Quelle place pour les marques sur le second écran ?
Câest le nerf de la guerre. La question du financement des dispositifs digitaux est un sujet qui revient rĂ©guliĂšrement dans les discussions que nous menons avec des auteurs, des producteurs et des diffuseurs. Car mĂȘme si les budgets sont bien infĂ©rieurs Ă ceux dâun programme tĂ©lĂ©visĂ©, le dĂ©veloppement dâun second Ă©cran reprĂ©sente un coĂ»t certain. Si les chaĂźnes sont peu enclines Ă rallonger les budgets, quelles solutions peuvent ĂȘtre trouvĂ©es pour financer ces dispositifs ? Câest la question que nous avons voulu creuser pour ce deuxiĂšme numĂ©ro de notre newsletter.
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La nĂ©cessitĂ© dâintĂ©grer des marques Si lâon peut lĂ©gitimement considĂ©rer que le dĂ©veloppement dâune expĂ©rience plus en phase avec les attentes et les comportements des tĂ©lĂ©spectateurs via un second Ă©cran participe au rayonnement de la marque programme et peut attirer des tĂ©lĂ©spectateurs et donc augmenter lâaudience globale et les recettes publicitaires, cette relation de causalité est aujourdâhui difficile Ă dĂ©montrer par les chiffres. Alors, loin de ces supputations, nous prenons le parti de lâintĂ©gration des marques. Câest une nĂ©cessitĂ© et une opportunitĂ© Ă plusieurs titres.Â
Une nĂ©cessitĂ© pour les producteurs et les diffuseurs, mais Ă©galement pour les annonceurs. En effet, lâĂ©volution des usages et notamment ceux de consommateurs de plus en plus « multi-tĂąches » a pour consĂ©quence une dĂ©perdition de la qualitĂ© des contacts publicitaires : les annonceurs doivent donc trouver dâautres façons de communiquer, plus en phase avec cette consommation multi-Ă©crans. Et dans une pĂ©riode dâattrition des budgets publicitaires, proposer des espaces de communication plus abordables et plus ciblĂ©s quâune campagne TV classique est une rĂ©elle opportunitĂ© pour continuer Ă attirer des annonceurs.
Bien quâelle intĂšgre de nouveaux supports, la production multi-Ă©cran reste avant tout une production mĂ©diatique qui ne peut Ă©chapper aux logiques Ă©conomiques et Ă lâintĂ©gration dâannonceurs. Mais si on a de ce point de vue une vision assez classique de lâĂ©conomie des mĂ©dias, les formes de communication des marques doivent, elles, Ă©voluer. Il ne sâagit pas, par exemple, de diffuser sur le second Ă©cran un spot de publicitĂ©, y compris avant une vidĂ©o (en « prĂ©-roll »). Ni mĂȘme de se contenter de positionner un logo tout seul dans un coin. Et encore moins de tenir un discours commercial pour tel ou tel produit. Lâaversion du public pour les formes traditionnelles de publicitĂ© est encore plus exacerbĂ©e sur le Smartphone ou la tablette, supports personnels voire intimes des tĂ©lĂ©spectateurs.
Publicitarisation et dĂ©publicitarisation Dans La fin de la publicitĂ© ? (Editions Le bord de lâeau, 2014), ValĂ©rie Patrin-LeclĂšre, Caroline Marti de Montety et Karine Berthelot-Guiet, toutes trois chercheuses au CELSA, mettent en lumiĂšre une double dynamique de rapprochement entre mĂ©dias et marques quâelles qualifient de « dĂ©publicitarisation » et de « publicitarisation ». Parler de dĂ©publicitarisation câest « mettre au cĆur du propos le contrepoint de ce qui est publicitaire et dont on souhaite se dĂ©marquer » et constitue « lâaffichage dâune disqualification du publicitaire ». Plus connue sous le terme de « brand content » (contenu de marque) cette idĂ©e montre lâimplication de plus en plus courante des marques dans la production mĂ©diatique et culturelle (magazine Air France, radio Monopâ, etc.).
