Je sens que ça vient. Comment ça va, merci, ça vient. Jâai voulu en ĂȘtre sĂ»r, avant de le noter. Scrupuleux jusquâĂ la fin, voilĂ Malone, Ă cheval sur les cheveux. SĂ»r je veux dire de sentir que câest pour bientĂŽt, car je nâai jamais doutĂ© que ça ne vienne tĂŽt ou tard, sauf peut-ĂȘtre les jours oĂč il me semblait que câĂ©tait dĂ©jĂ venu. Car jâai beau me raconter des histoires, au fond je nâai jamais cessĂ© de me croire vivant de la vie de lâair de la terre, mĂȘme les jours abondant en preuves du contraire. BientĂŽt, câest-Ă -dire dâici deux ou trois jours, pour parler comme lorsquâon apprenait les noms des jours dont je mâĂ©tonnais quâils fussent si peu nombreux, et jâagitais mes petits poings en criant, Encore ! Encore ! et la signification des cadrans, et quâest-ce que câest, deux ou trois jours, en fin de compte, de plus ou de moins, une plaisanterie. Mais mine de rien, car il faut jouer perdant, pour bien se porter, et je nâai quâĂ continuer jusquâĂ la Saint-Jean, car je me crois parvenu Ă ce quâon appelle le mois de mai, je ne sais pourquoi, je veux dire pourquoi je mây crois parvenu, car mai vient de Maia, merde, ça aussi, je lâai retenu, dĂ©esse de la croissance et de lâabondance, oui, je me crois arrivĂ© dans la saison de la croissance et de lâabondance, câest une simple croyance, de la croissance tout au moins, car lâabondance ne vient que plus tard, avec les rĂ©coltes. Donc du calme, du calme, câest encore un leurre, je serai encore lĂ Ă la Toussaint, au milieu des chrysanthĂšmes, non, lĂ jâexagĂšre, cette annĂ©e je ne les entendrai pas chialer sur leurs charniers. Quand mĂȘme, se sentir Ă©talĂ© Ă ce point, câest tentant.