J3 - Au milieu du champ / Lueurs et tambours
Les yeux clos au milieu de la foule de Toreigne, tendu, pétrifié, debout, le corps de Melhurmur vibre pourtant jusqu'au coeur. Autour d'elle, le monde tourne et danse comme on danserait autour d'une fontaine dont l'eau serait à l'arrêt, dans la joie et sans s'en soucier.
Chaque coup de tambour secoue son épiderme. Elle inspire. Les cordes pincées lui hérissent les poils. Elle inspire encore. Avant de fermer les yeux, elle voyait même les lampions danser. Une dernière fois. A chaque inspiration, le feu lui monte dans les veines. Son corps, bloqué du bas, bloqué du haut, serré jusqu'à la gorge, se chauffe à même la flamme du monde.
Sous ce brasier, elle ouvre les yeux, sa main se lève devant elle, doucement. Plus elle l'avance plus son bras s'alourdit. Elle l'arrête juste avant ce mur de monde qui autour d'elle, tourne comme monstre affamé. Le souffle coupé, son cœur bas intensément. Elle l'avance encore d'une phalange. Elle en a à peine le temps que quelqu'un l'attrape. Elle éclate, comme une céréale sur le feu. Elle crie en sortant tout l'air qui, figé, emplissait tous ses poumons. Elle regarde ses pieds pour s'assurer de ne pas les avoir laissés derrière. Pour se rendre compte qu'ils suivent malgré elle, au bout de ses jambes. Puis la main change, celle ci est plus fraîche, plus âgée, plus douce. Elle ouvre les yeux bien grand. Tout bouge, tout saute, tout chante. Une autre main encore, plus chaude, plus fine, elle en suit des yeux le bras jusqu'au visage d'une femme brune qui lui sourit avant de poursuivre ailleurs.
C'est quand la musique s'arrête, qu'elle remarque que les lampions se sont éteints. Que le soleil se lève timidement. Et qu'il manque au moins la moitié du monde de la veille. Elle s'assied sur un banc sur le côté. Elle inspire. Ses pieds sont aussi chauds que son visage, qui soudain, par-dessus un sourire, accueille les larmes d'une joie trop longtemps contenue.














