fait signe à mon voisin de la main pour m'excuser de lui avoir marché sur le pied, mes mots qui, dans l'excÚs de bruit de la musique enregistrée, n'auraient pas été audibles ; je ne savais pas alors que c'était pourtant la seule possibilité de communiquer avec lui, sa surdité qui dans ce bar était aussi la mienne et que mon geste pour lui était comme une belle expression qui s'était établie dans un silence, dans son silence, baignée dans la douce lumiÚre tamisée du lieu ; les mots qu'il ne pouvait entendre, son regard si profond, si intense, qui s'expliquait ainsi, un regard en guise de parole, de réponse, son regard qui était un moyen d'expression à part entiÚre ; sous l'emprise de la musique des bars, les sourds ont cet avantage sur nous de pouvoir mieux communiquer, leurs signes qui s'épanouissent alors pleinement parmi nos mots qui eux peinent à atteindre leur but