Cassandre = impuissance et vérité – figure de Tragédie. Eh bien, je crois que le Tragique, c’est l’être même de l’Écrivain Actuel/Inactuel, sa fatalité et aussi sa liberté, ce qui marque son travail d’une difficulté essentielle mais aussi lui permet de surmonter la Troisième Épreuve, de Séparation ; l’Écrivain puise sa force dans le statut tragique de la littérature d’aujourd’hui ; car Tragique = Force active. Qu’est-ce que le Tragique ? = assumer la Fatalité d’une façon si radicale qu’il en naît une liberté ; car assumer, c’est transformer ; rien ne peut être dit, assumé, si ce n’est pas associé à un travail de transformation ; assumer une perte, un deuil, c’est le transformer en autre chose ; la Séparation va être transformée dans la matière même de l’œuvre, en travail concret de l’œuvre (cf. assumer l’Homosexualité = la transformer). Ceci nous permet peut-être de comprendre que le Tragique n’est pas un pessimisme – ou un défaitisme, ou un abstentionnisme – mais au contraire une forme intense d’optimisme : un optimisme sans progressisme.
Place de l’écrivain : la Marge ? Il y en a tant : il finit par y avoir une arrogance de la Marginalité. Je préfère lui substituer l’image de l’interstice. Écrivain = homme de l’interstice.
Roland Barthes, La Préparation du roman, Éditions du Seuil, 2003, p. 376-377