Avant de toucher la lune, il faut savoir régler la mire
Tout d'abord, je ne prĂ©tends pas ĂȘtre coach de vie ou de dĂ©veloppement personnel, ce n'est pas l'idĂ©e du tout... fort heureusement d'ailleurs... Je veux juste partager une rĂ©flexion sur ce qu'est la rĂ©ussite et le chemin qu'elle implique, parce que je trouve que mon point de vue reste assez rare quand on aborde ce sujet. Je ne prĂ©tends pas avoir raison, j'ai peut-ĂȘtre mĂȘme tort sur toute la ligne, mais c'est comme ça que je vois les choses.
Je vais faire un parallÚle avec une passion qui me prend aux tripes et dont j'ambitionne de faire mon métier de quelque maniÚre que ce soit : la musique électronique. C'est un sujet que je maßtrise et qui relÚve aussi d'une industrie dont j'ai pu apercevoir quelques failles qui m'ont fait me poser des questions sur ce qu'on entend vraiment par "réussir", en l'occurrence.
J'ai parfois, Ă 3-4 heures du matin, des dĂ©bats internes sur des sujets qui partent en tirades philosophiques avec moi-mĂȘme et qui ne donnent jamais rien au final. J'ai dĂ©cidĂ© de tout mettre dans un Tumblr, on verra bien ce que ça donne.
MA CONCEPTION DE LA RĂUSSITE
Il y a quelques annĂ©es, je suivais une masterclass en ligne dirigĂ©e par les A&R de chez Revealed Recordings â gros label Ă©lectronique connu, Ă l'Ă©poque, pour ĂȘtre tournĂ© vers les talents Ă©mergents â et j'ai pris une claque de dĂ©couragement Ă la fin quand ils ont annoncĂ© un truc qui m'a paru ahurissant : avoir un compte Instagram soignĂ© faisait partie des critĂšres pour devenir un artiste Revealed.
Ăa a brisĂ© une partie de mon rĂȘve, parce que je suis quelqu'un d'introverti et c'Ă©tait contre nature de me forcer Ă m'afficher alors que ce n'est pas dans mon ADN. Au final, j'ai fini par me rĂ©signer et j'ai essayĂ©, dans les temps qui ont suivi, de me conformer à ça en soignant d'abord la forme et en faisant en sorte que ma musique colle Ă la forme. Il s'agit certainement de la pire idĂ©e que j'ai eue de ma vie. Faire ça revient Ă considĂ©rer que Revealed dĂ©tient la clĂ© et qu'ils sont les seuls Ă pouvoir faire quelque chose pour moi. Jusqu'Ă rĂ©cemment, je n'avais pas le recul suffisant pour avoir ce genre de rĂ©flexion.
En gros, on me demande de faire l'influenceur pour qu'Ă la fin je dise : "Ah et d'ailleurs, je fais un peu de musique aussi"... Je trouve que ça envoie un mauvais message aux artistes. On nous a signifiĂ© clairement qu'on n'aurait jamais assez de talent par dĂ©faut pour percer, que les auditeurs ne s'intĂ©ressent aux artistes que par leur personnalitĂ© avant tout. Ăa peut ĂȘtre perçu comme une attaque frontale, je l'ai perçu comme une attaque avec des annĂ©es-lumiĂšre de retard.
On va certainement me dire que j'ai une vision trop conservatrice ou puriste, mais j'estime que le talent est la fondation de la réussite, et je ne crois absolument pas que la chance fasse partie de l'équation dans une proportion aussi importante qu'on aime le dire habituellement.
Aujourd'hui, en 2025, j'ai su prendre assez de recul pour bouger mes fondations et en conclure que non, Revealed, je ne compte plus sur vous. J'ai suffisamment confiance en mes compĂ©tences pour me passer d'artifices. Se faire connaĂźtre sur du vide n'a pas d'intĂ©rĂȘt artistique et risque de te griller Ă tout jamais, mĂȘme en Ă©tant poussĂ© par une grosse boĂźte derriĂšre : au mieux je resterai un One Hit Wonder qui fait des TikToks pour surfer sur son propre buzz, au pire un crackhead qui finit sur le bas-cĂŽtĂ© de l'A1 un soir d'overdose.
