La licorne a vraiment existé... enfin presque.
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Vous avez tout domptĂ©. Nul joug ne vous arrĂȘte. Tout obstacle est mort sous vos coups. Vous voilĂ montĂ©s sur le faĂźte. Soyez prompts Ă flĂ©chir sous vos devoirs jaloux. Bienfaiteurs, il vous reste un grand compte Ă nous rendre. Il vous reste Ă borner et les autres et vous ; Il vous reste Ă savoir descendre. â AndrĂ© ChĂ©nier (Le Jeu de Paume, 1819) photo : DĂ©tenus, Ăźle polaire de Vaigach (Arctique russe), au dĂ©but des annĂ©es 30
Les femmes en Arctique
Le magazine amĂ©ricain Us News&world report publie chaque annĂ©e un classement des pays oĂč il fait bon vivre pour les femmes. En cherchant sur google jâai trouvĂ© celui de 2017 dans lequel figure, sur un total de 10 pays classĂ©s, cinq de lâArctique. On y trouve le Canada, la Finlande, la NorvĂšge, la SuĂšde et en premiĂšre place, le Danemark. Ne connaissant que de loin la rĂ©putation progressistes des pays nordiques, comme lâIslande par exemple oĂč une femme a Ă©tĂ© nommĂ©e Ă©vĂȘque, je me suis intĂ©ressĂ©e de plus prĂšs Ă ces champions du monde de lâĂ©galitĂ©. (Bon en fait jâai eu une kholle dessus donc jây Ă©tais obligĂ©e mais je mây suis intĂ©ressĂ©e, câest pas le sujet.) Jâai commencĂ© par apprendre que les Nations Unies qualifient la NorvĂšge de « havre de paix et de la parité », que, depuis 2005, le Danemark possĂšde un parti politique fĂ©ministe (Feministiskt Initiativ), quâau Canada, Justin Trudeau se dĂ©clare ouvertement fĂ©ministe. Mon coeur de fĂ©ministe naĂŻve a chavirĂ©. Jâai alors continuĂ© mes recherches, prĂȘte Ă faire mes bagages pour Reykjavik, quand je suis tombĂ©e sur un article du Monde (LâIslande est-elle vraiment le paradis des femmes?). Il y figurait des propos dâIrma Erlingsdottir, directrice du centre de recherche sur les femmes et sur le genre, qui Ă©voquait des politiques pseudo fĂ©ministes comme « lâarbre qui cache la forĂȘt ». Câest avec un pesant sentiment de trahison que je dĂ©couvre que twitter et buzzfeed mâont menti, que lâIslande ferme les yeux sur la plupart des plaintes pour agressions sexuelles ou mĂȘme que seulement 19% des femmes occupent les hauts postes. Un deuxiĂšme Ă©lĂ©ment me met la puce Ă lâoreille, sur tous les articles que jâai Ă©pluchĂ©, aucun nâĂ©voque les femmes autochtones. Elles reprĂ©sentent pourtant une part non nĂ©gligeable de la population polaire. Alors, je dĂ©cide de laisser tomber la gĂ©o dans cette kholle pour me transformer en super sociologue de comptoir. Mon questionnement a Ă©tĂ© de dĂ©couvrir la nature de cette « forĂȘt » cachĂ©e derriĂšre lâarbre de la carte postale fĂ©ministe exotique.Â
Les pays Scandinaves, un exemple en matiĂšre dâĂ©galitĂ©?
