Assise, ombre et clarté je tressais,
Deux mĂšches de cheveux nonchalantes.
Quâavais-je pour mĂ©tier Ă tisser?
Les traßnées des étoiles filantes.
Fille du Soleil, cieux constellés
Ătaient les salles de mon palais.
Par la fenĂȘtre, je regardais;
Mes poumons : des ballons de baudruche.
De tige en tige, vagabondait
Le vent comme une abeille sans ruche.
Lâair pur entrait, empreint du parfum
Des soupirs de mon secret jardin.
Je filais. Filait Ă toute allure
Le temps qui filait entre mes doigts.
Pesait sur mes Ă©paules lâazur
DĂ©crochant les tableaux dâautrefois.
Ayant perdu le fil des étoiles,
DâArachnĂ© mon corps Ă©tait la toile.
Comme Pénélope, les langueurs
Suivaient le fil en indienne file.
Je vibrais, en rĂȘvant en couleurs,
Ainsi quâun tĂ©lĂ©phone sans fil.
Allais-je filer lâamour parfait?
Les fĂ©es de serre ont-elles lâeffet?
Volez! Volez, Î grises fumées,
Vers la neige épaisse comme vous!
Sur lâautre versant, mon bienaimĂ©
Fait une montagne dâun caillou.
Dâune pente au lac, jâai dĂ©valĂ©
Comme des rayons dans un reflet.
Volez! Volez, ĂŽ mains de bouvier,
Mes souliers et vĂȘtements guindĂ©s!
Jâaurai une robe de mariĂ©e,
De nuées vespérales brodées.
La VĂ©ritĂ© nue et lâempereur,
Nâayant dâhabits, sâassoient en tailleur.
-Poésie: extrait de "La tisserande et le bouvier", à lire dans "GenÚse d'une femme" par Marine Mariposa, disponible gratuitement sur https://sites.google.com/view/papillondusublime/gen%C3%A8se-dune-femme
-Image: "The Long Engagement", Arthur Hughes