La puissance du silence est toujours très appréciée. Elle implique que l’on est capable de résister à tous les motifs extérieurs de parler, qui sont innombrables. On ne répond jamais, comme si l’on n’était jamais questionné. On ne laisse pas voir ce qui vous plaît ou non. On est muet, sans se taire. Mais on a entendu. La vertu stoïcienne de l’impassibilité doit fatalement mener au silence dans les cas extrêmes. Le silence suppose une connaissance précise de ce que l’on tait. Comme en pratique on ne se tait pas pour toujours, on choisit entre ce qui peut se dire et ce que l’on taira. Les choses tues sont les mieux connues. Elles sont plus précises, et plus précieuses. Le silence ne fait pas que les protéger, elles s’y concentrent. Un homme exercé au silence donne toujours une impression de plus grande de concentration. On suppose qu’il en sait beaucoup, puisqu’il se tait. On suppose qu’il pense beaucoup en secret. Il le retrouve chaque fois qu’il a à le protéger. Il ne faut donc pas que le taciturne oublie le secret en lui. On l’estime de ce qu’il le brûle de plus en plus fort, de ce qu’il s’accroît en lui qui pourtant ne le livre pas.
Elias Canetti, Masse et puissance, Gallimard, 1966
















