« Aussi, vois ce sourire fin et voluptueux
Où la Fatuité promène son extase ;
Ce long regard sournois, langoureux et moqueur ;
Ce visage mignard, tout encadré de gaze,
Dont chaque trait nous dit avec un air vainqueur :
« La Volupté m’appelle et l’Amour me couronne ! »
À cet être doué de tant de majesté
Vois quel charme excitant la gentillesse donne !
Approchons, et tournons autour de sa beauté.
Ô blasphème de l’art ! ô surprise fatale !
La femme au corps divin, promettant le bonheur,
Par le haut se termine en monstre bicéphale !
- Mais non ! ce n’est qu’un masque, un décor suborneur,
Ce visage éclairé d’une exquise grimace,
Et, regarde, voici, crispée atrocement,
La véritable tête, et la sincère face
Renversée à l’abri de la face qui ment.
Pauvre grande beauté ! le magnifique fleuve
De tes pleurs aboutit dans mon cœur soucieux ;
Ton mensonge m’enivre, et mon âme s’abreuve
Aux flots que la Douleur fait jaillir de tes yeux ! »
Charles Baudelaire - Les Fleurs du Mal
Ce masque me dévisage. Il me pose la question : Et toi portes-tu un masques ?
Les masques, on les porte tellement qu’ils en deviennent banals. Cependant, prenons le temps de discerner notre position réelle dans le monde qui est le nôtre : excès, limites, fureurs, passions cachées et révélées, désirs en tous genres, complexité des rapports… Que dire ? Que faire ? Vite, je sors mon masque ?