Jouer – être jouant – est semblable à écrire : la feuille blanche en est l’espace de repos et d’attaque, de recueillement et d’expansion. Écrire – comme jouer et dessiner – est l’acte du même à l’autre dans l’entre lacs de l’apparaître et du disparaître, du voilement et du dévoilement d’un objet innommé et innommable. Cet acte, dont l’aire de rencontre est le monde (sans que le jeu se laisse enfermer en un monde sous forme de « monde du jeu »), fait du jeu l’anti-phrase dont le corps serait le verbe. Comme si le jeu – qui donne geste au monde muet – allait toujours contre la phrase qui lie un sujet à son attribut et qui procède par prédicats en fixation de sémantèmes. Le verbe – jouer-jouant étant le maître-verbe ou verbe originaire – joue ses temps dans des directions spatiales (haut-bas, élévation-chute, arrière-avant, droite-gauche…) qui sont les directions de signification de la subjectivité corporelle de soi sautant, bondissant ou se mettant en repos pour disparaître et de nouveau apparaître et s’élancer. Le jeu est autogenèse de la forme – la forme en formation.
Pierre Fédida, L’Absence, Gallimard, 1978















