Islam et rapport à l'obligatoire
En Islam on parle souvent "d'obligatoire". "L'obligatoire" est ce vers quoi tout musulman serait censé aller. Attention, cela peut venir du Coran ou de la Sunnah, deux sources qui méritent des rapports critiques spécifiques.
Déjà il y a la notion de contextualisation qui est primordiale et demande de la formation issue de milieux universitaires qui ont une rigueur scientifique. Car le lecteur lambda isolé, tout comme le ministre de l'intérieur français, exactement tout comme un leader de l'Etat Islamique (et on peut aller chercher les mêmes comparaisons dans l'extrême droite chrétienne), aura plutôt tendance à lire de manière décontextualisée, littérale. Ce qui fait que les biais de la subjectivité moderne, avec nos repères culturels précis, dans lesquels nous nous situons, vont venir déformer le "fond" du propos du texte.
Il importe donc de parvenir à resituer le texte dans son contexte historique et culturel, mieux étudier la langue d'origine ou les explications qui justifient ses différentes traductions pour comprendre l'intention qui était portée dans cette écriture. Si nous voulons trouver l'inspiration prophétique et divine derrière des mots, il faut trouver déjà un point d'ancrage sérieux, puis ensuite venir chercher dans son propre dialogue avec Dieu qu'est-ce qui nourrissait le Bien, le Beau et le Juste dans tel ou tel commandement, ou dans l'intention derrière le récit de telle ou telle histoire.
Enfin, dans la Sunnah on peut avoir un rapport critique avec ce qui est rapporté du prophète, selon par qui et comment aurait été produit tel haddith par exemple. Est-ce qu'il y a de sérieuses raisons de penser qu'il s'agissait réellement des paroles ou des actes du prophète ? Est-ce qu'il n'y avait pas des enjeux politiques à rapporter ces paroles ou ces actes qui dénatureraient voire trahiraient le schème prophétique (la réelle intention divine véhiculée par le geste prophétique) ?
Enfin, les prophètes eux-mêmes, des humains comme nous, non les égaux de Dieu, n'ont-ils pas pu par les biais de leur subjectivité, de leur égo, mal entendre ou mal rapporter le message de Dieu ? La langue utilisée n'a t-elle pas pu pervertir le message même un tant soit peu ? Une fois présentées ces précautions, venons-en au fond du sujet. Le rapport de l'Islam à l'obligation. Dans certains systèmes politiques oppressifs comme le régime iranien et son Khomeinisme, très comparables à ce qu'on pouvait voir dans la Royauté Française (le Roi présenté comme représentant de Dieu sur Terre), on viole les lois les plus primordiales de l'Islam et du monothéisme abrahamique en général en institutionnalisant un système d'autorité qui prive les croyants de leur autonomie, leur rapport direct à Dieu. C'est l'écueil de toute institution religieuse dévoyée vers du fétichisme de sa propre institution : une idolâtrie.
Dans les discours des imams que j'ai pu entendre en France par exemple, le véritable rapport à la religion est facilement présenté :
Le rapport à l'obligation vaut comme direction que le croyant doit prendre pour progresser dans son rapport personnel à Dieu. Chacun peut encourager son prochain dans cette voie là, mais les précautions primordiales que j'ai évoquées au début obligent à laisser le choix de ses actes au croyant, voire même obligent à la confiance envers les actes du croyant sincère.
Par exemple, et ce discours à mon sens s'adresse à un milieu où le voile est mainstream, un imam explique le cas d'une jeune fille qui ne met le voile qu'en allant à la mosquée. Et il enjoint les fidèles à ne pas blâmer la jeune fille ou la taxer d'hypocrite. Au contraire, à l'encourager dans son propre parcours spirituel. Si vous trouvez bien pour elle qu'elle porte le voile, soyez heureux qu'elle le porte à la mosquée, n'allez pas l'opprimer en lui reprochant de ne pas le faire ailleurs ! A nouveau, il faut comprendre cette parole en la situant dans un contexte où peut-être des familles sont parfois oppressantes pour leurs enfants. Et il y a une certaine générosité à accepter ce qu'ils voient de sacré dans ce geste du voile, sans aller leur faire la leçon sur ce qui serait émancipateur ou non, ce qui serait éthique ou non, juste à les encourager à aimer leur enfant et à accepter son chemin personnel DEPUIS leur position.
J'ai évolué récemment dans mon rapport à la prière, en essayant d'apprendre par moi-même comment prier selon ce qui serait la tradition musulmane, puisque personne dans mon entourage ne m'enseigne cette tradition (bien que je pourrais sans doute m'y éduquer à la mosquée). J'ai acheté un livre, j'ai lu sur Internet. Et j'ai décidé d'essayer de mettre en œuvre la prière selon "l'obligation", dans ce moment de ma vie où je dois me reprendre en main, raffermir mon âme dans mon intention d'agir bien. Et j'ai beaucoup progressé, et j'ai beaucoup appris et été nourri dans cette pratique. A chaque fois que je fais sauter ce verrou sur mon cœur qui veut m'empêcher d'essayer quelque chose que je ne comprends pas directement, qui ne me parait pas découler ni d'une logique établie, ni d'une évidence partagée (située), et que je FAIS simplement ce que l'Islam "propose comme obligatoire", je découvre que cela me fait du bien et me fait progresser dans mon rapport à Dieu. Cela ne veut pas dire que je suis devenue infaillible et ultra disciplinée. J'évolue dans un contexte culturel très différent du contexte musulman, mon environnement est peu structuré et depuis des années je vise à le structurer avec les camarades qui m'entourent et qui ne sont malheureusement pas religieux. Donc je ne peux m'astreindre à une discipline qui me couperait d'eux. Néanmoins, j'aspire à pouvoir vivre cette discipline avec d'autres dans l'idée de raffermir ensemble nos âmes pour faire le Bien, le Beau et le Juste.













