(Edouard Vuillard, Le Passeur, 1897, huile sur carton, musée d’Orsay, Paris)
revu avec bonheur la cime alignĂ©e et rĂ©gulière des peupliers de ma jeunesse, signe au loin de la rivière, l'autre rive, ce monde inconnu, barrière infranchissable ; leur sommet jouait au vent un air de musique qui semblait sonner la prĂ©sence de tous les morts aimĂ©s, leur vie murmurĂ©e ; le passĂ© s’évoquait aussi par l'ensemble agitĂ© des petites feuilles, tournoyantes, frottĂ©es, argentĂ©s, prisent dans la masse messagère des mouvements de l’air, tantĂ´t fougueuse, tantĂ´t apaisĂ©e ; un vent conducteur de temps qui rĂ©conciliait, par unifications provisoires, des prĂ©sents diffĂ©rents de la vie jusqu’alors distendus, sans jointures possiblesÂ