Book Review # 11: Le jardin, ce luxe simple : quand la nature devient lâart de vivre.
Planter un jardin, câest bien plus quâun geste pratique. Câest une maniĂšre de vivre, de penser et de respirer.
DĂ©jĂ au XVIIe siĂšcle, le philosophe anglais Francis Bacon voyait dans le jardin âle plus pur des plaisirs humainsâ. Dans son essai " On Gardens", il esquisse une vision complĂšte du jardin idĂ©al : un espace vivant, organisĂ©, et en harmonie avec les saisons. Â
Pourquoi le jardin fascine-t-il autant ? Que nous apprend il sur notre rapport Ă la nature et au temps ?
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Une idée ancienne, toujours actuelle
Pour Francis Bacon, le jardin nâest pas un simple lieu. Câest une origine. Un symbole presque universel.
Dans son essai « of Gardens » , Bacon affirme que le jardin est âle plus pur des plaisirs humainsâ. Il insiste sur une idĂ©e simple : le jardin apaise lâesprit. Il rafraĂźchit.
Ă lâinverse, les bĂątiments, mĂȘme les plus beaux, restent pour lui des Ćuvres lourdes, presque froides.
Dans un monde urbain, rapide et souvent stressant, le besoin de nature revient au premier plan. Jardiner, marcher dans un parc ou simplement regarder pousser une plante deviennent des gestes essentiels.
Le jardin, reflet dâune sociĂ©tĂ©
Bacon observe aussi un phénomÚne intéressant.
Selon lui, les sociĂ©tĂ©s commencent par construire avant dâapprendre Ă jardiner. Elles Ă©lĂšvent des rĂ©sidences de luxe avant de crĂ©er de beaux jardins.
âMen come to build stately, sooner than to garden finely.â
Autrement dit, on privilĂ©gie dâabord le visible, le spectaculaire. Le jardin, lui, demande du temps, de la patience et une certaine finesse.
Un jardin pour chaque saison
Lâun des points les plus marquants de lâessai de Bacon est sa vision du jardin toute lâannĂ©e.
Pour lui, un bon jardin ne doit jamais ĂȘtre vide. Il doit offrir quelque chose Ă voir, Ă sentir ou Ă vivre, chaque mois.
Il propose une organisation précise.
En hiver, il privilĂ©gie les plantes toujours vertes : houx, lierre, cyprĂšs. Au printemps, viennent les violettes, les jonquilles et les arbres en fleurs. LâĂ©tĂ© apporte roses, lavande et fruits. Lâautomne, lui, offre raisins, pommes et coings.
Il résume cette idée avec une expression latine :
âVer perpetuumâ â un printemps Ă©ternel.
Lâimportance des odeurs
Pour Bacon, le jardin ne se regarde pas seulement. Il se respire. Il explique que le parfum des fleurs est plus agrĂ©able dans lâair que dans la main. Une odeur doit venir naturellement, portĂ©e par le vent, comme une musique lĂ©gĂšre. Il Ă©crit :
âThe breath of flowers is far sweeter in the air... than in the hand.â
Il distingue aussi les plantes selon leur capacitĂ© Ă parfumer lâair. Certaines, comme les roses, sentent peu Ă distance. Dâautres, comme la violette, diffusent une odeur plus douce et plus prĂ©sente.
Il met en avant quelques plantes clés :
Il recommande mĂȘme de planter certaines herbes au sol pour libĂ©rer leur parfum en marchant dessus.
Un espace organisé, mais pas figé
Bacon ne voit pas le jardin comme un espace laissé au hasard. Au contraire, il propose une structure précise.
Il divise le jardin en trois parties :
Une pelouse Ă lâentrĂ©e
Un jardin principal au centre
Une zone plus sauvage Ă la sortie
Cette organisation permet de varier les expĂ©riences. On passe dâun espace ouvert et ordonnĂ© Ă un lieu plus libre, presque naturel. Il insiste aussi sur la simplicitĂ©.
Trop de décorations, selon lui, nuisent au plaisir. Il critique les formes artificielles, comme les arbustes taillés en figures.
âThey be for children.â
Autrement dit, ces artifices sont jolis, mais peu intéressants sur le long terme.
Lâeau, un Ă©lĂ©ment essentiel
Bacon accorde une grande importance Ă lâeau. Pour lui, les fontaines apportent fraĂźcheur et beautĂ©. Mais il met en garde contre les eaux stagnantes.
Les bassins mal entretenus deviennent vite insalubres. Il recommande un principe simple : lâeau doit toujours circuler. Il explique :
âThe water be in perpetual motion.â
Entre nature sauvage et espace maßtrisé
Lâune des idĂ©es les plus modernes de Bacon concerne la place du âsauvageâ.
Dans son jardin idĂ©al, il prĂ©voit une zone volontairement moins organisĂ©e. Une sorte de petit paysage naturel, avec des fleurs simples et des plantes locales. Il propose dây planter :
Sans ordre strict. Sans symétrie.
Des allées pour vivre le jardin
Le jardin de Bacon nâest pas seulement dĂ©coratif. Il est fait pour ĂȘtre parcouru.
Il imagine des allĂ©es ombragĂ©es pour se protĂ©ger du soleil. Dâautres plus fermĂ©es pour couper le vent. Certaines sont larges, dâautres plus intimes. Il veut un jardin qui sâadapte aux moments de la journĂ©e et aux saisons.
Ce qui frappe dans lâessai de Bacon, câest son refus de lâexcĂšs. Il parle dâun jardin princier, mais sans ostentation inutile. Il critique les dĂ©penses inutiles. Il insiste sur le plaisir simple. Pour lui, le vrai luxe du jardin, ce nâest pas la richesse. Câest lâĂ©quilibre.
Il conclut son essai en rappelant que beaucoup dépensent énormément sans atteindre ce plaisir essentiel.
Un héritage encore vivant
Plus de quatre siĂšcles aprĂšs, les idĂ©es de Bacon restent Ă©tonnamment modernes. On retrouve aujourdâhui ses principes dans : les jardins Ă©cologiques, les parcs urbains, les espaces paysagers contemporains
Son approche repose sur quelques rĂšgles simples :
créer un équilibre entre ordre et nature
penser le jardin comme une expérience complÚte
Le jardin, une réponse simple à un monde complexe
Le jardin est un besoin profond. Un espace pour ralentir, respirer et observer. Francis Bacon lâavait dĂ©jĂ compris. En plaçant le jardin au cĆur du plaisir humain, il ne ne parlait pas seulement dâesthĂ©tique. Il parlait de bien-ĂȘtre.
Aujourdâhui, alors que les villes grandissent et que le rythme sâaccĂ©lĂšre, le jardin, plus que jamais a toute sa place.
Petit ou grand, public ou privĂ©, il reste un refuge. Un lieu oĂč le temps reprend son rythme naturel. Un lieu oĂč, simplement, on peut vivre.
Source principale : On Gardens by Francis Bacon