En Islande, la prise de conscience sociale a pris aprĂšs la crise Ă©conomique de 2008. Le pays, pour remonter la pente, a choisi de changer totalement le gouvernement. En dĂ©mantelant les Ă©lites, majoritairement masculines, considĂ©rĂ©es comme obsolĂštes pour rĂ©gler les problĂ©matiques de la crise, les femmes ont pu, peu Ă peu intĂ©grer cette sphĂšre et faire valoir une nouvelle façon dâenvisager la sociĂ©tĂ©. Halldora Traustadottir, prĂ©sidente de lâAssociation de dĂ©fense des droits des femmes pendant 10 ans, dĂ©clare Ă ce propos « cela a Ă©tĂ© prouvĂ© quâune sociĂ©tĂ© qui compte beaucoup de femmes dans son conseil dâadministration obtient de meilleurs rĂ©sultats Ă©conomiques. On peut adapter le raisonnement Ă la sphĂšre publique. ». Ainsi, en 2010, une loi est passĂ©e pour obliger les administrations a compter au moins 40% de femmes et le 24 juin 2015, l'Eglise islandaise, qui compte 70 femmes parmi ses 160 rĂ©vĂ©rends, a pour la premiĂšre fois portĂ© une femme au rang d'Ă©vĂȘque en la personne d'Agnes SigurðardĂłttir.Â
Dans les pays voisins, les chiffres et les faits apparaissent aussi comme des exemples. En NorvĂšge, dĂšs 1977, 24% des dĂ©putĂ©s sont des femmes et la premiĂšre femme prĂ©sidente a Ă©tĂ© Ă©lue en Finlande, Tarja Halonen a gouvernĂ© de 2000 Ă 2012.Â
Il est donc Ă©vident, sur le papier, que les femmes du Nord ont une place importante dans les sociĂ©tĂ©s et semblent bien plus estimĂ©es que chez nous, oĂč le pourcentage de femmes Ă lâassemblĂ©e nâa dĂ©passĂ© 10% quâen 1997.Â
Documentation photographique MONDES ARCTIQUES, Eric Canobbio
Pour ce qui est des sociĂ©tĂ©s autochtones, la femme semble aussi ĂȘtre respectĂ©e. La cosmogonie (mythe de crĂ©ation du monde) Inuit, par exemple, ne tourne pas autour dâhommes mais bien dâune femme. Une femme qui demande Ă KaĂŻla, dieu du ciel, de peupler la terre, câest elle qui sort alors de la glace le caribou pour nourrir son peuple puis le loup, pour rĂ©guler la population de caribous. Lâimportance dâun mythe fondateur dans une sociĂ©tĂ© est cruciale pour envisager son fonctionnement, avoir une femme au centre de celui-ci place donc la femme dans une position respectable.
Chez les samis, pour rester dans lâunivers de la mythologie, on peut Ă©voquer lâorganisation rĂ©gionale de femmes Sarahka, dont le nom est empruntĂ© Ă la fille de lâancienne mĂšre des peuples. Lâexistence de cette association, comme dâautres (par exemple le forum Nisson, tournĂ© vers les questions dâĂ©galitĂ© des sexes et les questions de politique autochtone), permettent de constater lâinvestissement des femmes dans la vie politique. Inka Saara Artijeff, conseillĂšre du prĂ©sident du conseil Sami, considĂšre que « les hommes et les femmes ont toujours Ă©tĂ©s sur un pied dâĂ©galité ».Â
Rien Ă dire pour le moment, tout paraĂźt sain et Ă©quilibrĂ© au vu de ces Ă©lĂ©ments. On en rĂȘverait. Jd road trip et Kristina Noth lâavait prĂ©vu.Â
Jd road trip, un blog de voyage 100% feminin, te propose la Laponie au fĂ©minin, pour 7 jours Ă 2000âŹ, tu peux profiter de ce paradis de la femme, entre femmes, et faire du laser game dans la neige.Â
Kristina Noth, business woman americano germanique, te propose aussi une semaine de dĂ©tente aux abords dâHelsinki, Ă 4600$, en non mixitĂ© pour dire aux femmes « eh concentrez vous sur vous-mĂȘmes, ne laissez pas vos hormones prendre le contrĂŽle. ». Le soucis est que les femmes sont triĂ©es sur le volet, si tu nâes pas une riche influenceuse amĂ©ricaine, tu peux faire une croix sur les cours de yoga et de cuisine.
