format A5 cartonné.
Chacun choisit les photos qu'il emporte avec lui.
Les voici :
Décembre 2018. Groupe amateur MC93.
Ă L'ARRACHEÂ !
Je lis aux amis amateurs quelques extraits du texte en cours d'écriture pour mon prochain spectacle. En deux jours de chantier, ils découpent plusieurs fragments pour les mettre en scÚne et les interpréter. Kosta et moi leur volons quelques images tournées à l'arrache.
DĂ©cembre 2018. Groupe de femmes â Loisir tout azimut TON VISAGE...
Elles ont raconté, elles gravent et encrent leurs séries de portraits...
Je les regarde faire, prendre soin des couleurs et les appliquer sur la feuille. Recommencer, chercher... se raconter autrement, rire et recommencer toujours... jusqu'à ce qu'apparaisse, en lignes pleines et déliées, leurs visages. Elles avaient dix, vingt ou trente ans dans les années 80. On les reconnaßt toutes... Un sourire, un regard, le pli de la bouche...
Nous  choisiront une dizaine de portraits tirés en grands formats pour l'exposition qui aura lieu à la MC93 en automne prochain.
Sok-Ay
Tamasus
Novembre/décembre 2018. Groupe amateur MC 93.
LES POUPĂES QUI PARLENT... Je les prĂ©sente au groupe. Elles sortent de mon grenier oĂč, il y a longtemps, je les avais abandonnĂ©es aprĂšs les avoir confectionnĂ©es. Elles ont l'air contentes de renaĂźtre mĂȘme si c'est dans notre monde... Pour elles non plus, le pire n'est pas (toujours) certain... Que ce soit dans un port de la mĂ©diterranĂ©e oĂč elles improvisent leur mort sur un quintet de Schubert ou dans l'imagination de celui ou celle qui s'en empare pour leur donner vie dans l'interstice, entre les mots de Chamoiseau et les miens.
Novembre 2018. On continue jusquâĂ ...
DerniĂšre nouvelles du Foyer Oryema : L'Etat a finalement choisi de rĂ©organiser l'hĂ©bergement des "migrants" Ă horizon du 1er janvier 2019. Deux mois de semi-rĂ©pit.Â
Estelle et moi maintenant accompagnĂ©es de ZoĂ©, continuons donc Ă nous y rendre toutes les semaines. ... Nous travaillons sur les visages. Chacun sây prĂȘte. Les gestes sont simples.

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Octobre 2018 MoMA-ORYEMA
Nous sommes invitĂ©es, ZoĂ© de la MC93, Estelle et moi au foyer Oryema ce soir lĂ . Les rĂ©sidents ont dĂ©cidĂ© de faire une fĂȘte. Contre le pire et lâangoisse du dĂ©mantĂšlement du foyer... personne ne nous empĂȘchera de danser quand nous le dĂ©ciderons!
Avec tous, nous improvisons une exposition.Â
Vingt minutes dâaccrochage et voici nos masques au musĂ©e !Â
Lâexpo est ouverte! On se croirait presque au MoMA...Â
Vernissage oblige...
Octobre 2018 Les mots dâelles
Lâassociation Tout Azimut menĂ©e par Sok-Ay a changĂ© de local. Nous ne sommes donc plus au quartier Pont de Pierre. Nous retrouvons le groupe de femmes juste derriĂšre la MC93 dans une petite piĂšce que Sok-Ay sâest empressĂ©e dâamĂ©nager le plus chaleureusement possible pour les diffĂ©rentes activitĂ©s.Â
Ce jour lĂ , jâarrive avec six textes. Ce sont les paroles retranscrites quâont bien voulu me confier chacune Ă leur tour, dans lâintimitĂ©, chaque femme du groupe. Le point de dĂ©part des entretiens Ă©tait : âOĂč Ă©tais-tu dans les annĂ©es 80?â. Elles ont parlĂ©. Elles ont racontĂ©. Jâai enregistrĂ©. Toutes venues dâailleurs, elles retracent leur arrivĂ©e Ă Bobigny. Puis la parole se dĂ©ploie, dĂ©borde du cadre donnĂ©, circule dans le temps. Chaque histoire pourrait ĂȘtre le dĂ©but dâun roman dont la narratrice serait le personnage principal. Une cartographie improbable se dessine, des lignes se tendent, se croisent et se sĂ©parent, du Cambodge en AlgĂ©rie, de la Champagne-Ardenne au Poitou et, en passant par Mazamet, de Casablanca Ă Bobigny.Â
Estelle et moi proposons de leur lire quelques extraits Ă haute voix. Elles nous Ă©coutent. A travers nos voix, elles sâĂ©coutent... Il y a beaucoup dâĂ©motion et de silence entre les pages.Â