Voici ma conception de la réussite dans ce cadre-là : du talent et de la constance, générateurs de profit. La gloire, c'est du bonus, la cerise sur le gùteau, la finalité et certainement pas la condition. C'est sur cette base que j'ai fondé une stratégie toute neuve.
PlutÎt que de suivre le schéma bien trop classique du passage en force...
Se créer une fanbase -> Rentrer chez les pros -> Prendre l'argent
Il vaut mieux prendre le chemin dans le bon sens...
Rentrer chez les pros -> Prendre l'argent -> Se créer une fanbase
Je pense que c'est applicable Ă plein de domaines artistiques.
PlutĂŽt que d'essayer d'haranguer les foules sans porte-voix ni piĂ©destal, sans crĂ©dibilitĂ© prĂ©alable â ce qui est absolument impossible Ă moins d'ĂȘtre un gĂ©nie avec un don innĂ© â il faut plutĂŽt mettre de cĂŽtĂ© sa prĂ©tention et se concentrer sur un comitĂ© restreint, voire une seule personne. Par contre, il faut que cette personne rapporte beaucoup d'un coup pour assurer la viabilitĂ© du mĂ©tier... ça a un nom, ça s'appelle un client.
Quand on ne trouve pas la solution et qu'on a l'impression de stagner dans ce qu'on aspire Ă faire, rien ne sert d'insister bĂȘtement. Il faut remettre les choses Ă plat autant qu'il le faut, retourner le problĂšme complĂštement. Je pense que l'erreur commune est de vouloir commencer par la fin, par impatience pure, en Ă©tant persuadĂ© que c'est la marche Ă suivre. Il est faux de croire que la crĂ©dibilitĂ© et la reconnaissance ne s'acquiĂšrent qu'en fin de parcours, je suis mĂȘme convaincu que c'est l'inverse et que ça doit faire office de prĂ©requis pour la suite, c'est le critĂšre numĂ©ro 1.
Dans mon cas, j'ai dĂ©cidĂ© de me mettre Ă vendre mes services en tant que ghostproducer. C'est une maniĂšre de me faire une rĂ©putation sans passer par la case "fanbase" et sans devoir me conformer Ă une image que je me suis construite, sans pression du rĂ©sultat. On pourrait presque dire que j'ai dĂ©cidĂ© de passer par la case artisan avant celle d'artiste. Le ghostproducing est certes mal vu quand on y a recours, mais plutĂŽt bien vu quand on l'est soi-mĂȘme.
Commencer par lĂ me permettra de voir oĂč est le problĂšme, s'il y en a un, ce qui n'aurait pas Ă©tĂ© possible en essayant de forcer le succĂšs. Si je n'arrive pas Ă me faire une fanbase dĂšs le dĂ©but, quel est le problĂšme ? Mes compĂ©tences ? Mon image ? Impossible Ă savoir. Tandis que lĂ , si je ne vends pas, c'est une question de qualitĂ© de production, le reste n'entre pas en jeu. Et je sais sur quoi me concentrer.
Réussir, ce n'est pas fun. Il faut avoir le courage de se l'avouer et de persévérer en connaissance de cause. Pour réussir, il faut accepter de se prendre plus de murs que de victoires, apprendre à considérer l'échec comme une sorte de récompense : à moins de ne pas retenir les leçons, échouer, c'est la garantie d'avoir une chance en moins de se tromper à l'avenir.
Le chemin de la rĂ©ussite n'est pas linĂ©aire, c'est plutĂŽt quelque chose que je vois comme fractal. Un pĂȘle-mĂȘle d'expĂ©riences constitue une compĂ©tence, et un pĂȘle-mĂȘle de ces mĂȘmes compĂ©tences constitue une rĂ©ussite.
Il est impĂ©ratif de dĂ©mystifier ses rĂȘves. Ăa demande une certaine luciditĂ©, mais c'est cruellement indispensable, quitte Ă casser le jouet mental, cette idĂ©e agrĂ©able qu'on a de nous au sommet. Je ne sais pas quoi dire de plus, c'est ma rĂ©flexion sur le sujet.
De la part d'un mec qu'a pas percé, bonne nuit.