Ă une heure et demie de ces lieux de vacances, une femme sur quatre tente de se suicider au Groenland. Alors, quel est le soucis dans le paradis blanc?Â
Lâarbre qui cache la forĂȘtÂ
Pour commencer avec le plus soft, si je puis dire, il convient de casser lâimage du systĂšme Ă©conomique Ă©galitaire des pays nordiques. Saviez-vous que lâIslande paye toujours les femmes, en moyenne, 16,3% de moins que les hommes, Ă compĂ©tences Ă©gales?Â
Le second sujet de controverse concerne lâhypersexualisation des femmes de lâArctique et, pour citer Amnesty International, « lâimpunitĂ© generalisĂ©e ». En 2010, le chef de la division des crimes sexuels dâHelsinki dĂ©clare que les femmes ont leur part de responsabilitĂ© dans les viols. Il ne quittera pas ses fonctions aprĂšs ces propos. Au Danemark, en Finlande, en SuĂšde et en Norvege, 30% des femmes sont victimes dâabus, contre 22% en Europe.Â
En SibĂ©rie, la rĂ©alitĂ© est sombre aussi. Durant le XIXe siĂšcle, la SibĂ©rie se peuple de russes envoyĂ©s au bagne et aussi de citoyens qui espĂšre trouver une vie meilleure. Yadrintsev, archĂ©ologue et explorateur, Ă©crit Ă ce propos « ce nâest pas le meilleur lot qui est rĂ©servĂ© aux femmes en SibĂ©rie. Elle est arrivĂ©e dans cette nouvelle terre comme si elle voulait devenir une victime encore plus grande quâelle ne lâĂ©tait dĂ©jĂ . ». En effet, avec le phĂ©nomĂšne de migration dues Ă lâexil, les femmes sont peu nombreuses Ă leur arrivĂ©e, en moyenne 1 femme pour 6 hommes, dans les villes. La femme subit le patriarcat avec force. « Ce genre de femme humiliĂ©e frappait les yeux des europĂ©ens qui visitaient la SibĂ©rie » (toujours Yadrintsev). Elle est aussi rĂ©ifiĂ©e par les voyageurs de passage. Tchekov Ă©crit ses notes de voyages Ă Sakhaline « La femme en SibĂ©rie est aussi ennuyeuse que la nature sibĂ©rienne (âŠ). Elle est dure au toucher. ». Malheureusement, aujourdâhui encore les sibĂ©riennes doivent compter sur leur physique pour survivre au climat de cette sociĂ©tĂ© dĂ©laissĂ©e depuis la dislocation de lâURSS. Pour sâen sortir, les familles poussent leurs filles Ă sâorienter vers le mannequinat. LâĂ©vĂ©nement « belles de SibĂ©rie » permet, par exemple, de prĂ©senter des jeunes filles, pratiquement toutes mineures, Ă des Beauty Scouts, venus du monde entier, pour quâelles puissent ensuite partir vers lâAsie, lâEurope ou les Etats Unis et espĂ©rer des meilleurs conditions de vie.Â
Donc, au delĂ dâune façade dâhyper tolĂ©rance, les femmes de lâArctique souffrent dâun climat patriarcal.Â
Quâen est-il des femmes au sein des sociĂ©tĂ©s autochtones?Â
Les oubliées des oubliées
En NorvĂšge, dans le village Sami de Tysfiord, oĂč lâon compte 2000 habitants, 150 agressions dont 43 viols ont Ă©tĂ©s dĂ©clarĂ©s aux autoritĂ©s. La police sâest alors prononcĂ©e, 50 ans aprĂšs les faits, pour qualifier ceux-ci de « mĂ©canismes inhĂ©rents Ă certains milieux ». Par cette dĂ©claration, il est Ă©vident que les femmes autochtones, au croisement du racisme et du sexisme, souffrent de lâindiffĂ©rence generale. Les Samis sont stigmatisĂ©s depuis la colonisation, rien que par lâappellation « lapons » qui signifie « porteurs de haillons ».Â
Selon lâInstitut National de SantĂ© Publique du Canada, 10% des femmes autochtones (inuits et mĂ©tis) dĂ©clare avoir subi de la violence conjugale, contre 3% de femmes allochtones. Micheline Matte, professeure de français Ă Port Neuf (Quebec), observe rĂ©guliĂšrement des marques de violence sur ses Ă©tudiantes. « Les pĂšres, les frĂšres, les cousins commencent Ă abuser des petites filles autour de 4 ou 5 ans. Elles grandissent en pensant que la violence est normale et quâelle fait partie de la vie. La loi du silence est beaucoup plus lourde dans la Grand Nord. ». Au Canada, les femmes autochtones sont 16 fois plus susceptibles de disparaitre que les blanches. De plus, elles sont enfermĂ©es dans leur situation car elles croient, dâun cĂŽtĂ©, quâelles ne peuvent pas sâen Ă©chapper, quâelles sont condamnĂ©es Ă tomber sur des hommes violents quoi quâil arrive, et de lâautre, elles ne sont pas prises au sĂ©rieux par les autoritĂ©s canadiennes qui considĂšrent, comme les norvegiennes, que la violence est un mĂ©canisme inhĂ©rent Ă leur culture.