Lâobjectif est ici de se dĂ©marquer de la publicitĂ© « traditionnelle » souvent rejetĂ©e par les consommateurs, pour trouver des formes de communication plus subtiles et qui surtout apportent une valeur ajoutĂ©e au consommateur. La forme la plus courante est par exemple le jeu concours, mais on peut aller au delĂ et proposer un rĂ©el service. Par exemple, quand Cacharel devient le porte-parole des questions des internautes dans les coulisses de « The Voice » (TF1) via une « v-reporter » qui mĂšne des interviews exclusives sous les couleurs de la marque, ou quand les 3 Suisses dĂ©cryptent en vidĂ©os les tenues vestimentaires des candidats de « Rising Star » (M6) pour aider les tĂ©lĂ©spectateurs Ă sâhabiller comme leurs artistes prĂ©fĂ©rĂ©s, on est exactement dans cette dynamique de dĂ©publicitarisation : la marque propose des contenus qui nâont pas les codes « classiques » de la publicitĂ© mais qui apportent une valeur ajoutĂ©e au consommateur.
Lâautre versant de cette dynamique que les trois auteures de ce livre mettent en avant est la publicitarisation grandissante des espaces mĂ©diatiques. Câest lâidĂ©e quâil y a une « adaptation de la forme et des contenus des mĂ©dias Ă la nĂ©cessitĂ© dâaccueillir de la publicitĂ© (âŠ) afin de rĂ©duire la rupture sĂ©miotique entre contenu Ă©ditorial et contenu publicitaire pour que la publicitĂ© fasse figure dâexpĂ©rience mĂ©diatique Ă part entiĂšre ». Pour que lâintĂ©gration dâune marque soit la meilleure possible (utile et acceptĂ©e par le public, visible et efficace pour lâannonceur), celle-ci doit se prĂ©senter comme naturelle et cohĂ©rente. Les contenus et les interactions du second Ă©cran doivent donc ĂȘtre pensĂ©s dĂšs le dĂ©part dans lâoptique dâaccueillir une marque.
Repenser le lien entre production mĂ©diatique et intĂ©rĂȘts des marques Câest finalement le lien entre production mĂ©diatique et intĂ©rĂȘts des marques qui doit ĂȘtre repensĂ©. Les logiques publicitaires ont longtemps Ă©tĂ© refoulĂ©es par les acteurs de la production mĂ©diatique, et nâont donc pas Ă©tĂ© au centre des questionnements. Mais en tenant Ă distance les logiques publicitaires, on sâinterdit alors une vraie intĂ©gration de la marque et donc une rĂ©elle valorisation (Ă©conomique) de celle-ci, ainsi que lâapport de contenus intĂ©ressants pour les consommateurs. De la mĂȘme façon que le second Ă©cran doit ĂȘtre pensĂ© en amont, en mĂȘme temps quâon conçoit le programme, lâintĂ©gration dâune marque doit elle aussi ĂȘtre imaginĂ©e trĂšs tĂŽt. Ce qui va nĂ©cessiter dâintĂ©grer plusieurs acteurs lĂ aussi en amont de la production : les rĂ©gies, les agences mĂ©dias et/ou les annonceurs directement.
Aujourdâhui lâintĂ©gration des marques est un impĂ©ratif pour le dĂ©veloppement du second Ă©cran, et pour faire du second Ă©cran lui mĂȘme un levier de dĂ©veloppement pour le producteur et le diffuseur. Mais cette immixtion du discours publicitaire doit tenir compte de la spĂ©cificitĂ© du support (personnel, intime) et de la relation (enrichissement, valeur ajoutĂ©e) du second Ă©cran. Tout discours purement marchand ou promotionnel est bien sĂ»r Ă proscrire, au profit dâune communication de marque, sur les valeurs et lâutilitĂ© de la marque. Toutes les conditions sont alors rĂ©unies pour une intĂ©gration naturelle, originale, cohĂ©rente et valorisante dâun partenaire, et ainsi faire du second Ă©cran un second Ă©crin (publicitaire).
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