En rĂ©alitĂ©, les sociĂ©tĂ©s inuits sont, pour citer Barbara Northrup, travailleuse sociale dans un centre de santĂ©, « à la phase de violence latĂ©rale, typique dâun peuple qui reproduit la violence envers les siens aprĂšs lâavoir subie de lâextĂ©rieur. Et les femmes sâavĂšrent le sous groupe le plus affectĂ©. » . Cette violence extĂ©rieure, les allochtones en sont les responsables. La colonisation et les pensionnats de desindianisation, oĂč lâon pouvait faire prendre des douches de javel aux enfants pour blanchir leur peau aprĂšs les avoir retirĂ©s de leur famille, ont Ă©tĂ©s des traumatismes forts et rĂ©cents puisque le dernier pensionnat a fermĂ© ses portes en 1996. Aussi, les occidentaux ont amenĂ© alcool et drogues dans leur quotidien ce qui a conduit Ă lâaugmentation de violence.Â
La colonisation a fait des sociĂ©tĂ©s autochtones, pourtant plus Ă©galitaires Ă lâorigine, un enfer pour les femmes, minoritĂ© parmi la minoritĂ©. Lâaugmentation de la diffĂ©rence de salaire, depuis 10 ans, entre les genres en est une preuve.Â
Ainsi, lâarctique est un territoire avec une dynamique double quant Ă la situation de la femme. Dâune part, la femme occidentale, malgrĂ© encore des inĂ©galitĂ©s subsistantes, connait un climat de plus en plus progressiste et fĂ©ministe. Mais cette occidentalisation des sociĂ©tĂ©s nâa pas permis une fĂ©minisation des valeurs de façon uniforme. Bien au contraire, celle ci sâest faite par le biais de la colonisation et au dĂ©triment des populations autochtones. Sous couvert de conscience fĂ©ministe, les blancs en Arctique ont fait reculer les valeurs, pourtant Ă©galitaires originellement, des populations autochtones en insĂ©rant dans leur sociĂ©tĂ©, lâalcool, la drogue, la violence, la prĂ©caritĂ©, dont les femmes finissent par ĂȘtre les premiĂšres victimes. Les femmes allochtones subissent aussi du sexisme, tout autant que dans nos sociĂ©tĂ©s, la vitrine « égalitaire » apparait donc bien plus comme produit marchand que rĂ©el.Â
Cependant, le domaine de la recherche scientifique sâouvre progressivement aux femmes et attend dâelles une nouvelle approche des questionnements climatiques, les femmes pourraient donc Ă©tendre leur sphĂšre dâinfluence pour pouvoir trouver une forme dâĂ©mancipation.
Sitographie et approfondissements ^^:
-Â https://www.lemonde.fr/europe/article/2012/07/04/l-islande-est-elle-vraiment-le-paradis-des-femmes_1728455_3214.html
-Â http://www.slate.fr/story/178647/canada-rapport-genocide-femmes-autochtones-assassinats-disparitions
-Â https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1103755/sommet-perennite-arctique-montreal-compte-rendu
- Film Sami, une jeunesse en Laponie
-http://www.slate.fr/grand-format/femmes-vieillesse-siberie-167660
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KrasnoĂŻarsk, hier.
Overblijfselen uit een Sovjettijdperk in een Siberisch landschap. Ristricted Areas van Danila Tkachenko.
Usolye village. Irkutsk region. 1910s
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